«A Moscou, on respecte les règles»

«A Moscou, on respecte les règles»

par Willi Wimmer

«Le président Poutine remplit le vide, créé notamment par le manque de conviction dans l’engagement des Etats-Unis dans le conflit syrien. Il est vrai que Washington attaque également certaines positions des djihadistes mais avec une intensité mettant en doute le sérieux de leurs actions.»

Klaus-Dieter Frankenberger dans uncommentaire dans la «Frankfurter Allgemeine Zeitung» du 8/10/15

A vrai dire, le sommet «suprême» de New-York aux Nations Unies s’est terminé trop vite. Ce n’est pas bien étonnant vu les «excès de bienvenues culturelles» diffusés tous les soirs sur les écrans. Il se peut donc que parfois certaines images ne se gravent pas aussi profondément dans la mémoire comme elles l’auraient méritées. Car à New York, il y a eu de telles images et il faut les retenir. Elles concernaient le président russe Vladimir Poutine et devinrent d’autant plus évidentes, plus le président américain était également présent sur les écrans. La différence n’aurait pas pu être plus frappante. Même dans une presse allemande de plus en plus contrôlée, la mine abattue du président Barak Obama ne pouvait être cachée. Son homologue russe était tout le contraire. Poutine semble avoir profité du fait que le G8 ait, pour ainsi dire dans une attaque d’auto-isolement, mis à la porte le président russe. Aujourd’hui encore, dans notre paysage médiatique, les images valent plus que mille mots. Poutine semble avoir profité de ce temps de liberté de l’emprise américaine. Il était détendu et n’hésita pas à le montrer au monde entier.

La Russie est de retour sur scène

Le contraste avec l’attitude occidentale envers la Russie, après le coup d’Etat occidental en Ukraine, n’aurait pas pu être plus clair. Surtout si l’on prend en considération le rôle du président russe lors de la Conférence sur l’Ukraine à Paris, quelques jours après le sommet «suprême» de New York. Depuis le sommet du G7 en Bavière, il semble que les affaires ont été triées. Outre l’OTAN, le G7/8 était l’expression la plus visible de la fonction de remorque de ces rencontres dans l’intérêt américain en tant qu’«unique superpuissance» et «nation indispensable». En expulsant la Fédération de Russie, l’Occident a lui-même mis fin à ce fantôme contre la nature. Depuis, le monde a visiblement changé.

Le contre-projet aux tueries et aux assassinats prend forme: la Russie se développe en défenseur suprême du droit international

Aussi triste que ce soit, mais l’attaque meurtrière des bombardiers américains contre un hôpital internationalement protégé dans la ville de Kunduz dans le nord de l’Afghanistan n’aurait plus été nécessaire. Il est suffisamment connu, et correspond à la réalité de la politique mondiale depuis près de deux décennies, que les Etats-Unis sont responsables de nombreuses tueries et d’assassinats. C’est un pouvoir garantissant la misère dans le monde. C’était carrément scandaleux d’entendre à l’ONU le président américain parler des méfaits de Bachar el-Assad. Les normes mentionnées à cette occasion devraient être appliquées à lui-même en tant que responsable des assassinats par drones. Ce ne serait pas non plus une mauvaise chose, s’il attrapait ses prédécesseurs par la peau du cou pour occuper la Cour pénale internationale de La Haye avec quelques tâches futures. Les innombrables appels téléphoniques de Washington à la chancelière allemande concernant le développement de la migration donne l’impression qu’à Berlin les instructions de Washington sont plus entendues que les préoccupations au sein du propre pays où un état hors la loi a été créé par décret gouvernemental.
La politique déclarée de la Fédération de Russie va dans un tout autre sens.
On peut le tourner comme on veut: des analyses insuffisantes suite aux examens entrepris sous direction néerlandaise concernant l’assassinat des passagers de l’avion abattu dans l’espace aérien de l’Ukraine jusqu’aux activités des forces armées russes en Syrie – Moscou respecte les règles imposées à l’Europe et au monde entier suite à une guerre mondiale meurtrière afin d’éviter une nouvelle guerre mondiale. Si, en tant qu’observateur européen, on y compare les dires de Washington, l’horreur nous envahit. Dans un pays, ne comptant plus que sur le terrible potentiel de ses forces armées et qui en est totalement dépend, les candidats présidentiels républicains se préparent pour nous annoncer la troisième guerre mondiale. Considérant le choix de leurs mots, l’Amérique, autrefois si fière et consciente de ses responsabilités, doit être arrivée à bout. Tueries et assassinats sont les perspectives venant de Washington au cas où le tour sera aux élèves de Bush, Cheney et McCain. Et, ce n’est pas une consolation de penser aux rivaux démocratiques. Cela commença avec Bill et Madelaine, il y a seize ans. Auparavant, il y eut la tentative de Henry Kissinger non pas seulement d’éliminer le droit international dans sa forme acceptée au niveau mondial, mais de le remplacer par un nouveau droit international au profit des intérêts américains.
Le pitoyable reste du département de droit international de l’Office allemand des Affaires étrangères, autrefois très fier de son autorité, en dit long pour l’Allemagne.
Quelques jours après la commémoration de l’unité allemande, il est important de rappeler que le droit international fut le pilier central de la réunification allemande. De la Conférence d’Helsinki de 1975 à la Charte de Paris de novembre 1990 ce fut le cadre juridique international qui rendit possible tous ces changements. Nous pouvions être fiers de tant de choses. Cela englobait aussi les «joyaux» de l’Office fédérale des Affaires étrangères: le département de droit international. En collaboration avec de célèbres experts autrichiens de droit international, Bonn prouva ses capacités et engrangea de belles réussites. Aujourd’hui, il n’y a plus guère personne qui sait que ce département existe encore. Cette «réalité» politique est synonyme également pour tout le pays. On y trouve entretemps une interprétation de la loi comme au temps des zars. Comme un fléau biblique, notre pays est touché actuellement par un mouvement migratoire qui se livre au principe: pas de frontières, pas d’Etat. Il faut que l’effondrement de la Bavière soit imminent pour susciter une sérieuse intervention étatique. Il y eut des époques où nous étions fiers de l’«Etat de droit». Il semble que nous n’avons tous pas réalisé que notre ordre juridique a été remplacé par des «lubies de bienvenue culturelle». Cela nous détruit au niveau de la politique intérieure et nous prive de notre esprit étatique au niveau de la politique étrangère.

