«L’Etat de droit et la démocratie sont en péril»

Au sujet de l’audition au Bundestag «Les médias sous le feu des critiques»

10 décembre: Journée internationale des droits de l’homme

Le 27 novembre 2019, une audition du parti «Die Linke» sur le thème «Medien unter Beschuss» [Les médias sous le feu des critiques] a eu lieu au Bundestag allemand. 250 participants ont suivi l’événement de trois heures. On y a traité des attaques contre le journalisme d’investigation, contre les lanceurs d’alerte, provenant souvent aussi des pays occidentaux, et de la question de savoir comment repousser ces attaques.1
Le journaliste australien et fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, détenu à la prison de haute sécurité de Belmarsh au Royaume-Uni depuis le 11 mai, menacé d’extradition du Royaume-Uni vers les Etats-Unis, était au centre des discussions. Kristinn Hrafnsson, rédacteur en chef de WikiLeaks, a qualifié les 18 accusations portées par les Etats-Unis contre Assange d’«atteinte gravissime à la liberté de la presse». Les attaques croissantes contre des journalistes d’autres pays ont également été soulignées. Notamment le gouvernement français poursuit les journalistes Geoffrey Livolsi, Mathias Destal et Benoît Colombat pour avoir enquêté sur l’utilisation d’armes françaises contre la population civile locale dans la guerre du Yémen.
Après de nombreux rapports sur l’état de santé de Julian Assange, plus de 60 médecins de différents pays ont récemment transmis une lettre ouverte au ministre britannique de l’Intérieur, Priti Patel, appelant à une évaluation urgente de sa santé physique et mentale: «Si cette évaluation urgente et les traitements nécessaires n’ont pas lieu, nous avons de sérieuses craintes, vu les preuves actuellement disponibles, que Mr Assange pourrait mourir en prison. La situation médicale est donc urgente. Il n’y a pas de temps à perdre.»2
Le père de Julian Assange (John Shipton), Kristinn Hrafnsson, Nils Melzer (rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture), Renata Avila de l’équipe d’avocats de Julian Assange et divers journalistes et représentants d’organisations de presse y ont assisté. Parmi eux se trouvait également le journaliste d’investigation John Goetz de la NDR, qui a entre-temps porté plainte contre la société de sécurité «UC Global», car il soupçonne fortement que les entretiens qu’il a eus avec Julian Assange ont été surveillés ou espionnés. Edward Snowden a transmis un message écrit depuis son exil russe, dans lequel il décrit l’affaire comme une «déclaration de guerre contre le journalisme». Il a clairement mis en exergue les possibles conséquences: «Et nulle part – nulle part – dans le monde actuel, il n’y a un exemple plus clair de l’abandon (par les institutions des démocraties consolidées) de leur engagement en faveur du droit élémentaire qu’est la liberté de la presse, que la mise en accusation de Julian Assange par le gouvernement américain sur la base de la Loi sur l’espionnage et, pour cette raison, sa détention continue et ses mauvais traitements par le Royaume-Uni. […] C’est le lancement d’une nouvelle guerre contre le journalisme, et si nous ne l’arrêtons pas avant la prochaine attaque, cette guerre ne sera plus menée uniquement à l’étranger. Si un homme qui n’a jamais vécu aux Etats-Unis peut être transféré de force dans une prison américaine pour avoir publié la vérité, d’autres journalistes ne tarderont pas à être confrontés au même sort. Et cela encouragera les Etats les moins libéraux de ce monde à recourir à des agissements encore plus durs contre la mince ligne séparant la vérité du mensonge. C’est la ligne séparant la dictature de la démocratie.»
Les intervenants se sont tous clairement prononcés contre l’extradition de Julian Assange vers les Etats-Unis et ont mis en garde contre les effets délétères de la poursuite pénale contre Assange sur la liberté du journalisme d’investigation. On tente de plus en plus souvent de criminaliser les lanceurs d’alerte.
Nils Melzer, le Rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, a présenté de manière calme et compétente les événements et les faits choquants mettant potentiellement en danger la vie de Julian Assange. «Horizons et débats» publie ci-dessous l’entière transcription légèrement rédigée de son intervention.

Eva-Maria Föllmer-Müller

1    L’intégralité de cette audition est documentée à l’adresse suivante: www.youtube.com/embed/1-ig55rbaSY?rel=0&autoplay=1&autoplay=1&modestbranding=1
2    www.theguardian.com/media/2019/nov/25/julian-assanges-health-is-so-bad-he-could-die-in-prison-say-60-doctors

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