Un projet inféodé à la politique d’Angela Merkel

Un projet inféodé à la politique d’Angela Merkel

«15 thèses sur l’intégration culturelle et la cohésion»

par Karl Müller

Le 16 mai 2017 l’«Initiative intégration culturelle»* au sein du «Conseil allemand pour la culture« [«Deutscher Kulturrat»] a proposé «15 thèses sur l’intégration culturelle et la collaboration». Les auteurs prétendent avoir fourni une base pour la coexistence de diverses nationalités et cultures en Allemagne, allant au-delà de ce que le droit et la loi exigent. En même temps, les thèses élargissent et corrigent les postulats du ministre fédéral de l’Intérieur pour une «culture allemande de référence», qu’il avait présentée quelques semaines auparavant. Tous les grands noms de la politique et de la société allemande se retrouvent dans le cercle des auteurs des 15 thèses. Le présent article situe la place de ces thèses et de leur publication dans la politique allemande et analyse les raisons pour lesquelles ces thèses ont été formulées.
Aucune décision politique n’a autant polarisé l’opinion publique en Allemagne ces dernières décennies que la politique de migration d’Angela Merkel en été 2015. Il y a presque deux ans, au cours de quelques mois, environ un million de personnes d’autres civilisations sont arrivées en Allemagne, presque toutes sans contrôle, beaucoup d’entre elles sans enregistrement officiel et toutes en violation du droit allemand et du droit international.
La plupart de ces personnes sont venus de camps de réfugiés situés en Turquie, ou ont traversé la Turquie pour prendre la dite «route des Balkans», c’est-à-dire en passant par la Grèce, la Macédoine, la Serbie, puis la Hongrie ou la Slovénie ou la Croatie, puis par l’Autriche pour arriver finalement dans leur pays de destination, l’Allemagne. Pendant les mois précédents, de nombreux gouvernements, dont celui de l’Allemagne, ont ignoré les appels au secours des Nations Unies et d’autres organisations internationales, de fournir davantage d’argent pour les camps de réfugiés en Turquie et au Proche-Orient, de l’ordre de dizaines de millions d’euros. Après l’arrivée de grandes quantités de migrants en Allemagne, le gouvernement put soudainement libérer des dizaines de milliards d’euros.

Politique migratoire avec agenda politique

Par la suite, on a appris que la politique migratoire allemande n’était pas définie seulement par des motifs humanitaires. En bonne partie, cela est connu grâce au livre de Friederike Beck intitulé «Die geheime Migrationsagenda. Wie elitäre Netzwerke mithilfe von EU, Uno, superreichen Stiftungen und NGOs Europa zerstören wollen», 2016] [L’agenda migratoire secret. Comment des réseaux élitistes veulent détruire l’Europe à l’aide de l’UE, de l’ONU, de fondations richissimes et d’ONG]. Il y a de nombreux indices et preuves démontrant que la politique migratoire allemande sert un agenda politique.
En outre, on peut y ajouter le fait que les problèmes bien concrets du quotidien n’apparaissent pas dans les belles proclamations [voir plus bas]. Mais ils sont bel et bien liés à cette politique migratoire. Quiconque est confronté avec la situation sur place sait parfaitement de quoi on parle: en commençant par les problèmes linguistiques qui ne diminuent pas, en passant par les déboires sans fin avec les dizaines de milliers de migrants mineurs non accompagnés jusqu’au pronostic, avoué par le gouvernement allemand lui-même, que dans cinq ans, la moitié des migrants sera toujours sans travail. Sans parler du fait que toutes ces personnes ayant atterri en Allemagne avaient un chez-eux autre part.
Cette politique et la polarisation qui y est liée a très rapidement changé le paysage politique allemand. Le parti de la chancelière a subi une série de défaites électorales douloureuses et un nouveau parti est entré dans plusieurs parlements des Länder avec un succès considérable. Pour cette raison, Mme Merkel a apporté des retouches à sa politique de l’été 2015. Mais elle ne l’a jamais remise en question. Entre temps, on a l’impression qu’elle a réussi à imposer sa politique. Les résultats des élections parlementaires des Länder Sarre, Schleswig-Holstein et Rhénanie-du-Nord-Westphalie en témoignent.