Comment pouvoir suivre Moscou dans de telles circonstances?

Avec sa politique Moscou se trouve sur une scène politique mondiale aspirant à nouveau à des évolutions prévisibles. Washing­ton est l’image de la destruction du monde que nous connaissons et représente la «misère pour tous». Moscou nous donne l’espoir que nous ne pouvons plus attendre de Washington. Nous devons nous adapter à ce nouvel antagonisme extrême, si nous ne voulons pas faire partie des premières victimes. A l’intérieur du pays, nous devons à nouveau être conscients de ce qu’est un Etat de droit démocratique et nous libérer des ordonnances personnelles de pleins pouvoirs d’une chancelière fédérale encore en fonction. Au niveau de la politique extérieure, il n y a pas d’autre moyen que de réintroduire le respect du droit international et de réajuster notre politique. Actuellement, le chaos règne au niveau politique à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Ainsi, nous n’aurons rien à opposer à la politique russe. Dans le passé, nous étions fiers de notre culture juridique. Moscou n’a – contrairement à nous – pas perdu son temps.     •

(Traduction Horizons et débats)

«Sur la base du droit international, nous devons créer une véritable et large coalition antiterroriste internationale»

par Vladimir Poutine*

Il est déjà manifeste que l’absence de pouvoir constatée dans une série de pays du Proche-Orient et d’Afrique du Nord a conduit à la formation de zones anarchiques, rapidement envahies par des extrémistes et des terroristes. Des dizaines de milliers de combattants se battent déjà sous les drapeaux de l’ainsi nommé «Etat islamique». On trouve parmi eux d’anciens soldats irakiens jetés à la rue suite à l’invasion de l’Irak en 2003. Un autre pays fournisseur de recrues est la Libye, dont la structure étatique a été détruite après la violation grave de la résolution n° 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU. Aujourd’hui, des membres de ce qu’on appelle l’opposition syrienne modérée, soutenue par l’Occident, viennent également grossir les rangs des radicaux. Une fois armés et formés, ceux-ci passent du côté de l’État islamique.

Ce dernier n’a lui-même pas surgi de nulle part: il a également été dans un premier temps choyé en tant qu’instrument de lutte contre des régimes laïques indésirables. Après avoir créé une tête de pont en Syrie et en Irak, l’Etat islamique poursuit activement son expansion dans d’autres régions et cherche à dominer le monde islamique – mais pas seulement. Il est clair que ses plans ne se limiteront pas à cette région.
La situation est extrêmement dangereuse. Dans ce contexte, il est hypocrite et irresponsable de faire de grandes déclarations sur la menace du terrorisme international tout en fermant les yeux sur les flux de financement et de soutien des terroristes, notamment le trafic de drogues, de pétrole et d’armes, ou d’essayer de manipuler des groupes extrémistes, de les utiliser pour atteindre ses propres objectifs politiques dans l’espoir de s’en débarrasser ensuite ou, plus simplement, de les éliminer. […]
La Russie s’est toujours opposée avec fermeté et constance au terrorisme sous toutes ses formes. Aujourd’hui, nous apportons une aide militaro-technique à l’Irak, la Syrie et d’autres pays de la région qui luttent contre les groupes terroristes. Nous estimons que refuser de coopérer avec les autorités syriennes, avec l’armée gouvernementale, avec ceux qui affrontent courageusement le terrorisme, est une grave erreur. […]
Sur la base du droit international, nous devons joindre nos efforts pour résoudre les nouveaux problèmes auxquels nous sommes confrontés et de créer une véritable et large coalition antiterroriste internationale. […]
Dans quelques jours, la Russie, en tant que présidente du Conseil de sécurité, convoquera une réunion ministérielle pour analyser en profondeur la menace qui pèse au Proche-Orient. Nous proposons de discuter en particulier de la possibilité d’adopter une résolution sur la coordination de toutes les forces qui luttent contre l’Etat islamique et d’autres groupes terroristes. Je le répète, cette coopération doit reposer sur les principes énoncés dans la Charte des Nations Unies. […]
Chers collègues, la mission principale de la communauté internationale, guidée par l’ONU, reste de garantir la paix et la stabilité à l’échelle régionale et globale. Nous estimons qu’il nous faut former un espace de sécurité égale et indivisible, pas uniquement réservé à un cercle d’élus mais pour tout le monde. Oui, c’est un travail complexe, difficile et de longue haleine, mais il n’y a pas d’alternative. […]
La Russie croit en l’énorme potentiel de l’ONU, qui doit contribuer à empêcher une nouvelle confrontation mondiale pour lui préférer une stratégie de coopération. Aux côtés des autres pays, nous continuerons à œuvrer au renforcement du rôle central de coordination de l’ONU. […]

Source: www.lecourrierderussie.com/2015/09/discours-vladimir-poutine-onu-version-complete/    

*    Extrait du discours du Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, tenu devant ­l’Assemblée général des Nations Unies le 28/9/15.

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