hd. Les jours précédant Noël, le Président russe Vladimir Poutine s'est à nouveau exprimé sur des questions d'actualité relatives à la politique étrangère et de sécurité ainsi qu'aux relations entre l'Est et l'Ouest. La première occasion s'est présentée lors de la traditionnelle réunion au Ministère russe de la Défense, le 17 décembre 2025, occasion du Président russe d’encadrer, par ses remarques préliminaires et finales, le discours détaillé du Ministre de la Défense. La deuxième occasion a été, le 19 décembre 2025, la conférence de presse annuelle publique qui, cette année, a duré plus de quatre heures et au cours de laquelle le Président a répondu en matière aux questions de journalistes du monde entier, y compris de l'Occident, ainsi qu’aux interventions de citoyens russes.
Evénement du 17 décembre 2025,
remarques d’ouverture
«Aujourd'hui, nous observons que la situation géopolitique mondiale reste tendue, voire critique dans certaines régions. Les pays membres de l'OTAN renforcent activement leurs efforts offensifs, les modernisent et développent et déploient de nouveaux types d'armes, y compris ceux employées dans l'espace.
Pendant ce temps, on inculque à la population européenne la crainte d'une confrontation inévitable avec la Russie, en affirmant qu'il faudrait se préparer à une grande guerre. Diverses personnalités qui ont occupé ou occupent encore des postes à responsabilité semblent avoir tout simplement oublié ce qu'implique cette responsabilité. Elles attisent l'hystérie, guidées par des intérêts momentanés, personnels ou ceux d'un parti politique, et non par les intérêts de leur peuple. J'ai souvent dit qu'il s'agissait d'un mensonge et d'un récit irrationnel, basés sur une menace russe imaginaire prétendument dirigée contre les pays européens. Elles agissent consciemment en pleine conscience.
La vérité est, que la Russie a toujours cherché, jusqu'au dernier moment, à trouver des solutions, aux différends et aux conflits, sur la voie diplomatiques, ce lors des circonstances les plus complexes même. La responsabilité d’avoir manqué délibérément ces occasions incombe clairement à ceux qui croient être capables de nous mettre sous pression par la violence.
Nous continuons à solliciter la mise en place d'une coopération mutuellement avantageuse et équitable avec les Etats-Unis et les pays européens, ainsi qu'à la création d'un système de sécurité commun dans la région eurasienne. Nous saluons les premiers progrès réalisés par moyen de notre dialogue avec la nouvelle administration américaine, constat qui se défend face aux dirigeants actuels de la plupart des pays européens.»
Source: http://en.kremlin.ru/events/president/news/78801 du 17 décembre 2025, extrait.
(Traduction Horizons et débats)
Conférence de presse annuelle,
le 19 décembre 2025
«Bonjour. Je m'appelle Zeljko Sain, représentant le magazine serbe «Politika». Merci de me donner l'occasion de poser une question. […] Vous vous êtes efforcé de normaliser les relations entre la Fédération de Russie et les Etats-Unis. […] Est-il judicieux de croire, dans l'avenir, à une coopération entre les deux qui nous permettra de mener une vie normale, sans guerre? J'espère que l'année prochaine, lorsque nous nous reverrons, nous parlerons de paix plutôt que de guerre. Merci.».
Vladimir Poutine: Je vous remercie de votre question.
Nous aussi, nous souhaitons vivre, l'année prochaine, en paix et à l'abri de tout conflit militaire. Je tiens à souligner, une fois de plus, que tel est notre souhait sincère. Nous nous efforçons de régler tous les différends par la voie de la négociation.
Bien sûr, nous devons, et je pense que vous serez d'accord avec nous sur ce point, aborder les causes du conflit afin que ce qui s’est passé ne se reproduise plus et que la paix soit pérenne et durable. C'est ce que nous voulons atteindre.
