Peter Maurer, président du CICR, explique les tâches du Comité international de la Croix-Rouge

Extraits du «Tagesgespräch» de la Radio DRS du 23/10/19, propos recueillis par Ivana Pribakovic

mw. Dans un entretien avec Ivana Pribakovic, Peter Maurer décrit les tâches exigeantes que le CICR doit accomplir en Syrie et dans de nombreuses autres zones de guerre et parle des difficultés auxquelles les collaborateurs sont confrontés.
La raison actuelle de cet entretien est l’accord entre la Turquie et la Russie concernant le contrôle militaire du nord de la Syrie et la décision d’un cessez-le-feu. Celui-ci fut possible après le retrait des troupes américaines et semble tenir grâce à la coopération des chefs d’Etat restants.
La première question adressée à Peter Maurer est de savoir si la population locale peut actuellement reprendre un peu son souffle.

Trouver des voies sécurisées pour l’aide humanitaire

Peter Maurer confirme qu’un cessez-le-feu est un soulagement pour la population civile et l’un des nombreux facteurs nécessaires au succès de l’action humanitaire: «Ces dernières années, et notamment ces dernières semaines, le nord-est a été une zone de combat avec de nombreuses incertitudes, de nombreux mouvements d’unités armées. Il était difficile d’y travailler, de mettre en place une logistique dans un espace difficile en termes de sécurité, et il était également difficile d’avoir les bonnes personnes au bon endroit pour atteindre les personnes dans le besoin. De nombreux facteurs doivent être accordés pour que les biens et les services arrivent au bon moment chez les bonnes personnes.»
Selon Peter Maurer, le CICR a assuré l’approvisionnement des personnes fuyant les zones de conflit: «Pendant les premiers jours et les premières semaines, nous avions déjà des réserves relativement généreuses dans la région. La tâche principale de notre délégation en Syrie est maintenant de trouver les voies les plus sûrs pour le transport des services humanitaires dans le nord-est du pays. Il va de soi que nous travaillons en étroite collaboration avec le Croissant-Rouge syrien et d’autres sociétés nationales, capables d’avoir les connaissances et surtout le personnel pouvant être déployé rapidement.»

«La moitié des problèmes n’existeraient pas, malgré la guerre, si le droit international humanitaire était respecté.»

Selon Peter Maurer, la tâche principale du CICR est – outre l’aide aux personnes dans le besoin – d’exiger le respect du droit international humanitaire. Car «malgré la guerre, la moitié des problèmes n’existeraient pas si le droit international humanitaire était respecté.» C’est pourquoi il est toujours nécessaire de parler aux parties belligérantes afin de les persuader «d’observer les règles minimales du droit international humanitaire
en matière de protection de la population civile, de traitement des prisonniers de guerre, de l’internement des civils dans des camps.»
Concernant le sérieux problème de la destruction d’hôpitaux et d’autres établissements de santé, le président du CICR déclare: «Si nous partons des Conventions de Genève, les hôpitaux sont des installations notifiées [communiquées, identifiées, mw] comme hôpitaux. En raison des nombreuses destructions causées par la guerre, des cliniques sont ouvertes spontanément, qui ne sont plus notifiées en raison d’un manque de confiance dans les parties belligérantes. […] En Syrie, au Yémen, en Afghanistan, dans de nombreux conflits, il y a une rupture de confiance entre la population et les armées. Les gens ne vont plus dans les hôpitaux, car tout le système de protection des centres sanitaires prévu par les Conventions de Genève ne fonctionne plus.»

«Maintenir les principes de base est un défi quotidien.»

En réponse à la question d’Ivana Pribakovic concernant la possibilité de «travailler en Syrie selon les principes éprouvés du CICR, c’est-à-dire d’être impartial et d’offrir son aide à tous», Peter Maurer répond: «Je dirais avec prudence: il est encore possible de travailler en Syrie, mais maintenir les principes fondamentaux est un défi quotidien car toutes les parties impliquées dans le conflit ont tendance à vouloir nous entraîner dans une direction ou dans l’autre. Le respect en soi n’existe pas. Il doit être assuré, négocié, discuté encore et encore. Ce qui nous préoccupe en Syrie, mais aussi bien dans d’autres régions, c’est l’énorme effort que nous devons consentir pour obtenir une protection minimale et de pouvoir fournir un minimum de services. Le droit n’est pas simplement appliqué parce qu’on comprend qu’il est juste de l’appliquer, mais nous devons constamment nous battre pour qu’il soit appliqué.»

Il faut plus d’engagement et d’énergie au niveau politique

Peter Maurer déclare que le CICR peut tout au plus avoir un effet stabilisateur en aidant les populations concernées à survivre. «Mais les solutions doivent être politiques, et cela exige énormément d’efforts et d’énergie au niveau politique. Faire taire les armes et créer la stabilité nécessaire pour que les acteurs humanitaires puissent trouver l’espace qu’il leur faut pour leur engagement est quasiment impossible sans un minimum d’efforts politiques crédibles. Autrement nous continuerons de nous trouver dans une spirale négative dans de nombreux endroits du monde, ce qui est naturellement fort inquiétant.»

«Moins de présence médiatique se traduit par moins de ressources pour le CICR»

Selon Peter Maurer, la Syrie est actuellement la plus grande opération du CICR dans le monde, avec un budget de 180 à 190 millions de francs par an. Mais la question de savoir s’il y a suffisamment de dons pour la population souffrante dans les divers pays en guerre dépend fortement des médias: «Nous avons un décalage constant entre les problèmes objectifs que nous rencontrons, leur visibilité dans les médias et l’argent disponible. La Syrie a fait la une dans les journaux ces dernières semaines, l’année précédente, on en parlait peu dans les médias, mais les problèmes n’avaient pas disparu, ils sont toujours exactement les mêmes qu’à la fin de l’année dernière. Moins de présence médiatique se traduit par moins de ressources financières pour le CICR, mais également pour de nombreuses autres organisations du système des Nations Unies et des ONG. Il faut qu’un conflit soit porté à l’attention du public en première page de l’actualité pendant plusieurs jours pour que les ressources soient libérées.»
A la fin de l’entretien, le président du CICR prie toutes personnes de bonne volonté de soutenir non seulement les missions à court terme, mais également l’aide d’urgence nécessaire dans les zones de conflit existant depuis de nombreuses années.     •

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