Le droit naturel et la Loi fondamentale allemande

Le droit naturel et la Loi fondamentale allemande

par Karl Müller

Depuis un certain temps déjà, on assiste à des tentatives de construire une contradiction entre la Constitution allemande – la Loi fondamentale – et le droit naturel. Plus encore: on tente de créer des liens entre le droit naturel et la pensée totalitaire. On exige un «droit» de pouvoir vivre librement selon tous les styles de vie sans aucune prise en compte de ce qui est objectivement bon ou mauvais pour l’être humain. Au lieu de cela de nombreuses idées ou faits sont transformés de manière libérale (on pourrait aussi dire de manière postmoderne, «post-factuelle» ou simplement destructive). Le dernier exemple est la contribution du politologue allemand, enseignant à Princeton (USA), Jan-Werner Müller publiée dans la «Neue Zürcher Zeitung» du 26 août 2017. Il est évident qu’on pratique la falsification de l’histoire également dans ce domaine; car de telles interprétations ne correspondent ni à l’historique ni à de nombreux passages du texte constitutionnel allemand.

Une interprétation postmoderne de la Loi fondamentale est absurde

Le préambule de la Loi fondamentale mentionne la «responsabilité devant Dieu et devant les hommes» – et l’importance de «la volonté de servir la paix du monde». L’Etat et la société allemande sont obligés de respecter le «bien commun», le bien du peuple allemand. Dans l’article 14, concernant
la propriété et le droit de succession, il est dit: «Propriété oblige. Son usage doit contribuer en même temps au bien de la collectivité».
La Loi fondamentale allemande est une Constitution libérale, mais n’a rien à voir avec l’arbitraire et le relativisme. Si l’article 2 donne à toute personne résidant en Allemagne «le droit au libre épanouissement de sa personnalité», on n’ouvre pas grand la porte à l’arbitraire – mais on limite ce droit en ajoutant: «… pourvu qu’il ne viole pas les droits d’autrui ni n’enfreigne l’ordre constitutionnel ou la loi morale.»
Le «droit au libre épanouissement de sa personnalité» ne peut pas être considéré sans prendre en compte la représentation de l’homme se trouvant à la base de la Loi fondamentale. La Cour constitutionnelle allemande s’est prononcée clairement à ce sujet: «La représentation de l’homme se trouvant à la base de la Loi fondamentale ne correspond pas à celle d’un individu autonome et isolé – la Loi fondamentale présente les liens entre l’individu et la communauté dans le sens de l’esprit et de la vocation communautaires de la personne, sans mettre en cause sa propre valeur.»

Le droit naturel au lieu du relativisme postmoderne

A l’article 6, il est écrit: «Le mariage et la famille sont placés sous la protection particulière de l’Etat» et «élever et éduquer les enfants sont un droit naturel des parents et une obligation qui leur échoit en priorité». Puis, l’article 20 précise que «les pouvoirs exécutif et judiciaire sont liés par la loi et le droit». Il est donc évident que la Loi fondamentale présente un ensemble de valeurs orienté sur la nature sociale de l’être humain et ne pouvant être interprétée de façon postmoderne. Elle est fondée sur le droit naturel. L’article 1 de la Constitution en est la preuve: «La dignité de l’être humain est intangible. Tous les pouvoirs publics ont l’obligation de la respecter et la protéger.»

La postmodernité est-elle la cour d’entrée à la dictature?

Les mères et les pères de la Loi fondamentale avaient sous leurs yeux la dictature et la tyrannie des nazis ayant méprisé tout le droit (dans le sens de droit naturel), mais également la transition de la Constitution libérale-positiviste de l’Empire de Weimar vers la dictature, lorsqu’ils ont décidé de s’opposer au pur libéralisme et positivisme pour favoriser un ordre basé sur le droit naturel. La substance de l’article 1 (dignité de l’être humain, caractère obligatoire des droit fondamentaux pour la puissance publique) et de l’article 20 (principe démocratique, principe de l’Etat de droit, de l’Etat fédéral et de l’Etat social, la séparation des pouvoirs et le droit de résistance) ne doit plus jamais être remis en question dans le cadre de l’ordre constitutionnel; finalement les nazis sont parvenus à éliminer les droits fondamentaux de la Constitution de l’Empire de Weimar, la séparation des pouvoirs et finalement tout l’ordre constitutionnel, et à étouffer brutalement toute résistance là-contre.
Les tentatives de séparer le droit naturel et l’ordre libéral et démocratique de l’Etat fait partie d’une campagne politique voulant irriter, afin de conserver le pouvoir. La réalité est différente: le droit naturel est une base fondamentale de l’Etat social et de l’Etat de droit libéral et démocratique – et un bouclier contre une nouvelle dictature absolutiste sous couvert d’un libéralisme postmoderne.    •

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