par Karin Leukefeld*
Les principaux médias radiophoniques et télé-visés ainsi que les grands quotidiens germanophones font autorité en matière d’information. Il est toutefois étonnant de constater qu’ils ne respectent pas leurs propres règles ni les règles internationales, notamment dans leurs reportages sur de nombreuses crises et guerres.
La couverture actuelle des événements en Iran – s’apparentant davantage à de la propagande contre des ennemis – n’est pas un cas isolé. On constate que les grands médias négligent leur tâche principale d’informer en se transformant de plus en plus en porte-parole d’intérêts particuliers. Ce phénomène est flagrant lorsqu’on les compare avec des médias d’autres régions du monde, qui exploitent un plus large éventail de sources élargissant ainsi leur perspective. Ils intègrent des sources régionales, iraniennes, asiatiques et internationales, donnant la parole aux ministres iraniens aussi et aux analystes disposant de perspectives plus larges.
Cela dit, il existe bel et bien des codes régissant le journalisme allemand: le code de la presse, par exemple. Ses 16 articles détaillent les règles applicables au travail journalistique. Ils préconisent «la véracité et le respect de la dignité humaine», l’obligation de «diligence», de protection «de la personnalité, de l’honneur, de la religion et de la vision du monde», d’éviter les «reportages à sensation», les «discriminations» et de pratiquer la «présomption d’innocence».
La Bundeszentrale für politische Bildung (BpB, l’Agence fédérale promouvant l’éducation politique) a publié plusieurs recommandes concernant la politique médiatique, disponibles gratuitement. L’un d’entre eux traite des «principes fondamentaux de l’éthique journalistique», définis comme «la vérité, le respect de la vie privée, la non-discrimination, le respect de la dignité humaine, la prévention du sensationnalisme, l’intégrité des sources et la transparence en cas de conflits d’intérêts».
Dans le cadre de leur formation traditionnelle, les journalistes apprennent qu’ils doivent fonder leur travail sur les «sept questions clés» auxquelles il faut répondre face aux actualités ainsi qu’aux reportages afin d’en garantir la crédibilité: qui (a fait quelque chose); qu’est-ce qui a été fait; où (l’événement s’est produit), quand, comment et pour quelle raison et, finalement et décisif: d’où provient l’information? La question de la source est d’importance particulière. C’est avant tout la vérification des sources qui sert à garantir la véracité et donc la qualité d’une information ou d’un reportage. En règle générale, une information ou un reportage doit s’appuyer sur au moins trois sources.
Face à l’évolution chaotique du secteur des médias sous l’influence des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle, accélérant considérablement le «commerce» de l’information, de nouvelles doctrines préconisent d’abandonner la déontologie journaliste basées sur les questions clés. Elles négligent le fait qu’ainsi le reportage risque de plus en plus de se transformer en messages en prenant les dimensions d’une opération au service de relations publiques.
A cela s’ajoute une situation internationale extrêmement complexe et souvent opaque, qui exige des connaissances approfondies et du temps y consacré avant d’être communiquée au public. En temps de guerre et de crise, les intérêts politiques et économiques entrent en jeu et se trouvent de plus en plus renforcés – même en Europe – par la suppression de points de vue divergents. Des médias étrangers sont interdits, des journalistes sont diffamés et, depuis plusieurs mois, la Commission européenne tente de faire taire journalistes et analystes au moyen de ce qu’elle dénomme des «sanctions».
Pour justifier ces mesures auprès du public, les «vérificateurs de faits» sont présentés comme une autorité particulièrement fiable pour distinguer les «falsifications» des «faits». Par exemple, la chaîne de télévision publique allemande ARD a créé son propre service de «vérification des faits» afin de crédibiliser ses reportages. A Bruxelles, un «laboratoire de désinformation» abrite notamment un «projet de vérification des faits» qui élabore des normes factuelles pour l’UE. Ces «vérificateurs de faits» travaillent pour le compte de leurs financeurs, ce qui pourrait effectivement engendrer un conflit d’intérêts. Et qui contrôle les contrôleurs?
Une nouvelle catégorie de journalistes semble se faire promouvoir en Allemagne et en Europe. Outre les «vérificateurs de faits», il existe un journalisme «privilégié» qui permet à certains journalistes accrédités d’obtenir des informations privilégiées auprès des instances comme la Commission européenne ou l’OTAN, lors des conférences sur la sécurité à Munich ou ailleurs, ou encore en accompagnant le chancelier et les ministres lors de leurs voyages.
