L’Allemagne a besoin de droit et de liberté

L’Allemagne a besoin de droit et de liberté

par Karl Müller

Les événements politiques actuels et leur présentation dans les médias envahissent les esprits en Allemagne. Ils remplissent les titres des journaux: élections dans trois Länder, tentatives de migrations de la part de millions de personnes venus d’Afrique et d’Asie vers l’Europe avec comme objectif ultime l’Allemagne, terrorisme et guerre en Syrie et ailleurs, attaques incessantes contre la Russie et sa politique, renforcement de la polémique et de la hargne dans les interventions politiques publiques mais aussi entre Allemands.
Le peuple allemand ne trouve guère le temps de la réflexion pour prendre conscience d’où il vient, où il se trouve et quel pourrait être son avenir. Le «postmodernisme», le «(dé)constructivisme» dans le domaine de la culture, les feuilletons exigeant le relativisme, l’arbitraire, la pensée utilitariste contribuent à éliminer les poteaux indicateurs au bord du chemin. On continue sur la voie prise après la Seconde Guerre mondiale et pendant les années soixante par les représentants du freudo-marxisme de l’école de Francfort. Ces derniers étaient retournés en Allemagne après la guerre à l’instigation des services secrets américains.

Partis allemands: pouvoir au lieu de valeurs

Holger Steltzner, coéditeur du journal «Frank­furter Allgemeine Zeitung» a formulé un diagnostic intéressant le 6 mars 2016 concernant la CDU allemande. Ce parti «a renoncé depuis longtemps à toute position conservatrice (défense, famille, formation, politique du genre et bien d’autres) et perdu, même en politique économique, son orientation en faveur d’une économie de marché». On peut en dire de même des autres partis représentés au Bundestag: le SPD, les Verts et même le parti «Die Linke» orienté très à gauche. Tous veulent le pouvoir et font, par conséquent, tout ce qu’il faut dans ce sens. Ce n’est certainement pas le cas de la majorité des militants à la base de ces partis. Ces derniers ont encore conscience des valeurs qui les avaient incité à adhérer: valeurs chrétiennes, liberté des citoyens, justice sociale, paix, protection de l’environnement etc. Mais malheureusement, ce sont les dirigeants qui décident des choses importantes.
Mais qui donne le pouvoir politique en Allemagne?
Dans la Loi fondamentale il est dit que «le pouvoir de l’Etat émane du peuple.» Mais ce n’est pas le cas.
Il est nécessaire de remonter à un évènement ayant eu lieu il y a 70 ans. Au début juin 1945, à peine 4 semaines après la fin de la Seconde Guerre mondiale, on pouvait lire sur tous les murs ce qui fut conçu pour les Allemands vaincus: les puissances victorieuses avaient formulé le 5 juin 1945 une «Déclaration concernant la défaite de l’Allemagne et la ‹prise en main du pouvoir gouvernemental suprême au sein de l’Allemagne›». On y trouve que l’Allemagne se soumet dès à présent «à toutes les exigences [des vainqueurs] formulées actuellement ou à l’avenir». (mis en exergue par l’auteur). Que les vainqueurs aient voulu prendre les décisions concernant l’Allemagne, immédiatement après la guerre, se comprend encore aujourd’hui. Mais pourquoi «à l’avenir»?

A quel point le pays est-il souverain?

Au cours des 70 années suivant la fin de la guerre, les Allemands ont entrepris plusieurs tentatives pour retrouver leur souveraineté. Mais souvent ces tentatives n’étaient que des illusions, car les cercles décideurs en Allemagne s’étaient à tel point liés aux vainqueurs – tant à l’est qu’à l’ouest de l’Allemagne – que ces derniers purent tranquillement donner davantage de pouvoir à ceux qui se positionnaient en leur faveur.
Dès 1990, la puissance orientale, l’Union soviétique, disparut. Alors certains Allemands pensèrent, surtout à l’Est, que l’adhésion de la RDA à l’Allemagne fédérale et la fin supposée de la guerre froide donneraient quelque chance au pays de retrouver sa souveraineté et sa liberté d’agir. Ils s’engagèrent et menèrent des projets pour une nouvelle Constitution pour le pays tout entier sur lequel le peuple devait se prononcer. Mais les adversaires formulèrent leurs propres règles pour l’ensemble de l’Allemagne, bien décidés à l’imposer par tous les moyens: «le rattachement à l’Ouest». 10 ans plus tard, Angela Merkel, en tant que nouvelle dirigeante de la CDU voulut en faire la raison d’Etat allemande.
Si d’aucuns avaient imaginé que la fin de la guerre froide élargirait les libertés aussi pour l’Allemagne – d’ailleurs des déclarations du type de la Charte de Paris de novembre 1990 semblaient aller dans ce sens – le coup d’arrêt vint rapidement, à la fin de 1991, avec la chute de l’Union soviétique. Depuis lors les Etats-Unis aspirèrent à la domination du monde en tant que «seule puissance globale», en empêchant par tous les moyens toutes sortes d’alternatives.

