25 ans après l’ouverture du Mur de Berlin – quelles sont les leçons à tirer?

25 ans après l’ouverture du Mur de Berlin – quelles sont les leçons à tirer?

par Karl Müller

Le 9 novembre c’est l’anniversaire de la première ouverture du Mur de Berlin pour les citoyens de l’ex-RDA. Il y a 25 ans ce jour fut une journée pleine de joie pour beaucoup de gens. Mais l’espoir que les portes s’ouvriraient également vers un meilleur monde ne fut pas réalité. Bien au contraire – des organisations humanitaires estiment que le nombre déjà très élevé des régions en crise augmentera dans les années à venir. L’ordre international se trouve dans une situation très fragile, et le développement économique et social ne se passe pas bien dans de nombreux pays.
Ce n’est pas un hasard, cette situation résulte de fausses décisions politiques prises délibérément au cours des 25 dernières années – non pas en vue du bien commun, mais en faveur d’intérêts particuliers d’un petit nombre de personnes.
Trois interviews publiées les semaines passées montrent de quoi il s’agit.
La première interview est accordée par l’ancien défenseur des droits civiques de la RDA, le théologien protestant Friedrich Schorlemmer à la radio Deutschlandfunk. Cette interview fut une réaction à la requête de quelques politiciens de l’Allemagne de l’Ouest qui voulaient qu’on considère la RDA comme Etat anticonstitutionnel et voulaient délégitimer par là tout ce qui en venait. Schorlemmer s’y opposa. Il déclara entre autre: «Cet argument massue empêche toute prise en compte de ce qu’était et voulait la RDA. […] Il faut aussi comprendre les intentions qui étaient à l’origine de la RDA en 1949. Si même un homme chassé de la RDA, à savoir le grand Hans Mayer, estime que la RDA constituait un essai et si l’on abstient du pathos de l’hymne national de Becher «Lasst uns pflügen, lasst uns bauen, lernt und schafft wie nie zuvor [Labourons, bâtissons, apprenez et travaillez comme jamais auparavant], c’étaient des idées d’une haute valeur éthique. De mon point de vue on essaya des choses impossibles en appliquant des moyens inappropriés. Mais désigner le tout comme Etat de non-droit, cela nous induit en erreur. […] Révolution pacifique cela veut aussi dire que les uns n’ont pas procédé aux pendaisons et les autres n’ont pas tiré. Pourquoi ne pas leur faire hommage? Il ne faut pas s’incliner devant eux. Mais dire, bien fait, Monsieur Hans Modrow, il a empêché la guerre civile à Dresde de sa propre initiative, ou bien aussi Roland Wötzel, à Leipzig. Je trouve qu’il faudrait reconnaître qu’ils ont fini par céder le pouvoir de manière pacifique, et de ce fait nous avons pu organiser la démocratie de nos propres forces. Je pense qu’il ne faut pas oublier ceci. Il suffit de mettre au pilori aussi bien le régime pénitentiaire en RDA que le droit pénal politique, c’est ce qu’on est en train de faire sans cesse aujourd’hui. Mais cela ne touche pas toute la réalité de la vie des humains, sans parler des mobiles des humains qui pensaient que la RDA était la bonne réponse à l’histoire fatale de l’Allemagne. Il faut évaluer tout ceci de manière différenciée et sans relativiser. Mais il ne faut pas diaboliser la RDA. Parmi les responsables du système il y avait aussi des gens qui aspiraient à quelque chose de précieux, à savoir l’abolition de l’aliénation, de l’exploitation de l’homme par l’homme, tout cela – comment disait-on à l’époque – avec le peuple, pour le peuple et par le peuple.
Les élites de l’Allemagne de l’Ouest n’aiment pas entendre de tels propos. Ils ne conviennent pas au schéma blanc et noir, ne conviennent pas à la suffisance aveuglée de l’Ouest et gênent avant tout la prétention au pouvoir d’une petite minorité.
La deuxième interview a été menée par la radio Deutschlandfunk (14/10/14) avec le scientifique de l’économie, Max Otte. Max Otte fut avec Eberhard Hamer l’un des économistes peu nombreux à prédire déjà très tôt la crise financière mondiale qui avait commencé en 2007. Maintenant il a commenté l’effondrement actuel de la conjoncture. Max Otte déclare entre autre: «C’est un fait que la politique a de moins en moins d’options, que cet effondrement de l’activité économique est peut-être beaucoup plus grave que celle de 2008. Nous en sommes sortis grâce à la multiplication de l’argent bon marché, mais la politique des banques centrales vient d’arriver à ses limites. Nous sommes arrivés à un taux d’intérêt de zéro, il s’agit d’intérêt de pénalité. Cela rappelle un peu l’époque ultérieure de la RDA où l’on construisit aussi de tels villages Potemkine. […] Si cela nous touche maintenant, il y aura probablement une spirale vers le bas dans toute l’économie mondiale. […] Ces grosses sommes d’argent que nous avons imprimées ont coulé vers les banques, en partie dans des secteurs spéculateurs, et ne sont pas arrivées là où il aurait fallu à savoir dans le Sud, dans les classes moyennes d’Allemagne, où les investissements sont sensés. […] Cette fois-ci la situation est plus grave qu’elle ne l’a été depuis des décennies, car nombreuses crises il y a et les banques centrales sont à bout de leur politique.»
Max Otte ajouta encore deux réflexions sur le déclin économique qui se dessine en Europe. «Nous avons pris trop tôt et trop fortement des sanctions indicibles contre la Russie, lesquelles touchent surtout l’Allemagne et l’Autriche.» Et de continuer dans le domaine de la haute technologie, l’Europe devrait «se défaire de la dépendance totale de l’Amérique.» Les Européens étaient, sous cet angle «en principe à la traîne des Etats-Unis.»
Le partenaire de la troisième interview était le propriétaire de l’entreprise textile Trigema, Wolfgang Grupp, considéré comme l’un des membres les plus reconnus de la classe moyenne en Allemagne. Il s’est expliqué devant le magazine Compact (10/2014) et il n’a pas du tout caché son opinion sur la politique des sanctions contre la Russie. «Ma position contre les sanctions ne repose pas sur des mobiles économiques, et encore moins sur des mobiles égoïstes. L’exportation de produits Trigema vers la Russie est au point zéro. Pour moi, il s’agit de la paix sur notre continent. Il n’est pas question de se laisser entraîner par les Américains dans une nouvelle Guerre froide. Les gros profiteurs de la politique des sanctions, ce sont en effet les Etats-Unis. Les Américains n’échangent guère de marchandises avec la Russie, mais veulent nous l’interdire et la raison est claire: pour les Etats-Unis l’Europe est leur concurrent le plus important sur le plan économique et ils veulent l’affaiblir par ces sanctions.»
Et quant à la Russie il ajoute: «Il n’y a plus de Staline ni de Brejnev, à Moscou, et beaucoup de choses se sont passées depuis Gorbatchev. Poutine a continué sur cette voie et aussi devrions nous le traiter avec égard. Certes, nous pouvons critiquer mais pas nous comporter en précepteur.»
Il serait bon de réfléchir sur les rapports intérieurs entre l’état actuel de l’Europe et du monde et sur la façon dont on traite l’ex-RDA, à l’Ouest, depuis 25 ans déjà. Le tableau en noir et blanc, l’arrogance et la pédanterie sont les «idiots utiles» d’une politique de force et d’intérêts qui est glaciale. Et pour nous en immuniser, il faut tout bien examiner, penser de manière autonome, se poster sur un pied d’égalité avec tous les êtres humains de ce globe. 25 ans après l’ouverture du Mur de Berlin, ceci est aussi une leçon à tirer de l’Histoire.    •

