Le Maïdan biélorusse

La révolution de couleur qui a fait suite aux élections présidentielles du 9 août 2020

par Peter Bachmaier*, Vienne

 

Ces derniers mois les médias occidentaux ont dressé du Belarus un portrait n’ayant rien à voir avec la réalité. Et parmi les nombreux journalistes ayant séjourné dans le pays il y en a peu qui en aient une idée objective.

Un modèle d’état populaire social

En réalité, le Belarus est un Etat populaire orienté vers le social, indépendant et souverain, où on trouve un accès gratuit aux services de santé et à l’éducation ainsi que des emplois stables et des logements à prix abordables. Comme le proclame un slogan officiel, le pays est une «citadelle de la culture traditionnelle»: la culture elle-même y est dominée par la littérature et l’art classiques, l’esthétique traditionnelle, un style réaliste en littérature et la priorité donnée à la famille. On y assiste à une renaissance du christianisme, aussi bien dans le culte orthodoxe que dans la religion catholique. 

L’origine des Blancs Russiens provient de la Rus’. Elle est issue d’un peuple slave venu de l’Est ayant vécu, il y a plus d’un millénaire sous l’égide de trois principautés: la Rus’ de Kiev, celle de Polotsk et celle de Novgorod qui a été christianisé en 988. Par la suite le pouvoir y a été en grande partie exercé par la Pologne et la Lituanie et dès lors qu’il ne restait plus du territoire d’origine qu’une seule région située au nord-est, on a attribué à celle-ci le nom de «Belaya Rus», ce qui veut dire la Rus’ d’origine, demeurée pure car non soumise à la «latinisation».

La République socialiste soviétique de Biélorussie (BSSR) fondée en 1920, a souffert des répressions staliniennes mais le fait est que sans la BSSR, il n’y aurait pas eu de République de Biélorussie sous sa forme actuelle. C’était finalement la plus développée des républiques soviétiques avec les plus hauts standards en matière d’industrie et d’éducation.

La BSSR a déclaré son indépendance le 24 août 1991 et suivi jusqu’en 1994 un parcours pro-occidental qui, à l’instar de la Russie et de l’Ukraine, l’a conduite sur la voie du néolibéralisme. En 1994 toutefois, Alexandre Loukachenko a remporté les élections présidentielles avec 81 % des voix – Loukachenko, n’était pas issu de la nomenklatura et ne représentait pas ses intérêts. Il a laissé en place une industrie nationalisée ainsi que de nombreuses institutions sociales issues du système soviétique mais a privé de son pouvoir la nouvelle oligarchie en plein essor. 

Le Belarus est depuis lors une république présidentielle où le président nomme le gouvernement et détermine les lignes directrices de la politique intérieure et étrangère. Le président est élu tous les cinq ans et l’Assemblée nationale tous les quatre ans au scrutin majoritaire. Le système soviétique a été perfectionné sur les plans: politique, économique et culturel. Le Belarus peut donc depuis lors faire état de sa croissance, de sa stabilité et de sa sécurité sociale. Première ex-république soviétique à renouer en 2005 avec le produit intérieur brut de l’époque précédant l’effondrement de l’Union soviétique, elle a retrouvé 120 % du niveau de 1990 contre 85 % en Russie et 60 % en Ukraine.

Le président Loukachenko a choisi cette voie pour éviter les extrêmes de la thérapie de choc et de la colonisation par le capital occidental. C’est à lui que reviennent l’épargne d’ une catastrophe économique, la corruption, l’exportation massive de capitaux et la ruine du pays. Grâce à cette orientation la Biélorussie est devenue la plus prospère des anciennes républiques soviétiques: le PIB en volume a doublé dans la période 1990-2014 (selon la Banque mondiale, en Russie, il a augmenté de 15 % et de 30 % en Ukraine).

L’opinion répandue selon laquelle l’économie bélarussienne serait une relique du socialisme soviétique ne correspond pas à la réalité. Il faut y voir l’action des mécanismes du marché, qui ont généré une concurrence acharnée à la suite de l’ouverture de l’économie bélarussienne et ce même pour les entreprises nationalisées axées  sur l’exportation de produits de haute technologie.