Les médias télévisés et imprimés se dotent de leurs propres règles à eux aussi, qui s’appliquent aux membres de leurs rédactions. Ainsi, en octobre 2023, l’ARD a publié un «glossaire sur le conflit au Proche-Orient» à «usage interne», dans lequel le langage à employer par les employés et les correspondants était défini. Ce «règlement de la parole», fort de 44 pages, a été publié le 18 octobre 2023, dix jours après l’attaque de milices palestiniennes contre des villages israéliens à l’est de la bande de Gaza. Le même jour, Israël a lancé une guerre d’extermination contre la population de la bande côtière palestinienne, qui dure plus de deux ans.
La «vérification des faits», l’octroi des termes à employer ainsi que le journalisme privilégié connaissent un essor particulier en temps de guerre et de crise, du seul fait que les informations accessibles au public sont fortement trempées des intérêts des gouvernements, des entreprises clés, des dirigeants et des alliances au pouvoir. Si les médias et les journalistes ne se distancient pas clairement des intérêts dominants ou ne complètent pas ces intérêts par d’autres perspectives, l’information se transforme en propagande.
Le code traditionnel défend de diffuser des chiffres non vérifiés sur le nombre de morts en disant que ces chiffres ne peuvent être vérifiés dans les zones de guerre et de crise. Ce qui ne peut être vérifié – ce qui, concernant les informations sur l’lran, est le cas s’ils sont issus d’agences norvégiennes ou états-uniennes – ne doivent pas être diffusés, voilà ce qu’impose le journalisme basé sur des règles.
Que savons-nous donc de l’Iran et de ses populations? Que sait-on de l’histoire mouvementée de ce pays qui, en raison de ses richesses pétrolières et de sa position géostratégique importante, est dans le collimateur des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale?
Quelques indices clés sur l’Iran
91,5 millions d’habitants (source: Banque mondiale), répartis à parts égales entre femmes et hommes. Niveau d’éducation élevé des femmes, qui représentent plus de 60% des diplômés de l’enseignement supérieur. Disparités entre les zones urbaines et rurales. Le pays dispose de réserves de charbon, de pétrole, de gaz, de fer, de chrome, de manganèse, de plomb et de zinc. L’Iran a des frontières communes avec 11 pays: le Pakistan, l’Afghanistan, le Turkménistan, l’Azerbaïdjan, l’Arménie, la Turquie, l’Irak, le Koweït, l’Arabie saoudite, le Qatar et les Emirats arabes unis. L’Iran est bordé par trois mers: la mer Caspienne au nord, le golfe Persique à l’ouest qui est relié au golfe d’Oman au sud par le détroit d’Ormuz.
Depuis le début de la «guerre contre le terrorisme» menée par les Etats-Unis en 2001, l’Iran a accueilli 3,6 millions de réfugiés. La grande majorité d’entre eux viennent d’Afghanistan, une minorité d’Irak. 20000 Irakiens et environ 2,6 millions d’Afghans sont officiellement enregistrés comme réfugiés en Iran. Environ 1 million d’Afghans y vivent en statut irrégulier.
L’Iran fait partie des 51 Etats invités en 1945 par les «quatre Grands» (Chine, Grande-Bretagne, URSS et Etats-Unis) à fonder les Nations unies. L’Iran a signé la Charte des Nations unies le 26 juin la ratifiant le 16 octobre 1945.
Depuis 2024, l’Iran est membre des BRICS, cette alliance qui regroupe des pays du Sud afin d’endiguer en commun la pression politique et économique exercée par les Etats-Unis. L’Iran est en plus membre de l’Organisation de coopération de Shanghai depuis 2023. Il a conclu des accords importants, notamment dans le domaine militaire, avec la Russie et la Chine.
Les principaux partenaires commerciaux de l’Iran sont la Chine, l’Irak, les Emirats arabes unis et la Turquie. Selon la Banque mondiale, il entretient des relations commerciales moins importantes avec l’Afghanistan, le Pakistan, Oman, l’Inde, la Russie et le Turkménistan.
En 1953, le Premier ministre iranien Mohamed Mossadegh a nationalisé les gisements pétroliers iraniens. La CIA et le MI6 ont organisé un coup d’Etat et Mossadegh a été destitué. Le pétrole iranien se trouva à nouveau sous contrôle des entreprises américaines. Sous la direction du Shah Reza Pahlevi, l’Iran excella en allié fidèle des Etats-Unis, des pays de l’UE et d’Israël. En janvier 1979, le Shah quitta l’Iran après avoir été renversé par la révolution islamique. Son leader, l’Ayatollah Ruhollah Khomeini, revint en Iran le 1er février 1979, après avoir été exilé en France. En avril 1979, la constitution du pays fut modifiée et l’Iran devint république islamique. S’ensuivit une période de troubles.
