Protéger notre démocratie contre de faux arguments!

Protéger notre démocratie contre de faux arguments!

par Christian Fischer, Cologne

D’une part, l’Allemagne possède une vie démocratique vivante: un nombre croissant de personnes profite de nos possibilités de démocratie directe et ont créé un paysage de partis plus différencié que dans de nombreux autres pays. D’autre part, la centralisation au niveau européen progresse dans l’intérêt des principaux acteurs économiques et crée une synchronisation politique dans des domaines importants malgré la présence de diverses couleurs de partis politiques. Mais en même temps, il existe dans l’esprit des théoriciens et des acteurs des schémas de pensée montrant du mépris pour notre démocratie.

Dans le processus de construction de l’UE en une «maison européenne», se déroulant depuis de nombreuses années – dans le passé avec l’argument du maintien de la paix, aujourd’hui avec l’argument de la compétitivité économique –, de nombreux citoyens ne réalisent pas qu’ils s’éloignent toujours plus de la démocratie souveraine définie par la séparation des pouvoirs. Le transfert des droits souverains de bas en haut est le transfert de la liberté et de l’autodétermination à des instances éloignées. C’est ce que 90% de nos députés ont voulu il y a près de trente ans, en supprimant le passage suivant du préambule de la Loi fondamentale: «Le peuple allemand […] inspiré par la volonté […] de préserver son unité nationale et étatique […]». Depuis 1990, le peuple allemand n’est inspiré plus que par la volonté de «servir la paix du monde en tant que membre égal aux autres dans une Europe unie». La dissolution conforme au préambule de la souveraineté législative de l’Allemagne a depuis lors été réglementée par le nouvel article 23, entièrement adapté à l’UE.1 C’était l’une des nombreuses étapes choisies – et pas seulement sur le papier.

La centralisation politique suit les intérêts minoritaires

Certains disent: «Europe unie, paix dans le monde, pourquoi s’y opposer?» Puis, on peut continuer avec les arguments suivants: l’UE est lauréat du prix Nobel de la paix, l’Allemagne est championne du monde à l’exportation. Les deux font progresser leur puissance économique, surtout par l’industrie de l’armement et engagent davantage de soldats dans les régions en crise du monde entier, depuis la création de l’UE et cela de façon croissante. Précisons également que le «démantèlement» de notre démocratie nationale n’est nullement compensé par la construction d’une «démocratie» européenne.
Depuis des décennies, notre législation est largement définie par un exécutif bruxellois par voie d’ordonnances. Tous les Parlements de Lisbonne à Tallin mettent en œuvre au niveau national les décisions de Bruxelles et si une fois quelqu’un ne s’y soumet pas, la juridiction européenne2 l’amènera à changer de position, à moins qu’il ne se censure lui-même auparavant. S’agit-il là d’une nouvelle forme de «séparation des pouvoirs»? Les députés élus ont accepté cette structure et insultent désormais les partisans de l’«ancienne» Loi fondamentale – c’est-à-dire les défenseurs de la démocratie souveraine – comme des nationalistes antidémocratiques. Et les voleurs de crier: «Arrêtez le voleur!»
Il est bien connu que les groupes d’intérêt à l’origine du processus européen de centralisation sont les lobbyistes des multinationales et des grandes banques. Ils ne veulent plus avoir de frontières à l’intérieur de l’Europe, parce que leurs activités se font au niveau supranational depuis belle lurette. Pourquoi se soucieraient-ils des activités folkloriques des petites gens? Pourquoi devrait-on, en tant qu’acteur mondial, se préoccuper constamment des diverses réglementations nationales, c’est une nuisance. Mieux vaut que l’environnement soit partout culturellement ou au moins juridiquement le même …
Ceux qui, pour des raisons «professionnelles», pensent (doivent penser?) ainsi ne forment certes pas une majorité démocratique, mais ils ont une influence disproportionnée sur les décideurs et les grands groupes médiatiques s’occupant de la propagande anti-nationale.3

