Une contribution à la paix et à la compréhension entre les peuples

Une contribution à la paix et à la compréhension entre les peuples

XIVe Conférence des villes jumelées germano-russes à Krasnodar

par Eva-Maria Föllmer-Müller

La 14e Conférence germano-russe des villes jumelées* s’est tenue du 28 au 30 juin dans la ville de Krasnodar dans le sud de la Russie, sans que les médias occidentaux daignent en informer le public. Plus de 600 représentants allemands et russes de villes et de communes, d’associations citoyennes et du monde de l’économie ont discuté pendant deux jours des problèmes actuels et des perspectives de la coopération germano-russe au niveau des communes. Le sujet de la réunion de cette année était: «Nouer des contacts – lancer des projets – renforcer la confiance: stimulation des relations germano-russes». Pour la première fois, deux ministres de haut niveau étaient présents: Serguei Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, et son homologue allemand Sigmar Gabriel. Parallèlement à la conférence, un forum de la jeunesse au cours duquel une centaine de jeunes gens venant de 14 villes jumelées allemandes et russes ont développé ensemble des idées pour le travail en commun avec les jeunes.
Matthias Platzeck, ancien ministre-président et président actuel du Forum germano-russe (Deutsch-Russisches Forum e.V.), s’est exprimé ainsi: «La participation des ministres à notre conférence montre que malgré toutes les adversités, l’échange au niveau communal est un garant important de la continuité du dialogue germano-russe.»
Au total, des délégations de 46 villes allemandes et plus de 90 villes russes – entre autres de la Russie centrale, de l’Oural et de la Sibérie – ont participé à cette réunion. Pendant deux jours, les participants ont échangé leurs points de vue sur des sujets concernant les domaines de l’économie, de la vie communale, du sport, des questions de société, de la culture commémorative et de la formation. Outre la conférence actuelle, on a déclaré à Krasnodar l’année 2017/18 comme étant l’année des coopérations régionales des communales germano-russes – la «Kreuzjahr» [l’année de la rencontre]. C’est initiative a été lancée par les deux ministères des Affaires étrangères respectifs et est coordonnée du côté allemand par le Forum germano-russe et du côté russe par l’Association des villes russes. Son objectif est le renforcement des rapports sociaux, économiques et culturels entre les communautés territoriales des deux pays.
Dans leur invitation à la conférence, le maire de la ville de Krasnodar Evgueny Pervyshov et la présidente de la Douma municipale Vera Galushko ont souligné l’importance des relations mutuelles entre la Russie et l’Allemagne dans la situation mondiale actuelle. (cf. petit encadré p. 3)
Dans son interview avec Russia beyond the headlines (RBTH), Matthias Platzeck s’est exprimé sur l’importance de la conférence des villes jumelées: «Depuis quelques années, les nombreux canaux de dialogue entre la Russie et l’Allemagne ont été entravée – la promotion du dialogue entre citoyens germano-russes est donc d’autant plus importante. Les nombreuses initiatives et les administrations communales […] contribuent actuellement de façon importante à la continuation de bonnes relations germano-russes. Cela est perçu ainsi également par la ‹grande politique›.»

Digression historique

L’idée de contribuer à la compréhension entre les peuples et à la paix par des villes jumelées est née après la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Ce furent, entre autres, trois professeurs et auteurs suisses dont les initiatives ont abouti à la création de l’Union internationale des maires (IBU) pour la réconciliation franco-allemande: Hans Zbinden, Eugen Wyler et Adolf Gasser souhaitaient renforcer la commune en tant que cellule germinale de la démocratie pour rendre impossible une nouvelle guerre mondiale. Ainsi naquit en 1950, suite aux contacts établis entre des maires français et allemands lors des conférences de l’IBU, le premier jumelage germano-français entre Montbéliard et Ludwigsburg. Par la suite, de plus en plus de villes allemandes entamèrent des relations amicales avec des villes dans d’autres pays, afin de faire vivre la compréhension entre les peuples depuis en bas.