La «Silicon Valley» du Belarus – le parc de haute technologie de Minsk, fondé en 2005 – est un secteur en pleine croissance comptant actuellement environ 400 entreprises informatiques (dont un tiers sont étrangères) et plus de 30 000 employés. 

Le développement du parc industriel de Wieliki Kamen (Les pierres massives) constitue une étape importante dans la coopération entre le Belarus et la Chine. Le parc, d’une superficie de 92 kilomètres carrés, possède un statut juridique tout à fait particulier et propice aux activités commerciales, comportant d’importantes mesures incitatives en faveur des investisseurs étrangers. Le parc est situé à 25 km de Minsk et à proximité immédiate de l’aéroport international, du réseau ferroviaire et de l’autoroute Berlin-Moscou. Selon les statistiques du ministère chinois du commerce, 63 entreprises sont implantées dans le parc dont les investissements dépassent le milliard de dollars US.

Renaissance spirituelle

La culture nationale est considérée comme la «pierre angulaire de l’indépendance». La très grande priorité accordée par le gouvernement à l’éducation, ce qui par rapport aux autres pays de la CEI, se traduit par un pourcentage supérieur à la moyenne (environ 7 %) dans le budget de l’Etat. Au premier plan des objectifs de la réforme de l’éducation adoptée en 1998 on trouve la «restauration des fondamentaux nationaux et culturels en matière d’éducation». Une des matières enseignées dans les classes supérieures, «L’idéologie nationale» est un genre d’éducation civique utilisée pour éduquer les enfants dans l’amour de la patrie, de l’état et de la famille. Le gouvernement s’oppose ainsi au renversement des valeurs qui est allé de pair avec la désintégration de l’Union soviétique et qu’on a associé à l’extension de l’influence occidentale. 

L’Union républicaine de la jeunesse biélorusse (BRSM/URJB) est également responsable de l’éducation patriotique; cette organisation a mené ces dernières années diverses actions dans ce sens, telles que «Nous sommes au service de la Biélorussie»pour associer les jeunes et l’armée, l’action «Souvenir»pour commémorer la défense de la patrie pendant les années de la Seconde Guerre mondiale et enfin l’action «Arbre de Noël», se déroulant chaque année pour la fête orthodoxe de Noël début janvier avec la participation du clergé orthodoxe. Les conférences annuelles des Saints Cyril et Méthode à l’Université d’Etat de Minsk et le Jour de la littérature slavefêté le 24 mai favorisent la renaissance des valeurs chrétiennes dans la société biélorusse.

Le 7 janvier – jour de la naissance du Christ selon le calendrier orthodoxe – de chaque année est décerné le prix «Pour le renouveau spirituel»financé par décret présidentiel et attribué à des acteurs culturels, des écrivains, des enseignants et des ecclésiastiques en récompense de réalisations exceptionnelles dans le domaine de la littérature et de l’art, dans le secteur humanitaire et pour la consolidation des valeurs spirituelles.

Crise de Covid-19: 
pas de panique en Biélorussie

L’épidémie de la Covid-19 a également atteint le Belarus en mars 2020, mais il existait déjà un plan global de lutte contre l’épidémie: datant de l’époque soviétique, des hôpitaux spécialisés dans les maladies infectieuses, des mesures préventives de lutte contre l’épidémie avec du matériel médical, des instituts de virologie et d’épidémiologie et du personnel qualifié.

Selon les données de l’ONU, le Belarus était bien préparé à la crise car il comptait 41 médecins, 114 infirmières et 110 lits d’hôpital pour 10000 habitants. Dans les pays européens avancés, la moyenne est la même: 30 médecins, 81 infirmières et 55 lits d’hôpital. 

Toutefois, Loukachenko a voulu affirmer la voie indépendante suivie par le Belarus en refusant d’imposer une quarantaine à l’ensemble du pays. Le Belarus est un pays qui n’a pas subi de fermeture. Les usines et les magasins, les auberges, les écoles, les universités et les églises n’ont pas été fermés, mais sont restés ouverts et ont continué à fonctionner.

