Cessez d’instrumentaliser la pandémie du Coronavirus pour entretenir vos guerres!

Les affirmations de l'UE sur la désinformation sont discutables

par Karl-Jürgen Müller

 Le 10 juin 2020, le haut représentant de l’Union européenne aux affaires étrangères et politique de sécurité, Joseph Borrell (Espagne), a publié une «communication conjointe au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil économique et social européen et au Comité des régions» d’une vingtaine de pages.1 Cette «communication» est intitulée «La lutte contre la désinformation dans le contexte du Covid-19 – Les faits, au lieu de la fiction». 

Cette prise de position d’une autorité de l’UE et les documents annexes ne constituent pas seulement une nouvelle tentative de mettre l’UE à l’abri des critiques2, mais représente en plus une enfreinte à la liberté d’expression et d’information dans les Etats UE ainsi qu’une extension des pouvoirs au niveau européen. Depuis septembre 2015,3 l’Union européenne contribue quant à elle à la politique de guerre des Etats de l’OTAN (et de l’UE) contre la Russie, ces derniers temps également contre la Chine. Elle le fait, entre autres, en prétendant démasquer et mettre au pilori la «désinformation»(appelée «fausses nouvelles» par l’UE jusqu’en 2018). La «Communication conjointe» du 10 juin s’inscrit dans ce contexte.

En effet, la page 4 de la «Communication»indique que 

«des acteurs étrangers et certains pays tiers, en particulier la Russie et la Chine, tentent délibérément d’influencer en menant, par rapport au Covid-19, des campagnes de désinformation dans l’UE, dans les pays voisins et dans le monde entier afin de saper le débat démocratique, d’accroître la polarisation sociale et de peaufiner leur propre image dans le contexte du Covid-19».

La «communication»elle-même ne contient aucune preuve directe de ces déclarations. Dans ce même paragraphe pourtant, une note de bas de page fait référence à un autre document de l’UE, renforçant ces déclarations. Ce texte volumineux, publié le 28 mai 2020, est intitulé «Rapport spécial du SEAE, update: brève évaluation des narratifs et de la désinformation sur la pandémie du Covid-19 (mise à jour: 23 avril au 18 mai) – L’UE contre la désinformation» (SEAE étant l’acronymede «Service Européen pour l’Action Extérieure», subordonné au«Haut Représentant»).4

Que toute personne s’attendant à trouver, dans ce texte, des éléments concrets et pertinents, justifiant les affirmations de la «Communication» citées ci-dessus, se détrompe! Cependant, il est très intéressant d’y lire ce que le SEAE prend pour de «la désinformation».

La Russie et la Chine

Par exemple, il y est dit: «Des acteurs étatiques comme la Chine poursuivent leurs efforts pour rejeter la faute sur les autres en vantant, à la suite de la pandémie, leur propre système gouvernemental et en essayant d’améliorer leur image à l’étranger.» Est-ce de la «désinformation» déjà? Quel gouvernement agirait différemment?

Autre exemple: «Selon notre analyse précédente, la Chine en général poursuit toujours l’objectif de déterminer le narratif du Covid-19 et de détourner toute critique du pays. La Chine, ‹qui aurait fait des sacrifices pour faire gagner du temps au reste du monde›, est présentée comme un acteur responsable et transparent dans le contexte de la pandémie et comme un exemple positif pour les autres pays. En même temps, des efforts sont faits pour soulever des doutes sur des faits établis ou la rédaction des comptes rendus dominants, considérés comme défavorables à la Chine ou pour critiquer les autorités chinoises. Par exemple, des doutes sont semés sur le rôle de la Chine dans l’épidémie de Covid-19 et les appels internationaux en faveur d’une enquête indépendante sur l’origine du virus en Chine sont contrés. Le gouvernement américain avec sa réponse à la pandémie est mis au défi plus directement maintenant, souvent ridiculisé. Les médias chinois, gérés par l’Etat, supposent des dissimulations américaines en lui sollicitant des réponses.»Il y a là de quoi débattre, certes. Mais est-ce une «désinformation»?

Le document poursuit en affirmant: «Plusieurs chaînes de médias russes contrôlées par l’Etat, dont l’agence de presse RIA Novosti et RT, ont explicitement défendu la Chine contre les critiques internationales dans le cadre de l’épidémie de Covid-19. Dmitri Kisselyov, présentateur de télévision et entrepreneur médiatique, sanctionné par l’UE, a comparé les critiques du gouvernement chinois à celles de la Russie, à qui l’on reproche l’attaque au poison de Salisbury et l’ingérence dans les élections présidentielles américaines de 2016 – faisant référence à deux rapports de désinformation pro-Kremlin bien connus. Encore: de nombreux points intéressants à aborder, en effet. Mais s’agit-il de «désinformation»?

