La centralisation dans les coulisses du pouvoir

par Eberhard Hamer

La Cour constitutionnelle fédérale allemande a souligné à plusieurs reprises que l’UE n’est pas un Etat souverain, mais simplement une communauté économique de 27 Etats souverains indépendants. Bien qu’ils aient cédé une partie de leur souveraineté – commerce extérieur, contrôle de la concurrence, sécurité des frontières, etc. – à la Commission européenne, ils se sont toujours réservé les droits souverains démocratiques les plus décisifs, notamment en matière de législation sociale et de politique financière. 

En défendant ces droits souverains, l’Europe du Nord, y compris la Grande-Bretagne, a toujours joué un rôle de blocus vis-à-vis de l’Europe du Sud, qui cherchait non seulement l’union sociale mais aussi l’union financière afin de détourner d’importants flux de transferts financiers du Nord vers le Sud. 

La crise du Corona est en train de briser tous les barrages: 

  • Il y a quelque temps, la Cour constitutionnelle fédérale a une nouvelle fois réduit la compétence juridique de l’Europe. Comme seuls les 27 Etats sont souverains, leurs droits fondamentaux priment sur le droit européen. Consternée, la présidente de la Commission, Mme Ursula von der Leyen, a annoncé que «le droit européen est toujours au-dessus du droit national» et a reçu l’approbation de la Cour de justice européenne, bien que la situation juridique soit clairement différente. Cependant, la Cour de justice européenne a toujours essayé d’empiéter sur la souveraineté juridique nationale. Par exemple dans l’arrêt de la Cour de justice des Communautés européennes concernant l’admission des femmes au service militaire en Allemagne («Kreil-Entscheidung») et actuellement, contre la Pologne et la Hongrie. Selon la devise de Juncker: «On décide quelque chose, puis on le remet bien dans le tiroir pour attendre un peu ce que cela va donner. S’il n’y a pas de grandes émotions ni de soulèvements, en raison de l’incompréhension de la plupart des gens de ce qu’ils viennent de décider, alors nous continuons – pas à pas, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de retour en arrière.» 
  • La Banque centrale européenne fait la même chose. Même la Cour constitutionnelle fédérale a affirmé qu’elle agissait constamment «ultra vires», c’est-à-dire en dehors de ses compétences: avec son financement public d’Etats très endettés, avec le financement direct d’entreprises privées, avec la création illimitée d’argent et de dettes et avec une politique financière européenne à laquelle elle n’a pas du tout droit. 
    Ainsi, comme dans le cas de l’encaissement de lettres de change ou l’on émet de nouvelles lettres de change («Wechselreiterei»)les risques pour tous les citoyens européens n’ont été que reportés, mais ils devront tout de même être payés à un moment donné. En bref, la BCE a créé des obligations de paiement disproportionnées de l’ordre de plusieurs milliers de milliards par des actions illégales. 
  • Pour la première fois, la Commission européenne s’est également chargée de la compétence sociale centrale en décidant d’une allocation de chômage partiel pour tous les Etats, pour un volume total de 100 milliards d’euros. Elle a été assez surprise qu’après le retrait de l’Angleterre, les derniers défenseurs de la souveraineté sociale (notamment l’Allemagne) restent silencieux à ce sujet.     
    «Celui qui ne proteste pas est d’accord», le dicton est toujours valable en économie. Ainsi, pour la première fois, l’UE a fait irruption dans la souveraineté sociale des Etats membres, ou plutôt, pour la première fois, a assumé sans opposition sa compétence sociale. L’étape suivante consiste à exiger des sources de paiement (taxes) pour ces dépenses. 
  • Le coup décisif contre la résistance à l’union de la dette et des finances a été porté par la Commission sous le prétexte du Corona: un projet de dépenses de 750 milliards d’euros – censé remédier à la crise du Corona, mais en fait pour sauver les Etats membres dépourvus de liquidités tels l’Italie, l’Espagne, la France et la Grèce. En bref, la Commission européenne veut maintenant prévenir les faillites individuelles des Etats en faillite en faisant des cadeaux pour lesquels elle ne dispose pas d’argent mais doit d’abord le générer. Ce faisant, elle sape la résistance compréhensible aux euro-obligations et, en même temps, elle acquiert la prétention de vouloir rembourser les fonds promis par ses propres impôts. 

Ainsi, toute personne qui accepte les cadeaux d’un milliard d’euros de Bruxelles accepte automatiquement que Bruxelles 

  • acquiert la souveraineté financière sur les Etats membres, 
  • peut émettre des euro-obligations aux frais de tous les Etats membres 
  • et obtient sa propre souveraineté fiscale, c’est-à-dire qu’elle crée un nouveau niveau de souveraineté financière supérieur à celui des Etats membres auparavant financièrement souverains. 

Ainsi, pas à pas, selon la méthode de -Juncker, une communauté économique et d’intérêts se transformera en un Etat central et les Etats membres deviendront des provinces, mais continueront à contourner les citoyens européens les plus lourdement taxés et à «harmoniser», c’est-à-dire à ponctionner les systèmes sociaux les plus élevés en faveur des pays déficitaires. «Il n’y a point de tyrannie plus cruelle que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice.» a dit Montesquieu à son époque.


1 Lettre de change: titre dans lequel l’émetteur s’engage à payer une certaine somme à lui-même ou à un tiers.
  «Wechselreiterei»: Lorsque deux ou plusieurs parties émettent des lettres de change (avec une intention frauduleuse) pour obtenir un crédit ou pour couvrir une insolvabilité.

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