Hambourg et Saint-Pétersbourg: 60 ans de jumelage (1957–2017)

Dans le dossier «Les villes jumelées germano-russes» établi par RBTH, Peggy Lohse a décrit le 24 avril 2017, avec beaucoup d’empathie, les 60 ans de l’histoire du jumelage entre les villes de Hambourg et de Saint-Pétersbourg: le premier jumelage entre villes allemandes et russes fut fondé en 1957 par la ville hanséatique libre de Hambourg et la ville de Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg). En pleine guerre froide et malgré les souvenirs récents du blocus allemand de Leningrad, les deux villes donnèrent un signal courageux. Le soviet municipal de Leningrad prit l’initiative de proposer à la ville de Hambourg un jumelage entre les deux villes en invitant une délégation de la ville hanséatique chez eux. Hambourg et avant tout le ministère fédéral des Affaires étrangères, réagirent d’abord avec scepticisme. A l’époque, on n’aimait pas trop voir se développer les contacts sociaux avec la Russie et les visites de la région étaient presque complètement interdites. La ville de Hambourg ne respecta pas l’interdiction et envoya une délégation. La mise en œuvre des premiers projets concrets prit encore quelques années. Ce n’est qu’en 1977 que les premiers échanges d’élèves avec la Russie eurent lieu. En 1987, un groupe d’élèves russes se rendit pour la première fois à Hambourg. Au début des années 90, quand la situation d’approvisionnement en Russie atteignit un seuil critique, le Sénat hambourgeois vint en aide avec 4,5 millions de deutschemark. Les citoyens de Hambourg envoyèrent également des dons en nature et en espèces à Leningrad. A l’occasion de l’attaque terroriste du mois d’avril dans le métro de Saint-Pétersbourg, les drapeaux de la ville de Hambourg, autrement que ceux de Berlin, portaient un ruban noir en signe de deuil. Cette année les deux villes fêtent la commémoration des 60 ans de leur jumelage.
«Nous avons tous la même mission: nous réunissons nos peuples».
Par ces mots, l’astronaute russe Fiodor Iourtchikhine, commandant de la 52e expédition dans la station spatiale internationale ISS, envoya un message vidéo d’accueil à la conférence. Iourtchikhine est né à Mytichtchi, ville jumelée avec Düren, ville qui organisera en 2019 la 15e conférence des jumelages germano-russes.
Selon le Forum germano-russe, il y a environ 100 villes jumelées germano-russes (état: juin 2016). A l’occasion de la prochaine conférence des villes jumelées, ce nombre pourrait avoir doublé. Souvent, ce sont des citoyens individuels qui initient une telle activité.    •

* La Conférence des villes jumelées germano-russes se tient tous les deux ans à tour de rôle en Allemagne ou en Russie. Elle est organisée par le Forum germano-russe, le «Bundesverband Deutscher West-Ost-Gesellschaften e.V.» et la «Stiftung West-Östliche Begegnungen» en collaboration avec l’Association internationale des villes jumelées de Moscou.

Déclaration commune des ministres des Affaires étrangères de la Fédération de Russie Sergueï Lavrov et de la République fédérale d’Allemagne Sigmar Gabriel concernant l’année germano-russe des partenariats communaux et régionaux de 2017/2018

Après l’année réussie d’échanges des jeunes germano-russes de 2016/2017, l’approfondissement de la collaboration au niveau communal et régional dans les relations germano-russes va être intensifié, notamment dans les domaines des échanges, de la compréhension et de la confiance mutuelle. Les nombreux partenariats entre les Länder, les régions, les arrondissements, les villes et les communes ainsi que les associations sociales, les universités et les écoles auront un rôle particulier à jouer. Ces liens forment la colonne vertébrale des relations actives germano-russes. Un grand nombre de ces partenariats fêtent en 2017 et 2018 leur 25 ans d’existence. Nous désirons les placer au centre de la conscience publique et profiter de leur dynamique pour promouvoir davantage de contacts entre Allemands et Russes afin de favoriser la confiance mutuelle. Nous sommes convaincus que les partenariats communaux et régionaux sont une composante incontournable de la collaboration bilatérale entre la Russie et l’Allemagne.
Nous, les ministres des Affaires étrangères de la Fédération de Russie et de la République fédérale d’Allemagne, plaçons pour cette raison l’initiative de l’année germano-russe des partenariats communaux et régionaux de 2017/2018 sous notre patronage – continuant ainsi la tradition des rencontres entre nos deux pays.
L’année des partenariats communaux et régionaux sera inaugurée pendant la Conférence des villes jumelées du 28 au 30 juin 2017 à Krasnodar. Nous voulons garantir une dynamique positive de collaboration et de contacts entre les sociétés civiles de la Fédération de Russie et de la République fédérale allemande. Nous partageons le souhait commun que grâce à de nombreux partenariats communaux et régionaux, le nombre et l’intensité des contacts directs entre Russes et Allemands puissent augmenter et que le dialogue et la compréhension mutuelle entre nos sociétés soient renforcés. C’est précisément dans les temps politiques difficiles, qu’il est important de mettre en avant des signes visibles de la collaboration.
C’est la raison pour laquelle nous avons de grandes attentes de cette année germano-russe des partenariats communaux et régionaux de 2017/2018. Les contacts et relations se développant dans le cadre de ces partenariats entre les personnes venant de divers domaines de l’engagement citoyen représentent une chance inestimable pour l’avenir des relations de voisinage entre Allemands et Russes.