Les Etats-Unis et l’OTAN

Dernier exemple: «Plusieurs chaînes pro-Kremlin ont fait état (en russe, français et anglais) de prétendus laboratoires biologiques secrets américains en Ukraine. Derrière cette désinformation se cache, de manière sous-jacente, la crainte des Etats-Unis de voir s’échapper du matériel infectieux sur leur propre territoire, la propension de ces laboratoires à encourager le soutien américain au Euromaïdan et l’éclatement des épidémies à proximité de ces laboratoires. Directement lié au Covid-19, il est indiqué que le virus pourrait avoir été produit artificiellement dans l’un de ces laboratoires en Ukraine. Ce genre de messages est basé sur un exposé de désinformation pro-Kremlin bien connu concernant les «laboratoires militaires secrets», en particulier dans le cas du laboratoire de Lugar en Géorgie. Ils se répandent facilement dans toute la région: en Arménie, en Géorgie, en Moldavie. La même théorie de conspiration concernant les laboratoires biologiques américains dans les anciennes républiques soviétiques a également été propagée par des fonctionnaires chinois et les médias d’Etat.» Encore une fois, un tas de sujets intéressants à aborder. Mais «désinformation»? Ou même «théorie du complot»? Pour le lecteur, des preuves compréhensibles des allégations font complètement défaut, là encore.

D’autre part, il est intéressant de voir avec qui le SEAE coopère: «Dans la lutte contre la désinformation et dans l’enquête et l’analyse de la désinformation en rapport avec l’épidémie du Covid-19, le SEAE travaille en étroite collaboration avec la Commission européenne et les Etats membres de l’UE. Le SEAE travaille également sur cette question avec des partenaires internationaux (G7, OTAN et acteurs non étatiques)». [souligné par l’auteur]

La Syrie et les sanctions

S’inscrit dans ce cadre la monstruosité suivante. La négation des sanctions contre la Syrie entrave également le pays dans sa lutte contre la pandémie du Coronavirus: «Le régime syrien poursuit sa campagne de désinformation contre les sanctions affirmant que les pays occidentaux mènent une ‹guerre économique› contre la Syrie et le peuple syrien et que les sanctions ont paralysé le secteur de la santé en entravant les mesures prises par le pays contre le Covid-19. Assad a réitéré ce point de vue affirmant que le Covid-19 est un lourd fardeau en plus face «au défi économique auquel nous sommes confrontés, depuis plus de neuf années, en raison des sanctions injustes contre notre peuple».

Le fait que l’on parle, là aussi, de «campagne de désinformation»illustre bien d’où souffle le vent. La vérité sur les conséquences de la politique de guerre est écartée comme «désinformation». Cela relève en effet de la propagande de guerre.

Les propos de Poutine 

De l’autre côté, le texte cité ne fait aucune référence à la vidéoconférence, tenue entre le président russe Vladimir Poutine et divers ministres, directeurs d’administration et autres responsables russes, le 28 avril 2020 soulevant également la pandémie du coronavirus (voir encadré page 3). Une question se pose: «Comment se fait-il que ces affirmations n’ont pas été et ne sont pas diffusées dans nos pays? 


https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/communication-tackling-covid-19-disinformation-getting-facts-right_de.pdf
Par exemple, on insiste beaucoup sur le fait qu’il faut rejeter comme «désinformation»tous les rapports mentionnant le manque de solidarité au sein de l’UE, fait évident pour tout le monde dans la phase initiale des réactions à la pandémie du corona virus.
En septembre 2015, la Commission européenne a mis en place le groupe de travail StratCom Est pour surveiller et analyser la «désinformation» circulant de la Russie vers l’Europe. Elle publie une revue de désinformation
https:// rapport-special-du-seae-breve-evaluation-des-recits-et-elements-de-desinformation-circulant-a-propos-de-la-pandemie-de-covid-19-mise-a-jour-23-avril-18-mai/  

 

«Durant mille ans, la Russie a vécu, avec ses valeurs comme l‘entraide, le soutien mutuel et la solidarité. Et aujourd'hui, ce sont les pierres angulaires de notre Etat»

Les propos authentiques de Vladimir Poutine sur la pandémie du Corona

«Dans ce contexte, je voudrais rappeler sur quoi se fondent mes décisions. La liberté est, bien sûr, une valeur absolue dans la société moderne. Je parle de la liberté de chaque citoyen. Mais la vie de chaque personne est unique, constituant, elle aussi, une valeur absolue qui nous est donnée par Dieu. Et il nous incombe de la protéger pour que les êtres humains puissent s’en réjouir, aimer, élever des enfants – tout simplement vivre.

Permettez-moi de vous rappeler une formule bien connue: la liberté de chacun est limitée par la liberté d’autrui. Elle s’approprie encore, précisément en cette période de pandémie. Si aujourd’hui, un individu préfère emprunter un comportement différent, c‘est-à-dire élever sa liberté personnelle et illimitée au-dessus des intérêts et de la liberté des autres, il met en danger leur vie. Dans ce cas, la liberté se transforme en irresponsabilité, en égoïsme et, dans une certaine mesure, en violence envers les autres et peut causer de graves problèmes. 

