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Editorial

Le problème des velléités catalanes et des nombreuses discussions s’y rapportant présente deux facettes. D’une part, la complexité de la situation politique et d’autre part les besoins de liberté et d’autonomie liées aux questions existentielles du vivre ensemble. Lorsque l’on s’intéresse aux questions humaines dans l’époque contemporaines, on est de plus en inquiet de savoir si les parties concernées sont capables et vraiment enclines à trouver, par des moyens pacifiques, une solution acceptable pour toutes les parties concernées de la population. Comme à chaque fois lors de tels litiges, on se demande quels sont les intérêts de «realpolitik» liés aux diverses prises de position – par exemple celle de l’UE soutenant ouvertement le gouvernement central alors qu’elle fit preuve d’une grande réserve, en un premier temps. Il y a environ trois ans, on apprenait dans les rues de Barcelone des représentants indépendantistes, selon leurs propres paroles, qu’ils étaient soutenus par l’UE et les Etats-Unis (et George Soros) et selon les propres paroles de leurs adversaires qu’ils étaient, eux aussi, soutenus par les Etats-Unis. En observant le contexte historique qu’il ne faut jamais évincer, on peut se demander – pourquoi a-t-on, après de longues controverses, réduit à nouveau certaines parties de l’autonomie déjà accordée? Une telle démarche ne peut qu’attiser le mécontentement, par exemple, face aux droits d’autonomie plus vastes des Basques. A quoi bon?
Au-delà de toutes ambitions de pouvoir, se pose la question du droit. D’abord au niveau des droits de l’homme, dont l’article premier de la Déclaration universelle établit l’égalité et la dignité fondamentale de tous les êtres humains, liés à la raison et à la conscience humaniste, socle anthropologique inaliénable pour régler notre vivre-ensemble.
Les contributions ci-contre révèlent notre confrontation à des questions concernant tant le droit intérieur des pays que le droit international. Indépendamment de cela, la formulation du droit positif par des êtres humains reste fondamentalement adaptable à de nouveaux développements.
Dans ce contexte, il est utile de s’intéresser un instant au fédéralisme suisse: celui-ci n’a jamais été et n’est toujours pas une spéculation intellectuelle, mais s’est constitué historiquement suite à de nombreuses confrontations entre les points de vue les plus divers. De nos jours, il accorde aux cantons un degré d’indépendance comme aucune des régions autonomes dans le monde ne le connaît. Formé du bas vers le haut, l’autonomie des communes, puis la souveraineté des cantons permettent au fédéralisme suisse une répartition subsidiaire des devoirs, déléguant à la Confédération uniquement les tâches impossibles à gérer par les niveaux inférieurs. Le prélèvement des impôts cantonaux est l’affaire des cantons et des communes, alors que l’impôt fédéral direct ne représente qu’une très petite partie de la charge fiscale. Notamment l’instruction publique, l’aide sociale, les constructions, l’organisation des tribunaux, la police, l’exécution des peines sont gérées au niveau des cantons. Une grande partie de l’organisation et de l’administration étatique demeure du ressort des communautés semi-étatiques et ne peut donc guère être soumise à des décisions centralisées. Ces communautés ont ainsi une grande liberté et un haut degré d’indépendance pour influer sur les conditions de vie des populations. Il va de soi que ces possibilités de s’organiser librement dans les communautés sont encore renforcées par les instruments de démocratie directe prévalant en Suisse. Ceux-ci permettent aux autorités mais avant tout aussi à chaque citoyenne ou citoyen de participer à l’aménagement de son environnement de vie. Sans ces principes essentiels, la Suisse n’aurait pas pu résoudre démocratiquement le conflit concernant la création d’un canton du Jura en Suisse dont la durée s’entendit sur plusieurs décennies. Ce n’est certes pas un hasard si Carles Puigdemont, tête de proue des indépendantistes catalans, a fait appel aux bons offices de la Suisse.
On ne peut certes pas exporter la Suisse, mais ses expériences réalisées peuvent servir de modèle. La Suisse d’aujourd’hui n’existerait pas, si la volonté de résoudre les divergences par un juste équilibre des intérêts et dans le sens de la liberté la plus vaste possible pour toutes les parties n’avait pas été victorieuse des tendances à recourir à la force politique et la violence.
Une autre expérience importante réside dans le sens aigu dont a toujours fait preuve la population dans le rôle primordial d’un tel équilibre. En dehors des ambitions de pouvoir politique, la conscience de la réciprocité et de l’obligation de trouver les solutions les plus équitables possibles reste un objectif clair pour tous. Mener un dialogue ouvert et honnête demeure néanmoins l’exigence primordiale.

Erika Vögeli