Les raisons pour lesquelles les Grecs devraient voter «non»

Les raisons pour lesquelles les Grecs devraient voter «non»

par Karin Beindorff

Depuis des semaines, les tirs permanents des médias s’abattent sur le public d’ici et maintenant aussi sur les Grecs: soumettez-vous aux exigences des créditeurs, vous avez élu un gouvernement de gauche, envoyez-le balader. Bien que cela soit juridiquement faux, on déclare: si vous votez «non», vous vous faites non seulement virer de la zone euro mais aussi de l’Union européenne. On met tous les dysfonctionnements sur le compte d’un gouvernement en fonction seulement depuis cinq mois. Merkl, Hollande, Juncker, Schäuble, Schulze et d’autres dictant leur loi sur le plan politique, économique et financier invoquent une idée européenne, font semblant de vouloir préserver l’argent des citoyens et de lutter en faveur d’une croissance saine.
Manquent cruellement dans cette bataille propagandiste, d’une part les questions critiques de journalistes qui ne se mettent pas au service des groupes d’intérêt et d’autre part les faits concrets. Quelle est l’origine des dettes grecques, à qui profitent les crédits de plusieurs milliards, pourquoi notamment la politique allemande s’est-elle tant investie en faveur d’une entrée de la Grèce dans la zone euro?
Pourquoi la politique européenne fut-elle tellement indulgente envers les conservateurs et les socialistes d’Athènes, d’ailleurs connus pour leur népotisme, en leur accordant toujours d’autres crédits dont – les chiffres le prouvent – la population grecque ne profita en rien mais uniquement les créanciers et les exportateurs européens? Qui a profité du gigantesque armement d’Athènes autour duquel il règne maintenant un silence suspect, d’où est venu l’argent? Pourquoi ne débat-on pas ouvertement les exigences des eurocrates et publie-t-on dans des d’interviews peu critiques des affirmations sans preuves?

La politique d’austérité a échoué.

Il est évident que la politique d’austérité en Grèce a échoué: effondrement de 25% de la performance économique déjà faible, taux de chômage des jeunes de 60%, exode et existence de retraités cherchant de quoi manger dans les poubelles. La Grèce ne pourra jamais s’acquitter de la dette de 300 milliards d’euros, tout étudiant en économie nationale pourrait le démontrer.
Il est tout aussi évident que l’introduction de l’euro, accompagné d’un transfert de droits démocratiques aux institutions de l’UE sans contrôle parlementaire efficace, ne se fait qu’aux dépens des populations européennes dont de grandes parties ne cesse de s’appauvrir. Celui qui regarde bien les chiffres et les faits sociaux en Espagne, au Portugal et en Irlande, estimera le prix du petit essor. Mais les porte-paroles de l’austérité ont déjà fait leur deuil de ces gens-là. La politique de la zone euro prétend être un projet démocratique et se révèle lors de ce conflit être une politique d’intérêts financiers et économiques.

Crainte que la politique sans alternatives pourrait être reconsidérée

Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie américain vient de déclarer ces jours dans le quotidien anglais «Guardian» qu’il s’agissait moins d’argent et d’économie dans ce conflit de dettes, que de pouvoir et de démocratie.1 Les nouveaux mouvements sociaux s’accroissent et gagnent les élections. Ces derniers et également le gouvernement Tsipras s’investissent pour reposer les questions économiques sous des prémisses sociales. Dans l’Europe des partis établis la crainte circule maintenant que la politique d’austérité soi-disant sans alternatives face à la mondialisation, puisse être reconsidérée et débattue démocratiquement. La Troïka s’est elle-même embourbée dans l’impasse des 78% de dettes grecques pesant maintenant sur elle.
Elle veut s’en débarrasser aux dépens du peuple grec.
Seul un «non» d’une majorité de Grecs présentera une chance de pouvoir sortir de l’impasse.     •

1    cf. également Joseph Stiglitz: L’Europe contre la démocratie grecque. www.project-syndicate.org/commentary/greece-referendum-troika-eurozone-by-joseph-e--stiglitz-2015-06/french

Source: Deutschlandfunk du 4/7/15, www.deutschlandfunk.de/referendum-ueber-sparauflagen-warum-die-griechen-mit-nein.720.de.html?dram:article_id=324487
(Traduction Horizons et débats)

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