Dépenses excessives et administration pesante dans l’Etat suisse

Dépenses excessives et administration pesante dans l’Etat suisse

C’est à nous citoyens d’assumer nos responsabilités

par Marianne Wüthrich, docteur en droit

D’après des sondages, les personnes vivant dans un Etat organisé selon le système de la démocratie directe sont plus heureuses que d’autres. Car, elles se sentent moins livrées au pouvoir étatique et peuvent participer aux décisions importantes.
La démocratie directe, cependant, comprend beaucoup plus que le droit de pouvoir s’exprimer en votation sur des questions concrètes et de participer à une initiative populaire ou à un référendum. Pour être un «citoyen heureux», il faut vivre dans la conscience que chacun de nous est important. En participant avec nos concitoyens aux activités civiques au niveau de la commune, du canton et de la Confédération et en assumant ses responsabilités, nous devenons des citoyens heureux. Ainsi, l’école doit par exemple être l’affaire de tous: quelle école voulons-nous pour les générations futures de citoyens. Quiconque pense que l’école publique ne le concerne plus, parce que ses enfants ont terminés leur scolarité, n’est pas assez conscient de l’obligation incombant au citoyen dans un Etat organisé selon le système de la démocratie directe.
Par la suite, nous allons aborder deux domaines, ou l’œil vigilant de citoyennes et citoyens actifs est particulièrement important. Voici donc deux exemples actuels des votations communales en ville de Zurich du 12 février 2017. Dans d’autres grandes villes suisses, cela se passe de manière similaire.

Maîtriser les dépenses étatiques

Alors que dans les petites communes les citoyens peuvent aujourd’hui encore décider eux-mêmes de la quote-part de l’Etat, la majorité des électeurs quant à elle, dans une grande ville comme Zurich, a perdu toute mesure. Depuis plusieurs années, ils acceptent les crédits les plus généreux pour toutes sortes de projets qu’on pourrait avec certitude réaliser beaucoup plus avantageusement. Peut-être pourrait-on parfois se décider pour une rénovation au lieu d’une construction neuve? L’école primaire pour laquelle une grande majorité des Zurichois a accepté le 9 juin 2013 un crédit de 90 millions (!) de francs (pour 5 jardins d’enfants et 15 classes primaires), a eu son retentissement dans tout le pays.
On peut naturellement s’expliquer cela par le fait qu’une grande partie des électeurs pensent socialement et ne veulent pas faire de coupes dans les domaines scolaire et des institutions sociales. L’éducation des jeunes à la participation démocratique implique justement qu’ils ne défendent pas seulement leurs propres intérêts, mais qu’ils apprennent à s’occuper d’autrui. Le devoir civique de garantir une bonne formation de nos enfants et nos petits-fils ne consiste cependant pas dans l’édification d’écoles luxurieuses à des prix surfaits. Dans un village une telle dépense exagérée serait impensable – même après la déduction des prix fonciers et frais de construction plus élevés en ville.
Le 12 février 2017, les citoyens de la ville de Zurich avaient à s’exprimer dans les urnes sur les trois objets fédéraux et sur trois objets communaux. Une d’elle portait à nouveau sur un crédit pour la construction d’une école, coûtant cette fois «seulement» 30 millions de francs. Quiconque pense maintenant que l’administration municipale est devenue raisonnable se trompe. Car le complexe scolaire Pfingstweid est nettement plus petit que celui de Blumenfeld de 2013: il n’offre de la place que pour neuf classes primaires (de la première à la sixième année scolaire). 30 millions de francs pour 180 enfants! Avec une salle de ravitaillement, une salle de sport et une salle polyvalente – pour neuf classes! Avec des galeries le long des façades vitrées, afin que les élèves puissent y apprendre «de manière autorégulée» selon le Plan d’études 21 ou se dégourdir les jambes dans le parc voisin: «Parallèlement, on crée des liens précieux entre le parc et l’école», selon une remarque révélatrice de la brochure d’information.
Il semble que la plupart des citoyens zurichois n’avait aucun scrupule, d’approuver cette école à 30 millions: le 12 février, 88% des électeurs ont approuvé ce projet.
Nous ne rendons pas de service à nos enfants en leur offrant un complexe scolaire luxueux compatible avec le Plan d’études 21. Leur besoin ne consiste pas en des boxes individuels, des galeries vitrées et «l’apprentissage» dans la nature, mais une salle de classe pour chaque classe d’âge avec un enseignant responsable qui élabore avec eux les matières à apprendre. Outre les avantages de l’enseignement en classe, il y a donc les coûts beaucoup plus bas.

