par Renate Dünki
Plus de 20000 civils, parmi eux 13000 femmes, enfants et personnes malades sans défense, sont devenus les victimes de la «guerre totale» (Benyamin Netanyahou) à effet annulissant contre la population palestinienne dans la Bande de Gaza. Personne ne peut entendre ou voir les nouvelles de ces massacres sans être profondément bouleversé. Le Dr. Sumaya Farhat Naser donne un visage à ses compatriotes palestiniens, les êtres humains de Palestine. Elle est actuellement en route dans les pays germanophones pour parler et commenter les événements dans son pays occupé, en pédagogue de la paix profondément ancrée dans l’éthique humaniste-chrétienne; pour décrire les humiliations et les poursuites des Palestiniens (chez nous souvent eclipsées) au travers d’exemples émouvants, mais avant tout par son travail pour la paix – qui est dirigé sur les deux côtés, palestinien et israélien.
Son livre* est un cadeau et une élucidation qui permet de faire la connaissance personnelle, à travers la lecture, de cette femme droite, extraordinaire et dotée d’un amour profond pour sa culture et pour son pays, en prenant les contours d’un modèle d’humanisme vécu, dans des conditions des plus difficiles. Elle nous offre de la documentation franche et honnête sur sa vie pour la paix. Elle a écrit plusieurs livres et comptes rendus de sa vie et de son activité en Palestine. Dans son livre «Ein Leben für den Frieden» (Ma vie pour la paix), des comptes rendus et des réflexions couvrant plusieurs époques sont réunis entre les deux couvertures. L’auteure appelle son livre un «livre de lecture sur la Palestine». Il est construit de façon chronologique les dates de rédaction se trouvant dans les dernières parties. Son livre prend ainsi une chronique de sa vie et de son activité dans ce pays occupé par force depuis des décennies, et pour nombre de sa population – depuis toujours.
Des liens profonds avec sa famille et son pays –
et pourtant elle reste indépendante
Le récit de la vie de Soumaya Farhat-Naser commence avec la représentation de l’histoire de sa famille et de sa jeunesse dans le pays vallonné aride près de Ramallah. Au travers d’histoires ayant été retransmises de génération à génération, elle fait revivre avec amour les siècles où le terroir lui appartenant a été soignée par sa famille. De nombreuses générations ont vécu dans la grande pièce au dessus de l’écurie, dans la vieille ferme de sa familiale. L’auteure est étroitement liée avec la nature, les êtres humains et les coutumes constituant son village, de par sa mère et par ses grands-parents. La mère est restée analphabète, refusant de fréquenter l’école des occupants anglais. Elle a tout de même recommandé à ses enfants d’aller à l’école, soutenant le plan de sa fille de continuer sa formation scolaire au niveau secondaire, à Jérusalem. Jeune fille de 14 ans très autonome, Sumaya refuse le plan d’un mariage, ce qui repésente à l’époque une décision inouïe. A la place, elle décidé de travailler à côté de l’école pour ne pas engendrer de coûts à sa famille. Elle est choisie par son école pour faire des études en Allemagne – un parcours inhabituel et inédit dans sa famille. Elle est consciente de sa responsabilité envers sa famille et son peuple, ce qui réconforte sa décision de terminer sa formation avec succès, pour ne pas donner, au cas contraire, un mauvais exemple et ainsi barrer la route vers l’indépendance à d’autres filles. «Je voulais être et rester moi-même tout en faisant partie des personnes qui m’attendaient.» Les étapes de ce chemin vers l’autonomie, et son tendre attachement à sa famille et à sa culture est donc le leitmotiv de ses actes. Sumaya Farhat-Naser dispose de la faculté de s’exprimer dans un langage simple, riche et plein de chaleur de son vécu. Son courage d’accéder à une pensée et à un parcours autonomes, tout étant en phase avec ses proches et ses semblables, se développe déjà dans ses années de jeune fille et de jeune femme, dans une Palestine, à l’époque déjà, sous l’occupation israélienne. Son retour en Palestine en 1967, dans un pays entre-temps occupé, était harassant. Qui ne passait pas la frontière avant la date d’échéance fixée dans ses documents risquait de perdre le droit d’accès à son pays. Après des heures d’attente, ses papiers ont enfin été contrôlés, et s’en est suivi l’obligation de se soumettre à la procédure humiliante d’une fouille corporelle. «Profondément blessée et humiliée, je suis enfin arrivée à la maison, tard dans la soirée» (p. 24).