En juin 2020, le FMI a offert au Belarus un prêt de 940 millions de dollars, mais le chef de l’Etat a qualifié d’inacceptables les conditions additionnelles qui ne ressortaient pas du domaine de la finance. «Dans la lutte contre la Covid-19, le Belarus devait agir comme l’a fait l’Italie. Le FMI exigeait en outre l’application de la quarantaine, l’isolement et le couvre-feu. Qu’est-ce que c’est que ces fadaises? Nous ne sommes aux ordres de personne!», a déclaré M. Loukachenko.1

Les erreurs des pouvoirs publics 

Il est clair qu’il y a eu depuis plusieurs années un accroissement du potentiel de contestation de la rue. Cette accumulation a été facilitée par les erreurs commises par les pouvoirs publics dans le domaine socio-économique: le décret mal conçu de 2017 sur le parasitisme (qui touchait quelque 500 000 personnes alors sans emploi), les échecs répétés dans l’instauration d’un nouveau système de calcul des salaires et de l’ancienneté, l’accroissement des inégalités sociales, l’insuccès de la politique de la jeunesse et l’absence d’explications claires et compréhensibles de la position adoptée par l’Etat pendant la pandémie.2

Des erreurs de jugement se sont également produites dans le domaine idéologique. La consolidation de la société, vue comme une nécessaire réconciliation avec les pro-occidentaux et nationalistes (environ 15 à 20 % de la population) n’a pas fonctionné. Pendant les émeutes, ce sont les symboles et les slogans de ces derniers qui ont régné dans les rues. 

Dans le domaine de l’information, il y a également eu de flagrantes erreurs. Dans une certaine mesure, l’agenda de l’opposition radicale a presque entièrement triomphé dans les nouveaux médias (You Tube, Messenger, réseaux sociaux). 

Il ne restait plus assez de temps pour une intervention des nouveaux médias proches du régime, il était toutefois impératif de présenter ce secteur d’activité comme un espace de travail différencié par rapport aux médias traditionnels ainsi que de lui consacrer dans ce but des ressources régulières. Il n’y a donc pas eu de véritable réaction par rapport aux provocations caractérisées des réseaux Telegram parrainés par la Pologne ou aux appels à la violence que ce soit par voie diplomatique ou quoi que ce soit d’autre.

Dans le domaine de l’éducation, les erreurs portaient sur l’adoption d’éléments du système éducatif occidental tels que le système de Bologne et les écoles privées, qui sont le résultat du partenariat de l’UE avec les Pays de l’Est.

L’influence des nouveaux medias

La Commission européenne soutient les programmes de radio et de télévision de la BBC et de la Deutsche Welle, qui diffusent cinq jours par semaine des informations et de la musique rock à destination du Belarus. Elle soutient également l’«Université biélorusse des sciences humaines» parrainée par la FondationSoros «Open Society Foundation (OFS)», qui a dû être déplacée de Minsk à Vilnius (Lituanie) en 2006. 

Au début de la campagne électorale, il est devenu évident que l’opposition avait développé un projet de technologie politique professionnelle à plusieurs niveaux, dans lequel les nouveaux médias jouaient un rôle décisif.

Dans les premiers mois de 2020, le nombre de militants des médias d’opposition a connu un accroissement spectaculaire, principalement en raison de l’augmentation des comptes du réseau Telegram. A lui seul, le nombre d’abonnés aux cinq plus grands comptes Telegram de l’opposition est passé de 317 000 au 1erjanvier à 672 000 au 20 juin 2020.

La chaîne Nexta (Biélorusse: Nechta, en russe: Nikto = personne), a été fondée il y a deux ans à Varsovie par Stepan Putilo et Roman Protasewitsch; Celle-ci travaille également pour le compte de Radio Free Europe et de la BBC et revendique déjà, selon ses dires, deux millions d’abonnés. La chaîne fournit notamment aux manifestants de Minsk les informations nécessaires sur les points de ralliement, l’agenda des évènements, les banderoles et les slogans politiques. 

Les manifestations de protestation de l’opposition ont généré des divisions dans la société entrainant des agressions jusqu’alors jamais vues dans le pays. Le pouvoir d’Etat a toujours mis en avant l’unité populaire dans le sens ethnique et religieux sur la base de la culture nationale bélarussienne. Le mouvement de protestation a utilisé la symbolique de la République populaire Blanco-Ruthène (proclamée en mars 1918 sous protectorat allemand) avec le drapeau blanc-rouge-blanc également utilisé dans les années 1991-1995, ainsi que le poing levé en signe de révolte, tous ces symboles ayant aussi resservi lors des divers soulèvements des dernières décennies – en Serbie, en Géorgie, en Ukraine et en Egypte.3

Les nouveaux représentants de la classe moyenne – jeunes cracks en informatique, acteurs culturels, eux-mêmes pour la plupart issus de l’effort national de ces dernières années – sont les moteurs du mouvement de protestation biélorusse. Leur nombre dépasse les 100 000 participants, salariés des entreprises occidentales où ils gagnent bien leur vie mais n’ont aucune conscience politique.

