Nez au sol suivant la trace ou nez haut

Les chasseurs à quatre pattes – donnant de la voix ou muet

par Heini Hofmann

Parmi tous les animaux de rente, le chien est pour l’être humain l’aide la plus polyvalente. Cependant, le travail en équipe le plus proche de la nature dans de tels partenariats entre bipèdes et quadrupèdes s’est développé – davantage encore qu’avec les chiens de ferme ou les chiens berger – entre le chasseur et son chien de chasse.

Alors que les chiens de protection, de cata­strophes et d’avalanches sont spécialisés pour des activités civilisationnelles, les chiens de chasse suivent dans leur travail leurs instincts naturels et leurs pulsions de meute et de prédation. Il s’agit ni plus ni moins de la rencontre de deux prédateurs, homme et chien, qui organisent leurs actions en commun, suivant en cela les comportements les plus primitifs essentiels à la survie. Il y a cependant de grandes différences parmi les chiens de chasse, concernant la race et les formes d’engagements. Tant les aspects extérieurs sont différents, tant les tâches à remplir par ces partenaires de chasse sont nombreuses.

On le reconnaît de loin à ce brachet tyrolien: les chiens de chasse sont des
animaux restés originels et endurants, qui suivent dans leur travail leurs
instincts naturels. (photo Archiv FJS)

Le langage du chasseur

Le fait que le chien de chasse en tant qu’auxiliaire de l’être humain n’est pas un chien ordinaire, est illustré très clairement par le langage du chasseur. En effet, en allemand, il existe des termes spécifiques pour désigner telle ou telle partie du corps, par exemple le pelage est appelé couverture, la stature, bâtiment, etc. Le français ne fait pas cette différence langagière.

La performance prime la beauté

L’émergence des chiens de chasse au cours de la domestication fut liée aux diverses méthodes de chasse historiques et régionales ainsi qu’au gibier chassé. Selon la sorte de chasse souhaitée, on sélectionna parmi les types présents par des croisements et de la sélection pour obtenir les performances et les aptitudes voulues. Les races, comme on les connaît aujourd’hui, ne sont apparues qu’au XIXe siècle, aux débuts de l’élevage canin organisé. Dans l’élevage actuel, la performance prime toujours et encore la beauté, chez de nombreuses races. D’une part, cela profite aux aptitudes des chiens et d’autre part, cela les protège de certaines tendances anti-biologiques dans l’élevage. Le législateur accepte même les bâtards; eux aussi peuvent être autorisés pour la chasse.
Les chasseurs de l’antiquité utilisaient pour leurs activités les brachets chassant en donnant de la voix. Le lévrier travaillait en silence et à vue. La chasse à courre à cheval du Moyen-Age exigeait un chien de meute et de tête pour diriger tout le reste de la meute vers la prise finale. Pour la chasse aux oiseaux, il fallait un chien d’arrêt (de rets puisque les premiers chasseurs capturaient les oiseaux avec un filet lancé sur le chien et les oiseaux qu’il avait bloqués), tandis que la chasse au gibier d’eau nécessitait un chien rapporteur. Face au gibier dangereux, tels l’ours et le sanglier, il n’y avait que les dogues mâles pouvant faire l’affaire, alors que pour la chasse aux renards, les chiens bas sur pattes, tels les teckels, étaient adaptés à la chasse au terrier. L’avènement des armes à feu a nécessité des chiens de recherche au sang.

Chien courant schwyzois. (photo SLC/CCC)

Chiens courants et chiens leveurs

La classification actuelle des races contient les brachets ou chiens courants, représentant la plus ancienne forme de chiens de chasse et la base de l’élevage pour de nombreuses autres races, dont font partie tous les chiens de chasse d’origine helvétique (cf. encadré). Puis, il y a les chiens de recherche au sang (les chiens de recherche au sang de Hanovre et de Bavière), les chiens leveurs de gibier (les cockers, les springers, le wartel), les chiens d’arrêts continentaux (les braques, les épagneuls et les griffons) les chiens d’arrêt anglais (les pointers, les setters) et les terriers (typiquement les teckels et les fox) ainsi que les rapporteurs (le labrador retriever, le golden).
Tout aussi diversifiés que la palette des races sont les modes de chasse avec les chiens: lors de la chasse au renard ou au lièvre en territoire ouvert, les chiens courants chassent de manière autonome, individuellement ou en meute, sans lien visuel avec le chasseur. Les aboiements indiquent où la chasse se passe.
Dans le cas de la chasse avec des chiens brousailleurs ou leveurs de gibiers, le chien travaille à une distance de maximum 35 à 40 mètres de son maître. Cette distance représente la portée utile du fusil de chasse. Le chien recherche toute émanation ou trace de gibier à poil ou à plume, s’approche et force l’animal à fuir. Le chasseur n’a alors que peu de temps pour tenter un tir. Cette chasse se pratique dans des zones de végétation très serrée, souvent le chasseur ne peut pas y entrer, il laisse alors son auxiliaire forcer le gibier à sortir de ces zones d’abri.

