Lorsque l’endiguement met en danger l’Europe

Lorsque l’endiguement met en danger l’Europe

par Stefan Haderer

L’Union européenne est née comme projet de paix – actuellement une nouvelle crise des Balkans menace ce projet. Le fait que l’opposition macédonienne fasse tout pour faire tomber le gouvernement du Premier ministre Nikola Gruevski, rappelle des scènes curieusement similaires en Ukraine. Là aussi, il s’agit d’un Etat qu’on veut rendre de gré ou de force «mûr pour l’Europe». La politique d’endiguement de l’Occident semble en tout cas se répandre aux Balkans, qu’on veut nettoyer de toutes les relations russophiles. La stratégie est pourtant très dangereuse, car l’UE ne viendrait à long terme pas à bout d’une guerre civile transfrontalière et d’une catastrophe de réfugiés intereuropéenne.
Si des hommes politiques tel le ministre des Affaires étrangères autrichien Sebastian Kurz parlent d’une «stratégie des Balkans occidentaux» et d’une adhésion à l’UE envisagée pour la Macédoine, l’Albanie et le Kosovo, on se demande sérieusement dans l’intérêt de qui. Est-ce dans l’intérêt de la population civile qui vit toujours dans des tensions ethniques et qui lutte contre la radicalisation des terroristes en partie soutenus par l’Arabie saoudite? Est-ce dans celui de l’Union européenne qui serait sans aucun doute dépassée par l’adhésion hâtive d’Etats menacés de crises? Ou bien s’agit-il quand même de l’intérêt des Etats-Unis qui tiennent particulièrement à la chute de tous les gouvernements pro-russes afin d’empêcher par exemple des projets lucratifs de gaz naturel russe tel le gazoduc Turkish Stream en Europe du Sud-Est?
L’administration du président américain Barack Obama a depuis longtemps déterminé le chemin que la Macédoine devrait prendre. En juillet 2014, Victoria Nuland, première diplomate américaine responsable de l’Europe et de l’Eurasie et épouse du conseiller politique néoconservateur Robert Kagan, rendit visite au gouvernement de Gruevski dans la capitale macédonienne Skopje. Lors de cette visite, la femme politique défendant l’idée d’un «Euromaidan», de la révolution ukrainienne, assura que l’élargissement de l’OTAN était absolument prioritaire. Selon Nuland, la Macédoine mériterait sa «place légitime au sein de l’OTAN et de l’Union européenne».
Se référant à leur situation économique, la Macédoine et la Serbie n’avaient pas soutenu les sanctions envers la Russie, décision qui apparemment coûte cher à Gruevski et au gouvernement macédonien. Souvenons-nous de la menace de l’ancien président des Etats-Unis George W. Bush: «Celui qui n’est pas avec nous est contre nous.» C’est le crédo, dont le monde ressent de plus en plus les conséquences ces dernières années. Mais c’est également l’ordre auquel les politiciens européens se soumettent avec empressement en se référant à la sauvegarde des valeurs démocratiques.
Une nouvelle «révolution colorée» en Macédoine, comme la Russie la craint, est bien possible. On peut bien douter de voir ainsi la situation aux Balkans se stabiliser – une Europe sans conflits ne semble-t-il actuellement pas de priorité majeure.    •

Source: Wiener Zeitung du 19/5/15

(Traduction Horizons et débats)

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