Après son retour décisif, en 1974, elle s’est mariée à un homme correspondant à ses convictions et à sa formation. Elle désirait depuis longtemps que la cérémonie se déroule dans le cadre traditionnel. Le couple a ensuite décidé de mener sa vie, dans sa petite maison à Bir Zeit, entre leurs traditions à eux et les coutumes occidentales.
L’arbitraire de l’occupation
Dans le Bir Zeit occupé, la vie heureuse de la jeune famille diffère cependant de la vie normale. La présence des militaires israéliens est permanente, les soldat traversent le village et contrôlent les papiers. Les maisons sont souvent fouillées, des étudiants arrêtés, suspectés d’accomplir des activités politiques – parmi eux un de ses frères et un beau-frère. La famille finit par apprendre où ils sont détenus. Une fois par mois seulement, les détenus ont le droit de recevoir des visites, pendant une demi-heure. Après avoir endurés des coups, la torture et l’incertitude, ils sont finalement libérés après des mois en prison.
L’arbitraire de l’occupation est également visible à l’occasion des prétendus «recensements» ou dans des réquisitions des parties de leur terroir, les soi-disant parties «friches». Les gens prétendaient que c’était de droit et basé sur les lois. Mais au fur et à mesure que de telles prises de terrain se répètent, il s’avère que ces actes cachent les plans israéliens d’expropriation à long terme du terroir palestinien.
Vie universitaire – une famille engagée pour la formation
A partir de 1975, le couple Farhat-Naser se consacre à enseigner à l’Université de Bir Zeit.
Cette Université constituait une réponse manifeste aux humiliations octroyées par l’occupation. Car depuis 1967, aucun étudiant palestinien n’était autorisé à fréquenter d’Université aux alentours, à exception de celles en Europe où aux Etats-Unis – inaccessible pour la plupart des jeunes gens. Les enseignants du projet universitaire de Bir-Zeit voulaient contribuer à la construction de leur université, et en même temps à la paix. En plus de leurs matières, ils ont enseigné aux jeunes gens des idées de démocratie et des droits de l’homme. Des problèmes sociaux ont été repris et les questions de l’identité nationale discutées. A cette époque, les enseignants et les étudiants dévoloppent ensemble le sentiment d’appartenir à une grande famille s’engagent pour la formation. Sumaya Farhat-Naser conduit un programme d’alphabétisation pour les femmes, car à l’époque, 50% des femmes étaient analphabètes. On enseigne aussi des sujets comme la santé, l’éducation et la formation générale. L’Université a su qualifier 1200 femmes d’enseignantes qui ont par la suite donné des cours dont profitent plus de 400 villages.
Palestiniens et Israéliens –
deux mondes séparés
En Israël, tout échange social et tentative de faire des connaissances entre les populationssont coupés courts. Car les ordonnances militaires contrôlent chaque aspect de la vie quotidienne. Des interdictions de construction de chemins pour l’agriculture ou pour l’exportation d’olives ont ruiné les agriculteurs. Ces ordonnances ont deux objectifs: entraver le développement économique et épuiser les gens pour les inciter à quitter les pays, surtout les intellectuels, ce notamment au travers d’une censure sévère concernant la lecture de livres et de journaux.
