«Face à la dictature planétaire des oligarchies du capital financier globalisé, de leurs séides et de leurs mercenaires»

«Chaque individu est certes le produit d’une socialisation collective et particulière, contingente, historique, dépendante, mais le noyau le plus intime, le plus singulier, échappe à cette classification. Or la conscience intime, négligée par les analystes marxistes, est une force historique puissante.» (p. 59)

«Face à la dictature planétaire des oligarchies du capital financier globalisé, de leurs séides et de leurs mercenaires»

par Thomas Kaiser

Jean Ziegler, professeur de sociologie émérite, est connu pour ses discours perçants, soit au sein du Conseil des droits de l’homme de L’ONU dans sa fonction de rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation où il fustigeait les crimes commis par l’humanité laissant mourir des hommes à côté de champs fructueux en possession de grands groupes agroalimentaires internationaux, soit pour sa prise de position devant le comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies dénonçant de façon concrète les conséquences dévastatrices de sanctions unilatérales pour la population concernée. Cet engagement se révèle à nouveau dans son livre «Retournez les fusils! Choisir son camp.» paru récemment.*

«La faim et la misère sont de retour en Europe»

Le nouveau livre de Jean Ziegler donne un aperçu de ses idées et de ses riches expériences gagnées lors de ses nombreux voyages et de ses mandats internationaux. Un seul article ne suffit pas à donner un aperçu de la richesse du contenu. Ses expériences et impressions sont toujours sujet au débat sur le système néolibéral mondialisé actuel. Par le récit de ses expériences Jean Ziegler touche le lecteur au plus profond, lorsqu’il révèle par exemple que, dans des pays émergents tels le Brésil ou l’Inde, parallèle à la richesse grandissante une incroyable pauvreté existe. Dans un monde vivant dans l’abondance, où 30% des aliments sont jetés dans les poubelles, où les 200 plus riches de notre planète possèdent plus que l’équivalent du produit intérieur brut de la France, les regards vides des affamés accusent silencieusement cette injustice. L’écart entre les pauvres et les riches n’existe plus seulement dans les pays émergents ou en voie de développement, mais aussi en Europe et représente une nouvelle dimension du système économique néolibéral qui prétend la prospérité pour tous.
«La faim et la misère sont de retour en Europe. Selon l’UNICEF, en 2013, 11% des enfants espagnols en dessous de 10 ans ont été gravement et en permanence sous-alimentés.» (p. 13) Abstention est faite des pays tels que la Grèce ou le Portugal où le taux très élevé de jeunes chômeurs entraîne des problèmes d’ordre social.

La compassion humaine

Jean Ziegler voit clairement que tout cela n’est pourtant pas une fatalité. Actuellement, nous serions en mesure de faire disparaître la pauvreté et la faim. «Les souffrances matérielles, elles, qui affligent des centaines de millions de nos contemporains, pourraient être abolies demain matin.» (p. 18) En lisant son livre, on comprend d’où Ziegler puise son optimisme. La conviction que rien ne doit rester tel quel et qu’il y a toujours des possibilités de changer l’état du monde donne une grande force créatrice.
Un épisode qui s’est passé au Brésil et décrit au début du livre accompagne le lecteur tout au long de la lecture. Il reflète ce qu’on ressent dans les prises de position de Jean Ziegler, à part sa nature combative, sa compassion humaine: «Jamais je n’oublierai les yeux du gosse. Je me levai sous un prétexte quelconque et retrouvai l’enfant dehors, assis sur les rochers bordant la mer. Il s’appelait Joaquim. Il n’avait pas de haine, mais l’angoisse l’étouffait. Son histoire était banale: son père, coupeur de canne migrant, tuberculeux, au chômage depuis deux ans, ses quatre petits frères et soeurs et sa mère malade l’attendaient depuis le matin dans une hutte du bidonville, de l’autre côté de la lagune. Le gain des quelques noix vendues durant la nuit constituait le seul revenu de la famille.
Joaquim avait les yeux fiévreux, il était tenaillé par la faim. Le cuisinier passa la tête par une fenêtre de la taverne: je lui demandai de servir un repas à l’enfant sur les rochers. Lorsque les plats arrivèrent, Joaquim saisit un vieux journal, l’étala sur la pierre. Des ses doigts tremblants, il y vida l’un après l’autre les plats – riz, poulet, feijão, caruru, laitue, gâteau –, ficela le paquet et disparut dans la nuit. Oubliant sa propre faim, il allait porter ces aliments à sa mère, son père, ses frères et soeurs.» (p. 10)
Ce garçon représente des millions d’enfants vivant dans une pauvreté extrême qui n’ont cependant pas perdu le sens de la responsabilité pour les membres de leurs familles.

