Un expert indépendant de l’ONU exige: «Imposer le silence aux tambours de guerre et désarmer pour le développement»

Journée internationale de la paix – 21 septembre 2017

Alfred de Zayas, expert indépendant pour la promotion d’un ordre international démocratique et équitable, appelle les Etats à transformer les économies de guerre en économies de paix. Cet appel fait partie d’une déclaration marquant la «Journée internationale de la paix» de jeudi 21 septembre.
«Le lobbying pour le compte des compagnies militaires et industrielles alimente les guerres dans le monde entier et contrecarre l’humanité dans son aspiration à vivre en paix. Plutôt que de procéder à des réductions dans le budget de l’armée, beaucoup d’Etats augmentent actuellement leurs dépenses militaires et réduisent les investissements dans les domaines de la santé, de l’éducation et des services sociaux.
Dans les relations internationales, les Etats devraient non seulement s’abstenir de l’«emploi de la force», mais aussi de la «menace de la force», comme cela est stipulé dans la Charte des Nations Unies (art. 2/4). Cependant, et en dépit de ces règlements notoires, de nombreux hommes politiques se livrent à l’intimidation et aux bruits de botte, le plus souvent avec le support et les applaudissements des commentateurs politiques et des principaux media.
Sur la base de l’appel de la Charte des Nations Unies à préserver les générations à venir du fléau de la guerre, la société civile est au premier rang du mouvement visant à ce que la paix soit clairement définie comme l’un des droits de l’homme, avec ses dimensions collectives et individuelles.
Cette initiative a été entérinée le 10 décembre 2010 par la Déclaration de Saint Jacques de Compostelle, ce qui a mené à un projet de Déclaration sur le droit à la paix par la Commission consultative du Conseil des droits de l’homme, un document manifestant une approche globale de la paix et englobant les droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux.
La résolution édulcorée adoptée par le Conseil des droits de l’homme ne marque pas la fin de l’histoire. Les Etats doivent être à l’écoute de la société civile et finir le travail déjà mis en œuvre par l’Assemblée générale au plus fort de la guerre froide, lors de l’adoption de la résolution 39/11 du 12 novembre 1984. Une nouvelle guerre froide rend d’autant plus urgente une nouvelle résolution du Conseil des droits de l’homme.
Les Etats doivent travailler ensemble à la résolution des causes profondes des conflits locaux, régionaux et internationaux provenant souvent du manque de représentativité des gouvernements, des injustices et des inégalités majeures prévalant dans le monde.
Durant les soixante-dix dernières années, de nombreux conflits ont trouvé leur origine dans la négation du droit à l’autodétermination sur le plan interne ou externe.
Il y a encore de nombreux peuples autochtones sous tutelle gouvernementale et d’autres, vivant sous un régime d’occupation, ayant une revendication légitime à l’auto-détermination. Il est temps pour les Nations Unies de soutenir pro-activement la réalisation de l’auto-détermination en tant que stratégie de prévention des conflits, nécessitant une médiation.
Mes précédents rapports adressés au Conseil des droits de l’homme et à l’Assemblée générale des Nations Unies ont souligné que le règlement des problèmes mondiaux, y compris les pandémies, les changements climatiques et les enjeux des objectifs de développement durables requièrent des billions de dollars.
C’est pourquoi il est impératif de réduire de façon drastique les dépenses militaires et de reconvertir les économies de guerre en économies de paix. Il est inadmissible de continuer la course aux armements alors que des millions d’êtres humains souffrent de l’extrême pauvreté et de la famine et n’ont pas accès à l’eau potable et au système sanitaire.
Nous devons imposer le silence aux tambours de guerre et désarmer pour le développement.»    •

Source: http://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=22109&LangID=E

(Traduction Horizons et débats)

Mr. Alfred de Zayas (Etats Unis d’Amérique) a été nommé premier Expert indépendant pour la promotion d’un ordre international démocratique et équitable par le Conseil des droits de l’homme, prenant effet en mai 2012. Il enseigne actuellement le droit international à la Geneva School of Diplomacy. Mr. de Zayas a exercé dans le domaine du droit des sociétés et du droit de la famille à New York et en Floride. Titulaire du mandat du Conseil des droits de l’homme, il est indépendant de tout gouvernement ou de toute organisation et siège à titre personnel.
Les Experts indépendants font partie de ce que l’on nomme les procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme. Le terme «procédures spéciales», désignant le plus grand corps d’experts indépendants au sein du système onusien des droits de l’homme, est généralement attribué aux mécanismes indépendants d’enquête et de supervision mis en place par le Conseil des droits de l’homme afin d’analyser la situation spécifique d’un pays ou de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent bénévolement; ils n’appartiennent pas au personnel de l’ONU et ne perçoivent pas de salaire pour leur travail.