Réduire les bulles administratives

Un autre domaine dont nous devrions nous occuper en tant que citoyens concerne les inquiétantes bulles administratives croissantes au niveau de la Confédération, des cantons et des villes. Inquiétant non seulement à cause de l’augmentation du personnel administratif et des «projets» mis en marche dévorant une part grandissante de nos impôts. Particulièrement préoccupant est la prise de contrôle du pouvoir étatique par des services administratifs sans légitimation démocratique, à l’instar de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) ou de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), thématisés à plusieurs reprises dans Horizons et débats.
Dans les villes, les bulles administratives grandissent avant tout dans le domaine social. Il faut bien sûr prendre en considération le fait suivant: comparé au nombre d’habitants, les grandes villes doivent s’occuper d’un taux de bénéficiaires de l’aide sociale beaucoup plus élevé que celui des régions rurales. Néanmoins, il y aurait suffisamment de possibilités pour faire des économies dans ce domaine. En 2015, le Département social de la ville de Zurich a dépensé 1,4 milliards de francs. Cela correspond à environ un sixième du budget de la ville. Une somme imposante!
Là aussi, il y a eu un exemple illustratif lors de la votation communale de Zurich du 12 février. Les électeurs ont dû trancher sur l’avenir de sip züri. La sip züri (sécurité, intervention, prévention) est un service du Département social, ayant été introduit par le Conseil municipal (Parlement) en 1990 pour une durée limitée et dont l’existence a depuis été prolongée plusieurs fois. Les collaborateurs de ce service ont le devoir d’intervenir dans l’espace public lors de disputes, de nuisances sonores ou d’harcèlements et offrir des informations et de l’aide directe sur place. En outre, sip züri doit surveiller les dits «établissements exposés du Département social», c’est-à-dire les quatre centres d’accueil municipaux pour toxicomanes avec lieu d’injection et un emplacement spécifique réservé à la prostitution – représentant 15 900 heures de présence en 2015.
Vous avez bien lu: le Département social de la ville de Zurich entretient quatre centres d’accueil pour toxicomanes avec salle de shoot et une aire réservée pour la prostitution sécurisée à Zurich-Altstetten – unique en Suisse (cf. encadré).
Le 12 février, les électeurs ont dû décider si le programme «Médiation des conflits et aide dans l’espace public» pouvait être installé définitivement et notamment si l’on était d’accord de transférer la compétence pour l’approbation annuelle des moyens financiers nécessaires au Conseil communal (Parlement). 79,4% des électeurs ont approuvé ce projet, bien qu’auparavant une forte minorité (49 non contre 69 oui) s’y était opposée au Parlement.