«Le désir des peuples d’être indépendants, libres et heureux»

Dans son livre, Jean Ziegler essaie de refléter son engagement pour un monde plus juste et contre l’injustice sociale créée par les hommes, cette réalité amère plus actuelle que jamais. Au premier chapitre intitulé «A quoi sert un intellectuel?», Ziegler, lui-même intellectuel, essaie de répondre à cette question. En prenant plusieurs sociologues en exemples, il démontre de façon crédible comment leurs idées ont parrainé la lutte contre le colonialisme et la création des mouvements de libération.
Dans l’interaction entre les différentes cultures, Jean Ziegler voit le rapport entre le désir des peuples d’être libres et indépendants et l’engagement de quelques personnalités de soutenir ces développements: «C’est ainsi que l’effort de l’intellectuel, pour comprendre ce monde tel qu’il est et pour le transformer, coïncide nécessairement avec le désir des peuples d’être indépendants, libres et heureux.» (p. 39)
Tout un chacun réfléchissant à la situation des hommes dans ce monde, a comme base les idées de son for intérieur. Jean Ziegler, comme il l’a déclaré à la Radio SRF, se considère comme marxiste, ce qui montre son fond politique. Sa franchise ne laisse douter de sa patrie philosophique et spirituelle. Il est plus honnête que nombre d’hommes politiques et hommes d’affaires rusés qui prétendent élargir l’Etat social tout en réfléchissant en réalité à la liquidation des services publics par TTIP et TiSA dans le but d’en tirer profit.

«La conscience intime … une force historique puissante»

Se référant à la théorie marxiste, Jean Ziegler part de l’idée d’une société de classes née des conditions économiques. Mais il ne serait pas Jean Ziegler s’il ne donnait pas sa propre version du marxisme. Outre tout dogmatisme inhérent au marxisme, Jean Ziegler tire les conclusions suivantes: «Chaque individu est certes le produit d’une socialisation collective et particulière, contingente, historique, dépendante, mais le noyau le plus intime, le plus singulier, échappe à cette classification. Or la conscience intime, négligée par les analystes marxistes, est une force historique puissante.» (p. 59)
La question de la conscience que Jean Ziegler met au centre de toute action humaine et de l’état émotionnel des gens est d’une importance capitale. Les résultats des recherches antropologiques modernes confirment ce que Jean-Jacques Rousseau et Immanuel Kant ont formulé plus de deux cents ans déjà. Dans son for intérieur, l’homme est un être social. Un ordre économique «glorifiant la concurrence à outrance entre les êtres» et traitant «comme quantité négligeable des millénaires de patients efforts civilisateurs», va à l’encontre de la nature sociale de l’homme. (p. 77)
Jean Ziegler soumet la théorie néolibérale de l’économie à une vive critique car elle ne sert pas le bien commun mais encourage l’enrichissement individuel. Les pères fondateurs de cette théorie, Adam Smith et David Riccardo étaient convaincus que le commerce sans entraves créerait de la prospérité pour tout le monde. «Selon Smith und Riccardo, il existe une limite objective à l’accumulation des richesses. Celle-ci est liée à la satisfaction des besoins. Le théorème s’applique aux individus comme aux entreprises.» (p. 79) Pour l’individu cela veut dire: «Lorsque la muliplication des pains atteint un certain niveau, la distribution aux pauvres s’opère presque automatiquement.» (p. 80) L’idée que la richesse se répand du haut en bas est peut-être vrai dans certains cas et à condition d’une profonde attitude humaine très plausible; mais dans un monde où l’on donne trop de poids à la liberté individuelle, le bien commun est laissé pour compte. «C’est dans ces conditions nouvelles que la guerre mondiale contre les pauvres … se poursuit.» (p. 81)

«L’Etat est donc aussi un rempart pour les faibles»