Tentative de révolution de couleur

Pour les élections présidentielles du 9 août 2020, 141 observateurs électoraux des états de la CEI ainsi que d’autres observateurs indépendants venant des pays occidentaux ont été accrédités auprès de la Commission électorale centrale. L’OSCE a également été invitée tout comme lors des précédentes élections, mais elle a refusé de participer en invoquant les mesures de distanciation de la crise sanitaire.

Après l’élection présidentielle, les évènements se sont déroulés selon le schéma classique d’une révolution de couleur. Le 9 août, lors de l’annonce par la commission électorale centrale qu’Alexandre Loukachenko avait obtenu environ 80 % des voix et Svetlana Tikhanovskaya à peu près 10 %, des dizaines de milliers de manifestants rassemblés à Minsk ont proclamé les 9 et 10 août que Tikhanovskaya était la «véritable gagnante de l’élection».

Deux éminents candidats n’ont pu se présenter aux élections. Valeri Zepkalo,ancien ambassadeur de Biélorussie aux Etats-Unis, a fondé le premier parc de haute technologie du pays avant de se brouiller avec le président. Après que la commission électorale ait rejeté sa candidature au motif qu’il n’avait pu réunir le nombre de signatures nécessaires, il a quitté le pays.

Viktor Babariko, qui a dirigé pendant 20 ans l’une des plus grandes banques du pays, la Belgazprombank ainsi qu’un club culturel pour les jeunes, a été arrêté le 11 juin dernier pour évasion fiscale et blanchiment d’argent à grande échelle. Babariko prétend que cela résulte de motivations politiques. Il a cependant envoyé son directeur de campagne pour diriger la campagne de Tikhanovskaya.

Le 9 août après la fermeture des bureaux de vote, les gens sont descendus dans la rue. Bien sûr, comme pour toutes les élections précédentes, on s’attendait à des troubles mais leur ampleur a dépassé les plus folles attentes. Ainsi que cela s’est avéré par la suite, des groupes organisés d’agents provocateurs ont opéré au sein de la foule et provoqué des affrontements avec la police. 

Les policiers ont été la cible de «cocktails Molotov» et de jets de pierres. Lors de la deuxième nuit, les manifestants ont entrepris de construire des barricades, se sont mis à bloquer les routes et à lancer des pavés et des «cocktails Molotov». Une véritable guérilla urbaine s’est  déployée dans les rues, le tout étant coordonné en temps réel depuis la Pologne, à partir de la même chaîne Nechta.

Les manifestations n’avaient pas de but précis, à tous ces gens on avait rien promis comme cela avait été le cas par exemple sur le Maïdan de Kiev 2013-2014 avec l’entrée dans l’UE; au Belarus le seul objectif était de changer de gouvernement.

L’objectif des manifestants

Selon Belta du 19 août 2020, le «Conseil de coordination pour la passation de pouvoir» a demandé dans son programme l’introduction de contrôles douaniers aux frontières avec la Russie pour les personnes et les marchandises, l’accès aux émissions de télévision en provenance de Lettonie, de Lituanie, de Pologne et d’Ukraine, le retrait des forces armées de défense des pays de l’ex-Union soviétique (OWKS), l’interdiction progressive de la langue russe d’ici à 2030, l’introduction de la langue biélorusse dans l’armée, la création de l’Eglise orthodoxe autocéphale biélorusse et enfin l’adhésion à l’Union européenne et à l’OTAN (Ce programme a depuis été supprimé du site web du Conseil de coordination).4

Cependant, dans les documents du Conseil de coordination on ne voit nulle part mentionnés les points également annoncés à la télévision nationale. L’un des membres du Conseil de coordination, l’avocat Maxime Znak, a exposé lors d’une conférence de presse que le Conseil n’a pas de programme politique. Même pendant les manifestations, mis à part les symboles, on n’a entendu que des revendications du type: «Du balai!», «Nouvelles élections!» et «Changement!» 