En ce qui concerne notre coopération avec l'OTAN, il fut un temps où nous avons collaboré avec elle. Il ne s'agissait pas seulement de coopération, mais aussi d'adhésion à l'OTAN, d'abord par l'Union soviétique, ensuite par la Fédération de Russie. Dans les deux cas cependant, nous avons dû constater que personne ne le souhaitait en effet et que les promesses qui nous avaient été donnés, celles de ne pas élargir l'OTAN, étaient ignorées. Une fois de plus, nous avons été trompés lorsque l'OTAN a élargi ses rangs en plusieurs vagues. Bien sûr, cette volonté de rapprocher ses infrastructures militaires de nos frontières ne pouvait que nous inquiéter et continue de susciter nos sérieuses préoccupations aujourd'hui.
Dans ce contexte, c’est bien sûr l’heure de développer un nouveau concept de sécurité pour l'Europe. Avant l'effondrement de l'Union soviétique, l'Europe comptait parmi ses rangs des esprits lucides, parmi lesquels les dirigeants du SPD allemand de l’époque. Prenons l'exemple d'Egon Bahr. Politicien chevronné, il a même proposé de créer un nouveau système de sécurité en Europe, et ce sans élargir l'OTAN. Au lieu de cela, il songeait impliquer dans ce concept les Etats-Unis, les pays d’Europe de l’Est ainsi que la Russie afin de garantir l’inclusivité à tous les parties, sans mettre aucune dans une situation difficile.
Nous ne formulons aucune exigence extraordinaire. Nous ne refusons à aucun pays le droit de décider lui-même comment il souhaite se défendre mais la manière dont il le fait ne devra constituer de menace face à personne, et donc à la Russie non plus.
Nous ne demandons donc rien qui n’ait déjà été déclaré auparavant. Nous insistons simplement à ce que nos partenaires occidentaux respectent leurs engagements et leurs obligations. Après tout, c’est eux qui nous ont trahis alors que quant à nous, nous voulons mettre en place un cadre de sécurité fiable en Europe. […]
Steven Rosenberg, BBC News: J'ai une question sur l'avenir, l'avenir de la Russie. Quel avenir envisagez-vous et préparez-vous pour votre pays et votre peuple? Dans cet avenir, toute divergence d'opinion publique avec la ligne officielle sera-t-elle poursuivie pénalement, à l’instar de ce qui est comme le cas actuellement? La quête d'ennemis, extérieurs et intérieurs, va-t-elle s'intensifier encore? Les coupures d'Internet mobile dans le pays tout entier, vont-elles se multiplier encore? Y aura-t-il d'autres opérations militaires spéciales ou la Russie va-t-elle emprunter une autre voie? Je me souviens que vous avez dit que notre avenir était entre nos mains, c'est-à-dire entre les mains de tous. Mais en réalité, presque tout le pouvoir en Russie est entre vos mains, ce qui signifie que son avenir est aussi en grande partie entre vos mains. A quoi ressemblera-t-il donc? Qu’est-ce qui nous attend dans l'avenir? Sera-t-il la continuation de ce que nous vivons actuellement? Merci beaucoup.
Vladimir Poutine: A quoi ressemblera l'avenir de la Russie? Les actions ou les personnes qui ne sont pas d'accord avec les autorités, comme vous le dites, feront-elles l'objet de poursuites pénales? Vous faites probablement référence à notre loi concernant les agents étrangers, bien connue et souvent critiquée.
Mon cher collègue, je tiens à souligner que cette loi n'est pas une invention russe. Des lois similaires ont été adoptées, dès les années 1930, dans plusieurs pays occidentaux, y compris aux Etats-Unis. De plus, toutes ces lois, y compris la loi américaine, sont nettement plus strictes. Elles prévoient une responsabilité pénale, y compris des peines d'emprisonnement, pour les activités politiques financées par l'étranger.
Nous n'avons rien de tel. Notre loi n'exige qu'une seule chose: si vous êtes actif politiquement chez nous, vous devez déclarer à nos autorités ceux qui vous financent. Ce qui nous concerne, chez nous, en Russie, il n'y a pas de répression ni de poursuites pénales à cela.
