Pourquoi la Russie?

Pourquoi la Russie?

par Willy Wimmer

La question est légitime et elle doit être posée justement maintenant. Le 1er septembre on commémore le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, et c’était justement l’Union soviétique qui devait porter les conséquences, en vie humaine et en potentiel, d’une manière sans précédent de cette guerre meurtrière.
Dans quelques semaines nous pourrions fêter le vingt-cinquième anniversaire du jour où l’Allemagne est redevenu un seul pays, pays qui par la faute de ses dirigeants avait justement perdu lors de la Seconde Guerre mondiale son unité et bien plus. De pair avec le fort appui de Washington, c’était précisément Moscou qui nous en ouvrait le chemin, à nous Allemands. C’était Michail Gorbatchev, qui parlait d’une «maison commune d’Europe». Nous tous en Europe étions sûrs que nous pourrions oublier les frayeurs du passé et regagner l’un ou l’autre des appartements. La guerre était loin plus que jamais.
La maison commune d’Europe semblait avoir un fondement solide car la Conférence d’Helsinki (CSCE), née d’idées soviétiques et polonaises juste après la Seconde Guerre mondiale, s’avéra être une telle réussite qu’elle donna naissance à des négociations de désarmement entre les Etats ennemis puissamment armés qui ont pu être menées avec succès.
En nous remémorant cette époque et le 1er septembre, les festivités du 3 octobre sont d’emblée gâchées. Car, au lieu de la grande fête à Berlin avec ceux qui n’étaient non seulement présents jadis et aujourd’hui représentés par d’autres chefs d’Etats, le souci nous gagne de savoir si nous vivrons encore le 1er septembre de l’année prochaine. De nouveau des généraux allemands commandent avec autorité non loin de la frontière russe des formations internationales armées jusqu’aux dents. En Ukraine des troupes, portant des insignes militaires évocateurs du temps des nazis, sont envoyées à la frontière d’un pays qui doit associer ces insignes à la peur, la mort et l’anéantissement. Ceux qui ne sont pas encore membres de l’OTAN sont généreusement équipés et participent à des opérations militaires qui se dirigent seulement contre la Russie. La guerre n’a jamais été aussi proche.
Cela ne s’est pas passé du jour au lendemain. L’Amérique n’a pas contribué à améliorer l’incapacité européenne de Kiev, d’assurer une passation de pouvoir pacifique dans une période instable. Ce ne sont pas seulement les possibilités et les espoirs de l’Ukraine qui ont été anéanties avec le massacre du Maïdan, resté inexpliqué jusqu’à ce jour. Les événements ont atteint l’Europe au plus profond parce que la confrontation totale a passé outre la conciliation européenne. Chacun en Europe devrait se poser la question aujourd’hui, comment une grande partie de la population réagirait, si on tentait de les priver du jour au lendemain de leurs droits par un putsch. Surtout, si à cette occasion on pourrait aussi éliminer la présence de la marine russe avec sa fonction de ravitaillement du Proche Orient. Aujourd’hui il semble que le déroulement réel en Crimée nous a préservés d’une guerre qui semble devenir de plus en plus probable aujourd’hui.
Que nous est-il arrivé durant toutes ces années pour nous monter à ce point contre un pays et ses habitants alors que les Jeux d’hiver de Sotchi montraient de manière impressionnante notre culture européenne commune?
Une considération réaliste nous fait avouer l’incapacité des ministres des Affaires étrangères sur la place du Maïdan à Kiev, apogée de l’impuissance européenne qui a commencé bien avant, immédiatement après la réunification, la Charte de Paris en automne 1990, et la fin de la division de l’Europe. Nous étions les premiers en Allemagne à l’avoir ressenti et avons eu l’impression que «l’économie du marché à caractère social» et l’«Etat de droit démocratique» n’étaient dus qu’à la circonstance de ne pas laisser son propre territoire devenir la proie de l’autre.
Les conséquences de la division du point de vue économique étaient à peine envisagées qu’ à travers la «shareholder value» le système économique compensateur de l’économie sociale du marché prospère a pu être écarté. L’actuelle Chancelière fédérale s’est même laissée aller à exiger de réorganiser la démocratie d’une manière conforme au marché. Selon toutes prévisions, cela va aussi réussir par les conséquences du droit public connu dans l’accord de libre échange PTCI.
Ainsi l’Etat de droit démocratique qui a en Allemagne des racines largement plus profondes et solides que celles des Alliés sur le territoire allemand peut être également enterré avec le PTCI. On a vu ce qu’il en était du pouvoir de paix du droit international avec la guerre jubilée de l’OTAN en 1999 contre la République de Yougoslavie. Il n’en allait que d’instaurer un nouvel ordre international de droit dans l’intérêt des Etats-Unis. Donc non seulement l’idée de la Conférence d’Helsinki a été enterrée, mais également tout l’ordre du droit international élaboré en Europe depuis la guerre de trente ans.
N’y a-t-il pas eu beaucoup plus de changement? Une fois de plus on a signalé ces jours-ci que dans notre pays, la classe moyenne si prospère diminue fortement et que les gens pauvres deviennent encore plus pauvres. Des familles ne savent plus comment boucler leur fin de mois. Dans nos écoles on remplit le crâne des enfants avec la conception de l’homme qu’ils doivent adopter au futur. Le développement de la migration, qui heurte un gouvernement fédéral allemand démuni et une attitude européenne non existante, nous apportent des gens que notre politique et les guerres de nos alliées ont privés de toute existence. Comme ces gens viennent souvent de pays du Proche Orient, nommés berceau de notre culture, nous avons détruit leur et notre héritage.
Et maintenant contre la Russie? Est-ce les ressources naturelles de la Russie que l’on veut contrôler, comme cela paraissait être le cas il y a bien dix ans avec le cas Yukos, bien que l’on se chamaille plus aujourd’hui avec les Saoudiens à cause de la fracturation hydraulique. Où est-ce quelque chose d’autre? Vu d’une manière réaliste, cela devrait être autre chose et on peut le dire aussi dans un pays dont chaque année un demi-million de personnes traverse l’Atlantique. Chez nous peu ont envie de chercher un travail à Samara préfernat prospecter dans la Silikon Valley. Mais la Russie semble être la bête noire de ceux qui démontent nos Etats car elle défend des valeurs telles: patrie, croyance chrétienne et valeur de la famille.
Dans l’Occident déterminé par la guerre et la crise financière tout cela est malheureusement voué à disparaître. En s’abstenant d’analyser ce qui se passe réellement en Russie, cela devrait laisser les gens en Europe songeurs, surtout ceux qui maintes fois ont été trompés. Qu’est-ce qui donne du soutien? Pourquoi nous inciter à nous révolter contre la Russie et sa population? Est-ce parce que cela va à l’encontre des rêves sanglants de la seule puissance mondiale?    •

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