La neutralité ne peut être bradée

La neutralité ne peut être bradée

Réflexions dans le contexte du bicentenaire des relations diplomatiques entre la Suisse et la Russie

par Jean A. Mirimanoff, ancien magistrat, citoyen de Genève

Le Traité de paix de Vienne de 1815, depuis bientôt deux siècles, garantit l’indépendance et la neutralité de notre pays. La neutralité nous a durablement épargné la guerre, et nous a permis en contrepartie d’offrir notre médiation à la communauté internationale dans maints différends. Le dernier étant la crise ukrainienne.
La Suisse est, depuis peu, le dernier Etat neutre d’Europe, les autres pays ayant préféré condamner, avec l’OTAN et l’UE1, la Fédération de Russie. En Suisse notre Président joue pleinement son rôle en s’entremettant, en s’engageant pour le rétablissement de la paix, au sein de l’OSCE [Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe] ou en dehors. Faut-il lui compliquer encore la tâche? Qui se profile derrière ces entraves?
C’est à quoi vont aboutir trois démarches, dont la conformité ou la non-conformité avec notre neutralité doit être débattue en public: la neutralité est une valeur suisse. Elle ne peut être bradée sans consultation du peuple souverain.

  1. La décision de renoncer à recevoir la patrouille aérienne russe se comprendrait, si elle s’accompagnait de la même mesure pour celles des pays de l’OTAN. Cette organisation est tout autant que la Russie impliquée dans la crise ukrainienne, par l’envoi de conseillers militaires et autres appuis à l’effort de guerre. Pourquoi deux poids deux mesures?
  2. Le retrait de l’invitation au Président de la Douma [Parlement russe], ressentie – on le comprend – comme un camouflet par l’intéressé, reçoit comme justification, à termes à peine voilés, celle de ne pas déplaire aux pays de l’OTAN et de l’UE, car il se trouve sur leur liste noire. Nous lie-t-elle? Quel aveu, quel manque de courage. Cette fois c’est notre indépendance qui en prend un coup.
  3. Enfin la manière dont maints parlementaires veulent sanctionner la décision du peuple de la Crimée de se séparer de l’Ukraine contraste fortement avec l’enthousiasme mis à l’époque à reconnaître parmi les premiers la décision du Kosovo de faire sécession. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est-il différent selon la région de la planète? La politique du double standard qui caractérise souvent l’Occident a-t-elle contaminé nos parlementaires?

La neutralité exige souvent le silence. Les responsables d’un Etat qui se veut médiateur doivent apprendre à se taire, à ne pas condamner et – parfois – à déplaire. Question de courage, de dignité, d’indépendance, tout simplement. Cela vaut aussi pour les membres de notre Parlement. Une neutralité à deux vitesses n’est pas une imposture, car elle ne trompe ici personne, pas plus le peuple suisse que nos amis des deux bords! C’est pire: sous la forme d’un oxymore se cache la répudiation de notre valeur nationale fondamentale: la neutralité!    •

Source: Tribune de Genève du 5/9/14

1    L’expression «médiation» pour qualifier l’intervention de l’UE entre l’Ukraine et la Russie n’est pas appropriée, l’UE n’étant ni indépendante (par rapport à l’OTAN), ni neutre (elle a pris des sanctions contre la Russie), ni impartiale (elle est partie prenante dans le sort de l’Ukraine).

Le président de la Confédération Didier Burkhalter s’exprime au sujet de la neutralité

hd. A la fin de l’intervention traditionnelle du président de la Confédération helvétique devant l’assemblée générale du 8 septembre 2014 de l’«Association de la presse étrangère en Suisse et au Lichtenstein» (APES), Didier Burkhalter a répondu à quelques questions de journalistes. Nous documentons ci-dessous sa réponse à une question concernant la neutralité de notre pays.

Question d’un journaliste: N’avez-vous pas l’impression, que trop de neutralité peut nuire à la neutralité ?

Didier Burkhalter: Tout au contraire. C’est exactement l’inverse et c’est aussi ma conviction. Vous savez, nous sommes convaincus que le monde a intérêt, de temps en temps, à avoir quelqu’un d’un peu différent. Il n’a pas un énorme intérêt d’avoir une Suisse qui serait le 29e Etat de l’Union européenne. Il y en a déjà 28, il n’y a pas besoin d’un 29e. Une neutralité qui n’en est plus une, ne sert à personne. Le monde a besoin d’une réelle neutralité, car il n’y en a plus beaucoup. Alors, c’est vite répondu: en effet, je suis convaincu que notre neutralité est une très bonne chose parce qu’elle est utile pour tout le monde, pas seulement pour nous. Evidemment, il faut aussi gérer certaines contradictions. En Suisse, nous avons beaucoup de sécurité, nous avons également un environnement économique qui était jusqu’à présent très stable – actuellement un petit peu moins – mais en comparaison avec le reste du monde, notre économie est stable. Par conséquent, nous sommes assez attractif, ce qui peut toujours susciter une certaine jalousie. Il y aura toujours quelques fautes et on va évidemment les critiquer et c’est bien ainsi. On améliorera encore notre modèle et à l’avenir, nous serons encore plus fort. Nous, nous n’avons pas de problèmes avec cela – tout au contraire.

Source: www.radiozones.com/rep_conf_didierburkhalter.php, du 8/9/14

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