Une nouvelle initiative russe en matière de désarmement

Le site web germanophone Anti-Spiegel (https://www.anti-spiegel.ru) a traduit un reportage de la télévision russe sur une nouvelle initiative de désarmement du président russe Vladimir Poutine. A ce jour, on n’a guère parlé de cette initiative dans notre pays, à l’exception notable de la «Neue Zürcher Zeitung» du 27 octobre 2020 «Moskau schlägt Washington neuen Abrüstungsvertrag vor» (Moscou propose un nouveau traité de désarmement à Washington). Nous vous présentons ci-dessous, la traduction faite par l’Anti-Spiegel.

La Russie propose aux pays membres de l’OTAN de définir les dispositifs de sécurité à venir sur une base paritaire. C’est ce qui ressort clairement des déclarations de Vladimir Poutine – qu’il a rendues publiques aujourd’hui. Leur contenu est simple. Depuis que le Traité sur les Forces nucléaires à portée intermédiaire est devenu caduc en raison de sa dénonciation par les Etats-Unis, notre pays ne déploie plus de missiles sur le territoire européen en contrepartie d’actions similaires de la part de l’Alliance atlantique. 

Ce traité constituait un élément important de la sécurité internationale et de la stabilité stratégique. Il a joué un rôle important dans le maintien de la prévoyance et de la limitation en matière de défense antimissile dans l’espace européen. Il s’agit du traité sur les Forces nucléaires à portée Intermédiaire (dit Traité FNI), qui a par la suite été dénoncé par les Etats-Unis. 

«Nous considérons que le retrait des Etats-Unis du traité FNI – qui a entraîné l’invalidation de ce même Traité – est une grave erreur qui accroît les risques de déclenchement d’une course aux armements, de renforcement du potentiel de confrontation et de dérapage vers une escalade incontrôlée. Etant donné les tensions incessantes entre l’OTAN et la Russie, cela met en évidence de nouvelles menaces pour la sécurité de l’Europe», a déclaré Vladimir Poutine dans un communiqué. 

Afin de réduire au minimum les conséquences négatives de la rupture du traité FNI, la Russie a formulé un certain nombre de propositions. Premièrement, Moscou réaffirme son engagement en faveur du moratoire de son pays sur le stationnement de missiles terrestres à courte et moyenne portée, pour autant qu’aucun armement américain de ce type ne soit déployé dans les régions concernées. Dans ce contexte, l’OTAN est censé déclarer un moratoire analogue. Deuxièmement, afin de répondre aux préoccupations des deux parties, la Russie propose que des options spécifiques pour la mise en place de mesures de contrôle mutuel soient examinées.

«Nous pourrions notamment discuter des moyens de contrôle des systèmes anti-missiles AEGIS Ashore équipés de lanceurs MK41-SLV (Systèmes de lancement vertical) installés sur les bases américaines et celles de l’OTAN en Europe, tout comme du contrôle des missiles 9M729 présents dans les bases militaires russes de la région de Kaliningrad. L’objectif de ces contrôles serait de confirmer l’absence au sol de missiles à courte et moyenne portée et d’autres types d’armements, en fonction des spécifications et des classifications convenues par les parties, notamment en ce qui concerne le missile russe 9M729. Pour marquer sa bonne volonté, la Fédération de Russie est néanmoins disposée à ne pas stationner de missiles 9M729 sur la partie européenne du pays, mais uniquement à la condition que les pays de l’OTAN renoncent à implanter des armements précédemment prohibés par le Traité FNI en Europe», a laissé entendre le Président Poutine. 

L’AEGIS Ashore dont il est question dans le communiqué est la version au sol du système de défense antimissile utilisé par le Département américain de la défense. Il s’agit d’un conteneur quadruple en acier, habituellement embarqué sur les navires de guerre. Il contient l’équipement électronique ainsi que le dispositif nécessaire au lancement vertical des missiles ballistiques guidés de type MarK41. Le premier pays européen où ce type de système ait été implanté au sol a été la Roumanie. Des travaux d’installation ont ensuite été entrepris en Pologne. Par conséquent, les étapes préconisées aujourd’hui par le président russe en vue d’une désescalade sont en lien direct avec la sécurité de l’ensemble du continent. 

«Vous savez que le président a fait une déclaration sur les mesures additionnelles à envisager en vue d’une désescalade en Europe dans le cadre de la résiliation du Traité FNI. Il s’agit d’un document important. Le président Poutine a constamment soutenu la ligne directrice de ce type de désescalade multi-vectorielle. Dans le cadre du Traité de désarmement nucléaire New Start et du Traité Open Skies, une attention toute particulière est accordée au niveau des experts. A cet égard, des travaux sur la stabilité stratégique dont la substance est extrêmement complexe sont en cours», a déclaré Dmitri Peskov, le porte-parole du président russe.

