Les actions ne sont pas des actifs tangibles

par Eberhard Hamer

Les spécialistes de la finance s’accordent à dire que la fabrication actuellement effrénée de l’argent, la multiplication des crédits et l’explosion de la dette mèneront, à moyen ou long terme, à la destruction de la valeur de l’argent. En réalité, une inflation de 5 à 10 % aurait dû se produire il y a longtemps déjà. Mais jusqu’à présent, elle a été empêchée par une politique mondiale de «barrage» contre l’inflation au travers de taux d’intérêt nuls des banques centrales, par le financement illimité d’Etats et d’entreprises très endettées au travers des fonds de ces mêmes banques centrales et par des «plans de sauvetage» de plusieurs milliers de milliards, voire – selon l’acception de la haute finance – par des «prêts perpétuels» (Soros), ne devant jamais être remboursés.

Le problème est donc le même que celui d’une rivière: les masses d’eau qui s’y écoulent continuellement finissent toujours par détruire les barrages. Il en va de même pour les flux d’argent de plus en plus forts qui finiront par détruire ce barrage contre l’inflation. 

Nous savons clairement que le barrage contre l’inflation ne tiendra pas éternellement. Mais nous ne savons pas quand il chutera. Ce sera au plus tard lorsque les gens reconnaîtront la dévaluation de la monnaie à cause de l’augmentant de sa masse. Ainsi, ils réagiront en essayant d’échanger leur argent contre des biens matériels tangibles, augmentant ainsi à nouveau la vitesse de circulation de la monnaie et accéléreront de plus en plus le processus d’inflation (jusqu’à l’inflation galopante). 

La bulle immobilière, les sommets des marchés boursiers ainsi que la hausse du prix de l’or sont des signes précoces que les investisseurs intelligents consacrent leur argent à des valeurs-refuge et à des actifs tangibles. 

L’or apporte la sécurité, mais pas l’intérêt. La dévaluation croissante de l’argent va donc entraîner une nouvelle hausse du prix de l’or – mais uniquement en tant que «monnaie de fuite», et non en tant qu’investissement à rendement. 

Certes, l’immobilier reste rentable (loyers, baux). Mais la bulle immobilière, actuellement exacerbée, réduit cette rentabilité. Les loyers annuels étant désormais vingt fois plus élevés, l’investissement dans l’immobilier est davantage un signe de fuite qu’un investissement de rendement. En outre, l’investisseur immobilier dans un bien résidentiel doit s’attendre à ce que nos politiciens plafonnent non seulement les loyers, mais introduisent également une péréquation des charges dès qu’un krach ferait éclater la bulle monétaire et que les actifs monétaires commencent à fondre. Dans les réformes monétaires précédentes, seulement 50 % de l’immobilier a été dévalué par la péréquation des charges, alors que l’argent a été dévalué de 90 % – il est donc toujours plus rentable de rester dans l’immobilier que dans l’argent – les investisseurs immobiliers ne sortiront vraisemblablement pas indemnes de la prochaine correction de la dette, ne serait-ce que comme victimes d’une prétendue «justice».

Les fonds d’investissement recommandent pour ces raisons les actions comme meilleur placement. Ils soulignent qu’en période d’inflation, les marchés boursiers montent et que derrière les actions se trouverait la valeur réelle d’une entreprise. 

Les deux affirmations sont correctes en surface, mais sur le fond, elles ne vont pas assez loin:

  • La hausse des marchés boursiers n’est pas réellement liée à une augmentation de la valeur des actions elles-mêmes. Une surabondance de liquidités entraîne beaucoup d’investissements en bourse et détermine donc à elle seule le prix des actions des entreprises. Ce n’est donc pas la valeur des entreprises qui est responsable de l’explosion des prix sur nos places boursières, mais l’excès de liquidité créé par les banques centrales. Cette présence d’argent en excès incite fortement les investissements financiers et fait donc augmenter les cours boursiers.
  • Le fait que la hausse des cours boursiers ne doit pas nécessairement représenter une augmentation de la valeur des sociétés est également lié au fait que, dans la plupart des cas, la spéculation détermine les prix. 

Prenons l’exemple de Wirecard: l’explosion des prix du cours boursier de Wirecard était due à la spéculation, alors que l’action était en réalité sans valeur. Et lorsque tout a éclaté, les investisseurs demeuraient perdants.

Ensuite l’exemple de Tesla: Tesla est également susceptible de constituer une énorme bulle spéculative, mais son augmentation en prix n’est due jusqu’à présent qu’à son considérable et continuel endettement. Derrière l’augmentation de l’action en question, ne se cache pas de dynamique économique durable, mais des investissements spéculatifs et des subventions gouvernementales (en Allemagne). Les investisseurs ne sont pas censés faire de bénéfices. Dès que la bulle sera reconnue, les prix chuteront – peut-être l’entreprise de façade s’écroulera elle-même. 

Il y a encore l’exemple des start-ups: 90 % de toutes les start-ups échouent. Néanmoins, peu de secteurs de l’économie sont actuellement porteurs d’autant d’espoir que les start-ups puisque tant de prêts imprudents sont investis dans cet espoir et qu’encore plus d’argent sera brûlé dans les start-ups que dans les entreprises existantes. La désillusion sera rapide dans la crise déjà naissante.

