L’interdiction des paiements en espèces: la voie vers l’Etat tutélaire

L’interdiction des paiements en espèces: la voie vers l’Etat tutélaire

Analyse de livre

La suppression prévue de l’argent liquide revient à priver les citoyens de leurs droits

Ce n’est pas uniquement aux Etats-Unis qu’a lieu la planification de la suppression de l’argent liquide. En Europe aussi, le débat a été relancé. Ce qu’on nous présente de manière apparemment anodine comme la «vie sans cash», se dévoile être la tentative de mettre sous pression les citoyens européens. Même George Orwell en aurait des frissons.

rl. L’argent liquide, à l’origine le substitut de l’or, représente un moyen de paiement facilement transportable. Pour un travail effectué ou des marchandises vendues, j’obtiens une équivalence sous forme d’argent liquide. Pour cet argent – «mon» argent – je peux m’acheter librement d’autres choses ou des services. Par exemple, des denrées alimentaires ou des services tels le travail du dentiste ou du mécanicien sur voiture, ou bien je l’utilise pour payer mes impôts ou d’autres taxes.
En effectuant tous mes paiements par «carte de crédit» – donc sans liquide – je n’ai plus d’équivalent quantitatif en main sauf une petite carte en plastique avec une puce électronique manipulable et contrôlable à tout moment.
On pourrait objecter: c’est parfait ainsi. C’est pratique, c’est hygiénique et on ne peut plus faire d’affaires criminelles.
Mais continuons nos réflexions. L’affaire devient intéressante au moment où je n’ai plus accès à mon «pécule» bien caché sous mon coussin ou que je ne peux plus faire un prêt, sans intérêts, à mon neveu suite à une poignée de main. Mon argent est stocké sur une carte à puce administrée par une banque ou par l’Etat.
Que se passe-t-il quand les banques centrales telles la BCE, la FED ou la BNS lancent une politique de taux d’intérêts négatifs radicale? Sous mon coussin, mes économies auraient été préservées. Mais sur mon compte virtuel, on me déduit mois après mois un intérêt négatif. Ainsi, je suis contraint de dépenser mon argent avant qu’il diminue comme de la neige au soleil. Exactement comme de nombreux gouvernements le souhaitent. Donc, mon pécule a disparu et le prêt de soutien pour le neveu s’amenuise impitoyablement sur sa carte en plastique sans qu’il ne l’ait jamais utilisée.
Actuellement, on a suffisamment d’informations nous permettant de comprendre qu’on obtient plus guère d’intérêts bancaires et qu’une «douce» politique de taux d’intérêt négatifs a été introduite en Suisse.
Mais ce n’est pas tout. On peut se demander ironiquement: N’est-ce pas nuisible pour moi si j’achète trop souvent des cigarettes ou de l’alcool? De tels achats pourraient être stoppés de manière centralisée à l’aide de la puce sur ma carte en plastique. Plus aucun achat possible! On pourrait s’amuser à faire encore d’autres jeux d’idées. La décision de savoir ce qui est bon ou mauvais pour moi ou ce que j’ai le droit de faire ou de ne pas faire avec mon argent, pourrait être prise par quelqu’un d’autre. Ainsi tout achat ou toute vente que j’effectue est enregistré individuellement et en relation avec ma personne.
Ainsi s’offrent également des possibilités inattendues pour de nouveaux impôts: on pourrait taxer directement l’achat de certains produits. Mais les banques pourraient aussi prélever de nouvelles taxes spécifiques pour certains virements.
Dans un livre de poche fort intéressant, intitulé «L’interdiction des paiements en espèces. Tout ce que vous devriez savoir sur la suppression de l’argent liquide», les auteurs Ulrich Horstmann et Gerald Mann décrivent les pas déjà réalisés et des scénarios possibles pouvant mener à la disparition subite du liquide. C’est Kenneth Rogoff, professeur de renom de l’Université de Harvard, qui a, lors d’une conférence à l’Université Maximilian Ludwig de Munich en novembre 2014, donné le coup d’envoi: il y loua les «avantages» du paiement sans cash, sur l’arrière-fond de la crise financière actuelle, en faisant des propositions concrètes expliquant comment la fin des espèces pouvait être atteinte.
Ulrich Horstmann et Gerald Mann démontrent que la crise financière actuelle des Etats-Unis et de l’Europe exigera probablement une politique de taux d’intérêts négatifs radicale (4?–5%). Ils décrivent aussi les réflexions économiques qui en constituent la base. On veut contraindre les épargnants à investir leurs avoirs privés dans la consommation ou dans des produits bancaires afin de revivifier artificiellement l’économie.
Les auteurs décrivent entre autre une campagne médiatique suédoise de 2010 visant à faire disparaître le liquide («Eliminons le cash maintenant!»). L’argent liquide y fut décrit comme peu hygiénique et lié à la mafia ainsi qu’aux ventes d’armes illégales. C’est consciemment qu’on publia et publie encore des images éveillant des associations négatives avec l’argent liquide. Quiconque paie en cash est soupçonné de faire des affaires illégales. Et qui ose risquer cela?
Au cours des dernières années, plusieurs Etats de l’UE, tels l’Italie, la Grèce, l’Espagne, la Belgique et la France ont émis des plafonds de paiements en espèces de 1000 ou 3000 euros. En Suisse, en Autriche et en Allemagne l’argent liquide est toujours très apprécié. Là, les projets de suppression du cash éveillent une forte résistance. A la fin de leur livre, Horstmann et Mann ne se limitent pas à leur analyse mais ils appellent à s’opposer aux projets étatiques de supprimer le liquide car cela réduit dangereusement les libertés citoyennes. Un moyen de résistance est de continuer à payer avec des pièces et du papier-monnaie! En Suisse, le débat sur l’embargo sur le cash est également lancé. L’émission radiophonique «Kriminell und teuer? Bargeld auf der Anklagebank» [Criminel et cher? L’argent liquide sur le banc des accusés] a lancé le débat en jugeant l’argent liquide dans une pièce de théâtre. Cette fois-ci, avec une fin positive pour le cash … (Radio SRF, Magazin Trend du 7/11/15, 8h13)    •

Ulrich Horstmann, Gerald Mann. Bargeld­verbot. Alles was Sie über die kommende Bargeld­abschaffung wissen müssen. Munich 2015. ISBN 978-3-89879-933-1

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