Quand Ziegler analyse le rôle de l’Etat, de l’Etat-nation, il le fait d’abord en partant de la théorie marxiste qui comprend l’Etat comme instrument de domination des puissants. «La machine de l’Etat … est une arme de la lutte des classes. La classe dominante l’utilise au service exclusif de ses intérêts de classe.» (p. 137) Que cela corresponde aux dictatures et aux Etats autocrates ne se laisse pas nier. Mais peut-on dire cela de façon générale?
Malgré toute critique de la politique de beaucoup d’Etats et la conception marxiste considérant l’Etat comme instrument des riches, Jean Ziegler doit constater: «L’Etat est, dans certains domaines limités, une puissance de progrès. Sans l’action de l’Etat, les personnes âgées, les jeunes, les employés, les ouvriers seraient livrés sans défense à la sauvagerie du capital. Grâce à lui, il existe partout en Europe des écoles admirables, des universités, des institutions culturelles, des hôpitaux, des caisses de sécurité sociale, des tribunaux de prud’hommes et de multiples et efficaces institutions de protection des salariés, des retraités, des chômeurs. Au moyen de la fiscalité, l’Etat opère d’énormes transferts internes du revenu national. Il est le garant d’une justice sociale embryonnaire.» (p. 158) Le rôle positif de l’Etat est en fin de compte aussi un résultat des Lumières qui avaient posé l’homme au centre de l’action étatique en créant ainsi les bases de l’Etat moderne des citoyens dont la démocratie directe suisse représente une des formes les plus réussies. Ainsi l’Etat moderne démocratique s’est développé d’une association d’intérêts des puissants vers une représentation élue de ses citoyens. «L’Etat est donc aussi un rempart pour les faibles. Mais, aujourd’hui, ce rempart se délite.» (p. 159)

«La privatisation de l’Etat détruit la liberté de l’homme»

C’est le point de départ de la critique que Ziegler émet sans équivoque contre les conditions prévalentes. «La croissance du pouvoir du capital financier globalisé, le dogme néolibéral du ‹moins d’Etat›, la privatisation du monde affaiblissent désormais la capacité normative des Etats. Ils placent sous leur tutelle les parlements et les gouvernements. Ils vident de leur sens la plupart des élections et presque toutes les votations populaires. Ils privent de leur pouvoir régulateur les institutions publiques. Ils étouffent la loi.» (p. 159)
C’est exactement ce que le professeur en économie, Marc Chesney, décrit sans fard dans son livre intitulé «Vom grossen Krieg – zur permanenten Krise – Der Aufstieg der Finanzaristokratie und das Versagen der Demokratie» [De la grande guerre – à la crise permanente – La montée en puissance de l’aristocratie financière et la défaillance de la démocratie]. L’Etat est dominé par l’économie. C’est celle-ci qui décide du genre d’impôts, des conditions d’implantation imposant ainsi les conditions cadres favorable à ses intérêts. Dans un tel système, ce sont les grandes entreprises financières et économiques qui décident de la politique et non plus les citoyens. Lorsque l’économie est superposée à la politique et l’action étatique ne fonctionne plus que sous le point de vue de la rentabilité, le bien commun est sacrifié aux affaires privées. C’est alors que l’Etat démocratique où le peuple incarne le souverain se meurt.
Tout ce processus mène finalement à la privatisation de l’Etat et par là même à la fin de la démocratie.
«La privatisation de l’Etat détruit la liberté de l’homme. Elle anéantit la citoyenneté.» (p. 164)

«La nation risque alors effectivement de mourir»