  • En ce qui concerne les cours boursiers, les déclarations des dirigeants des banques centrales ont davantage d’influence que de la valeur des entreprises. Les commentaires et annonces positifs des directeurs des banques centrales font généralement monter les marchés boursiers; les commentaires négatifs les font baisser. En revanche, les annonces positives issues des entreprises elles-mêmes n’affecteront que le cours de l’action de cette entreprise. La spéculation porte moins sur la valeur des entreprises individuelles que sur l’évolution des données financières mondiales.
  • Les exemples d’entreprises numériques et d’entreprises qui font des recherches sur un vaccin contre la corona montrent à quel point la spéculation internationale est débridée dans sa soif de faire des gains. Ce ne sont pas les valeurs des entreprises qui attirent les grands investissements, mais la tendance spéculative. La plupart des entreprises numériques ont peu ou pas de capital réel, seulement de l’espoir. Ils n’ont donc aucune sécurité substantielle à offrir, seulement des espoirs spéculatifs.

L’époque où nos entreprises travaillaient avec des capitaux élevés en se fondant sur l’argent des marchés boursiers tangibles (capital d’investissement), est révolue. En attendant, les entreprises porteuses d’espoir collectent la plupart des capitaux pour des espoirs spéculatifs sans créer d’actifs tangibles. A cet égard, les actions des sociétés sont aujourd’hui moins un actif matériel qu’une valeur spéculative.

L’auteur est suffisamment au courant, de par sa propre expérience, comment les banques et les entreprises manipulent les actions en bourse, en fonction de leurs objectifs. L’investisseur ne le sait normalement pas. Il ne sait pas que certaines annonces de sensation sur l’état d’une société ne servent qu’à vendre ses actions ou que certaines annonces négatives n’ont pour objectif que de manipuler le prix de l’action à la baisse pour pouvoir, ensuite, l’acheter à un prix inférieur. L’investisseur ne sait pas quel cours est manipulé et par quelle entreprise, par le biais de transactions légales (vente à découvert), illégales (délit d’initié) ou semi-légales (affaires du type CumEx)

L’action n’est donc pas seulement un objet de spéculation pour les grands mouvements monétaires et financiers et les variations des devises, mais aussi pour la manipulation des profits des grands actionnaires et des fonds. Etant donné que 70 % de nos actions DAX sont détenues par des fonds internationaux – principalement anglo-saxons, ces fonds manipulent le prix des actions de leurs participations dans leur propre intérêt, et non pour des raisons de bonne volonté. 

Même Donald Trump l’a reconnu lorsqu’il a transféré deux milliards de dollars à Blackrockaux Etats-Unis, il y a quelques mois, afin de manipuler les cours de la bourse à la hausse contre le danger d’un effondrement de l’économie dû au virus corona. 

Par conséquent, le mythe répandu dans les millieux financiers selon lequel les actions sont des actifs tangibles est faux. Les actions ne sont que des valeurs spéculatives. La valeur matérielle des entreprises et même leurs perspectives de profit sont secondaires, et généralement sans importance pour la valeur marchande.

Ainsi, quiconque croit pouvoir échapper à la valeur monétaire tombante en achetant des actions devra bientôt constater – contrairement à ce qui se passe avec l’or et l’immobilier, qu’en cas de krach, les marchés boursiers comme toutes les valeurs financières, se précipiteront vers le bas, que les prétendues valeurs matérielles du marché boursier s’évaporeront pour atteindre peut-être 20 % (comme en 1930), que quiconque a construit sur des actions n’aura pas construit sur de la valeur réelle mais sur du sable mouvant.

Non seulement notre politique financière avec le partage de la dette européenne, l’explosion de la dette nationale, les «prêts perpétuels» et l’augmentation effrénée de la masse de l’argent par les banques centrales est une fraude. Mais aussi la bourse en tant que secteur financier n’est pas sûre en valeur réelle, mais représente l’espoir et la fraude. 

Si de nombreux investisseurs s’en rendent compte et vendent, la bulle boursière s’effondrera, les valeurs d’espoir tomberont à la faible valeur résiduelle réelle des entreprises.

Après tout, contrairement aux investisseurs en obligations, les investisseurs en actions ne perdent pas tout, mais la majeure partie.

(Traduction Horizons et débats)

 

Hd. Depuis plusieurs décennies, Eberhard Hamer publie des livres très lus sur divers sujets de politique sociale, mais surtout économique et financière, cela en tant qu’auteur ou éditeur. Les deux livres présentés ici ne sont qu’une petite sélection. Son volume «Visions 2050» (ISBN 978-3-86445-332-8), publié en 2016, présente les résultats des travaux de différents groupes de travail. «Was tun, wenn der Crash kommt?» (Que faire quand le krach arrive), son «classique» dans lequel il a été l’un des rares à prévoir la crise financière de 2007/2008 a été publié dans sa 10e édition en 2008. (ISBN 978-3-7892-8261-4).

 

 

 

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