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Un commentaire suite aux élections parlementaires des Länder de Brandebourg et de Saxe

par Karl Müller

Le 1er septembre, les Länder est-allemands de Brandebourg et de Saxe ont élu un nouveau Parlement. Comme prévu et prédit dans les sondages, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a été en mesure d’enregistrer une très forte avancée. Elle a obtenu plus de 20% des voix dans les deux Länder. C’est maintenant le deuxième parti dans les deux Etats fédéraux. Les partis précédemment au pouvoir, le SPD et la CDU, ont dû accepter d’importantes pertes de voix et ne restent les partis le plus forts, par une faible marge, que là où ils détiennent actuellement le poste de ministre-président – le SPD dans le Brandebourg et la CDU en Saxe. Le Parti de gauche «Die Linke» a également subi de lourdes pertes. Les Verts «Bündnis 90/Die Grünen» n’ont pas atteint leurs attentes.

Aucun signe de stabilité et de paix intérieure

Dans les jours qui ont suivi les élections, il y a eu beaucoup d’analyses et de commentaires. Ici, nous examinons un seul aspect, à savoir le fait que ces élections allemandes ne sont pas un signal de stabilité et de paix intérieure. Au contraire, l’Allemagne est de plus en plus confrontée à un dilemme politique. Le fait que de moins en moins de citoyens aient confiance dans les partis ayant jusqu’à présent dirigé le gouvernement allemand, a des raisons très réelles et est facile à comprendre. Ce n’est en aucun cas le résultat d’humeurs quelconques ou de propagande. Contrairement à beaucoup de préjugés, l’auteur de ces lignes a fait l’expérience que beaucoup d’Allemands dans l’est du pays sont politiquement très éveillés, ont une façon autonome et spécifique de penser et d’agir, et sont allergiques aux aspirations totalitaires. Il n’est donc pas surprenant qu’ils tournent davantage le dos aux partis au pouvoir que dans la partie occidentale du pays. Il faut plutôt se demander pourquoi les Allemands de l’Ouest sont prêts à endurer autant de la part de la politique. Il est, en effet, compréhensible qu’il y ait des gens en Allemagne de l’Est qui espèrent provoquer une politique plus adaptée de la part des partis au pouvoir en exprimant leur protestation par leur vote pour l’AfD. Cependant, il reste également très discutable si l’AfD est vraiment une alternative pour l’Allemagne ou du moins si elle sera capable d’en préparer le chemin.

Quels partis peuvent prendre de l’importance en Allemagne?

Selon certaines indications1, il n’y a jamais eu de nouveaux partis de quelque importance s’étant formés en République fédérale d’Allemagne contre la volonté des Etats-Unis.2 On peut aussi le formuler différemment: quel est le spectacle politique réellement joué, dans lequel les citoyens ne sont pas uniquement spectateurs, mais – sans s’en rendre compte – également acteurs?
Dans Horizons et débats n° 19 du 2 septembre, l’auteur de ces lignes se réfère à un livre de deux auteurs écossais sur les préparatifs de la Première Guerre mondiale et en particulier sur les mécanismes de pouvoir d’une «élite secrète» et leur influence sur la politique étrangère de la Grande-Bretagne et des Etats alliés.
De nos jours l’influence prise de l’extérieur sur la politique intérieure des Etats est toujours présente – et pas seulement à l’aide de services de renseignement étatiques. Le rôle de médias et d’ONG téléguidés de l’extérieur est entre temps assez bien connu. Cela n’est pas moins vrai pour les partis politiques – notamment dans un pays comme l’Allemagne, qui n’a pas été autorisé à être politiquement souverain depuis plus de 100 ans.

Des intérêts puissants contre l’Allemagne?

Une réflexion appropriée sur les résultats des élections dans l’actuelle Allemagne devrait donc également prendre en compte la politique mondiale et le rôle attribué à l’Allemagne. On peut en arriver à la conclusion qu’il existe de puissants intérêts étrangers ne voulant plus d’une Allemagne stable et pacifique à l’interne. Seuls quelques points peuvent être considérés ici.

  • Une Allemagne économiquement prospère, mais qui n’est pas prête à redistribuer sa richesse dans l’Union européenne n’est pas acceptée dans tous les pays européens. Et certainement pas une Allemagne souveraine. On préfère éveiller des images historiques … pour une nouvelle «diabolisation de l’Allemagne». Avec leurs grands airs et leurs ambitions hégémoniques, certains politiciens allemands y ont contribué. Cela va de la déclaration qu’à présent l’Europe parlera allemand (dixit l’ancien chef du groupe parlementaire de la CDU Volker Kauder), à la menace contre la Suisse d’y «envoyer la cavalerie» (dixit l’ancien ministre des Finances du SPD Peer Steinbrück) et la politique allemande concernant l’euro jusqu’à la pression massive d’Angela Merkel sur les autres pays de l’UE pour imposer sa politique de migration illégale.
  • Egalement aux Etats-Unis, il existe des personnes ne voulant pas d’une Allemagne prospère et politiquement stable. Aujourd’hui encore, certains influents cercles américains adhèrent à la théorie de l’Anglais Halford Mackinder formulée avant la Première Guerre mondiale et croient que pour assurer la suprématie des puissances navales anglo-saxonnes, ils doivent empêcher une grande puissance terrestre eurasienne, notamment l’alliance d’une Allemagne (ou/et de la Chine) économiquement et technologiquement forte avec la Russie si riche en ressources naturelles. Le discours de George Friedman devant le Chicago Council on Global Affairs au début de février 2015 n’a pas été éphémère. Friedman y déclarait que les Etats-Unis s’efforçaient depuis 1871 d’empêcher une alliance de l’Allemagne et de la Russie, et que l’Allemagne restait un facteur d’incertitude dans la politique mondiale américaine. Pour ces cercles, il serait préférable que l’Allemagne reste un vassal des Etats-Unis pouvant être militairement mise en position contre la Russie. Une alliance des deux pays pourrait ainsi à nouveau être empêchée et les deux pays resteraient affaiblis. Il serait donc opportun de faire pression sur une Allemagne tentée de s’opposer à un tel rôle.
  • Les relations de la Russie avec l’Allemagne seront ambivalentes. En tant que partenaire, la Russie souhaite une Allemagne politiquement stable et économiquement prospère. Mais la Russie n’a aucun intérêt à être confrontée à une Allemagne ennemie forte.