De telles interdictions ont empêché les contacts entre Palestiniens et Israéliens. La vie se déroule dans deux mondes séparés. Mais c’est à cette époque que Sumaya Farhat-Naser prend la décision de surmonter ces frontières érigées artificiellement. Après des années d’occupation, «la pression causée par nos souffrances a pris, pour moi et les autres femmes, des dimensions extrêmes, au point de trouver la liberté intérieure pour nous engager dans un échange entre femmes israéliennes et palestiniennes, abandonnant les frontières intérieures et parler nos réalités.» (p. 56)
Après 20 ans d’occupation:
l’Intifada de 1987
Après les violences perpétrées par les forces armées israélienne sur l’intégralité du territoire palestinien, l’Intifada a éclaté spontanément en1987, se disséminant en vitesse dans le pays entier. Durant les 20 ans d’une occupation humiliante pendant laquelle les populations palestiniennes ne pouvaient compter sur aucune aide extérieure, une génération amplement cultivée a grandi en osant réfléchir et comparer par elle-même, ayant soigné sa propre culture vouée à l’anéantissement dans la clandestinité. Cette culture de résistance a été la base pour l’Intifada, terme qui signifie l’élan de se débarrasser de quelque chose. Les partis palestiniens ont été surpris par ce mouvement et obligés de s’unir. Les gens ont employées de préférence des moyens non-violentes comme des boycottes, des manifestations, des grèves. Les symboles de ce soulèvement sont les pierres. Les militaires reçoivent cette résistance avec brutalité. Par exemple Rabin, ministre de la défense d’alors, ordonne de casser les os à ces adolescents. 90% de cette jeunesse ont été encarcéré au moins une fois . La peur est souvent insupportable, on se sauve par l’entraide et la solidarité. Comme la formation pour les enfants et les adolescents n’est plus possible, à cause de la fermeture de toute institution éducatrice, on crée un enseignement dans la clandestinité. A Bir Zeit, par exemple, 400 enfants suivent des cours dans une église ou dans une mosquée, sous les arbres, et dans les maisons. On trouve quatre classes dans la maison de l’auteure, des sentinelles montent la garde et préviennent pour que les enfants puissent se disperser à temps.
Les traités d’Oslo 1993;
l’occupation continue
Avec l’Intifada, la Palestine a été sortie de l’oubli. En 1993, elle perd de force. Le PLO devient partenaire des négociations. Les traités d’Oslo sont réalisés et suivent le principe «Du terrain en échange de la paix». Ils doivent mettre fin à l’occupation et créer un Etat palestinien indépendant – à condition de reconnaître l’Etat d’Israël dans les frontières de 1967. Suivant ce plans, 78% des territoires anciennement palestiniens ont officiellement été attribués à Israël.
Le scepticisme envers ces traités est donc justifié. Qu’apportent-ils? Il montre qu’Israël n’a pas l’intention de rendre les territoires occupés. Ainsi est créé la dénommée «indépendance palestinienne» qui, en réalité, ne l’est pas. Seule la soi-disant zone A (3,5%) est complètement soumise à son autorité, tandis qu’il en est tout autrement dans les zones B et C. Finalement, on a créé ce que l’on appelle de droit les «quatre prisons en plein air»: Gaza, Les Cisjordanie Nord et Sud, et Jérusalem Est. Une fois de plus, tous les domaines de la vie sont contrôlés par les forces armées israéliennes. C’est comme avant l’occupation. «La politique a pour but de détruire la société palestinienne et ses bases, d’humilier les êtres humains et de les priver de leurs droits.» (p. 92) Des exemples instruisants sont les soi-disant «routes de contournement» qui mènent à des enclaves palestiniennes. Les nombreux checkpoints créent une complication insupportable à la mobilité et une atmosphère d’humiliation et de colère. La capitale de Jérusalem Est devient presque inaccessible. Les Palestiniens qui y vivent subissent systématiquement des représailles dont le but est évident: les faire quitter la ville.