Si une personne cesse ses activités politiques ou refuse tout financement étranger rémunérant ses activités ici, elle est retirée de ces listes. Il existe de nombreux exemples à ce sujet. […]
Vous avez également demandé s'il y aurait de nouvelles opérations militaires spéciales. Il n'y en aura pas à condition que nous soyons traités avec respect et que nos intérêts soient pris en compte, à l’instar de nos efforts qui allaient tous et toujours dans la direction de prendre en compte les vôtres. Mais vous nous avez trompés, par exemple avec l'élargissement de l'OTAN à l'Est. On nous avait dit que l'OTAN ne s'étendrait «pas d'un centimètre vers l'Est» – c'est une citation directe. Et que s'est-il passé? Comme on dit ici, vous nous avez tout simplement trompés et vous avez ignoré nos intérêts en matière de sécurité.
Ce sont eux – enfin, pas vous personnellement, bien sûr, mais les politiciens occidentaux – qui ont créé la situation actuelle de leurs propres mains et qui continuent de l'aggraver. Ils ne cessent de parler de se préparer à une guerre avec la Russie. […] Je pense que même ceux qui parlent d'une guerre avec la Russie comprennent [l'absurdité] de cette idée. Avons-nous l'intention d'attaquer l'Europe ou quelque chose comme ça? Quelle absurdité!
Cela se fait pour des raisons de politique intérieure, afin de créer une image ennemie. Et cette image ennemie, en l'occurrence de la Russie, est délibérément construite pour dissimuler les erreurs que de nombreux gouvernements occidentaux ont commises à maintes reprises au fil des ans, tant en matière de politique économique que sociale. […] Une erreur après l'autre – mais tout cela est dissimulé en présentant la Russie comme une menace extérieure malveillante et en détournant l'attention du public des manquements internes pour la diriger vers le monde extérieur.
Vos questions suivent en fait la même logique. Vous avez dit que tout le pouvoir était concentré entre mes mains. Il est correct de dire que le Président de la Fédération de Russie est investi de pouvoirs considérables. Mais l'étendue et la portée de ce pouvoir sont clairement définies et inscrites dans la Constitution de la Fédération de Russie, la loi fondamentale de notre pays. Par exemple, lorsque des décisions législatives sont prises, je signe effectivement des lois, comme c'est le cas dans tous les pays. Je ne me souviens plus du pourcentage exact, mais une partie importante de ces lois est initiée par des députés de la Douma d'Etat ou par des membres de la Chambre haute du Parlement, le Conseil de la Fédération. Ce sont des faits objectifs. Bien sûr, le Président de la Russie dispose de pouvoirs étendus, mais je pense que dans les conditions actuelles, un régime présidentiel est justifié pour notre pays.
Je voudrais conclure par une autre remarque. Nous sommes prêts à coopérer avec vous – avec la Grande-Bretagne, avec l'Europe dans son ensemble et avec les Etats-Unis –, mais uniquement sur la base de l'équité en droits garantie à chaque partie et du respect mutuel.
Si nous parvenons finalement à un tel accord, tout le monde en profitera.
Je me souviens d'une conversation à laquelle j'ai participé, en 1993, et au cours de laquelle Helmut Kohl, alors chancelier de la République fédérale d'Allemagne, a parlé. Il a déclaré que si l'Europe voulait rester un centre indépendant de civilisation, son avenir devait inévitablement être lié à la Russie. Que nous nous complétions de manière naturelle; que nous serions dispos à travailler ensemble, que nous développerions et prospérerions. Sans cela, a-t-il ajouté, l'Europe finirait par disparaître. […]
Si la Russie et les nations européennes unissaient leurs forces, notre PIB commun en parité de pouvoir d'achat dépasserait celui des Etats-Unis. Il s'agit là, bien sûr, d'un calcul théorique. Mais la réalité sous-jacente est pertinente: en unissant et en complétant nos capacités, nous atteindrions la prospérité au lieu de la confrontation. Ce n'est pas la Russie qui vous combatte. Ce sont vous qui nous combattiez, par l'intermédiaire des nationalistes ukrainiens.
Nous sommes prêts à mettre fin immédiatement à ces hostilités, à condition que les intérêts de la Russie en matière de sécurité, à moyen et long terme, soient garantis. Et nous sommes prêts à coopérer. […]» •
Source: http://en.kremlin.ru/events/president/news/78815 du 19/12/2025
(Traduction de l’anglais Horizons et débats)
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