Au-delà des gros titres
Quant aux troubles actuels, ils ont éclaté le 28 décembre 2025 ayant déclenché par la chute du rial iranien à la bourse de Dubaï où il a perdu 30% de sa valeur. Les entrepreneurs du bazar, le grand marché de Téhéran, ont protesté contre la dépréciation massive de la monnaie iranienne. Avant, le gouvernement avait soutenu les commerçants sur les marchés étrangers, ceux avec des dollars américains subventionnés, ce qui, du jour à l’autre, n’a plus été possible en raison de la dépréciation massive et soudaine.
Le gouvernement a fait preuve de compréhension envers le mécontentement des commerçants, en œuvrant en faveur d’une solution au sein d’une suite de débats et de négociations. Finalement elles ont débouché sur une solution acceptée de tous les concernés, ce qui se manifesta par la réouverture des magasins. Cependant, des manifestants issus de toutes les couches de la société s’étaient joints aux protestations des commerçants. La situation économique actuelle est hautement tendue, notamment en raison des sanctions imposées depuis de nombreuses années par les Etats-Unis et l’Union européenne. La mauvaise gestion financière du pays n’a pas amélioré la situation.
Ce qui se passa ensuite fut bel et bien une autre émeute organisée des services secrets. Il faut soupçonner que c’est le Mossad israélien ensemble avec la CIA de l’avoir planifiée et réalisée. Il semble que, fin décembre 2025, Trump et Netanyahu ont concerté l’intervention lors de leur rencontre, fin décembre 2025 en Floride. Les médias israéliens se montrèrent réconfortés dans leur vue que Trump avait donné son «feu vert» à des attaques contre le Liban et l’Iran. De toute façon, c’est la CIA qui surveille toute la région tandis que le Mossad dispose de deux grandes bases à Erbil, dans le nord de l’Irak, et en Azerbaïdjan. De là, l’Iran est hautement bien accessible.
Alastair Crooke, diplomate britannique de longue date auprès de l’Union européenne et officier du MI6à la retraite, décrit sur son blog Conflicts Forum les différentes étapes qui ont conduit, en très peu de temps, à une escalade de la situation et à un «changement de régime» armé dans les faits. L’appel à «éliminer Khamenei» a été lancé depuis les think tanks et leurs médias européens peu après qu’une unité spéciale de l’armée américaine ait enlevé le Président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores à Caracas en les incarcérant aux Etats-Unis.
Alors que les manifestations iraniennes se dirigent principalement contre la mauvaise situation économique, les capitales occidentales et les principaux médias les ont qualifiées, surtout à Téhéran, en tant que «chute du régime imminente» – non pas sans marteler au public la nécessité absolue que les Etats-Unis et l’Europe viennent en aide aux manifestants. Le Président américain Trump n’a pas tardé a déclarer que les Etats-Unis se trouveraient «à leurs côtés, armes chargées», et que l’aide était en route. Les manifestants ont été invités à prendre d’assaut les bâtiments administratifs iraniens ce qui a débouché, peu après, sur des bureaux gouvernementaux et banques incendiés.
L’armée turque a informé l’Iran de l’avancée d’insurgés armés depuis le nord kurde de l’Irak jusqu’à Kermanshah, dans l’ouest de l’Iran. L’Iran a neutralisé la plupart d’entre eux, mais a été submergé par les insurgés, qui se sont mêlés aux manifestants à travers le pays faisant usage d’une force brutale. Des images vidéo tremblantes ont capturé les scènes de violence: des magasins, des voitures, des camions de pompiers et des mosquées ont été la proie des flammes. Les forces de sécurité et de police iraniennes ont essuyé des tirs provenant de l’arrière ou depuis les marges des masses de manifestants. Elles ont riposté, touchant rarement les tireurs mais souvent des manifestants.
Des responsables politiques allemands, tels que le ministre des Affaires étrangères Johann Wadephul et le Chancelier Friedrich Merz, se sont délectés en public de ce qu’ils désignaient par «l’imminente chute du régime des mollahs». Wadephul a attribué les manifestations massives contre le «régime des Ayatollahs» aux sanctions de l’UE: «Elles montrent que les sanctions ont leur effet voulu et que nous devons poursuivre dans cette voie.» Par contre, l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, a mis en garde contre toute intervention étrangère en Iran et, dans une interview accordée à Euronews, a plaidé en faveur du dialogue. Quant au chancelier allemand Merz, il a déclaré, lors de son voyage en Inde, considérer le régime iranien «arrivé à son stade final». Une fois de plus, l’Allemagne coordonne étroitement ses actions avec les Etats-Unis et, dans le cadre du format E3 (Allemagne, France et Royaume-Uni), les ministres des Affaires étrangères sont en contact étroit. «Ce ne serait qu’une question de jours ou de semaines», a-t-il affirmé. T-Online a alors ajouté la question: «D’où Merz tire-t-il ses informations?»