Des élites politiques et sociétales à l’unisson …

Ceci fut possible parce que malgré un grand mécontentement au sein de la population, le niveau supérieur des fonctionnaires politiques, économiques et sociétaux n’avaient rien à redire. Ces derniers ont soutenu la politique de Mme Merkel dès le début. Pour cette raison, on est en droit de supposer que la chancelière a agi sans s’entendre avec les organes étatiques compétents, mais néanmoins avec une grande caution. Ici nous ne pouvons répondre de façon définitive à la question pourquoi elle a eu cet appui. Probablement, il faut inclure dans l’analyse (encore davantage depuis les élections présidentielles américaines) la fonction prévue pour Mme Merkel dans la politique mondiale. Il semble que l’Allemagne soit prévue pour jouer un rôle pionnier dans la dissolution des Etats européens existants et dans les conflits nécessaires pour cette dissolution. Cela est prévu à l’encontre des pays ayant d’autres ambitions que la «gouvernance globale» et la «citoyenneté globale» et pour lesquels le droit public international et la Charte de l’ONU restent primordiaux.
Maintenant, presque deux ans après la décision de la chancelière et quelques mois avant les élections au Bundestag décisives pour elle, l’«Initiative intégration culturelle» au sein du Conseil allemand pour la culture a proposé «15 thèses sur l’intégration culturelle et la collaboration». Le 16 mai 2017, jour de la présentation de ces thèses, tous les grands noms de la politique et la société allemande se sont affichés comme auteurs de ces thèses:
ARD [regroupement public de neuf radiodiffuseurs régionaux], Bundesarbeitsgemeinschaft der Freien Wohlfahrtspflege [travail social], Bundesarbeitsgemeinschaft der Immigrantenverbände [association des immigrés], Bundesministerium des Inneren [ministère de l’Intérieur], Bundesministerium für Arbeit und Soziales [ministère du travail], Bundesverband Deutscher Zeitungsverleger [éditeurs de journaux], Bundesvereinigung der Deutschen Arbeitgeberverbände [organisation patronale], Deutsche Bischofskonferenz [conférence des évêques], Deutscher Beamtenbund und Tarifunion [fonctionnaires], Deutscher Gewerkschaftsbund [syndicats], Deutscher Journalisten-Verband, Deutscher Kulturrat, Deutscher Landkreistag, Deutscher Naturschutzring [protection de la nature], Deutscher Olympischer Sportbund [sport], Deutscher Städte- und Gemeindebund [Fédération des villes et communes], Deutscher Städtetag, Die Beauftragte der Bundesregierung für Kultur und Medien, Die Beauftragte der Bundesregierung für Migration, Flüchtlinge und Integration, Evangelische Kirche in Deutschland [église évangélique], Forum der Migrantinnen und Migranten im Paritätischen Wohlfahrtsverband, Koordinationsrat der Muslime [Conseil des musulmans], Kultusministerkonferenz [ministres de la culture et de l’éducation], Neue Deutsche Organisation, Verband Deutscher Zeitschriftenverleger [éditeurs de magazines], Verband Privater Rundfunk und Telemedien [radiodiffusion et télévision privée], ZDF [chaîne TV publique], Zentralrat der Juden in Deutschland [Conseil central des juifs].

... et une chancelière de bonne humeur

Un communiqué de presse du gouvernement fédéral montre la chancelière, visiblement de très bonne humeur, recevant de la part de nombreux représentants des associations, fédérations et institutions susmentionnées le document comportant les 15 thèses. Mme Merkel a de quoi se réjouir, puisqu’il s’agit de confirmer sa politique.
Ici, nous n’allons pas discuter les thèses en détail. Beaucoup d’éléments sont évidents pour tout citoyen allemand fidèle à la Constitution, même si dans ces thèses la teneur est différente et certains aspects transformés de manière ciblée. On y retrouve cependant bien les remarques polémiques et partiales contre tous ceux se permettant de critiquer la politique migratoire de la chancelière.