Les Centres de femmes, 1989–2000 –
lieux de rencontres
Alors que les contacts directs entre hommes sont interdits, les femmes peuvent agir plus librement. En 1989, le Dr. Farhat-Naser a aidé à élaborer les lignes de conduite pour les centres de femmes palestiniens-israeliens à Jérusalem, à Bruxelles. Ces lignes de conduite sont indispensables pour que les rencontres planifiées entre femmes palestiniennes et israéliennes ne soient pas mal compris, en tant que trahisons ou dénonciations. En 1992, à Bruxelles encore, une autre rencontre entre des femmes politiques dirigeantes a lieu. Le but est de créer une œuvre commune pour la paix, issue et maintenue par les deux sociétés. Ainsi, les femmes la fréquentant peuvent acquérir du savoir les unes des autres. En 1994, deux centres de femmes sont fondés: le «Jerusalem Center for Women» à Jerusalem-Est et le «Bat Schalom» à Jerusalem-Ouest. Ensemble, ils forment le «Jerusalem Link». On décide de créer des centres séparés pour ne pas effacer les différences sérieuses des deux sociétés – les femmes en Israel jouissent des assurances sociales, tandis que rien de comparable n’existe en Palestine, pour ne citer qu’un exemple. Chaque centre développe ses propres programmes qui correspondent aux besoin des femmes tandis que la formation politique des femmes figure comme matiere dans les deux centres. Ainsi est organisée la semaine d’action «Sharing Jerusalem. Two Capitals for two states» qui a pour but d’esquisser la vision d’une ville ouverte. Depuis 30 ans, l’Etat d’Israël créé des faits en préjudice à Jerusalem – l’annexion de terrains, la dénégation de tous les droits des Palestiniens sur la ville. Le projet a comme but de contribuer à une paix sûre, sur la base de la qualité de vie équitable des deux peuples. La campagne a lieu en 1997. Elle est le premier grand projet pour la paix des deux centres de femmes. Ce qui rencontre l’intérêt international.
Le chemin douloureux
vers la compréhension
Le travail est basé sur le principe du dialogue et de la communication non violente. De nombreuses femmes sont très intéressées à connaître l’autre partie. Avant les premières rencontres, un programme de préparation aux méthodes de résolution des conflits est mis en place. Il s’agit d’apprendre à écouter et à connaître chacune en tant que personne unique avec ses soucis, ses peurs et ses espoirs, tout en se regardant dans les yeux. Cela ne doit toutefois pas signifier accepter l’oppression et l’occupation. L’histoire pèse sur la discussion commune. Il est par exemple très difficile de parler du mythe sioniste d’Israël de la «terre sans peuple pour un peuple sans terre», qui a servi de base à la domination exclusive d’Israël. La conviction que les Palestiniens n’ont pas quitté le pays en tant que réfugiés, mais de leur plein gré est répandue. Cela a toujours été la devise du gouvernement israélien. Mais le sionisme comporte de différentes tendances et de nombreux Israéliens souhaitent contribuer à une paix juste. Le chemin vers la compréhension mutuelle est difficile et douloureux et le restera (p. 128).
Alors que l’OLP est prête à négocier dans les années 2000, le Hamas refuse. Les attentats-suicides qui ont déclenché un climat dévastateur de peur et de menace en Israël et en Palestine sont issus de ce cercle. L’espoir de paix s’anéantit. Le mouvement pacifiste israélien est absent durant cette période. Finalement, toutes les activités communes des centres doivent être suspendues. Le travail n’est plus justifiable. Le Dr Farhat-Naser met fin à sa collaboration, mais décide de documenter les petits pas de rapprochement qu’elle a vécus (p. 143). Sa vie durant, elle maintient la position que faire la paix est un art qui nécessite le travail quotidien pour l’atteindre.