Entretemps, l’Iran a coupé l’Internet pour rompre tout contact avec le monde extérieur. Israël et les Etats-Unis ont activé des connections Starlink, rapidement et efficacement bloquées par l’Iran, grâce à une technologie chinoise et du matériel russe. Environ 40000 unités Starlink ont été neutralisées en très peu de temps, a rapporté Alastair Crooke, citant des entreprises de sécurité iraniennes. Ces unités, équipées d’un petit panneau solaire, avaient été introduites illégalement en Iran et confisquées dans des entrepôts par les forces de sécurité iraniennes. Cela a rompu le lien entre les groupes violents et leurs instigateurs à l’étranger. Les manifestations se sont également apaisées en raison de l’ampleur des violences et des destructions, ainsi que du nombre élevé de victimes.
Le 12 janvier, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Aragchi, a déclaré que l’Iran avait intercepté des messages audios provenant de l’étranger. Les appelants incitaient leurs destinataires à ouvrir le feu parmi les manifestants: «Si vous vous trouvez en face de la police les ayant aux colimateurs, allez-y! Si ce n’est pas possible, tirez sur n’importe qui. Et si ce n’est pas possible non plus, tirez sur le garçon ou la fille qui se trouve juste devant vous.»
Chiffres officiels
Le Maire de Téhéran, Aliireza Zakani, a estimé mercredi les dégâts dans la capitale à plus de 20 millions de dollars. Il a déclaré que ces actes de violence étaient l’œuvre de terroristes ayant infiltré les manifestations pacifiques contre la grave crise économique.
Les dégâts aux infrastructures, notamment au réseau de transports publics, s’élèvent à près de 39000 milliards de rials. Quatre-vingt-neuf bus ont été incendiés, dont 57 s’en ont trouvé gravement endommagés au point que certains ont dû être mis hors service. Deux bâtiments administratifs et huit camions de pompiers récemment acquis ont été détruits. Un inventaire complet des biens endommagés est en cours d’établissement. Les autorités administratives détermineront les montants réservés aux réparations et aux indemnisations.
Le gouverneur de la province de Téhéran a indiqué qu’environ 1000 véhicules privés et publics avaient été détruits ou endommagés, dont 54 ambulances et 71 camions de pompiers. A Téhéran et dans ses environs, 44 mosquées, 26 bâtiments gouvernementaux, des habitations et des commerces ont été détruits ou endommagés. L’agence de presse iranienne IRNA a fait état d’importants dégâts aux infrastructures urbaines de Rasht, au nord, de Mashhad, à l’est, et de Kerman, au sud.
Le gouvernement iranien a imputé la responsabilité de ces dévastations à Washington et Tel-Aviv, les accusant d’instrumentaliser la colère populaire face à la situation économique désastreuse de l’Iran depuis la guerre de douze jours, menée par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran. Le ministre des Affaires étrangères, Aragchi, a affirmé qu’il n’y aurait pas d’exécutions sommaires par pendaison.
Récemment, l’Iran a déposé une plainte officielle auprès du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres. Amir Saed Iravani, ambassadeur iranien auprès de l’ONU, a fait référence dans sa lettre aux déclarations du Président américain Donald Trump, qui avait ouvertement appelé à la violence en Iran en le menaçant d’une intervention militaire. «Patriotes iraniens, continuez à protester, reprenez le contrôle de vos institutions!», aurait-il déclaré – en ajoutant «de l’aide arrivera», incitant ainsi explicitement à la déstabilisation politique et à la violence. Selon l’ambassadeur, cela constituerait une menace pour la souveraineté, l’intégrité territoriale et la sécurité de l’Iran.
Non seulement les médias, mais aussi les responsables politiques et les gouvernements des 193 Etats membres des Nations Unies sont tenus de respecter la Charte des Nations Unies. A la lumière des deux guerres mondiales (1914–1918 et 1939–1945), le préambule promet un engagement en faveur de la paix et sollicite l’égalité, la souveraineté, le respect des frontières et la sécurité pour tous les peuples et tous les Etats, grands et petits. L’Iran adhère à ces principes par ses actions au Conseil de sécurité de l’ONU, tandis que les Etats-Unis, Israël et d’autres Etats de la sphère d’influence américaine – en fonction de leurs propres intérêts – ont développé leur propre «ordre international fondé sur des règles» qui cherche à supplanter la Charte des Nations Unies et les accords internationaux.