En suivant la piste des manifestations, on aboutit à Washington. La fondation nationale américaine National Endowment for Democracy (NED) soutient depuis des années l’opposition et la «société civile» biélorusses. Rien que pour l’année 2019 en Biélorussie, la NED répertorie sur son site web 34 projets qui ont reçu un soutien financier. L’objectif principal est de renforcer l’opposition anti-Loukachenko et les ONG correspondantes. C’est ainsi que la NED déclare: «Renforcer les ONG: accroître l’engagement civil local et régional». Les sponsors occidentaux ont probablement aussi un autre objectif, celui d’interrompre la nouvelle route de la soie menant de la Chine aux pays de l’Union Européenne en passant par la Biélorussie. Mike Pompeo,le secrétaire d’Etat américain, s’est rendu dans plusieurs pays d’Europe centrale entre le 11 et le 15 août 2020 avec comme objectif déclaré de les convaincre de renoncer à la coopération avec la Chine et la Russie.

L’Agence d’ingénierie sociale (SEA) a estimé dès 2018 qu’il y avait une forte probabilité pour qu’une authentique révolution de couleur – selon la méthodologie de Gene Sharp,théoricien des «manifestations non violentes» – ait lieu au Belarus dans les deux prochaines années. Les mécanismes appropriés étaient déjà en place – un solide réseau de plusieurs dizaines d’ONG, de groupes de réflexion, de médias, de centaines de blogueurs et de faiseurs d’opinion, financé à hauteur d’un million de dollars par des entreprises en Pologne et en Lituanie.

Dans son discours du 16 août 2020 sur la place de l’Indépendance, le président Loukachenko a déclaré aux manifestants:

«Si vous êtes là, c’est pour défendre votre pays, votre indépendance, vos familles, vos femmes, vos sœurs et vos enfants! Ce beau pays, nous l’avons construit avec vous en dépit de toutes les difficultés! Mais à qui voulez-vous le livrer?

Une puissance militaire est en train de se constituer aux frontières occidentales de notre pays. La Lituanie, la Lettonie, la Pologne et malheureusement aussi notre bien-aimée Ukraine, c’est-à-dire en réalité les dirigeants de ces pays, veulent nous forcer à organiser de nouvelles élections. Si nous leur cédons, nous nous retrouverons dans une impasse et disparaîtrons en tant qu’état, en tant que peuple et en tant que nation.

Ils vont tuer le président et vous serez à genoux. Et n’oubliez pas que je ne vous ai jamais trahi, jamais! Et que je ne vous trahirai jamais!»5

La signature le 15 août dernier d’un accord de coopération renforcée en matière de défense entre les Etats-Unis et la Pologne a fait de cette dernière un «pilier de la sécurité régionale» (selon la description du Département d’Etat américain).

Nikolay Azarov, ancien Premier ministre ukrainien (2010-2014), a déclaré lors de son allocution à Minsk: «En observant ce qui se passe ici actuellement, je voudrais souligner que cela me rappelle fortement la préparation de la première Maïdan, qui a commencé dans notre pays en 2003-2004. Les services spéciaux occidentaux ont entamé il y a longtemps leurs préparatifs des élections en Biélorussie.

Ils n’ont pas réussi à détruire l’héritage soviétique en Biélorussie. Bien au contraire, l’industrie a été modernisée et renforcée par des entreprises compétitives telles que MAZ, BELAZ, Gomselmash ... Je ne parle même pas du fait que le Belarus soit parvenu à créer un parc de haute technologie qui regroupe près d’un millier d’entreprises de production informatique – dont les produits représentent deux milliards de dollars.

On l’a dit et répété sur le podium: ‹Demain, nous signerons des accords avec l’UE – et nous aurons des salaires et des retraites européennes.› Où en sont-ils maintenant? La valeur en dollars des salaires réels et des retraites a diminué de moitié et les prix ont incroyablement augmenté. L’Ukraine a commencé à importer des produits agricoles.

