Des conditions territoriales confuses dans le Nagorny-Karabakh

par Gerd Brenner

Depuis le 27 septembre 2020, les combats pour la région du Nagorny-Karabakh, dans le Caucase du Sud, font rage avec une férocité qui n’a pas été vue depuis des années. Il semblerait que l’Azerbaïdjan ait l’intention de résoudre le problème du Nagorny-Karabakh unilatéralement, par des moyens militaires.

Les républiques d’Arménie et d’Azerbaïdjan ont obtenu leur indépendance en 1991, après la dissolution de l’Union soviétique. La même année, l’Oblast autonome du Nagorny-Karabakh s’est aussi déclaré indépendant de l’Azerbaïdjan, dont il faisait partie depuis 1921. A cette époque, le Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique a mis fin à un conflit de longue date qui avait été accompagné de pogroms et d’expulsions des deux côtés. Le territoire du Nagorny-Karabakh a été attribuée en tant qu’Oblast autonome à la République d’Azerbaïdjan.

La République du Nagorny-Karabakh, non reconnue au niveau international, s’appelle République d’Arzach depuis 2017. Elle comprend le centre du Nagorny-Karabakh et un certain nombre de zones qui sont de jure le territoire de l’Azerbaïdjan. Les troupes arméniennes et du Nagorny-Karabakh avançant ont conquis ces régions en 1994, expulsé les habitants azerbaïdjanais qui y vivaient et établi une sorte de zone tampon. Encore aujourd’hui, cette zone est en grande partie vide. Dans la ville d’Agdam, par exemple, il y avait autrefois près de 30 000 habitants, pour la plupart des Azerbaïdjanais. Aujourd’hui, Agdam est une ville fantôme. Une autre partie de cette zone tampon est le corridor dit de Laçin, qui se trouve entre le cœur du Nagorny-Karabakh et le territoire de l’Arménie.

Une proposition de solution du groupe de Minsk de l’OSCE, dirigé par la Russie, la France et les Etats-Unis, consistait à garder le centre du Nagorny-Karabakh sous sa forme actuelle et à y organiser un référendum sur l’adhésion. Les zones azerbaïdjanaises environnantes de ladite zone tampon devraient être rendues à l’Azerbaïdjan, à l’exception du corridor de Laçin. Une Mission de maintien de la paix de l’OSCE devrait être stationnée dans la région comme garantie de la communauté internationale. Cette tentative de solution a été élaborée lors de la Conférence des ministres des affaires étrangères de l’OSCE à Madrid en 2007 et est appelée «Principes de Madrid» depuis.

Dans trois résolutions, le Conseil de sécurité des Nations unies a condamné l’occupation par l’Arménie des districts azerbaïdjanais de Zangelan, d’Agdam et de Kelbadjar, dans la zone tampon. La République d’Arzach elle-même n’est pas reconnue au niveau international, pas même par l’Arménie. Jusqu’à présent, celle-ci s’est réservé le droit de reconnaître la République d’Arzach, sachant qu’une telle démarche fermerait définitivement les portes à une solution négociée avec l’Azerbaïdjan. A la suite des combats actuels, Arzach a appelé à la communauté internationale à reconnaître la république car, selon les calculs effectués dans la capitale Stepanakert (appelée Khankendi en Azerbaïdjan), il n’est plus nécessaire de faire preuve de considération pour la partie azerbaïdjanaise.

Au Nagorny-Karabakh, différents principes du droit international sont en concurrence: alors que l’Azerbaïdjan insiste sur son intégrité territoriale, l’Arménie fait référence au droit à l’autodétermination des peuples. Compte tenu des atrocités commises dans le passé, il est difficile d’imaginer une réintégration du territoire du Nagorny-Karabakh dans la République d’Azerbaïdjan et un retour dans leur ancienne patrie des Azéris, expulsés il y a plus de 25 ans. Le conflit ne peut être compris avec des catégories du bien et du mal et il ne peut pas non plus être résolu simplement par des moyens diplomatiques et militaires. Les raisons du conflit sont trop complexes et les liens avec d’autres conflits trop nombreux. •

(Traduction Horizons et débats)

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