Une fois de plus, la démocratie a triomphé: le Brexit est inéluctable

par Nicola Ferronato, politologue

Le 12 décembre,1 le peuple britannique a été appelé aux urnes dans un contexte tout à fait exceptionnel et inédit. Il leur a été demandé de voter pour un nouveau Parlement, et donc, par extension, pour ou contre le gouvernement de Boris Johnson. Jusque là, rien de surprenant. Mais voter pour Johnson voulais dire (re)voter pour le Brexit. Et voter pour le statu quo ou en faveur de l’opposition aurait signifié voter contre le Brexit. Et c’est là que réside le caractère tout à fait exceptionnel de ces législatives: le peuple a une fois de plus confirmé sa volonté de quitter l’Union européenne (UE) et rejeté l’idée d’un second référendum que l’opposition proposait.
Depuis le référendum de juin 2016, le peuple n’avait plus eu l’occasion de s’exprimer sur le Brexit. Aussi, depuis cette date, les médias de masse – et surtout les médias de gauche – ne cessaient de répéter que le peuple avait changé d’avis et voulait, en définitive, demeurer dans l’UE: il fallait un second référendum.
Mais comme je l’exposais dans mes derniers articles, c’était tout le contraire. L’incertitude qui plane sur l’économie du pays, mais aussi sur la vie de tous les jours, désespère les Britanniques qui veulent, aujourd’hui plus que jamais, que le Brexit soit mis en œuvre. Ce n’est pas étonnant que Johnson ait gagné avec son slogan «Get Brexit Done».

Enfin plus de clarté

Après trois ans d’incertitude, cette élection a apporté de la certitude. De la certitude pour les individus, mais aussi pour les entreprises et l’économie au sens large. Même le quotidien français «Le Figaro», pourtant critique du Brexit, écrit le 13 décembre: «La Bourse de Paris, portée par des annonces de Donald Trump sur le commerce et la victoire de Boris Johnson aux élections législatives britanniques, est au plus haut depuis 12 ans».
Et justement, les indicateurs économiques du Royaume-Uni sont plus que positifs depuis la victoire des Conservateurs; ils «sont à la fête». La livre sterling a largement applaudi la victoire de Boris Johnson en faisant un bond de plus de 2% par rapport au dollar et à l’euro. Le FTSE-100, le principal indice de la Bourse de Londres bondissait de 1,43% et le FTSE-250, reflétant l’économie britannique au sens large, augmentait de 4,2%.

Une majorité absolue pour les Conservateurs

Avec un gain de 47 sièges, les Conservateurs bénéficient à présent d’une majorité absolue avec 365 sièges sur 650 à Westminster. C’est la plus grande victoire des Conservateurs depuis 1987, lorsque Margaret Thatcher occupait le poste de Premier ministre. C’est certain, Boris Johnson est de loin le meilleur Premier ministre du Royaume-Uni depuis l’époque de la Dame de fer. Et pour cause, il a réussi à faire ce qu’aucun autre politicien n’aurait pu faire à sa place. On l’a dit, il a gagné une majorité absolue au Parlement, ce que les Conservateurs n’ont plus eu depuis près de 40 ans. Mais déjà au début de son mandat, il enchaînait les succès, surtout dans le cadre des négociations sur l’accord de divorce avec l’UE. Il faut le rappeler: Johnson a accompli une réelle «mission impossible», puisqu’il avait négocié en 85 jours seulement, un accord avec Bruxelles pouvant être accepté de tous, alors que Theresa May n’y était pas parvenue en trois ans. Même le Parlement de Westminster avait approuvé le «principe» dudit accord avec 329 voix contre 299.

Suppression du «backstop» irlandais

Donc non seulement Johnson a pu rouvrir les négociations avec Bruxelles, mais il a aussi changé certaines dispositions essentielles dudit accord qui, pourtant, constituaient des éléments «non-négociables» pour Bruxelles. Le meilleur exemple démontrant cela est la suppression du «backstop» irlandais, considéré antidémocratique par la plupart des politiciens britanniques. En effet, le «backstop» constituait un chapitre dans l’accord de Madame May et prévoyait que l’Irlande du Nord demeure dans l’union douanière de l’UE durant une longue période transitoire. Mais à présent, le nouvel accord assure l’unité de l’ensemble du territoire douanier britannique et nord-irlandais puisqu’il prévoit que l’Irlande du Nord, qui fait partie intégrante du Royaume-Uni, demeure dans l’union douanière de ce dernier et non pas dans celle de l’UE. Effectivement, le gouvernement actuel considère qu’il aurait été inacceptable qu’une partie du pays perde sa souveraineté douanière. Ainsi, le «backstop», pourtant «non-négociable» auparavant, a fini aux oubliettes. Un autre élément d’amélioration par rapport à l’ancien accord est que le gouvernement actuel a réussi à invétérer l’ambition d’un accord de libre échange dans la déclaration politique (entre la Grande-Bretagne et l’UE) devant être signée avant fin 2020.

Dégringolade de la gauche

La gauche, en revanche, perd 59 sièges et n’en garde que 203. C’est la défaite travailliste la plus douloureuse depuis 1935. Il semblerait que Jeremy Corbin quittera ses fonctions de chef de parti prochainement. Fort heureusement, ses idées socialistes-révolutionnaires-bolivariennes n’ont pas convaincu le peuple britannique et les nationalisations dévastatrices qu’il avait prévues n’auront pas lieu.
On note aussi que Jo Swinson, à la tête des Libéraux-démocrates, perd son siège au Parlement. A la bonne heure! Avec son crédo «Stopper le Brexit», elle voulait inverser le cours de l’Histoire, même si cela signifiait jeter par dessus bord le verdict du peuple de 2016 ainsi que la démocratie au sens large.
Le «Brexit Party» de Nigel Farage n’obtient pas de siège. Cette défaite est probablement due au manque de vision politique à long terme du parti.

Que va-t-il se passer dans les prochains mois?

Charles Michel, le nouveau président du Conseil européen, annonce «être prêt» à négocier la future relation et un accord de libre échange avec Johnson. Et puisque l’accord de retrait du Royaume-Uni prévoit une période de transition jusqu’au 31 décembre 2020, il est certain que le gouvernement britannique a du pain sur la planche. Il devra en quelques mois négocier un accord de libre échange tout en honorant ses promesses de campagne: plus de policiers dans les rues, plus d’infirmières et de médecins, plus d’hôpitaux et une économie stable. Il est fort probable que les promesses de campagne soient tenues, mais il est aussi possible que Monsieur Johnson rencontre davantage d’obstacles dans la négociation de l’accord de libre échange avec l’UE qu’on ne le pense.
Il se peut aussi que le Brexit apporte ses premiers fruits puisqu’il est d’ores et déjà question de la négociation d’un accord de libre échange avec les Etats-Unis. Donald Trump lui même a exprimé sa volonté de convenir d’un deal de libre échange avec Johnson «qui a le potentiel d’être plus grand et plus lucratif que n’importe quel deal pouvant être fait avec l’UE».
Ce qui est prioritaire à présent, c’est que le nouveau Parlement, qui représente réellement la volonté du peuple, ratifie l’accord de divorce pour enfin permettre au Brexit d’être mis en œuvre. Ainsi, plus vite il sera ratifié, mieux se porteront l’UE, les Britanniques et la démocratie au sens large.     •

1    Cette analyse a été rédigée le 13 décembre 2019 pour Horizons et débats.

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