Chiens d’arrêt

Dans le terrain dégagé, on utilise le chien d’arrêt pour chasser le gibier à plume (caille, perdrix, bécassine, faisan, tétras lyre ou bécasse en forêt). Le chien, en contact continu avec le chasseur qui le dirige, cherche la moindre émanation de gibier dans l’air. Cela signifie que l’action doit s’effectuer contre le vent. Aussitôt qu’il a trouvé un petit gibier caché au sol, il s’approche prudemment à une distance que seule son expérience lui permet de juger. En effet, le chien ne s’arrête pas mais arrête un gibier qui va utiliser son premier réflexe de défense, l’immobilité, pour passer inaperçu. Cette action est du grand art car la moindre erreur du chien profiterait au gibier qui s’enfuirait hors de portée de tir du chasseur, utilisant son deuxième réflexe de défense: la fuite. Non seulement l’arrêt montre au chasseur qu’un gibier est à proximité mais sert à bloquer ce dernier. Le chien d’arrêt est capable de rapporter à son maître le gibier tué.

Chiens rapporteurs

Le chasseur et son chien – deux compagnons de chasse: le chien est le «sixième sens» du chasseur – c'est l'interaction parfaite entre l’intelligence et l’instinct. (photo Archiv FJS)

Certaines races de chien (labrador, golden, flat coated, …) sont spécialisées uniquement dans le rapport du gibier. Ce rapport est particulièrement important dans le cas de chasse aux gibiers d’eau (canards, sarcelles, …) Ce sont des chiens résistants au froid avec un poil épais et souvent graisseux , d’où leur forte odeur.

Chiens de terrier

Lors du travail dans les terriers, le chien bas sur pattes avance inévitablement de manière autonome, sans contact avec le chasseur. Il tente ainsi de faire sortir le renard de son terrier.

Chiens de sang ou chien de rouge

L’un des jobs les plus importants pour le chien de chasse est la recherche de gibier blessé, c’est à dire la recherche au sang, pour laquelle des individus adaptés et bien formés de diverses races peuvent être utilisés. Mais la sélection des races dont on parlait plus haut a produit les chiens de rouge du Hanovre et ceux de la montagne de Bavière qui sont vraiment des races spécialisées. Pour suivre une piste rouge, en général, le chien est relié avec son guide par une longue lanière. La trace de sang est remontée depuis l’endroit du tir, le français utilise le terme allemand Anschuss. Deux cas de figure se présentent: soit l’animal est mort, soit il est encore vivant. Dans ce dernier cas, le conducteur doit tout mettre en œuvre pour l’achever rapidement soit le chien le «coiffe» et l’étouffe, soit un tir d’achèvement met fin aux souffrances.

Restés originels

Les chiens de chasse font partie des animaux de rente restés les plus originels qui soient. Ils présentent parfois un aspect négligé, car ils cherchent à suivre leurs instincts naturels. Etant donné que leurs tâches dans chacun de leur domaine spécifique sont éprouvantes, cela demande une formation de deux ans ou plus, jusqu’à ce que le petit chiot joueur devienne le chien apte au travail. Le matériel génétique ne contribue qu’une partie à la réussite; une solide formation et une importante expérience sont indispensables.
Comme tout bon chasseur, un chien de chasse apte au travail doit aussi suivre régulièrement des cours de perfectionnement. Son activité est réglée par la loi, malgré certaines différences cantonales. Il y a des cantons ou des territoires de chasse, où les chiens courants sont interdits suite à une ancienne évaluation erronée (on avait par erreur rendu responsables les chiens courants de la réduction des chevreuils).

Invention des dieux

«Pas de chasse sans chien» est un ancien slogan qui s’invalide de par son caractère absolu, mais qui est cependant exact. Et l’affirmation «pas de chasse avec un mauvais chien» prend tout son sens pour la recherche au sang d’un animal blessé. Car, suite à un mauvais pisteur, les animaux blessés – le plus souvent par des véhicules – seraient soumis à des souffrances prolongées.
Certes, tous les chasseurs ne chassent pas avec le «sixième sens», le chien. Mais ceux accomplissant leur activité en partenariat avec le plus ancien compagnon de chasse de l’homme sont convaincus que c’est l’interaction parfaite entre l’intelligence et l’instinct qui fait de la chasse une expérience holistique: ils se voient confirmés par l’écrivain grec Xenophon louant la chasse et les chiens comme l’invention des dieux.     •
(Traduction Horizons et débats)

Deux «quartets» suisses

HH. Dans la grande palette des races de chiens de chasse européens, se trouve une belle contribution de notre pays. Ce sont les «chiens courants suisses» et les «petits chiens courants suisses» formant avec les bouviers et les Saint-Bernard le troisième groupe des créations canines helvétiques. Contrairement aux lévriers qui chassent le nez haut, les chiens et petits chiens courants suivent la trace avec le nez au sol. Ils sont endurants avec un odorat très développé et possèdent une belle gorge (forte voix).
Le premier quartet est formé par les quatre variétés de la race «chien courant suisse». Elle admet les quatre variétés correspondant aux couleurs de la robe: le «courant schwytzois» (robe blanche avec taches, selle ou manteau fauve orangé), le «courant bernois» (tricolore, blanc-noir-fauve), le «courant lucernois» (bleu-noir-fauve) et le «bruno du Jura» (manteau noir marqué de fauve).
Le second quartet est constitué de leurs équivalents bas sur pattes avec les mêmes couleurs de robe et les mêmes noms font partie de la race des «petits chiens courants» qui sont également vifs et passionnés de chasse.