«En Europe, les jeux de pouvoir observés avant la Première Guerre mondiale se répètent»

Gagnants et perdants à Bruxelles

par Zoltán Kiszelly

Dans le numéro 16 d’Horizons et débats du 4 août 2020, nous avons brièvement rendu compte des décisions prises par le sommet européen du 21 juillet. Zoltán Kiszelly est conseiller auprès du gouvernement hongrois. Il nous a fourni cet intéressant commentaire sur le sommet.

A Bruxelles, tous les pays membres ont gagné. Certains plus, d’autres moins. Ce sont les grands qui ont le plus gagné. L’Allemagne peut conserver son arrière-cour économique, l’UE, et reste donc dans la même catégorie de poids que la Chine et les Etats-Unis. Les Français ont obtenu l’Union de transfert comme antichambre du «ministre commun des finances». Les Italiens ont reçu davantage d’argent de sauvetage, tandis que les quatre frugaux se sont assurés des rabais plus importants. Les neuf Etats qui ne font pas partie de la zone euro doivent envoyer moins d’argent au Sud, et le plus important pour nous, Hongrois, c’est que nous avons gagné du temps, pendant lequel notre pays deviendra plus fort.

En Europe, les jeux de pouvoir observés avant la Première Guerre mondiale se répètent. Comme jadis, les enjeux sont importants. L’Allemagne veut garder l’UE unie, et pour ce faire, elle doit s’attacher les deux grands Etats membres restants après le départ des Britanniques. Les Français décideront en 2022, les Italiens en 2023 au plus tard, non seulement de la composition de leur gouvernement, mais aussi directement de l’avenir de l’euro et de l’UE.

Car le Brexit a ouvert une alternative dont on ignore, certes, où elle va mener, mais qui représente bel et bien une alternative. A deux reprises, les Français s’en sont bien sortis avec les Anglo-Saxons, alors que l’accord de Napoléon IIIavec Bismarck a coûté à l’empereur français non seulement la couronne, mais aussi l’Alsace et la Lorraine.

Les Italiens commencent toujours les guerres avec l’Allemagne et les terminent avec les vainqueurs. Il ne faut pas sous-estimer la force de l’histoire! 

Berlin n’aurait pas pu maintenir ces deux grands Etats membres dans la ligne de sa récente politique d’économie. Ainsi la chancelière Angela Merkel a confié le rôle du «méchant flic» au Premier ministre néerlandais Mark Rutte.Cela lui a permis à elle de se glisser dans le rôle de médiateur avec Emmanuel Macron, tout en consolidant l’axe franco-allemand, qui récemment montrait des divergences. 

Cette médiation était plus souhaitée que jamais. Les réformes structurelles, nécessaires et attendues depuis longtemps, exigées par les pays du Nord en échange de leur argent, seraient balayées par les gouvernements euro-optimistes du Sud. Le soutien à M. Macron est déjà au plus bas, alors qu’en Italie, les chiffres des sondages pour les partis de droite se situent aux alentours de 50 %, avec des élections prévues cet automne dans sept des vingt régions du pays.

La partie sud de la zone euro sera encore maintenue à flot cette année grâce aux achats d’obligations par la BCE et au mécanisme Target-2. A partir de janvier 2021, le plan «Next Generation EU» et le nouveau budget de l’UE, qui viennent d’être adoptés, prendront le relais. En raison de ce calendrier, l’accord était si urgent que la chancelière M. Merkel était prête à faire presque n’importe quelle concession.

Tandis que la plupart des gens attendent avec impatience les subventions de sauvetage, Berlin et Paris sont rassurés de savoir que l’Union de transfert a fini par être validée. 

Désormais, les Etats les plus pauvres peuvent être nourris par les plus riches, selon le modèle de la péréquation financière entre les Etats et d’autres mécanismes. Selon une autre interprétation, la redistribution s’est limitée à une année d’excédent commercial des Etats du Nord.

Pour rembourser la dette commune, le Parlement européen (PE) veut introduire de nouvelles recettes et taxes communes, qui pourraient bientôt être coordonnées par un «ministre européen des finances». Tout comme le PE a digéré l’abandon du modèle du meilleur candidat l’année dernière, il devrait accepter la réduction de son pouvoir politique en matière budgétaire. Après tout, pour compenser, les fonds destinés à Erasmus ou à la protection du climat pourraient être quelque peu augmentés.

Tant que les obligations européennes de facto de la zone euro+ restent un véritable emprunt ponctuel, il y a davantage d’arguments en leur faveur que le contraire. L’argent est distribué par Bruxelles, il doit être utilisé pour la numérisation, la production d’énergie climatiquement neutre, la compétitivité et pour des investissements. Et c’est une bonne chose.

On doit aux Etats de Visegrad et à Viktor Orbán, chef de gouvernement à la plus grande longévité aux côtés d’Angela Merkel et de Mark Rutte, qu’aucune condition idéologique arbitrairement interprétable n’ait été ajoutée aux objectifs économiques. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles la Hongrie, dont les tendances sont largement partagées, figure avec son Premier ministre parmi les grands gagnants de ce sommet européen.

(Traduction Horizons et débats)

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