TTIP ou la fin de l’hégémonie américaine en Europe?

TTIP ou la fin de l’hégémonie américaine en Europe?

par Stefan Haderer

La rencontre, fin avril, entre Barack Obama, président américain sortant et la chancelière allemande Angela Merkel, à Hanovre, s’est déroulée de manière particulièrement cordiale. A vrai dire, sa rencontre avec le prédécesseur d’Obama George, W. Bush, il y a huit ans avait été également très cordiale. A cette époque aussi, les visites bilatérales étaient accompagnées de violentes protestations dont le gouvernement allemand avait pris connaissance avec un haussement d’épaules. Cette fois, il s’agit du débat sur l’Accord de libre-échange transatlantique (TTIP), dont l’importance est grandissante suite à la récente publication par Greenpeace de documents gardés secrets.
L’un des objectifs principaux exprimé par Obama à Hanovre – qualifié d’«accord ambitieux» par Mme Angela Merkel – représente pour les opposants l’abandon total de la souveraineté nationale et de l’indépendance dans les domaines économiques et socio-politique – de l’autorisation de marchandises d’importation génétiquement modifiées jusqu’à la divulgation de données personnelles.
Le timing n’est pas mal choisi. La crise ukrainienne a rétabli la situation d’une nouvelle guerre froide aux frontières de la Russie. Les Etats-Unis sont en train de perdre l’Arabie saoudite suite à l’ouverture vers l’Iran en tant qu’allié (également une décision stratégique), car il semble exister des points de vue différents sur la réorganisation du Proche-Orient. En outre, la Chine vise à réaliser le projet d’une nouvelle route de la soie, reliant les économies d’Asie orientale et centrale avec la Russie et l’Europe. Les Etats-Unis tentent donc de tenir tête à l’expansion du pouvoir commercial de la Chine par divers moyens. D’une part les sociétés chinoises émergentes de téléphonie mobile comme Huawei et ZTE doivent accepter des sanctions. D’autre part Obama fait pression pour obtenir la ratification de la Trans-Pacific Partnership (TPP) entre les Etats-Unis, l’Australie et plusieurs pays du Pacifique. Cet accord a été signé en février par douze Etats.
La pression exercée pour conclure un accord similaire avec l’UE, n’est donc pas très surprenante. L’euphorie avec laquelle la chancelière allemande accepte cet accord, l’est davantage. Les scandales d’espionnage de la NSA, les services de renseignements américains actifs à l’étranger, semblent avoir beaucoup moins dérangé Mme Merkel que les «Greenpeace-Leaks» actuels informant l’opinion publique mondiale sur les véritables contenus du TTIP.
Les représentants gouvernementaux de l’UE vont bientôt devoir se décider. Quelle Europe veulent-ils laisser aux générations futures? Veulent-ils une Europe dépendante non seulement de la politique étrangère américaine mais également de l’économie? Veut-on créer une union d’Etats sous surveillance, dans laquelle les citoyens ne jouissent plus guère de leur droit de participation, les livrant aux mouvements et aux partis radicaux? Ou bien, l’Europe va-t-elle retrouver son rôle de médiatrice, prenant en compte et respectant les préoccupations des populations? Obama et Merkel ont apparemment déjà pris leurs décisions.    •

Stefan Haderer est anthropologue culturel et politologue.

Source: www.wienerzeitung.at/meinungen/gastkommentare/816575_TTIP-oder-die-Besiegelung-der-US-Hegemonie-in-Europa.html

(Traduction Horizons et débats)

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