La paix, la guerre et le «(New) Deal vert»

par Karl Müller

L’année 2019 n’a pas été une année de paix. Au contraire, les signes de tensions croissantes entre les grandes puissances représentées par les Etats-Unis, la Russie et la Chine étaient évidents. D’importantes forces au sein de la «seule puissance au monde» ayant prévalu pendant une bonne décennie après 1990 et de ses alliés ont beaucoup de mal à accepter les grands changements du monde survenus au cours des dernières années et le fait que la domination de l’«Occident» n’est plus acceptable.1
L’Union européenne et les gouvernements de presque tous ses Etats membres sont sur la voie de la confrontation avec la Russie et, de plus en plus, également avec la Chine. Le lien transatlantique est formé par l’OTAN. Lors de la réunion du 70e anniversaire à Londres, ses décisions prisent concernant la Russie et la Chine en disent long. Lorsque l’émetteur russe rt deutsch écrit le 19 décembre 2019: «Etat-major russe: l’OTAN se prépare clairement à un grand conflit militaire», il ne s’agit malheureusement pas d’une théorie conspirationniste russe. Une telle analyse correspond parfaitement au gros titre de l’hebdomadaire allemand Die Zeit du 20 décembre 2019: «Parfois, il faut faire la guerre.» – il y a quelques années en arrière, un tel titre était impensable. L’article exige de l’Union européenne et de ses Etats membres – notamment de l’Allemagne – d’être prêts à s’engager dans des missions de guerre dans le monde entier.

Pourquoi personne ne tire la sonnette d’alarme?

Il est donc d’autant plus surprenant que personne aux Etats-Unis ou dans l’UE ne tire la sonnette d’alarme suite à de tels articles. L’attention publique dans les pays «occidentaux» est (sciemment) déviée de cette situation menaçante pour l’humanité toute entière: il suffit de penser aux conséquences dévastatrices de l’engagement d’armes de destruction massive. L’attention publique est rivée sur un seul sujet se trouvant presque quotidiennement dans les médias: la catastrophe climatique soi-disant imminente et les exigences d’un tournant radical impliquant le monde entier dans tous les domaines sociétaux, économiques et politiques. Ce programme se résume en trois mots: «New Deal vert», ou pour l’UE en deux mots: «Deal vert».

Certains gauchistes et néo-libéraux se regroupent à nouveau

Comme ce fut le cas, il y a 25 ans, au sujet de la mondialisation, les internationalistes de gauche et les internationalistes néolibéraux se retrouvent sur la question du climat: les uns formulent une analyse radicale et critique du capitalisme, à l’instar de Naomi Klein dans son livre intitulé «Pourquoi seul un New Deal vert peut sauver notre planète», et les autres défendent le capitalisme, à l’instar d’Ursula von der Leyen de la CDU allemande, actuelle présidente de la Commission européenne, tout en écrivant, comme la femme de gauche Naomi Klein: «L’humanité est confrontée à une menace existentielle.» Von der Leyen considère le «Deal vert» également comme «une contribution à un monde meilleur». Cependant, contrairement à Naomi Klein, Ursula von der Leyen écrit: «Le ‹Deal vert› est la nouvelle stratégie de croissance de l’Europe. […] Il sera un moteur pour de nouvelles opportunités économiques.» («St. Galler Tagblatt» du 14/12/19)
Qu’est-ce qui est plus probable: la fin du monde due à une catastrophe climatique ou la fin du monde due à une guerre nucléaire? Et que faire, si ce dernier cas est plus probable? Serait-il alors compréhensible pourquoi toute l’attention est déviée de la catastrophe de guerre plus probable, vers la catastrophe climatique moins probable?

Activités d’une puissance hégémonique dans un état déplorable

Peut-être y a-t-il une réponse intelligible à cette question? Par exemple, qu’il s’agit d’une distraction des préparatifs de guerre. Le fait de parler de la catastrophe climatique imminente et de l’inévitabilité d’un «New Deal vert» pourrait éventuellement représenter la tentative d’une ancienne puissance hégémonique en grande difficulté de survie et de ses alliés de rétablir son hégémonie économique et politique sans devoir déclencher une grande guerre autodestructrice. Pour surmonter une situation économiquement désastreuse, de nombreuses guerres d’agression ont été menées au cours de l’histoire. Les seigneurs de la guerre promettaient de beaux butins ou des positions géostratégiques importantes pour des beaux butins ultérieurs. Il était également possible d’éliminer des concurrents économiques. Au cours des dernières décennies, il s’agissait souvent de l’accès à des matières premières. Les tambours de guerre actuels visent également les concurrents économiques. Les relations tendues entre les Etats-Unis et la Chine en sont un exemple. Mais face à la menace d’une guerre nucléaire, ne serait-il pas préférable d’atteindre ces objectifs sans grande guerre?

Un programme prometteur?

Le plan pour un «New Deal vert» remplit – à première vue – plusieurs caractéristiques d’un programme prometteur. Il y a l’idée centrale très motivante de sauver le monde. Il y a la vision d’un monde bien plus profitable pour tous: dans les domaines du social, du développement économique et de la protection de l’environnement naturel – et tout cela «durablement». Puis, il y a un domaine politique pour lequel des actions résolues et un pouvoir politique fort peuvent être exigés au-delà des frontières et des souverainetés nationales. Il y a également la perspective d’investissements, de chiffres d’affaires et de revenus financiers à hauteur de centaines de milliards de dollars. Une quantité de monnaie scripturale aux dimensions inimaginables dans les mains d’un petit groupe de personnes cherche dans le monde entier des ports d’attache en dehors des bulles financières connues. Car celles-ci vont probablement bientôt éclater. Pourquoi ne pas essayer une nouvelle bulle, la bulle du «New Deal vert», alors que tout le monde y voit – ou est forcé d’y voir – un avenir brillant? En septembre 2019, un groupe de 515 investisseurs financiers a publié un communiqué de presse annonçant qu’ils étaient prêts à investir 35 000 milliards de dollars dans une économie «verte».2

Quel est le prix à payer pour cela? … Et quelles sont les alternatives?

Quel serait le prix à payer pour cela? Il y a encore trop peu de débats sur ce sujet: sur le prix à payer pour l’ordre économique, pour la liberté, pour la vie commune et la cohésion, pour l’Etat de droit et la démocratie. Qui financera la compensation sociale promise à tous ceux perdant leurs emplois? Quelles seront les conséquences économiques, sociales et politiques lorsque la structure économique d’un pays sera entièrement réorganisée en toute hâte? Et d’autres questions à prendre très au sérieux se posent.
Et si le «New Deal vert» est vraiment destiné à éviter, une fois encore, une grande guerre – alors, pourquoi ne pas suivre la voie la plus facile: celle de reconnaître qu’il est préférable pour l’humanité de s’asseoir à la table de négociation avec ses soi-disants concurrents pour le pouvoir et la richesse, d’entamer un dialogue honnête, de s’accorder sur un même pied d’égalité à construire un monde, dans lequel tous les gens peuvent vivre une vie digne afin de ne pas se limiter à un cessez-le-feu en maintenant intacte sa prétention au pouvoir! Voilà une autre perspective que celle de la simple préparation à de nouvelles guerres! C’est aussi une autre optique que celle de la constante recherche de supériorité!    •

1    Publication actuelle: Mahbubani, Kishore. Has the West Lost It? Penguin Books 2019
2    https://theinvestoragenda.org

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