L’art de faire la paix
«Faire la paix signifie se laisser guider par l’éthique et la morale de l’humanisme, établies dans nos religions et nos cultures, et accorder à l’autre partie les droits que l’on revendique pour soi-même», écrit Sumaya Farhat-Naser (p. 165). Plus longtemps un conflit dure, plus la recherche de solutions se montre difficile. Il faut encore plus de courage pour appeler les choses par leur nom et rompre le silence face à l’injustice. Car, poursuit Farhat-Naser, «faire la paix signifie avoir la volonté d’accepter la paix comme objectif suprême, plutôt que la conquête de terres, la gloire militaire et la domination sur les autres, et trouver une solution qui sauve les habitants de la région des guerres religieuses et des idéologies d’extermination et qui permet la réconciliation (p. 166)».
Concrètement, cela signifierait mettre fin aux actes de violence des deux côtés, se mettre d’accord sur la portée territoriale des Etats et, comme base d’un nouveau départ, une amnistie des plus de 10000 prisonniers palestiniens qui se trouvent dans les prisons israéliennes, dont de nombreux intellectuels, mais aussi de nombreux jeunes de moins de 17 ans et des femmes avec des bébés nés en prison; et la liste noire des «suspects» doit également être effacée, écrit Farhat-Naser (p. 167). Le conflit dure depuis des décennies, c’est un cycle de violence et de radicalisation. Il doit devenir transparent, les peurs et les souffrances des deux parties doivent être reconnues, respectées, exprimées et communiquées. La paix aurait alors une chance.
Projets d’espoir et actes de perturbation
Sumaya Farhat-Naser trouve toujours l’espoir et le repos dans des projets culturels et parvient à les faire connaître et les transmettre dans son entourage. Elle décrit la restauration d’un kasr (une tour de guet vieille d’environ 300 ans) dans une oliveraie familiale – un témoignage qui devait devenir un lieu de rencontre. Ou encore de jeunes musiciens qui s’adressent aux jeunes auditeurs avec un mélange de rythmes traditionnels et modernes, leur demandant à chaque fois de s’informer plus précisément avant de se faire une opinion. Ou encore le personnage de dessin animé Handala, qui parle au nom de tous les réfugiés avec sa robe rapiécée, comme symbole de résistance et de justice.
Ce qui est en revanche dérangeant, c’est l’abus d’enfants et d’adolescents dans les prisons. On profite de leur faiblesse et de leur vulnérabilité pour les utiliser comme collaborateurs et pour commettre des actes de violence de plus en plus graves contre leur propre population – ces jeunes qui auraient besoin d’aide et de soutien après les expériences traumatisantes qu’ils ont vécues (p. 172 et suivantes).
Renforcer la personnalité:
préserver sa dignité
Il y a toujours des situations humiliantes aux nombreux checkpoints. Comment conserver une estime de soi et un sentiment de dignité et se protéger de la haine? C’est grâce sa force personnelle et à son engagement constant en faveur de la justice et de la paix que l’auteure parvient à ne pas se sentir personnellement attaquée et blessée, et à laisser ouvert ce qui ne peut (pas encore) être changé, tout en façonnant ce qui s’y prête. Elle consolide ainsi une attitude qui lui permet de tirer le meilleur parti d’une situation, aussi difficile soit-elle. Sumaya Farhat-Naser indique partout cette voie – le travail sur soi pour pouvoir conserver sa dignité – tojours concrétisé par des exemples. Elle est déterminée à protéger ce qui compose son humanisme. Dans son chagrin, elle se sent toujours en lien étroit avec ses compatriotes, elle ne reste pas seule. Elle a atteint la capacité de compatir avec eux.