Mais le monde a changé

Depuis, vingt ans ont passé. Et depuis quelques années, le monde continue à se transformer. La «seule puissance globale» a fait tomber son masque dans tous les domaines politiques. En outre, elle est affaiblie, car ce ne sont plus seulement les grands Etats comme la Chine ou la Russie et leurs organisations de coopération tels que les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) et l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), mais aussi la plupart des pays du monde qui exigent une égalité de traitement de tous les Etats entre eux et qui refusent la domination d’un seul Etat. Ils exigent d’en revenir à la Charte des Nations Unies, à un ordre réel entre les peuples, au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à la souveraineté pour tous les pays au monde.
Depuis les années 1990, on a pu constater à de nombreuses reprises que l’Allemagne n’est pas libre et équitable: à l’intérieur du pays, il n’y a pas de véritable égalité entre les citoyens de l’Est et de l’Ouest. Sur le plan international, on constate un déni de liberté et de justice du fait de l’introduction de l’euro, des contrôles généralisés des communications par les services secrets américains et de la politique migratoire dictée, entre autre, par le spéculateur et milliardaire américain George Soros.

Les tentatives américaines de garder le contrôle

Les tentatives actuelles des services secrets américains de mettre la main sur de prétendues influences russes sur les médias et les initiatives politiques n’est que la pointe de l’iceberg. L’objectif n’est que trop clair: il s’agit d’empêcher toute alternative à ce qui est considéré comme étant «sans alternatives». On se souvient de l’ère McCarthy, du début des années 1950, alors que les Etats-Unis voyaient des communistes partout. Maintenant c’est au tour de l’Europe.

Les initiatives pour la liberté et le débat sur les valeurs

Mais: Les changements dans le monde donnent aussi en Allemagne une nouvelle impulsion à tous ceux et celles qui aspirent à la liberté et à la justice en investissant toutes leurs forces pour la souveraineté de leur pays. Quelles que soient les critiques envers ces initiatives et les façons différentes de voir les choses, il n’en reste pas moins que cet élan vers la liberté et la justice relève de la nature même des êtres humains, autrement plus valable que cet esprit de soumission qui se plie, non pas devant un empereur, mais depuis plusieurs décennies devant d’autres hommes puissants.
On ne peut que souhaiter à ces initiatives engagées en faveur de la liberté de mener un débat honnête, sérieux et soigneux au sujet des valeurs principales – des valeurs correspondant à la nature sociale et à la dignité des êtres humains et le droit qui concrétise ces valeurs et leur donner un caractère impératif. On ne peut accepter qu’il y ait, en Allemagne, plus guère de personnes connaissant les fondements d’un tel débat. Même dans les églises chrétiennes qui en sont, outre le droit romain et le siècle européen des Lumières, les sources principales, ces questions risquent de devenir une position intellectuelle de minorité dans le pays. Il est question du droit naturel moderne et de sa contribution au débat sur la liberté et le droit.

Le droit naturel

Le spécialiste autrichien du droit naturel, Johannes Messmer (1891–1984) a présenté dans son livre «Das Naturrecht. Handbuch der Gesellschaftsethik, Staatsethik und Wirtschaftsethik» (7. Auflage 1984) les buts existentiels de l’être humain et les a définis comme suit: «Le préservation de ce qu’il est, y compris son intégrité physique et sa considération sociale (dignité personnelle); le perfectionnement de soi-même au niveau physique et spirituel (développement personnel), y compris la formation de ses capacités à améliorer ses conditions pour son bien-être économique par la garantie de ses biens ou ses revenus; l’extension des expériences de vie, des connaissances et de la capacité de prendre en compte les valeurs de ce qui est beau; la procréation dans le couple et l’éducation des progénitures; la participation bienveillante au bien-être spirituel et matériel de mes semblables en tant que êtres humains égaux; les liens sociaux pour favoriser au profit de tous la garantie de la paix et de l’ordre et de permettre à tout un chacun de s’épanouir du fait de l’accession aux biens disponibles; la connaissance et la vénération de Dieu et l’accomplissement de l’ultime destinée de l’homme par l’union intime avec lui.»

«Unité, droit et liberté»

Il est nécessaire de s’arrêter sur chacun de ces points et d’y réfléchir. La liberté et la responsabilité sont deux faces d’une même médaille. La liberté est un droit et a besoin du droit. Cela est vrai aussi dans la vie politique et dans les Etats du monde. C’est une vision pour le pays et le peuple allemand que de participer à la libération de l’Allemagne et à œuvrer en faveur de l’indépendance des citoyens et du pays. Vouloir favoriser cette liberté, cette indépendance orientée aux valeurs intemporelles afin de rendre justice et de garantir les droits d’autrui est la condition sine qua non.
Qu’il soit permis de rappeler l’hymne national, qui ne se contente pas d’être un hymne pour chanter, mais aussi un texte destiné à faire réfléchir: «Unité, droit et liberté pour la patrie allemande! Aspirons-y, fraternellement avec notre cœur et tout notre être! Unité, droit et liberté sont la condition du bonheur. Que notre patrie allemande s’épanouisse dans ce bonheur!»    •

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