L’orientation politique des 15 thèses

Il faut bien savourer les formulations. Déjà dans l’introduction, on lit: «L’Allemagne est un pays diversifié. Depuis des siècles y vivent des personnes venues de nombreux pays. La plupart des personnes venues de l’étranger en Allemagne s’y sentent chez eux, beaucoup sont entre-temps naturalisées.» … Ne faut-il pas également mentionner les 63% des Turcs vivant en Allemagne ayant voté en faveur de la nouvelle Constitution turque et ainsi indirectement contre la Loi fondamentale allemande? … «L’immigration transforme une société et requiert de l’ouverture, du respect et de la tolérance de toutes parts. […] Fomenter des angoisses et des hostilités n’est pas la bonne voie – nous sommes engagés pour une société ouverte au monde.» … Mais qui incite aux «angoisses et hostilités»? N’y a-t-il pas de craintes justifiées, vu la multitude de problèmes liés à la migration de masse? Et, qui définit le sens de «ouvert au monde»? … «Le processus d’unification européenne ne fait pas que garantir la paix en Europe […], il promeut également le rapprochement culturel et les valeurs communes européennes – nous voulons une Europe unie.» … Ils parlent d’une UE bloquée et oublient qu’elle ne correspond en rien à l’Europe.
Dans ces thèses, on lit entre autres: «Les mœurs, les habitudes culturelles et les coutumes traditionnelles […] ne sont pas figées, mais sont toujours en mutation. Elles doivent faire leur preuves et évoluer dans le débat sociétal pour conserver leur justification.» … «La capacité aux compromis est la base de processus de négociations constructifs. Elle est le contraire du populisme, dont les représentants ne laissent valoir que leurs propres avis.» … «L’intégration est un processus exigeant pour les deux côtés, pour la société accueillant les migrants et pour les migrants eux-mêmes. Il faut également accepter les immigrés comme une partie naturelle de la société allemande. L’Allemagne est un pays d’immigration.»

De la «société formée» au «soft totalitarisme»

L’ancien chancelier allemand Ludwig Erhard (CDU), confronté aux premiers signes de crise économique et politique au milieu des années 1960, voulut faire de l’Allemagne une «société formée». Son projet envisageait de ne laisser valoir que les intérêts et les opinions provenant d’objectifs «communautaires». Les tendances inverses devront, selon un dictionnaire de l’époque, être freinées par une forte autorité étatique.
Ce que l’hebdomadaire Die Zeit écrivit à ce propos, il y a bientôt 20 ans dans une critique de livres, est fort intéressant: le projet de la «société formée» des années 1960 «agitait plutôt les esprits libéraux et gauchisants». Ils «y voyaient la tentation autoritaire des Allemands, la volonté de discipliner la société pluraliste». Et aujourd’hui, ce sont exactement ces cercles qui donnent le ton … et il s’avère que ce sont eux qui réalisèrent exactement ce qu’ils avaient critiqué au milieu des années 1960. Ce qui à l’époque n’était pas réalisable. Les partisans de Herbert Marcuse appellent cela «la tolérance répressive».
Les «15 thèses sur l’intégration culturelle et la collaboration» de l’année 2017 font partie de la «société formée». Ils brandissent leur volonté que nul ne les contredise – c’est la raison pour le grand nombre de signataires. L’esprit du «Il n’y a pas d’alternative», que la politique allemande sous la direction de la chancelière Merkel tente de faire sienne depuis plusieurs années, est poussé à l’extrême. Le chemin de l’actuelle «société formée» au «soft totalitarisme» est court. Qui se décide encore de contredire cela?    •

*    L’«Initiative intégration culturelle» a été fondée en décembre 2016 suite à une suggestion de la déleguée du gouvernement fédéral à la culture et aux médias, de la déleguée du gouvernement fédéral pour les questions d’immigration, des réfugiés et de l’intégration, du Ministère fédéral du travail et des affaires sociales et du Minstère fédéral de l’intérieur. La séance constitutive a eu lieu le 15 décembre 2016 à la Chancellerie fédérale.

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