Source: www.auswaertiges-amt.de/DE/Infoservice/Presse/Meldungen/2017/170628_Gemeinsame_Erklärung_BM_RUS_AM.html   du 28/6/17

(Traduction Horizons et débats)

«La Russie et l’Allemagne sont deux pays, dont les rapports mutuels jouent un rôle prépondérant dans la politique actuelle de l’Europe et du monde. Malgré certains différends généralement connus, nos deux pays entretiennent activement le dialogue, nouent de nouveaux contacts et développent le travail commun multiforme, notamment au niveau communal.
Les bases de ce dialogue sont l’égalité, le respect mutuel et la confiance. Le nombre des projets communs réalisés chaque année s’accroit continuellement; les rapports intercommunaux également. Tout cela est la preuve du sincère intérêt de nos peuples de préserver la paix et le respect mutuel.»

Evgueny Pervyshov, maire de la ville de Crasnodar et Vera Galushko, présidente de la Douma municipale

Source: www.deutsch-russisches-forum.de/portal/wp-content/uploads/2017/06/Flyer-dt.pdf

Jumelage de villes pour la paix

«Il faut qu’un nouveau mouvement se développe: un mouvement porté par l’idée de la mutualité et le désir d’à nouveau se rapprocher. […] Nous avons besoin d’une nouvelle dynamique dans nos relations mutuelles, d’un nouvel élan n’attendant pas seulement les processus politico-diplomatiques, mais créé par les gens de part et d’autre. […] Sans vouloir surestimer l’importance des jumelages de villes, il faut dire qu’elles comprennent un énorme potentiel pour créer une large base de confiance et de respect mutuel. Un devoir plus nécessaire que jamais. […] Plus le manque de confiance mutuel et la distance persistent, plus il est difficile de revenir au rapport de confiance précédent et de stabiliser les liens d’un comportement respectueux l’un avec l’autre. Malheureusement, il n’existe pas d’interrupteur pouvant réinstaller la confiance perdue. La confiance exige une base durable. Les jumelages de villes sont une excellente contribution à la constance et la stabilité des relations […].
Les jumelages de villes sont des initiatives citoyennes pour la paix. Elles offrent la possibilité et l’opportunité de s’exprimer lors de débats politiques. Elles sont crédibles parce qu’elles sont fondées sur les expériences faites lors de rencontres personnelles. Les amitiés et les relations personnelles sont le fondement de la compréhension mutuelle et de l’entraide. Les personnes qui se rencontrent régulièrement réalisent concrètement les conséquences néfastes des sanctions de l’UE contre la Russie. Elles savent que personne ne peut avoir un intérêt à nuire au développement économique russe. Cela mène à la déstabilisation des relations politiques et crée davantage de misère et de déclassement social pour la population. Des contacts politiques au niveau de la commune peuvent apporter un nouvel élan économique. La planification des services d’intérêt général – de l’approvisionnement énergétique à l’élimination des déchets – est un point de départ concret pour des échanges constructifs et d’éventuels modèles de coopération.
Les jumelages de villes peuvent également se sentir légitimées pour exprimer leur opposition à l’escalade militaire à la frontière orientale de l’Union européenne. Les villes jumelées sont des messagers pacifiques; elles ne prônent pas la dissuasion mais la désescalade et le respect mutuel. Elles ont cependant également le devoir de prendre position contre la discrimination et les entraves à la liberté d’expression démocratique. Au cours des nombreuses années de collaboration, elles ont fait l’expérience que ce n’est pas toujours le grand coup médiatique qui mène au succès, mais souvent l’engagement constant au niveau local.»

Extraits d’un texte de Jürgen Roters, ancien Maire de la ville de Cologne, au sujet des jumelages de villes pour la paix, publié le 30/6/17.

Source: www.russlandkontrovers.de/staedtepartnerschaften-fuer-den-frieden

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