En Ukraine, nous avons à présent le taux de mortalité le plus élevé d’Europe. Chaque année, du seul fait du dépeuplement du territoire, notre population diminue de 300 000 personnes. Quelques dix millions de personnes sont parties à l’étranger parce que leurs entreprises avaient fermé et qu’il n’y avait plus de travail. Le système médical a été totalement détruit: on l’a bien vu avec la Covid-19. Mon discours est une mise en garde: ne faites pas confiance à cette ‹carotte› que vous tend l’Europe! Ne lui faites aucune confiance!»

La rencontre entre 
les présidents russe et biélorusse 

Le 14 septembre 2020 à Sotchi, Alexandre Loukachenko et Vladimir Poutine ont évoqué les conditions et les perspectives de développement de la coopération bilatérale dans différents domaines, les problèmes internationaux et la situation dans la région, ainsi que la possibilité d’une riposte concertée aux enjeux futurs. Alexander Lukashenko a souligné:

«Ces événements nous ont démontré que nous devons nous rapprocher de notre grand frère et coopérer sur tous les sujets, y compris dans le domaine commercial.» Le président biélorusse a également souligné que les partis avaient procédé de manière systématique et progressive à la création et à la rédaction du traité sur l’Etat de l’Union. «Nos états et nos peuples seront toujours unis dans l’amitié.»

Pour commencer, Vladimir Poutine a déclaré que la Russie considère le Belarus comme son plus proche allié et qu’elle honorera toutes ses obligations envers elle selon les traités et les accords passés. «La Russie demeure fidèle à tous ses accords, y compris ceux qui découlent de l’accord sur l’Organisation du traite de sécurité collective (OTSC).» Le président russe a en outre annoncé que la Russie accorderait à l’Etat biélorusse un prêt de 1,5 milliard dollars.6

Le 18 septembre 2020, dans son discours prononcé à l’occasion de la 75èmesession de l’Assemblée générale des Nations unies, Vladimir Makei, ministre biélorusse des affaires étrangères, a déclaré: «Malgré les déclarations de soutien des pays de l’UE, leurs agissements actuels portent atteinte à la souveraineté et à l’indépendance du Belarus.» Pour les journalistes, il a également commenté l’adoption par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies de la résolution «Situation des droits de l’homme au Belarus»: «On peut clairement considérer que cela constitue une ingérence dans les affaires intérieures de notre pays.»7

Le ministre des affaires étrangères a poursuivi: «L’Ouest nous est désormais fermé, nous devons donc intensifier au maximum la coopération avec la Russie. Ce dernier axe, qui a toujours exercé sur nous un fort pouvoir d’attraction, doit être optimisé. Ce faisant, la coopération militaire de même qu’en matière d’information sera également renforcée.8

Le bilan de ces événements peut se résumer comme suit: l’intégration à la Fédération de Russie va être relancée et le Belarus va plus généralement s’orienter vers l’Est. La coopération avec la République populaire de Chine va s’intensifier. Les relations avec l’Union européenne vont fortement se détériorer, notamment avec la Pologne et la Lituanie. Par ailleurs, une réforme constitutionnelle sera mise en œuvre visant à renforcer le parlement et le rôle des partis dans la vie politique.

1Röper, Thomas. Anti-Spiegel du 17/08/20

2Dzermant, Aleksei. «Die Fehler der Behörden» (russ.)(Les erreurs des autorités), 13/08/20, https//t.me/dzermant

3Sankin, Wladimir. «Regimewechsel in Belarus, Social Engineering Agency (SEA) (Changement de régime en Biélorussie, Agence d’ingénierie sociale (SEA), in: RT édition allemande du 13/08/20. Le fondateur de la SEA, Anton Davidchenko,a participé en mai 2014 au soulèvement d’Odessa contre le gouvernement de Kiev. Il s’est installé en Russie et s’occupe à présent de «Social Engineering» (Ingénierie sociale).

4Belta du 19/08/20

5Discours du président Alexander Lukaschenko sur la Place de l’Indépendance à Minsk le 16 août 2020, Belta.ru du 16/08/20

6Belarus segodnja du 14/09/20

7Belta du 18/09/20

8Belta du 17/09/20

(Traduction Horizons et débats)


* Le Prof. Dr. Peter Bachmaier, historien et politologue d’Europe de l’Est, membre du conseil d’administration de l’Institut autrichien pour l’Europe de l’Est et du Sud-Est à Vienne (1972-2005), professeur à l’Université de Vienne (1993-2007

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