Ce n’est pas la première fois que le président russe exhorte ses partenaires à discuter de la sécurité mondiale. Dans un premier temps, Washington s’est retiré du Traité ABM. Puis il y a eu l’accord sur les missiles à courte et moyenne portée. Aujourd’hui, les Etats-Unis menacent d’abandonner le Traité Open Skies. Lors d’une réunion tenue jeudi dernier [22/10/20] avec les participants du Club international de discussion Valdaï, Vladimir Poutine a souligné que nous devrions tous essayer de trouver un compromis et de ne pas mettre en danger le monde entier avec une nouvelle course aux armements.

«Lorsque nous avons négocié ces questions, nous avons examiné tous les problèmes existants. Un seul d’entre eux n’a pas été pris en compte, à savoir quelle réaction la Russie avait élaboré suite au retrait des Etats-Unis du traité ABM. Cela – à savoir nos ultimes systèmes d’armes hypersoniques de précision – était une réaction au retrait des Etats-Unis du traité ABM. Certes, les Etats-Unis ne disposent pas encore de tels systèmes, pas plus que d’autres pays, bien que tous y travaillent et qu’un jour, ils en disposeront. Et on nous dit, vous l’avez entendu: ‹C’est vous qui en disposez à présent alors que nous ne l’avons pas encore, et donc il faut que cela soit pris en compte.› Eh bien, cela ne nous dérange pas, incluons-le. Aussi bien le nombre de lanceurs que le nombre d’ogives. Cela ne nous dérange pas. Mais quel autre choix avons-nous? Le traité expire en février. Et ce que j’ai proposé est très simple, cela va de soi. Il ne se passerait rien de plus si nous prolongions d’un an le traité, ce traité déjà en vigueur, sans aucune condition préalable. En attendant, nous pourrions aborder, nous et les Américains, toutes les questions qui nous préoccupent. Nous travaillerions ensemble et chercherions des solutions. Alors, où est le problème? Après tout, nous n’en avons pratiquement pas parlé jusqu’à présent. Pour dire les choses franchement, nos partenaires ont préféré éviter cette discussion directe, substantielle et technique», a expliqué Poutine. 

L’ouverture dans le dialogue dont fait preuve la Russie, témoigne de la coopération continue entre Moscou et Washington sur les questions clés de la sécurité globale, malgré les nombreuses controverses existant entre les deux pays.

«Nous travaillons en collaboration avec les Etats-Unis, malgré nos nombreuses divergences sur de multiples points. Par ailleurs, la collaboration se poursuit au niveau du renseignement. On connaît bien notre coopération dans le cadre de la désescalade en Syrie. Et d’excellents rapports de travail ont été établis au niveau opérationnel, sur le plan de la direction de nos unités militaires. Les Américains nous communiquent entre autres des informations antiterroristes. Ils nous les transmettent et l’ont fait à plusieurs reprises, et j’en ai remercié le président actuel, car les informations recueillies à ce propos en provenance des Etats-Unis nous ont aidés à prévenir les attaques terroristes sur le territoire de la Fédération de Russie.

De notre côté, nous essayons d’en faire autant. Nous avons convenu avec le président des Etats-Unis, avec l’actuel chef de l’état, que ce type d’informations serait partagé dès que l’une des parties les obtiendrait. Et en ce sens, nous nous aidons mutuellement», a ajouté le chef de l’état russe. 

Il faut réduire ce déficit de confiance. Il faut renforcer la stabilité régionale et mondiale. Et il faut également réduire les risques de malentendus et de désaccords. 

La déclaration faite aujourd’hui par le Président esquisse les principaux enjeux. Ce n’est qu’en résolvant ces problèmes que nous pourrons être certains qu’un «monde sans Traité FNI», même s’il n’est plus le même, demeurera un monde sûr.  •


Source: https://www.anti-spiegel.ru/2020/warum-wird-in-deutschland-darueber-nicht-berichtet-putin-macht-erneuten-abruestungsvorschlag/ du 26/10/20; le texte es une traduction provenant de la télévision russe: https://www.vesti.ru/article/2477354 du 26/10/20

(Traduction Horizons et débats)

 

 


«Nous considérons que le retrait des Etats-Unis du Traité FNI – qui a entraîné l’invalidation de ce même traité – est une grave erreur qui accroît les risques de déclenchement d’une course aux armements, de renforcement du potentiel de confrontation et de dérapage vers une escalade incontrôlée. Etant donné les tensions incessantes entre l’OTAN et la Russie, cela met en évidence de nouvelles menaces pour la sécurité de l’Europe».
(Vladimir Poutine)

 

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