La résignation n’est pas de mise

Est-ce une raison pour se livrer à la résignation? Non! Il est certes peu probable que les conditions politiques en Allemagne s’amélioreront à courte échéance grâce aux élections. Les structures de pouvoir, leur impact et les réseaux associés ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Mais suite à une bonne analyse de la situation, il est possible de développer des voies par lesquelles de réels progrès sont possibles.
Dans ce contexte, il est très important de développer progressivement un véritable contrôle du pouvoir, émanant des citoyens responsables, c’est-à-dire des pas vers davantage de démocratie directe.3 Cependant, la démocratie directe ne peut contribuer au contrôle du pouvoir uniquement si les citoyens vivent selon leur dignité. Cela exige un sentiment d’équivalence, un certain degré d’identification et de responsabilité à l’égard de la communauté dont on fait partie. La transmission de ces valeurs est une tâche essentielle de l’éducation parentale et de l’enseignement scolaire. On ne saurait surestimer l’importance de ces deux facteurs pour la vie d’une démocratie. Mais cela signifie mettre à l’épreuve les réformes scolaires des dernières décennies, remettre en question la financiarisation du système scolaire et universitaire, surmonter l’hégémonie culturelle des fausses théories et conceptions de l’homme et ainsi de suite.

Démocratie directe et formation du cœur

La formation de la jeunesse doit inclure la formation du cœur. Toutes connaissances sans humanité mènent trop souvent à la recherche du pouvoir. Quel est l’antidote? Les grandes religions du monde parlent de l’amour du prochain et des commandements concernant la vie en communauté qui en découlent. Tout cela n’a rien perdu de son sens. Les sciences humaines ont scientifiquement fondé et concrétisé ces messages de foi.
Enfin et surtout, il s’agit également de ne pas tomber dans le piège de la manipulation. La préparation et la diffusion d’informations véridiques et humaines sont un autre bon antidote. C’est pourquoi les citoyens ont besoin de médias indépendants. Les médias représentant les porte-paroles des cercles dirigeants ne sont d’aucune aide.
Avec leur unique voix pour un parti ou pour un candidat, les citoyens ne pourront guère obtenir de résultats constructifs dans un avenir prévisible et une telle situation révèle un triste signe de l’état de la démocratie allemande. Serait-ce plus prometteur si de nombreux citoyens non affiliés à un parti politique se présenteraient comme candidats dans les circonscriptions? Probablement, mais uniquement s’ils obtiennent un fort soutien de la part de leurs concitoyens. Cela pourrait également contribuer à davantage de démocratie directe.    •

1    Immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, c’était évident. Chaque parti devait être admis par la puissance occupante. Mais aussi pour la formation ultérieure de partis, il y a des indications claires d’une dépendance des Etats-Unis. Jutta Ditfurth l’a décrit pour les Verts ouest-allemands dans son livre «Krieg, Atom, Armut. Was sie reden, was sie tun: Die Grünen» [Guerre, nucléaire, pauvreté. Ce qu’ils disent, ce qu’ils font: les Verts], Willy Wimmer l’a décrit concernant les nouveaux partis de «droite» dans ses deux livres «Deutschland im Umbruch. Vom Diskurs zum Konkurs – eine Republik wird abgewickelt» [Transformation de l’Allemagne. Du discours à la faillite – une république en voie de liquidation] et «Und immer wieder Versailles. Ein Jahrhundert im Brennglas»[Encore et encore Versailles. Un siècle sous la loupe].
2    Ici le terme «Etats-Unis» ne comprend ni les citoyens du pays, ni uniquement le gouvernement. Il s’agit ici plutôt des forces et des cercles dans le pays, que certains nomment l’«Etat profond». Dans de nombreux domaines, ils ont à long terme davantage d’influence sur la politique du pays que les gouvernements constamment changeants. On peut également y ajouter les services secrets, les réseaux transatlantiques et le complexe militaro-industriel.
3    Un exemple du contrôle du pouvoir par la démocratie directe est la possibilité de lancer un référendum contre une loi votée par le Parlement afin d’exiger un vote populaire sur cette loi. La simple possibilité de l’aboutissement d’un référendum et du vote populaire qui s’en suit obligatoirement a un effet préventif sur une légifération s’éloignant de plus en plus de la volonté du peuple.

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