Un dernier point concerne le choix éthique et moral auquel nous sommes confrontés aujourd‘hui. Partout dans le monde, et parfois également en Russie, l’idée prévaut que l‘économie, la prospérité matérielle, mérite la première considération. Et c‘est bien sûr très important. 

Mais qu‘est-ce qui est impliqué dans cette manière de penser? Dans le fond, elle suggère que nous devons tout droit aller de l‘avant, en dépassant tout et tous, sans regarder en arrière, en ignorant les risques de l‘épidémie et empressés de simplement lever les restrictions le plus rapidement possible. Si certaines personnes tombaient malades, elles deviendraient donc malades, incapables de travailler ou pouvant même mourir. Ce serait leur destin. En bref, on a recours à la loi de la sélection naturelle [la survie du plus fort] où chacun se débrouille seul. 

L‘histoire et la littérature mondiale nous apprennent que dans les temps primitifs, les personnes âgées, les enfants malades et les personnes affaiblies étaient carrément abandonnées pour la survie de toute une tribu. Peut-être n‘y avait-il tout simplement pas d‘autre moyen de survivre à cette époque. Mais nous vivons au 21ème siècle et j’aimerais dire à ceux qui se montrent prêts à sacrifier des personnes et à les abandonner à elles-mêmes ne préconisent rien d‘autre que le retour à la cruauté et à la barbarie. 

Les légendes disent que dans l›ancienne Sparte, les nouveau-nés présentant des difformités étaient jetés dans un abîme au pied des montagnes du Taygète, mais aujourd‘hui, la plupart des historiens et des archéologues rejettent cette idée comme un mythe. Nous savons cependant que la société spartiate fonctionnait sur la base de règles rigides. Mais cela n‘a pourtant pas aidé; à la fin, Sparte a perdu son statut d‘Etat. Voilà une histoire pleine d’enseignement!

Rappelons brièvement le récit très court - quelques pages seulement - «The Law of Life» de Jack London,émouvant jusqu‘aux larmes. Il décrit une tribu qui abandonne ses anciens, devenus un fardeau. Leurs enfants leur donnent à manger et les quittent, abandonnant leurs parents en proie aux animaux et à la mort. Mais le vieux père, se trouvant près du feu, croit et espère jusqu‘au bout que ses fils reviendront vers lui. Pouvez-vous imaginer, ne serait-ce qu‘un instant, que nous traiterions nos parents, nos grands-parents, à la manière de ce récit? Je ne le croirai jamais. Ce n‘est pas dans notre code génétique. 

Nos ancêtres nous ont appris quelque chose de très différent. La Russie a vécu, mille ans durant, avec ses valeurs comme l‘entraide, le soutien mutuel et la solidarité. Et aujour‘hui, ce sont les pierres angulaires de notre statut d‘État. Nous en avons hérité en même temps que de l‘Orthodoxie. Ce sont ces valeurs qui se trouvent également au cœur des autres religions auxquelles adhèrent les peuples de Russie: l‘islam, le bouddhisme et le judaïsme. La philosophie de la charité, de l‘humanisme nous a aidés à survivre à travers les siècles. Et aujourd‘hui, le sort de nos voisins, le sort des autres, dépend de notre responsabilité envers eux. 

Je le répète – pour nous, actuellement, il s‘agit avant tout des êtres humains, de leur vie. Tout autre choix serait inacceptable à notre peuple. Je suis sûr que l‘écrasante majorité d‘entre vous, suivant votre conscience, pense pareillement. 

Nous devons sauver les gens, les garder en vie, le reste suivra. Nous allons certainement corriger les choses et en faire amende honorable. Nous vaincrons ce virus du corona, et quand tout sera terminé, nous travaillerons ensemble pour sauver l‘économie, promouvoir la prospérité et certainement soutenir ceux qui ont perdu leur emploi et leurs économies en traversant actuellement une période difficile; nous soutiendrons nos entreprises en difficulté, nous les aiderons à sauver des emplois et à se remettre sur pied. Ces mesures d‘aide gouvernementale seront continuellement complétées et élargies. 

Ces temps-ci, chaque petit mais réel effort, en particulier chaque vie sauvée, renforce notre espoir et notre confiance dans une victoire sur la pandémie. 

Nous la forcerons à se retirer. La vie va s‘améliorer, je vous le promets – c‘est certain. Et c‘est à nous d‘y parvenir le plus rapidement possible, afin que nous puissions non seulement surmonter ces difficultés et problèmes, mais aussi créer un cadre fiable en vue du développement futur.

Je vous remercie, merci à tous.»

Source: Conférence vidéo du président russe  Vladimir Poutine, avec divers ministres, directeurs administratifs et autres hauts fonctionnaires, 28 avril 2020; http://en.kremlin.ru/events/president/news/63288

(Traduction Horizons et débats)

 

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