Contre une gestion tous azimuts des citoyens par l’Etat

L’UDC (Union démocratique du centre) par exemple, s’y était opposé en expliquant que sip züri n’est pas un véritable service de sécurité, parce qu’il n’a pas de réels pouvoirs d’exécution. Par exemple pour imposer une interdiction d’accès, et en cas de besoin, il doit faire intervenir la police. Donc, deux institutions doivent s’occuper du même problème. Ainsi, sip züri, qui coûte 4 millions de francs par an aux contribuables, n’est rien d’autre qu’une expansion de l’assistance sociale mobile.
L’AL (Liste alternative) par contre s’est opposée à la «répression douce» exercée par sip züri par «son contrôle social de l’espace publique». – Voilà où nous mène le paternalisme étatique dans notre société du bien-être: même les avant-gardistes progressistes en ont assez.
Le second argument du groupe AL est également remarquable. On y nomme des chiffres concrets:
Un vrai gouffre
«Au cours des années, le sip züri a été constamment développé. Il a commencé avec 6,4 postes de travail et un budget de 1 267 000 francs. Entre-temps, il est arrivé à 33,9 postes de travail et un budget de 4 179 700 francs.
Sa mission a été formulée si ouvertement qu’on peut constamment y ajouter de nouvelles tâches. Au début, il s’agissait avant tout de s’occuper des toxicomanes et des alcooliques, mais aussi des punks. Puis, les jeunes alcoolisés s’y sont ajoutés, dès 2008, le milieu publiquement visible de la prostitution, et dès 2014, les demandeurs d’asile dans le centre d’accueil Juch. Actuellement, les éléments perturbateurs sont principalement les toxicomanes, les personnes socialement marginalisées, les adolescents et les fêtards.»
Le fait que l’opposition contre la constante augmentation de la gestion tous azimuts des citoyens par l’Etat vienne également de la gauche prouve qu’un arrêt immédiat énergique est urgent. Il est donc étonnant que seulement 20% des électeurs zurichois aient pris en compte ces mises en garde.
Nous citoyens devons davantage prendre au sérieux notre devoir de contrôle, notamment au niveau cantonal et municipal, pour contribuer à ce que le secteur public soit plus économe et sage avec les deniers publics. Notre droit de vote, nous permet d’assumer notre responsabilité – donc, utilisons-le. Ni dans les assemblées générales d’associations ou de coopératives, ni dans les assemblées communales des petites communes, on accepterait de dépenser l’argent de manière aussi irréfléchie.    •

Prescription d’héroïne et boxes à prostitution

Drogues de l’Etat – pour le reste de la vie
mw. Pour mémoire: dans les années 1990, suite à une longue propagande trompeuse, les électeurs suisses ont accepté en votation la possibilité de prescrire de l’héroïne aux toxicomanes pour – prétendument – leur permettre «de mener une vie normale et de travailler» sans incommoder le public. Par la suite, la grande majorité des centres de sevrage et des institutions thérapeutiques basées sur l’abstinence n’obtinrent plus aucun soutien financier et durent mettre la clé sous le paillasson.
Le résultat: la grande majorité de ces personnes sont toujours toxicomanes et le restent très probablement jusqu’à leur mort. Au lieu de tout faire pour aider ces personnes à sortir de leur misère, les travailleurs sociaux de la ville gèrent les divers centres de contact municipaux avec salle de shoot où les toxicomanes obtiennent tout ce qu’il leur faut pour s’injecter leur propre drogue. Depuis quelques années, nous sommes confrontés à l’obligation de créer de nouvelles places en EMS pour les toxicomanes «âgés» … autour de 50 ans en moyenne! Donc, les services sociaux et les caisses maladies continueront à financer ces prises en charge – et cela déjà depuis bientôt deux décennies! Une chose en découle clairement: Une telle situation nécessite un grand nombre de nouveaux emplois au sein du Département social de la ville de Zurich … et la bulle administrative continue à grandir!

Les «sexbox»: une tâche publique?

Le 11 mars 2012, les électeurs zurichois ont accepté avec une petite majorité de 46 545 voix contre 41 883 l’aménagement et la mise à disposition d’un espace vide pour la prostitution. Le quartier directement concerné de Zurich-Altstetten s’y était clairement opposé par 64% des voix.
Ce terrain a officiellement pour mission de garantir aux prostituées de «meilleures conditions de travail». L’aménagement se compose de 10 boxes ouverts, ressemblant à des garages, dans lesquels se rendent les clients avec leur voiture pour «profiter d’une prestation de services sexuels» (cf. «Neue Zürcher Zeitung» du 11/3/12). De «meilleures conditions de travail» en offrant ses services dans un garage? Dans ce domaine aussi, les soins municipaux tous azimuts commencent à tourner au grotesque: les patrouilles de sip züri s’occupent de l’ordre et du bon déroulement des évènements dans cet espace, où se trouve aussi un pavillon géré par le «Centre de conseil pour femmes Flora Dora». Il est ouvert pour les «travailleuses du sexe», quotidiennement de 19 heures à minuit. Les frais de loyer s’élèvent à 92 000 francs par année et les frais de personnel à 270 000 francs.

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