«… on enterre nos morts»
Alors que les médias allemands continuent de donner une large place aux appels au «changement de régime» et à de nouvelles sanctions contre l’Iran, les funérailles ont commencé en Iran. Pour se faire une idée du cortège funèbre à Ispahan, l’auteur regarde des images de la télévision iranienne. Ces images méritent d’être observées attentivement. Jeunes et vieux défilent en rangs lâches. Certaines femmes portent des abayas noires, d’autres des pantalons et des manteaux mi-longs, un foulard négligemment drapé sur les cheveux. Le journaliste iranien s’adresse à elles, la plupart parlent avec fierté de leur pays, mais sont visiblement bouleversées. Des hommes de tous âges défilent dans le cortège. Des images agrandies des victimes sont affichées sur des banderoles, entrecoupées de camions équipés de haut-parleurs diffusant de grandes photos du Guide suprême Ali Khamenei et du Général Qassem Soleimani. Ce commandant de la Force Qods du Corps des gardiens de la révolution islamique a été assassiné par l’administration Trump lors d’une frappe de drone à l’aéroport de Bagdad, il y a presque exactement cinq ans, début janvier 2020. A l’avant d’un de ces véhicules se tient un jeune homme tenant une photo de la taille d’une feuille A4. Il est vêtu de noir, mais la photo est en couleur. Elle représente une petite fille sous une guirlande de ballons colorés. Ses longs cheveux noirs tombent sur ses épaules tandis qu’elle tournoie, rayonnante, dans une robe blanche fluide. L’inscription en dessous est illisible pour le spectateur de la vidéo. Il y est probablement écrit son nom et les circonstances de sa mort, en farsi, la langue officielle de l’Iran. Le jeune homme est en pleurs.
Parmi les morts que les Iraniens enterrent aujourd’hui dans les villes du pays figurent des enfants, des adolescents, des femmes et des hommes, des membres des forces de sécurité iraniennes, des chauffeurs de bus, des commerçants – des personnes de tous horizons. On compte également parmi eux un policier, piétiné par des provocateurs jusqu’à sa mort.
Additionnement actuel
Le 15 janvier 2026, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni à New York pour examiner la situation en Iran. La Rapporteuse spéciale et Sous-Secrétaire générale de l’ONU, Mme Martha Pobee, a résumé, dans une brève déclaration, les faits connus mettant en garde contre toute escalade. Elle a réaffirmé les principes de la Charte des Nations Unies et l’obligation des Etats membres de résoudre les conflits pacifiquement. Elle a insisté sur ce que le recours à la menace ou à l’emploi de la force est interdit dans les relations internationales entre Etats.
«Ces principes ne sont pas des idéaux abstraits», a déclaré la Rapporteuse spéciale. Et d’y ajouter: «Ils sont le fondement de la paix et de la sécurité internationales. C’est autant vrai aujourd’hui que le fait de la création des Nations Unies.»
La journaliste américano-iranienne Mahsih Alinejad a exprimé un point de vue radicalement différent. Opposante reconnue et active du gouvernement iranien, elle vit en exil à New York depuis 2009 et n’a pas caché son mépris pour le régime iranien dans une critique acerbe. La République islamique se comporterait selon elle «comme l’Etat islamique», sollicitant que l’Iran soit traité comme tel.
L’ambassadeur américain Waltz a fait écho à ces demandes, affirmant que «toutes les options sont envisagées à la Maison-Blanche pour mettre fin au carnage». Il a ajouté que le Président Donald Trump était un homme d’action, contrairement aux discours creux si fréquents aux Nations Unies. Le représentant russe a exhorté les «têtes brûlées» de Washington à revenir à la raison, et le représentant chinois a déclaré que les «menaces directes du Président américain Donald Trump contre l’Iran» devaient être supprimées. •
Publié initialement sur globalbridge.ch, le 16 janvier 2026; de nombreux liens vers des sources et des ressources complémentaires y sont disponibles
(Traduction Horizons et débats)
* Karin Leukefeld, née en 1954, est ethnologue, islamologue, politologue et historienne. Elle travaille comme correspondante indépendante depuis 2000. Ces analyses et reportages sont souvant ciblés sur le Proche et Moyen-Orient. Son dernier ouvrage s’intitule «Krieg in Nahost. Geopolitik, Verwüstung, Widerstand und Aufbruch einer Region» (Hintergrund-Verlag 2025).
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