Activités antidémocratiques de gauche …

En outre, ils disposent de soutiens politiques livrant des arguments supplémentaires contre ce «nationalisme dépassé»: la gauche obsolète! Ils ont toujours été d’avis que le progrès doit être en quelque sorte international; au mieux, ils ont utilisé la réelle démocratie bourgeoise de manière «stratégique», mais en principe ils l’ont rejetée comme un phénomène de superstructure du capitalisme à combattre. La façon de penser de ces porte-drapeaux de la mondialisation est à l’heure actuelle introduite dans de nombreuses têtes de manifestants soi-disants «antifascistes», mais si ce n’est que dans leur inconscient théoriquement peu mature.
Certaines contributions concernant «l’Etat profond» montrent également une affinité étonnante avec cette pensée, bien que de ce côté viennent également des analyses pointues concernant la conversion des institutions démocratiques dans le sens d’une mascarade pour légitimer les forces économiquement puissantes.4 Cela n’est cependant pas reconnu comme un abus, mais comme le sens réel du théâtre autour de la «démocratie représentative» dans son ensemble. Ils affirment que la démocratie et le capitalisme s’excluent mutuellement, parce que notre «démocratie de façade» ne touche pas aux relations de propriété capitalistes.
Depuis l’antiquité, mais également depuis les temps modernes des derniers 250 ans, les «concepts de la démocratie participative» ont toujours été combattus par les possédants. Avec les termes «participatif» et «démocratisation» on tente de décrire les relations de propriété, ou formulés de manière plus transparente dans le sens des pères marxistes: l’expropriation des moyens de production de la propriété privée. Lorsqu’on a découvert au XIXe siècle que la «démocratie représentative» pouvait à la fois assurer les rapports de propriété et obtenir une large approbation grâce à une «démocratie de façade», la «démocratie» est devenue un système gouvernemental acceptable pour le capitalisme. Mais la vraie démocratie ne peut exister que sans «démocratisation des rapports de propriété».
A l’époque de l’exploitation néolibérale du monde par quelques puissants, les dirigeants ont entre-temps même pris congé de l’apparence d’une organisation démocratique et sont passés à de nouvelles formes de régime totalitaire. Ils pouvaient se le permettre parce que la propagande anti-démocratie avait aveuglé non seulement le peuple, mais aussi les intellectuels à tel point que les gens ne se prenaient plus au sérieux, ni eux-mêmes ni les choses importantes. Du point de vue des dirigeants, la «démocratie» a fait son devoir historique, elle peut disparaître; les gens sont suffisamment désinformés, ils ne s’y opposent pas. Quiconque ne comprend pas ces thèses sur l’histoire de la démocratie – elles ne se réfèrent d’ailleurs pas seulement à l’Allemagne, mais au monde occidental tout entier – est probablement déjà victime de la contre-propagande, car toute véritable analyse montrerait que nos démocraties n’en sont pas et n’en ont jamais été.
Aussi captivantes que puissent être certaines analyses venant de ce côté: cette critique résiste aux faits historiques et psychologiques uniquement avec une perception très sélective. Elle reste structurellement sans perspective, parce que le capitalisme – y compris sa superstructure politique «démocratie» et les fausses réflexions des gens – est présenté comme un système presque hermétiquement fermé. Adorno a résumé cette attitude avec la célèbre phrase: «Il n’y a pas de bonne vie dans la fausse vie.» En tant que victimes de la propagande, les citoyens, y compris les intellectuels, restent explicitement incapables d’avoir une vision juste des choses. En tant que perspective politique, on nous offre le maigre indice que le nécessaire travail d’éducation émancipateur «ne peut être accompli que par la voie extra-parlementaire».4 Sa signification est à lire dans certains textes des opposants hors-la-loi au sommet du G-20 et dans le «Hambach Forst».4 Il ne s’agit certainement pas de demander la préservation, la reconquête et le développement de nos acquis démocratiques, bien qu’on y concède4 qu’une seule démocratie mondialisée pour le monde entier n’est pas réalisable. L’ordre mondial néolibéral n’y aspire pas non plus – mais la critique de gauche n’en tire aucune conséquence. La seule réponse valable face aux démocraties «réellement existantes» et leurs acquis doit donc être: leur défense et leur amélioration!