Que les magnats de l’industrie inventent toujours de nouvelles ruses et qu’ils sont en train de renforcer leur influence internationale par toutes sortes de moyens, se reflète dans différents traités à l’aide desquels les puissants tentent d’assurer et d’accroître leurs propres bénéfices. Jean Ziegler n’épargne pas ses critiques quant au nouveau traité de libre-échange, en particulier entre l’UE et les Etats-Unis, le TTIP (Transatlantik Trade Investment Partnership). Il s’agit de la création de la plus grande zone de libre-échange n’ayant jamais existé dans l’histoire de l’humanité. Les négociations se déroulent à huit clos. De temps en temps de petites bribes d’informations s’en échappent. Cependant, selon Jean Ziegler, l’envergure de ce projet va bien au-delà du libre-échange:
«Si le TTIP aboutissait, il scellerait la mainmise définitive des sociétés transcontinentales privées sur les politiques économiques et financières des Etats. La clause centrale de l’accord est celle qui prévoit la création d’une cour arbitrale. Si jamais cet accord était signé, si le nouveau Parlement européen l’approuvait, s’il était ratifié par les vingt-huit parlements nationaux des Etats-membres et s’il entrait en vigueur, toute société transcontinentale privée pourrait porter plainte contre tout Etat qui aurait pris une décision défavorable à ses intérêts ou à sa volonté.» (p. 169) Les conséquences en seraient dévastatrices.
Mais on n’en est pas encore là. Il y a de la résistance. Chez notre voisin, en Allemagne, les gens descendent dans la rue et manifestent contre ces traités monstrueux servant seulement aux grands groupes multinationaux et à personne d’autre. Alors que chez nous, en Suisse, le Conseil fédéral réfléchit encore si et comment il veut s’aligner au TTIP, dans beaucoup d’autres pays européens, on récolte déjà des signatures pour une initiative européenne combattant la conclusion des traités. Jusqu’à présent, on vient de collecter deux millions de signatures. Si jamais la résistance s’accroît, les Etats-membres de l’UE ne pourront guère ignorer leurs propres populations.
Comme les développements économiques – s’ils s’imposent – mèneraient à la destruction totale des Etats nations démocratiques, Ziegler conclut: «Sous l’effet de la privatisation du monde et de l’idéologie néolibérale qui la fonde, la nation risque effectivement de mourir.» (p. 183)

«Les trois quarts des nations africaines ne jouissent aujourd’hui d’aucune souveraineté réelle»

A l’exemple du continent africain, Ziegler explique comment on détruit nations et cohésion sociale. Ici, Ziegler est dans son élément. Ceux qui s’intéressent à l’histoire coloniale, apprennent beaucoup d’aspects intéressants. A l’exemple de différents pays, il illustre l’histoire douloureuse des peuples africains qui reste aujourd’hui encore une triste réalité. Rappelons-nous les tragédies qui se sont déroulées ces derniers jours et mois sous nos yeux en Méditerrannée. L’époque de la colonisation, qui avait mené à une destruction de la culture africaine, est responsable du morcellement du continent africain et par là même d’une grande partie des conflits actuels. Les frontières ont été tracées selon les intérêts des puissances coloniales sans égard pour les régions tribales de la population africaine.
«Les grandes et moyennes puissances coloniales disposaient alors de l’Afrique à leur guise. Ils dépeçaient le continent, y découpaient des possessions, écartelant des peuples, détruisant des systèmes culturels, des identités collectives traditionnelles, pillant, brûlant, violant, volant les richesses du sol, de la forêt et des hommes, au gré de leurs intérêts égoïstes.» (p. 203)
Lorsque après la Seconde Guerre mondiale, les Etats coloniaux puissants, la France et la Grande-Bretagne, ont dû successivement abandonner les régions conquises, en raison de leur propre faiblesse, mais aussi en raison d’une vague de souveraineté qui avait saisi les Etats asservis, on les a officiellement déclarés «indépendants». Pourtant ils ne sont pas vraiment souverains jusqu’à présent. «Plus d’un demi-siècle plus tard, l’Afrique, avec cinquante-quatre Etats partageant son territoire est le plus morcelé, le plus divisé de tous les continents. Les projets de Bamako et de Manchester, le rêve de libération continentale, d’insurrection panafricaine ont échoué. Et les trois quarts des nations africaines ne jouissent aujourd’hui d’aucune souveraineté réelle.» (p. 186)
La politique des puissances coloniales européennes a favorisé la création d’élites dans les régions conquises et occupées. En les soutenant et les protégeant et en leur accordant des mandats politiques les colonisateurs pouvaient maintenir leur influence sur la politique de ces pays déclarés «indépendants». «Cette criminalité d’Etat fut implacable: il fallait, à tout prix, éliminer les leaders nationalistes authentiques afin de remettre le ‹pouvoir› à des ‹élites› autochtones préparées, suscitées et contrôlées par le colonisateur.» (p. 198)

«La souffrance d’autrui me fait souffrir»