Le Pape François lors de la Journée mondiale de l’alimentation: solidarité mondiale pour une économie durable

Le Pape François a rendu hommage aux familles rurales en tant que modèle pour l’agriculture durable. Lors d’un message adressé au directeur général de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture des Nations Unies (FAO) à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation du 16 octobre, le Pape François a lancé un appel pour protéger et développer le potentiel des petits agriculteurs du monde entier et pour promouvoir leurs méthodes de travail. La famille rurale est un modèle de responsabilité face à la création et au travail coopératif, voilà ce qu’a souligné le Pape dans sa lettre adressée à José Graziano da Silva que le Vatican a publié ce vendredi. De telles formes de gestion durable doivent être davantage appréciées au niveau local, national et international.

Un paradoxe dramatique de notre temps: le gaspillage et la faim

Lors de la Journée mondiale de l’alimentation, François appelle la communauté internationale à renforcer ses efforts conjoints dans la lutte contre la faim. Il rappelle que la crise mondiale et les conflits actuels sont principalement au détriment des pauvres dans le monde. Le fait que dans certaines parties du monde des êtres humains soient affamés et que dans d’autres parties la nourriture soit gaspillée est «un des paradoxes les plus dramatiques de notre époque», explique le Pape. La baisse générale des fonds publics pour l’aide au développement contribue à cette «situation préoccupante». Le Pape a fermement exprimé son opposition contre la spéculation sur les denrées alimentaires au nom du «dieu Profit».

Le Pape fait appel à une économie mondiale équitable

Dans sa lettre, François invite en outre à repenser globalement la politique d’aide et de développement. Selon le Pape François, il faut garantir aux pays vivant principalement de l’agriculture, l’«autodétermination de leur propre marché». Les règles internationales des modes de production et de commerce doivent y être adaptées. Le Pape a fait appel à une économie mondiale équitable partant de l’être humain et de la protection de la création: «C’est peut-être la seule façon de construire un authentique avenir de paix.»

Source: Communiqué du 17/10/2014,
http://de.radiovaticana.va/news/2014/10/17/papst_zum_welternährungstag:_globale_solidarität_für_nachhaltiges/ted-831481

(Traduction Horizons et débats)

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