L’Autriche reprend la présidence de l’OSCE

L’Autriche reprend la présidence de l’OSCE

par Stefan Haderer, spécialiste en anthropologie culturelle et en sciences politiques

L’Autriche tient cette année la présidence de l’OSCE – jusqu’à quel point une politique extérieure plus active est-elle réaliste dans ce cadre?

Il est jeune, il est contesté et il polarise. Rarement un ministre autrichien des Affaires étrangères a fait autant de gros titres en Autriche et à l’étranger. Sebastian Kurz a repris le 1er janvier 2017 la présidence de l’Organisation pour la sécurité et pour la coopération en Europe (OSCE) pour une année. Il veut mettre un terme à la pensée de division entre les deux blocs Ouest et Est. Il s’agit, d’une part, de la politique hostile envers la Russie menée par l’UE en commun accord avec Washington qui doit être corrigée. D’autre part de la prise de position de Kurz démontrant son souhait de renforcer le rôle géopolitique de l’Autriche.
Mais quelles sont les chances d’une politique extérieure ne reposant plus sur un bureaucratisme sec, sur des phrases vides, sur une retenue diplomatique se limitant à tout entériner sans en débattre? Les ambitions du ministre de l’Extérieur sont-elles réalistes et si oui, à quel point?
Selon les sondages actuels, Kurz est un des politiciens les plus populaires en Autriche. Son rating a pris l’ascenseur notamment pendant la crise des réfugiés, tandis que l’on pouvait longtemps chercher dans la blogosphère de la reconnaissance et des louanges pour Angela Merkel. Kurz ne moralise et n’amadoue pas. Ses paroles sont précises et pointues – c’est peut-être pour cette raison qu’il arrive mieux à toucher la population autrichienne.
Par contre, à Bruxelles, le fossé entre deux camps idéologiques s’approfondit: d’un côté, il y a les politiciens du type du ministre des Affaires étrangères du Luxembourg Jean Asselborn, soutenant Angela Merkel et sa «culture de l’accueil» et accusant Kurz de véhiculer une «pensée nationale de droite». Dans ce groupe, on trouve diverses personnes appelées aussi les «transatlantiques», parce que leurs décisions dépendent souvent de celles de la Maison Blanche. De nombreux représentants de ce camp ont soutenu à fond le changement de régime en Libye et en Syrie, ainsi que les sanctions contre la Russie – sans jamais évoquer les risques et les aberrations ou avouer leurs propres faiblesses.
De l’autre côté, le camp auquel appartient probablement Kurz, aspire à un changement de la politique étrangère et désire une Europe forte et indépendante, ce dont rêvait également l’ancien président français Charles de Gaulle. Kurz a critiqué à plusieurs reprises la dépendance de l’UE de la Turquie. Avec la fermeture de la route des Balkans, il a réussi à convaincre certaines personnes critiques de l’autre camp. Cependant, les solutions pour la crise des réfugiés qui perdure n’ont pas encore été trouvées.
L’idée d’établir des ponts – donc d’une politique autrichienne active de médiation entre les Etats-Unis et la Russie – est séduisante. Mais ce ne sera pas à Vienne que cette affaire sera décidée, mais à Washington, à Moscou et dans les capitales de l’Europe orientale. En outre, elle dépend directement de l’entente entre les deux camps idéologiques à Bruxelles. Et quand on est soi-même objet de critiques, comme Kurz, le rôle de médiateur sera particulièrement difficile à assumer.    •

Source: Wiener Zeitung du 11/1/17

(Traduction Horizons et débats)

«Préférer ce qui unit à ce qui divise»

[…] L’Autriche en tant que membre actif et siège de l’OSCE a toujours attribué à cette organisation une très grande importance. Dans nos temps de grands défis, quand notre continent rechute dans la pensée en blocs, nous nous sommes déclarés prêts à reprendre une deuxième fois, après l’an 2000, la présidence et de contribuer au rétablissement de la stabilité et de la sécurité. […]
Notre présidence veut […] répondre en priorité aux défis, présents dans l’espace de l’OSCE, menaçant actuellement le plus les valeurs communes de l’espace de l’OSCE:

  1. Des conflits militaires persistent et ont fait, ces dernières années, des milliers de victimes, et ont provoqué des déplacements et de la destruction. Nous voulons contribuer au renforcement de la sécurité coopérative et au désamorçage des conflits existants.
  2. Nous sommes confrontés à de grands défis pour la sécurité intérieure par une menace terroriste grandissante et une plus forte radicalisation de jeunes gens. Nous travaillerons au renforcement de la sécurité intérieure des Etats membres et nous nous concentrerons sur la lutte contre la radicalisation et l’extrémisme. […]
  3. Nous assistons à une perte grandissante de confiance entre les Etats membres, mais aussi des citoyens envers les institutions étatiques et les organisations internationales, devant garantir la paix et nos valeurs communes.
  4. […]

Un défi particulier et une menace pour la paix dans l’espace de l’OSCE sont les conflits militaires. […]
Il n’y a pas de solutions militaires pour les conflits existants dans l’espace de l’OSCE. Nous devons nous concentrer entièrement sur le dialogue et les solutions politiques pour faire avancer les divers processus en cours. […]
Davantage de sécurité n’est possible qu’avec davantage de confiance. L’OSCE est le forum au sein duquel la coopération dans les plus divers domaines peut générer davantage de confiance. Il est cependant vrai que nous assistons actuellement à une augmentation des tensions, à un tarissement des efforts de désarmement et à une nouvelle course à l’armement. S’y ajoute une rhétorique conflictuelle qui érode encore davantage la confiance mutuelle. Les instruments de l’OSCE offrent de nombreuses possibilités de collaboration sur la base d’intérêts communs, à condition que nous préférions ce qui unit à ce qui divise. […].
La dimension économique offre plein de chances pour la collaboration sur la base d’intérêts communs. Le sujet de la connectivité économique est intensivement investi, car il a un impact concret sur les populations souffrant des conflits. […]
Notre monde est devenu plus complexe, plus difficile et moins sûr. L’OSCE est une organisation unique disposant d’un instrumentaire vaste, avec ses organes et ses institutions, et notamment avec ses missions sur le terrain. Nous devons utiliser ces instruments de façon ciblée, pour renforcer, avec davantage de coopération, la confiance, la prévisibilité et les solutions concrètes. Pour ce faire, il nous faut une organisation forte et opérationnelle pouvant rapidement et efficacement réaliser les tâches qui lui sont confiées par les Etats membres. L’Autriche s’efforcera donc de promouvoir une organisation forte et de préférer à tout moment ce qui unit à ce qui divise.
Confiance, dialogue, échange d’informations – c’est ce qu’il faut pour élaborer des solutions pour les défis qui nous concernent tous. Le consensus n’est possible que si l’on préfère ce qui unit à ce qui divise. C’est notre tâche commune de garantir l’Etat de droit, la liberté, la paix, la sécurité pour notre société et nos citoyens. […]
L’Autriche assumera son rôle de constructeurs de ponts et d’espace de dialogue et agira, au cours de sa présidence, avec franchise en tant que «honest broker» [médiateur honnête]. Ce n’est que ensemble que nous pourrons garantir la sécurité et la stabilité dans notre région. Avec mon voyage à Kiev et à Moscou au cours la semaine prochaine, j’ai l’intention de contribuer à nos projets communs pour 2017.
Je me réjouis d’avance de notre collaboration et du travail commun sous la présidence autrichienne. Seul un engagement de tous les 57 Etats membres pourra nous faire avancer et contribuera à répondre aux attentes de nos populations.

Source: Extrait du discours de Sebastian Kurz, Ministre fédéral autrichien de l’Intégration, des Affaires européennes et internationales, devant le Conseil permanent de l’OSCE; https://www.bmeia.gv.at/das-ministerium/presse/reden-und-interviews/2017/01/osze-rede/  du 12/1/17

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