Bien que dans le chapitre intitulé «Comment naît et se produit la société?» Ziegler fasse sans cesse recours à la théorie marxiste de la lutte de classes considérée comme constituante dominante, il finit par revenir aux composants principaux anthropologiques de l’existence humaine. «Tout homme veut être heureux, désire manger, se protéger du froid, de l’angoisse, de la solitude. Tout homme – à quelque continent, nation, classe, culture, ethnie, âge qu’il appartienne – craint la mort, déteste la maladie. Or tout homme est habité par une conscience réflexive … Seul parmi toutes les espèces vivantes, l’homme possède une conscience de l’identité. Un enfant sous-alimenté est un spectacle insoutenable pour tout homme … La souffrance d’autrui me fait souffrir. Elle blesse ma propre conscience, la fissure, la rend malheureuse, elle détruit en moi ce que j’éprouve comme une ‹valeur› irréductible, le désir de ne pas souffrir, de manger, d’être heureux. Elle anéantit en moi ce que j’ai de plus précieux: mon ‹humanité›». (p. 273)
Les valeurs n’ont besoin d’aucune définition plus détaillée, elles sont inhérentes à la personne.
Bien que Ziegler ne cesse de dessiner une image plutôt sombre de la situation actuelle du monde, le lecteur est récompensé vers la fin du livre pour la perséverence dont il a témoigné en lisant les chapitres sur les démonstrations sociologiques. Ziegler découvre partout de petites pousses de résistance contre un monde qui s’est éloigné de la vraie condition humaine.
«Face à la dictature planétaire des oligarchies du capital financier globalisé, de leurs séides et de leurs mercenaires, un sujet historique nouveau se dresse: la société civile planétaire.» (p. 275)

Peu importe s’il s’agit de la «Via Campesina», un mouvement international de petits paysans, fondé en 1993 à Jakarta, du mouvement des sans-terre au Brésil ou des paysans français de la Confédération paysanne, fondée par José Bové, qui siège aujourd’hui au parlement européen comme représentant des paysans. Selon Ziegler la «Via Campesina», a mobilisé l’ensemble des mouvements paysans contre cette conception néolibérale des échanges agricoles. Il est paradoxal que ce soit en Afrique que les petits paysans risquent le plus de mourir de faim. Avec la crise financière de 2007/2008, «la situation des travailleurs ruraux et de leurs familles s’est encore considérablement aggravée. Le banditisme bancaire international ayant ruiné les marchés financiers, les grands prédateurs – les hedge funds, les banques multinationales, etc. – ont migré … du côté des bourses de matières premières.» (p. 286)La spéculation avec des produits agricoles a fait monter les prix des produits alimentaires de base si bien qu’ils ne sont plus accessibles pour la population, surtout dans les pays en voie de développement et permettent en même temps aux spéculateurs internationaux d’encaisser des profits exorbitants. La résistance se manifeste. Même «le gouvernement Suisse soutient les droits des paysans, leur refus des semences transgéniques, leur droit au for judiciaire étranger.» (p. 292) Malgré toute inquité, Ziegler témoigne d’une confiance qui se nourrit notamment de la conviction que l’être humain doué de compassion soit capable de l’action solidaire. «‹L’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi.› Je réitère et fais mienne cette évidence d’Emmanuel Kant. L’impératif catégorique est en chacun de nous. Il est le moteur de la société civile planétaire. La conscience de l’identité – moi je suis l’autre, l’autre est moi – est consubstantielle à l’homme.» (p. 275)Son appel «Change le monde!»1 porte en soi le germe d’encouragement. Les êtres humains ne sont pas objet mais sujet d’une société (démocratique). «Au sein de la démocratie l’impuissance n’existe pas. La plupart des oligarques sont originaires d’Amérique du Nord et d’Europe. Les citoyennes et les citoyens des ces Etats jouissent, selon la constitution, de tous les droits démocratiques, des libertés et des moyens nécessaires pour renverser les multinationales.» (Ändere die Welt!, p. 278) Ziegler encourage les gens à revendiquer leurs droits démocratiques afin de surmonter les injustices de ce monde. «… et demain déjà l’ordre mondial inhumain s’écroulera.» (Ändere die Welt!, p. 278)    •

1    Référence au titre de l’édition allemande

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