Aider l’énergie hydraulique

Aider l’énergie hydraulique

Seul atout d’une production indigène

par Pierre-Gabriel Bieri, Lausanne

La production d’électricité hydraulique en Suisse est confrontée à une forte concurrence étrangère. La Suisse a pourtant un intérêt stratégique à conserver une large autonomie énergétique. Les quelques 700 millions de francs de la taxe pour la «Rétribution à prix coûtant du courtant injecté» (RPC), affectés chaque année au développement des nouvelles énergies renouvelables, ne seraient-ils pas mieux investis dans une énergie tout aussi propre mais plus efficace?

L’électricité s’achète beaucoup moins cher

Faut-il aider les producteurs d’électricité hydraulique en Suisse, qui se plaignent de ne plus pouvoir couvrir leurs coûts dans la situation actuelle? Cette question mérite d’être examinée sérieusement.
Sur le marché européen, les prix ont considérablement chuté. Cela est dû, d’une part, à une demande plutôt faible résultant d’une situation économique morose et, d’autre part, à une surproduction liée au subventionnement massif de l’énergie solaire et éolienne, ainsi qu’à la faible taxation du CO2 issu des énergies fossiles (charbon, gaz). Ainsi, le prix de gros de l’électricité, qui était encore de 8 à 10 centimes/kilowattheure en 2008, se trouve actuellement à 3 à 4 centimes.
En Suisse, les entreprises de distribution de l’électricité profitent de ces prix bas. Elles n’en ont pas forcément un besoin impérieux, car même si elles doivent se montrer compétitives vis-à-vis des clients «grands consommateurs» (plus de 100'000 kWh par année) qui bénéficient désormais du libre choix de leur fournisseur, elles continuent en revanche à fixer librement le prix facturé à tous leurs autres clients «captifs». Il n’en reste pas moins que les distributeurs ont pris goût à la facilité de se procurer de l’électricité européenne à très bon marché. Les producteurs suisses, s’ils ne veulent pas être évincés, sont donc obligés de baisser eux aussi leurs prix, alors même que leurs conditions de production ne sont pas aussi avantageuses qu’à l’étranger.

Préserver une énergie propre et surtout abondante

La production d’électricité en Suisse repose à près de 60% sur l’énergie hydraulique. Avec la décision précipitée d’abandonner l’énergie nucléaire, qui couvre encore pas loin de 40%, et l’incapacité des «nouvelles énergies renouvelables» à prendre rapidement le relais (à peine 1% pour le solaire et l’éolien réunis), il apparaît vraisemblable qu’il faudra miser encore davantage à l’avenir sur les barrages et les installations au fil de l’eau. Sauf bien sûr à renoncer à l’indépendance énergétique et à accepter que la Suisse doive acheter toujours davantage d’électricité à l’étranger – avec les risques que cela suppose, ne serait-ce qu’en cas de capacité insuffisante du réseau de transport ou de pénurie ultérieure en Europe.
Si donc la Suisse veut conserver son seul moyen de produire une quantité suffisante d’électricité indigène – qui se trouve en outre être une énergie propre et renouvelable –, elle doit veiller à ce que les centrales hydrauliques conservent les moyens de financer leur exploitation, leur entretien, mais aussi leur renouvellement et leur extension. Faute de quoi cet outil – plus cher que ceux utilisés à l’étranger mais qualitativement supérieur – sera perdu.
Il est toujours douloureux d’envisager le subventionnement d’un outil de production. Il faut toutefois considérer que la production d’électricité a un caractère d’infrastructure pour la place économique helvétique, et qu’il est dès lors légitime que l’Etat s’en préoccupe. Surtout, il faut rappeler que des subventions importantes existent déjà à l’heure actuelle: la RPC a été conçue pour compenser la différence entre le coût de production et le prix du marché, via un fonds alimenté par les consommateurs à hauteur de près de 700 millions de francs en 2015.

Affecter la RPC là où elle serait la plus utile

Le problème est que la «grande hydraulique» n’a aujourd’hui pas droit à cette aide, réservée aux petits producteurs et aux nouvelles énergies renouvelables. On doit alors se poser la question: est-il pertinent de dépenser chaque année plusieurs centaines de millions pour subventionner le développement lent et incertain de capacités de production quasi-confidentielles, tout en laissant les grandes centrales, qui seules peuvent nous assurer immédiatement un approvisionnement suffisant, vaciller face à la concurrence étrangère? Ne serait-il pas plus efficace de consacrer, temporairement et pour surmonter cette période difficile, tout ou partie de la taxe RPC à aider nos meilleurs outils de production?
Au sein du Parlement, on semble avoir récemment pris conscience des difficultés auxquelles sont confrontées les centrales hydroélectriques suisses, ainsi que de la nécessité de les aider; mais les propositions avancées jusqu’ici restent timides, sans doute parce que personne n’ose évoquer une réorientation «utile» de cette taxe éminemment idéologique qu’est la RPC. Or, des mesures courageuses sont indispensables afin de sauvegarder ce précieux capital au service de notre prospérité.    •

Source: Service d’information du Centre Patronal du 18/8/15

Est-il pertinent de subventionner le développement lent et incertain de capacités de production quasi confidentielles, tout en laissant les grandes centrales hydroélectriques, qui seules peuvent nous assurer immédiatement un approvisionnement suffisant, vaciller face à la concurrence étrangère?

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