Courrier des lecteurs

Les réformes de l’enseignement – un monde tout en rose?

Comment est-ce possible que des représentants à la tête d’associations, sans aucune expérience pédagogique, se croient mieux informés que les spécialistes travaillant à la base? Comment peut-on prétendre que le changement de paradigme envisagé dans l’enseignement à l’aide du Plan d’études 21 ait une influence positive sur le commerce et l’économie, si le test pratique n’a pas encore eu lieu? Pourquoi tient-on absolument à l’enseignement précoce des langues étrangères, alors que les études scientifiques et une comparaison entre les cantons récemment publiée prouvent que l’apprentissage précoce de deux langues étrangères est peu efficace, très cher et réduit l’enseignement de la première langue [l’allemand, ndt.]? Ce dernier point est la cause principale pour laquelle 20% des jeunes en fin de scolarité ont des connaissances d’allemand insuffisantes (cf. tests Pisa 2012 et 2015), et qu’on ne peut guère les intégrer dans le processus de travail. A-t-on oublié que le succès économique de notre pays se base sur une bonne formation scolaire et que nous ne pouvons nous permettre de développer une société à deux vitesses?
Fait presque inaperçu du grand public, la culture de l’information dans l’économie, l’administration et les médias s’est totalement transformée au cours des vingt dernières années en influençant également la formation. Au lieu d’informations neutres, il y a toujours plus de propagande étatique: les aspects négatifs sont dissimulés, les aspects positifs sont renforcés ou inventés. Les réformes et les innovations sont présentées comme des nécessités absolues et toujours positives. Afin de pouvoir réaliser les réformes et les projets dirigées d’en haut sans perturbations, les voix critiques sont contournées par les méthodes du «Change Management» et les expériences positives faites au cours de plusieurs décennies ne sont plus prises en considération. Les autorités de contrôle sont soumises au secret professionnel et à la protection des données et n’ont plus le droit de s’exprimer en public. Les expériences pédagogiques pour tester les nouvelles méthodes dans un cadre restreint afin de pouvoir les annuler sans trop de coûts et de pertes ont été éliminées. Pour que le public ait l’impression que ces projets s’élevant à plusieurs millions sont couronnés de succès, on les vend à l’aide d’expertises de complaisance, de sondages préparés et de méthodes élaborées par des bureaux de relations publiques. Faute de temps, la presse quotidienne adopte ces messages de réussite bien préparés sans poser de questions. Avec de telles informations filtrées, on abandonne les citoyens et ils ne peuvent pas se former leur propre opinion, sans se procurer des informations supplémentaires auprès des médias alternatifs.

Peter Aebersold, Zurich

(Traduction Horizons et débats)