La libre circulation des personnes de l’UE n’est pas un projet humanitaire

La libre circulation des personnes de l’UE n’est pas un projet humanitaire

Une contribution au débat concernant la votation du 9 février 2014

par Dieter Sprock

En acceptant l’initiative populaire contre l’immigration de masse, les citoyens suisses ont exprimé le souhait de pouvoir à nouveau décider et réguler eux-mêmes l’immigration dans leur pays – ni plus et ni moins! Il n’est pas difficile de comprendre qu’un petit pays comme la Suisse, avec 8 millions d’habitants, ne peut guère supporter l’immigration de 100?000 personnes par an. L’Allemagne, avec ses 80 millions d’habitants, devrait en comparaison prendre en charge un million d’immigrés. En réalité, elle arrive déjà à ses limites avec les 400?000 personnes actuelles. Dans les autres pays européens la situation est semblable.
C’est pourquoi les pays de l’UE ont suivi avec grand intérêt la votation contre l’immigration de masse. Il est très probable que l’accord aurait été encore plus élevé si les citoyens avaient eu la possibilité de s’exprimer sur cette question.
Cette votation a eu lieu en février de l’année passée. Depuis, les médias grand-public nationaux et internationaux n’ont guère laissé passer un jour sans mentionner cette décision des citoyens suisses, souvent en relation avec les accords bilatéraux et la libre circulation des personnes. Souvent ces articles contenaient de grosses insultes et des diffamations absurdes. On a caractérisé les personnes ayant soutenu l’initiative – et c’était la majorité des votants – d’être d’extrême droite, xénophobes ou même racistes tout en dépeignant notre pays comme isolationniste et misanthrope.
La libre circulation des personnes n’est cependant pas un projet humanitaire. Elle fait partie des «quatre libertés fondamentales» du marché intérieur de l’UE avec la libre circulation des capitaux, des marchandises et des services. Ces quatre «libertés» – représentant en réalité un dictat du monde financier – servent surtout à réaliser au sein de l’UE un marché intérieur sans aucune restriction et en aucun cas à l’élévation du niveau de liberté des citoyens individuels. Tout au contraire, elles limitent massivement les possibilités des citoyens de décider eux-mêmes de la politique et de la réalisation de l’économie dans leur pays et elles conduisent ainsi à une réduction massive de la démocratie. Ceci vaut aussi pour la Suisse qui a payé cher sa participation au marché intérieur européen avec les accords bilatéraux.

Conséquences de la libre circulation des personnes

Dans les pays économiquement faibles, la libre circulation des personnes aboutit à l’exode des forces les plus fortes et les mieux formées, des personnes manquant par la suite pour le développement de l’économie et des infrastructures de leur pays. Inversement, on peut baisser les salaires dans les pays riches puisque la nouvelle main-d’œuvre est à disposition de manière presque illimitée. Aujourd’hui, il s’avère que ce développement a mené dans certains pays à négliger sérieusement l’enseignement et la formation des nouvelles générations. Un cercle vicieux dont on ne peut guère trouver d’issue sans changer le système.
Mais, suite à l’acceptation en Suisse de l’initiative populaire sur l’immigration de masse, l’UE insiste sur le respect de la libre circulation des personnes, bien que ou plutôt parce que plusieurs pays membres ne veulent plus la respecter. En persistant dans son entêtement à l’égard de la Suisse elle veut montrer par ce modèle qu’elle n’abandonnera pas le principe de la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’UE.

Questions aux membres de la gauche et des Verts

On peut d’une certaine manière comprendre que certains représentants du monde de la finance et de l’économie veulent garantir le maintien de la libre circulation des personnes, car il s’agit d’argent, de beaucoup d’argent et de pouvoir. Mais si des membres de la gauche et des Verts soutiennent la libre circulation des personnes, cela soulève certaines interrogations, car ce sont eux, qui se réclament d’être les représentants de la population des travailleurs.
Il est incontesté que dans notre système actuel, dont fait partie la libre circulation des personnes, le fossé entre pauvres et riches se creuse de plus en plus. Vu sous cet angle, l’initiative contre l’immigration de masse devrait être un sujet de prédilection de la gauche et des Verts. Pourquoi donc cette lutte contre les intérêts de leurs propres électeurs? •

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