L’Union européenne ne sert plus guère de modèle

L’ASEAN célèbre les 50 ans de sa création

L’«Association des nations de l’Asie du Sud-Est» (ASEAN) célèbre les 50 ans de sa création. En 1967, est née la coopération régionale pour le développement économique, la paix et la stabilité. L’UE, servant à l’époque de modèle pour les pays d’Asie du Sud-Est, a aujourd’hui perdu de sa puissance de rayonnement.

Du 6 au 8 août, les ministres des Affaires étrangères des Etats membres de ASEAN se sont réunis pour un forum régional de plusieurs jours à Manille. La date est tombée sur le 50e anniversaire de la création de cette organisation. La responsable des Affaires étrangères de l’UE, Federica Mogherini s’est aussi rendue dans la capitale des Philippines pour prendre part aux discussions.
La signature de la «Déclaration de Bang­kok» par les ministres des Affaires étrangères de la Thaïlande, de la Malaisie, de l’Indonésie, de Singapour et des Philippines le 8 août 1967 forma la pierre angulaire de l’ASEAN. Au cours des années suivantes, le Cambodge, le Laos, le Myanmar et le Viêt Nam ainsi que le Sultanat de Brunei y ont également adhéré.
La création de cette alliance eut lieu à l’époque de la guerre du Viêt Nam, lorsqu’il s’agissait d’endiguer le communisme. Aujourd’hui, les anciens rivaux se concentrent sur la coopération économique, la paix et la stabilité et sont devenus des partenaires. Avec une population de 625 millions d’habitants et une croissance économique d’environ 5% par an, ils forment un des plus dynamiques espaces économiques au monde.
Dès le début, cette alliance était principalement axée sur la coopération économique. Avec la «Déclaration de Singapour» de 1992, on a établi la zone de libre-échange AFTA (ASEAN Free Trade Agreement) aidant ainsi certains des membres a créer une énorme croissance économique.

Pays hétérogènes sous un même toit

Après la crise économique asiatique de 1997–98, on s’est décidé d’intensifier l’intégration, menant à l’élaboration du projet «ASEAN Vision 2010». En 2015, la fédération d’Etats a proclamé la «Communauté économique de l’ASEAN», prévoyant un marché commun et le libre-échange des biens, des services, du travail et des capitaux, selon le modèle de l’Union européenne.
Dès le début, les partenaires se sont mis d’accord sur le principe de la non-ingérence dans les Affaires intérieurs des autres Etats membres. Le respect de l’intégrité territoriale, de la souveraineté et de l’identité nationale est ancré dans la Charte de cette fédération. Les décisions doivent être toujours prises à l’unanimité, ce qui complique la recherche du consensus.
Entre les pays de l’ASEAN, il y a une grande hétérogénéité, tant au niveau politique que religieux et économique. Alors que la Malaisie et Brunei sont des monarchies, le Laos ou le Viêt Nam sont gouvernés par des partis uniques. Des démocraties non-libérales, tel Singapour, existent à côté de dictatures militaires, telle actuellement la Thaïlande. Alors que le Cambodge et le Myanmar sont influencés par le bouddhisme, les Philippines sont très catholiques. L’Indonésie avec ses 191 millions de musulmans est même le plus grand pays islamique au monde. Le danger imminent du terrorisme islamique dans la région constitue une menace commune et favorise davantage de coopération.
La date de ce dernier sommet a également marqué le 40e anniversaire de début des relations entre l’ASEAN et l’UE, à l’époque encore sous la forme de la Communauté européenne. Après les Etats-Unis et la Chine, l’ASEAN est le troisième partenaire commercial pour l’Union européenne. C’est la raison pour laquelle l’UE recherche un partenariat stratégique.
«Pour l’avenir, nous souhaiterions élargir la coopération avec l’ASEAN, prenant en compte – outre les questions économiques – la politique de sécurité et de défense ainsi que le changement climatique et les questions énergétiques», a déclaré dans une interview Francisco Fontan, ambassadeur de l’UE auprès de l’ASEAN.

Peu d’intérêt pour des blâmes venant d’Europe

A la différence de l’ASEAN, le principe de la non-ingérence n’est guère pris en compte par l’UE. Dans le passé, les Etats européens ont souvent critiqué des violations des droits de l’homme et des déficits démocratiques dans les pays de l’ASEAN. Ce zèle missionnaire n’a pas toujours rencontré la compréhension des destinataires. L’ancien secrétaire général Surin Pitsuvan a, par exemple, réagi à la critique de l’Europe de la manière suivante:
«Les Européens ne peuvent pas s’attendre à ce que le cours du monde continue à s’adapter à eux, comme il y a cent ou deux cents ans. L’époque du colonialisme est terminée. Nous travaillons autrement que l’Europe. Nous n’avons pas de règles strictes, par exemple concernant un taux de l’endettement ne pouvant finalement pas être respecté. Nous autres Asiatiques avons appris à nous comporter avec honnêteté et circon­spection l’un envers l’autre. Nos échanges mutuels ont lieux à tous les niveaux. Nous savons que chaque problème d’un Etat membre peut contaminer les autres. Certes, il y a des normes universelles. Tous les pays ici s’en approchent selon un rythme autodéterminé. En Occident, l’individualisme prédomine. Ici, en Asie, nous avons besoin d’une main dirigeante clairement reconnaissable. Il me semble cependant que l’Europe revient un peu en arrière pour également accentuer l’importance du rôle de l’Etat.
Au cours des décennies passées, l’Asie du Sud-Est a considéré l’intégration européenne comme un modèle à suivre. Les expériences faites pendant les crises financières et migratoires ont cependant fait croître le scepticisme face au modèle supranational. Les pays de l’ASEAN ont pour le moment renoncé à créer la monnaie commune planifiée.

Les revendications chinoises, une pomme de discorde

La Chine recherche également une influence accrue dans la région. Elle est l’un des plus grands investisseurs. Certains Etats membres craignaient donc une trop grande prédominance de l’économie chinoise. Jusqu’à présent, le Cambodge, soutenu par la Chine, a empêché toute position commune quant aux revendications de la République populaire dans la mer de Chine méridionale.
L’ASEAN n’est actuellement qu’une fédération interétatique ne pouvant que partiellement limiter l’influence des grandes puissances. La base commune reste le marché intérieur, cependant toujours soumis à des restrictions suite aux barrières nationales. Il est plutôt douteux que l’Union européenne reste le modèle à suivre pour l’Association des pays de l’Asie du Sud-Est.     •

Source: https://deutsch.rt.com/asien/55408-asean-gemeinschaft-feiert-50-jahriges, du 9/8/17

(Traduction Horizons et débats)