… et des Verts

Certains Verts ont hérité partiellement de cette façon de penser. Elle s’accorde bien avec l’arrogance moins inspirée théoriquement du citoyen aisé à l’égard du «simple peuple» et génère souvent des propositions de paternalisme envers le peuple, voir la presse quotidienne. Bien que cette façon de penser ait d’autres motifs politiques, elle soutient aussi un mépris fondamental pour notre démocratie, cette fois en mettant l’accent sur sa structure d’organisation nationale. Toutes références positives à la nation sont de plus en plus assimilées au fascisme et confrontées à la construction sans alternative de la maison européenne. Comme si une démocratie pouvait en émerger. Toutefois, étant donné que l’UE n’a pas non plus une bonne réputation auprès de nombreux citoyens, on cherche d’autres arguments antinationaux – et on en trouve.
Actuellement, les mouvements migratoires font l’objet d’abus visant à porter atteinte aux droits civils. La fameuse tentative en solo de la chancelière allemande «Nous y arriverons!» [«Wir schaffen das!»], est aujourd’hui soutenue par une jeune politicienne verte: «Le premier article de la Loi fondamentale ne dit pas: la dignité des Allemands est intouchable. Mais: la dignité humaine est intouchable.»5 Comme si le terme de dignité humaine suffisait pour ignorer la citoyenneté d’un pays. Et ces mêmes personnes accusent les «populistes» de tomber dans le piège des «solutions simples»! Les droits civils ou la souveraineté nationale doivent-ils maintenant être placés dans le cabinet historique des curiosités avec des phrases sur les droits de l’homme pouvant être interprétées à volonté? Apparemment, certains le veulent ainsi.

Les droits de l’homme et le changement climatique au service des globalisateurs

L’argumentation suivante est intéressante et éclairante. Dans la même interview, la vice-présidente écologiste du Bundestag Claudia Roth affirme: «Le changement climatique est devenu une cause d’exil. L’UE doit montrer la voie en tant que l’une des principales responsables de la crise climatique.» Et sa jeune collègue l’exprime en termes politiques: «Un passeport climatique serait utile – l’offre de la citoyenneté par les Etats contribuant fortement au changement climatique.»5 On dira bientôt, sur les traces d’un autre antidémocrate: «Je ne connais plus de citoyens, je connais uniquement des personnes».
C’est sérieux. On oublie complètement que les mouvements migratoires en direction de l’Europe ne sont pas des mouvements de fuite spontanés ou induits par le climat, mais – outre les activités guerrières de l’Occident – surtout le résultat d’une politique économique inhumaine des multimilliardaires6 et de leurs organisations non gouvernementales. Ces derniers guident les gens vers le nord et soutiennent le trek sur le plan logistique. Actuellement, ce projet destructeur de la souveraineté des pays doit être «légalisé» à l’aide du Pacte migratoire mondial7 pour contrôler notre marché du travail – un autre pas vers la dévaluation des législations nationales en faveur d’un contrôle mondial. Où se trouve la dignité humaine?
Doit-on vraiment rappeler que l’être humain est un individu, mais en même temps un être social et culturel et, en outre, au XXIe siècle également un être politique? Il fait toujours partie d’une culture particulière pouvant se développer et changer – mais certainement pas de force pour les besoins des acteurs économiques mondiaux, mais uniquement selon ses propres règles! Le débat et les mouvements migratoires actuels conduisent à la destruction des cultures – pas seulement chez nous, mais également là, où les gens sont déracinés. Cet enlèvement ou traite humaine est une nouvelle forme de colonialisme. Il prive les gens de leurs terres, au sens propre comme au figuré.
Bien sûr que l’adaptation d’une personne à d’autres cultures peut conduire à un enrichissement mutuel. Mais qu’est-ce que cette évidence humaine a à voir avec un programme politique cherchant à remplacer les nations démocratiques par une bureaucratie supranationale organisée de façon non démocratique pour créer une société multiculturelle unifiée, dans laquelle les habitants peuvent être transférés là, où les grands acteurs économiques aimeraient en tirer profit? Il s’agit d’idéologies guidées par des intérêts spécifiques, dans le but de faire disparaître les souverainetés démocratiques (encore) existantes en Europe sans offrir aux populations d’alternative valable.
D’ailleurs, la protection du climat s’avère être un argument utile dans ce contexte. Depuis une trentaine d’années, environ à l’époque où l’UE se transformait en un Etat supranational, l’effet de serre d’origine humaine fut inscrit à l’agenda politique. Depuis 20 ans, le parti correspondant s’avère être pro-atlantique et plus du tout pacifiste. Qui veut encore s’accrocher aux frontières alors que le réchauffement climatique mondial s’accentue et que la tâche première de l’humanité doit être de le réduire par tous les moyens?
Il n’est guère possible d’avoir des discussions factuelles à ce sujet; on nous dit qu’il est prouvé que l’homme est à l’origine de l’augmentation de la température depuis le XIXe siècle. J’en prends bonne note. Les indices concernant des corrélations étonnantes entre les fluctuations des températures et l’activité solaire depuis le début des observations des temps modernes jusqu’au XXIe siècle8 ne sont, soi-disant, que des idées farfelues de nationalistes incorrigibles s’accrochant à leurs frontières par peur de tout ce qui est étranger (un dénigrement politique couramment utilisé!). Indépendamment de l’ampleur réelle de l’influence humaine sur le réchauffement, il s’agit là d’un excellent numéro de propagande pour le projet politique de la déconstruction des nations: le climat ne se soucie pas non plus des frontières!

