Fin de l’hégémonie mondiale par les Etats-Unis:de nouveaux indices apparaissent

Rapport de sécurité actuel du Service de renseignement de la Confédération

 

Hd. Chaque année, le Service de renseignement de la Confédération (SRC) publie un rapport complet de la situation sécuritaire. Le rapport complet de cette année, intitulé «La sécurité de la Suisse 2020», publié le 27 octobre 2020, compte plus de 100 pages et peut être consulté et téléchargé sur https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/communiques.msg-id-80848.html. Le passage suivant reproduit la première partie du communiqué de presse du SRC, résumant l'évaluation de la situation politique mondiale actuelle. Dans l’encadré, nous avons ajouté le commentaire d’un expert suisse.

«La politique internationale en matière de sécurité est aujourd’hui marquée par les rivalités entre plusieurs acteurs qui veulent gagner en influence. Dans ce contexte, les capacités d’anticipation et d’identification précoce du Service de renseignement de la Confédération (SRC) jouent un rôle prépondérant, afin de déceler à temps les menaces et les évaluer, pour ensuite prendre les mesures préventives qui s’imposent. Le rapport annuel du SRC présente les principales évolutions de la situation du point de vue du renseignement. 

S’il est actuellement encore impossible de déterminer quels seront les impacts de la pandémie de la Covid-19 sur le plan de la politique de sécurité, les observations du SRC démontrent un renforcement – et vraisemblablement une accélération – des tendances sur le plan international. La pandémie de la Covid-19 fournit de nouveaux indices quant à la fin d’un ordre mondial fortement marqué par les Etats-Unis, leur système d’alliances, et des institutions souvent soumises à une profonde influence américaine. 

Le changement actuellement observé au niveau international dans le domaine de la politique de sécurité va perdurer. La question se pose de savoir si un ordre stable va à nouveau s’établir dans un avenir proche. Un nouvel ordre bipolaire entre les Etats-Unis et la Chine, dont on ne distingue pour l’heure toutefois pas encore clairement les contours, pourrait se mettre en place. Une éventuelle évolution vers un système multipolaire est encore plus incertaine. 

Compétition stratégique entre les grandes puissances

La rivalité entre les Etats-Unis et la Chine, les efforts de la Russie visant à consolider sa zone d’influence en Europe, ainsi que divers conflits et crises aux frontières européennes marquent l’environnement stratégique de la Suisse. Les Etats-Unis vont certes rester, au-delà de 2020, la puissance mondiale exerçant l’influence la plus grande, mais les relations transatlantiques et la présence américaine au Proche-Orient et au Moyen-Orient vont à l’avenir perdre encore en importance. Les contradicteurs géopolitiques des Etats-Unis essaient d’en tirer profit et de déployer leur puissance dans les brèches ainsi créées, afin d’imposer la promotion de leurs propres intérêts. 

La Chine se considère comme une grande puissance en plein essor, au même titre que les Etats-Unis. Le fossé entre le modèle libéral occidental et le capitalisme d’Etat autoritaire va encore se creuser. Les indices selon lesquels le système international pourrait de plus en plus être marqué par la concurrence stratégique entre les Etats-Unis et la Chine se multiplient, pouvant aller jusqu’à la mise en place de zones d’influence stratégique exclusives. 

La Russie continue de chercher à agir sur un pied d’égalité avec les Etats-Unis et tente d’asseoir sa propre sphère d’influence. Sa politique porte ses fruits et la Russie ne compte pas s’arrêter là. L’Ukraine demeure au cœur des intérêts stratégiques russes, tout comme la Biélorussie après les manifestations consécutives aux élections présidentielles du 9 août 2020. Le Kremlin a mis en garde les Etats-Unis et l’Union européenne contre toute ingérence dans ce dossier. La mer Noire et la Méditerranée sont également les théâtres d’une rivalité stratégique avec d’autres acteurs.»  

Les Etats neutres et indépendants subissent une pression accrue face au monde multipolaire

gb. Ces dernières années, la Russie a réussi à stopper l’expansion vers l’est de l’UE et de l’OTAN. Elle pourra maintenant tenter de retrouver ses positions perdues dans les années 1990. Les ressources limitées de la Russie et la situation politique intérieure obligent pourtant le Kremlin à procéder de façon pondérée.

Le Moyen-Orient reste une région instable dans laquelle la Turquie, l’Iran et l’Arabie saoudite se disputent le rôle de première puissance régionale. L’influence de l’Ouest dans la région a diminué. Après le «printemps arabe», l’Occident n’a réussi que partiellement à stabiliser l’Afrique du Nord tandis que la déstabilisation insidieuse de l’Afrique subsaharienne menace d’anéantir tout progrès réalisé. 

Le conflit en Ukraine et dans ses environs représente actuellement l’exemple extrême des problèmes structurels de nombreux pays de l’ex-Union soviétique. Des concepts devenus obsolètes au sujet de la nation empêchent le traitement adéquat des minorités nationales. Les Etats restent souvent sous la régence des élites politiques et économiques (oligarques) ayant établi leur position dominante du temps de la chute de l’Union soviétique. La tranche d’âge des jeunes générations poursuit des projets de vie différents de ceux de la génération de leurs parents. Le développement de la démocratie et de l’Etat de droit est à la traîne tandis que les conflits latents augmentent l’influence des appareils de sécurité. 

Conséquences pour la Suisse

A l’heure où les anciens camps se reforment, la pression sur les Etats neutres et indépendants va en augmentant afin qu’ils définissent une position claire. Leur raisonnement s’inscrira certainement en se basant sur le prolongement du «Concert of Democracies»1 de 2004. L’attitude des principaux acteurs à traiter avec ces Etats montrera dans quelle mesure ils croient encore à la coexistence coopérative. Il en va de même pour les organisations internationales et les plateformes multilatérales telles que l’OSCE et, en dernier ressort, l’ONU.


En mai 2004, les Américains Ivo Daalder et James Lindsay, dans un article du Washington Post, ont proposé une organisation internationale alternative appelée «Concert des démocraties» ou «Ligue des démocraties». Ils préconisèrent qu’un groupe de pays considérés comme des démocraties, forme un groupe à part au sein des Nations unies. Comme ils ont classé 60 Etats du monde comme étant des démocraties, ils ont également parlé du groupe D-60 au sein de l’ONU. Leur proposition a été reprise, à plusieurs occasions, au cours des années suivantes, notamment par le candidat à la présidence des Etats-Unis, John McCain.

 

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