Faire confiance en la bonté humaine
En 2008, la situation politique est désespérerante. Il y a deux camps politiques palestiniens, le Fatah et le Hamas, Gaza est bouclée par Israël, l’approvisionnement en marchandises est fortement réduit pour plus de 1,5 million de personnes, les tentatives de réconciliation ont échoué. Toutes les approches démocratiques ont été brisées. La peur et la méfiance règnent parmi la population. C’est précxisément le moment où les séminaires de Farhat-Naser apportent du soutien et de l’espoir. Son message est le suivant: Je m’efforce de faire la paix avec moi-même et c’est par là que je trouve la paix avec les autres aussi. Cette sensibilité qui s’oriente selon le concept que ce qui est bon en nous aide également à faire preuve d’empathie et de compassion envers les autres. Une telle attitude ne reste jamais sans effet (p. 203). La pensée, le sentiment et l’action non violents dans les situations difficiles à supporter reposent sur une décision intérieure consciente et une pratique constante. Qu’est-ce qui donne cette force à l’auteure? Elle décrit régulièrement des expériences vécues avec sa mère. La forte relation d’amour entre la mère malade et désormais âgée et sa fille sont un appui pour elle et sa famille. Ce lien est l’une des sources qui ont permis au Dr Farhat-Naser de devenir la forte personnalité qu’elle est, mûre et éprouvée dans une multitude de situations émotionnellement difficiles (p. 219).
Le chemin vers la
démocratisation sera long
En 2011, le conflit entre Israël et le Hamas (qui ne représente pas l’opinion de la majorité de la population) dans la bande de Gaza s’est, une fois de plus, transformé en guerre. L’élément déclencheur a été l’assassinat du commandant du Hamas par une bombe larguée d’un hélicoptère militaire israélien. Cette escalade a entraîné des répliques du Hamas qui ont fait plusieurs morts. «Le fait que l’attaque israélienne ait fait plus de 100 morts à Gaza semblait avoir moins d’importance». (p. 257) Finalement, un cessez-le-feu a été conclu.
L’auteure note à ce sujet: «Le rapport de force asymétrique entre Israël et la Palestine demeure, de sorte qu’il ne faut pas s’attendre à un changement de la politique israélienne. Le gouvernement israélien tient le dessus, ne s’engage pas sur des calendriers ou des accords et encourage systématiquement la construction de colonies par les colons radicaux, utilisant le vol permanent de terres comme moyen pour expulser la population ancestrale. Le chemin vers la démocratie sera donc encore très long.» (p. 244 et suivantes).
Qu’ils vivent en paix!
Sumaya Farhat-Naser conclut sa chronique en racontant sa visite à ses filles et petits-enfants en 2013, il y a dix ans. Outre le récit de leur enfance, les rires et les chants, les discussions ont porté sur la politique, la société, la famille et l’avenir. C’est avec joie de vivre et gratitude qu’elle a transmis ses traditions à ses filles et petits-enfants. «Je veux qu’ils jouissent de la santé, de joie, de sécurité et qu’ils vivent en paix. Je suis affligée parce que je ne verrai plus l’arrivée de ces temps de paix, et il n’est pas certain que mes enfants la voient, eux non plus. Mais je veux m’accrocher à l’espoir que mes petits-enfants la fêteront. L’espoir rend créatif, et le courage de croire en sa propre force rend possibles beaucoup de choses». (p. 262)
La richesse des expériences et des pensées de Soumaya Farhat-Naser, ses espoirs, ses expériences, ainsi que l’éthique qu’elle oppose à la cruelle réalité est difficile à résumer. Il vaut la peine de se réserver un bon lapse de temps pour la lecture. Chaque lecteur sera porté par l’unique auteure, ses descriptions émouvantes, ses observations affectueuses et délicates du quotidien, son humanité, ses exemples d’aide spontanée dans des situations dangereuses, la créativité de ses actions et par sa force qui semble nourrie avant tout par son éthique profondément humaine. La valeur de ce livre dépasse de loin les paroles pour le décrire. •
*Farhat-Naser, Sumaya. Ein Leben für den Frieden. Lesebuch aus Palästina. Avec un essai d’Ernest Goldberger. Basel (Lenos-Verlag) 2017; ISBN 978-3-85787-479-6. Le livre n’existe qu’en version allemande. Chez le même éditeur, un des livres de l’auteure est disponible en anglais: Daughter of the Olive Trees, 2003, ISBN 978-85787-34-X.
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