Réflexions démocratiques

Il s’agit de maintenir la démocratie. La démocratie doit être organisée de manière nationale et fédéraliste, car ce sont nous, les citoyens, qui voulons déterminer notre vivre ensemble dans une culture et un espace communs. Nous souhaitons également la démocratie à toutes les autres cultures sur leurs territoires et adaptée à leur histoire. Il va de soi que nous aimons échanger des idées avec d’autres nations, d’autres cultures et d’autres peuples. Mais cela doit se faire sans renoncer à la souveraineté, donc à la liberté de l’autodétermination – ni chez nous, ni chez les autres. Nous devons surtout nous réjouir que l’histoire nous a laissé des institutions démocratiques que nous devons continuer à développer, à utiliser et remplir de vie.
De profondes réflexions sur l’impossibilité de la démocratie dans le capitalisme agissent comme un frein, malgré des explications astucieuses mais idéologiques. L’instrumentalisation pure et simple des droits de l’homme et du changement climatique sont des attaques ciblées contre notre Etat de droit démocratique.
Les nombreuses activités citoyennes rencontrées dans tout le pays nous donnent cependant de l’espoir. Elles agissent de manière extra-parlementaire mais en utilisant de façon constructive et non violente toutes les possibilités démocratiques offertes par notre Loi fondamentale. Ne nous laissons pas induire en erreur par des mouvements migratoires contrôlés par les forces néolibérales, par une hystérie climatique exagérée et d’autres excès de propagande, ou par des affirmations gratuites qualifiant notre démocratie de «démocratie de façade trompeuse». Préservons et développons la démocratie que nous avons, par les arguments et les actes!    •

(Traduction Horizons et débats)

1    https://zeitgeist-online.de/exklusivonline/nachdenkliches-und-schoengeistiges/1040-demokratie-braucht-nation.html
2    https://www.i-daf.org/aktuelles/aktuelles-einzelansicht/archiv/2018/08/07/artikel/die-selbstermaechtigung-des-europaeischen-gerichtshofs-1.html; https://www.i-daf.org/aktuelles/aktuelles-einzelansicht/archiv/2018/07/03/artikel/die-selbstermaechtigung-des-europaeischen-gerichtshofs.html; https://www.i-daf.org/aktuelles/aktuelles-einzelansicht/archiv/2018/07/03/artikel/die-selbstermaechtigung-des-europaeischen-gerichtshofs.html; https://www.unzensuriert.at/content/0023067-EU-uebt-sich-voelliger-Intransparenz-Oeffentlichkeit-wird-ueber-Gesetze-nicht
3    https://swprs.org/die-propaganda-matrix/
4    https://www.rubikon.news/artikel/gezielte-zersetzung; Mausfeld, Rainer. Phänomene eines «Tiefen Staates» als Erscheinungsbild des autoritären Kapitalismus, in: Mies, Ulrich; Wernicke, Jens (Hg.). Fassadendemokratie und Tiefer Staat. Wien 2017; https://www.heise.de/tp/features/Wir-leben-in-einer-Zeit-der-Gegenaufklaerung-4178715.html?seite=all
5    Kölner Stadt-Anzeiger du 9/11/18, p. 7
6    Beck, Friderike. Die geheime Migrationsagenda. Rottenburg 2016
7    http://norberthaering.de/de/27-german/news/996-migrationsabkommen; http://norberthaering.de/de/27-german/news/1049-migrationsabkommen-sargnagel; http://www.un.org/depts/german/migration/A.CONF.231.3.pdf
8    https://www.youtube.com/watch?v=wCnUUGilH5Y

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