Le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture lance une demande urgente au président Trump de gracier Assange, fondateur de Wikileaks

Hd. Dans une lettre ouverte au président américain, Donald Trump, le Rapporteur spécial auprès des Nations unies, Nils Melzer, a formulé une demande de gracier le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, poursuivi depuis 10 ans. Ce dernier avait trouvé refuge à l’ambassade d’Equateur londonienne, il a ensuite été livré aux autorités britanniques. Depuis son arrestation par les autorités britanniques en avril 2019, il est détenu à la prison de haute sécurité de Belmarsh à Londres.

Un tribunal britannique décidera, le 4 janvier 2021, si M. Assange doit être extradé vers les Etats-Unis pour y être poursuivi risquant ainsi, s’il est condamné, jusqu’à 175 ans de prison pour avoir publié des documents classifiés via la plateforme de dénonciation WikiLeaks en 2010. Le numéro actuel d’Horizons et débats publie la lettre de Nils Melzer, rapporteur spécial de l’ONU sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ignorant, pour le moment, le verdict du tribunal britannique annoncé pour le 4 janvier 2021. Sa lecture permettra de mieux mesurer la portée de l’arrêt britannique. 

Monsieur le Président, 

En ce jour du 22 décembre 2020, je vous demande respectueusement de gracier M. Julian Assange.

M. Assange a été arbitrairement privé de sa liberté au cours des dix dernières années. C’est un lourd tribut à payer pour avoir eu le courage de publier des informations véridiques sur les méfaits des gouvernements du monde entier. 

J’ai rendu visite à M. Assange dans la prison de haute sécurité de Belmarsh à Londres, en compagnie de deux médecins indépendants, et je peux confirmer que sa santé s’est sérieusement détériorée, au point que sa vie est maintenant en danger. M. Assange souffre d’un problème respiratoire avéré qui le rend extrêmement vulnérable à la pandémie de Covid-19 qui a récemment éclaté dans la prison de Belmarshoù il est détenu. 

Je vous demande de pardonner M. Assange, car il n’est pas et n’a jamais été un ennemi du peuple américain. Son organisation, WikiLeaks, lutte contre le secret et la corruption dans le monde entier agissant donc dans l’intérêt public du peuple américain et de l’humanité toute entière. 

Je vous formule cette demande parce que M. Assange n’a jamais publié de fausses informations. La cause de tout préjudice à la réputation qui pourrait avoir résulté de ses publications ne réside pas dans un éventuel comportement fautif de sa part, mais dans des fautes commises qu’il a exposées. 

Je vous adresse cette demande parce que M. Assange n’a piraté ou volé aucune des informations qu’il a publiées. Il les a obtenues à partir de documents et de sources authentiques, de la même manière que tout autre journaliste d’investigation indépendant et réputé mène son travail. Même si certains, personnellement, peuvent être d’accord ou non avec ses publications, elles ne peuvent évidemment pas être considérées comme un crime.

Je vous adresse cette demande parce que poursuivre M. Assange pour avoir publié des informations véridiques sur des fautes officielles graves, qu’elles fussent commises aux Etats-Unis ou ailleurs, reviendrait à «se venger du messager de la mauvaise nouvelle» plutôt qu’à remédier à ses causes. Cela serait incompatible avec les valeurs fondamentales de la Justice, de l’Etat de droit et de la liberté de la presse telles qu’elles sont exprimées dans la Constitution américaine et codifiés dans les instruments internationaux juridiques relatifs aux droits de l’homme, ratifiés par les Etats-Unis. 

Et je vous présente cette demande parce que vous, Monsieur le Président, avez juré de poursuivre un programme de lutte contre la corruption et la mauvaise conduite des gouvernements, et parce que continuer à poursuivre M. Assange signifierait que, sous le legs de votre mandat, dire la vérité sur cette corruption et cette mauvaise conduite se serait transformé en crime.

En pardonnant M. Assange, Monsieur le Président, vous transmettrez au peuple américain et au monde entier un message retentissant de justice, de vérité et d’humanité. 

Vous réhabiliteriez un homme courageux qui a souffert d’injustice, de persécution et d’humiliation pendant plus d’une décennie simplement pour avoir dit la vérité.

Enfin et surtout, vous redonneriez aux deux jeunes fils de M. Assange le père bien aimé dont ils ont besoin et qu’ils admirent. Vous encourageriez également ces enfants, et à travers eux tous les enfants du monde, à dire qu’il n’y a rien de mal à exprimer la vérité, mais que c’est la bonne chose à faire; qu’il est honorable de se battre pour la justice et que celui qui agit de la sorte défend les valeurs défendues par l’Amérique et par le monde entier. Pour ces raisons, je vous demande respectueusement, Monsieur le Président, de pardonner Julian Assange. Quelles que soient nos opinions et nos sympathies personnelles, je crois qu’après une décennie de persécutions, la souffrance injuste à laquelle est exposé cet homme doit maintenant prendre fin. 

Je vous prie instamment d’user de vos pouvoirs de clémence dont vous disposez pour remédier aux torts causés à Julian Assange, mettre fin à ses souffrances injustes et le réunir avec sa famille! 

Je vous remercie respectueusement, de bien vouloir prendre en considération cet appel avec prévoyance, magnanimité et compassion. 

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma très haute considération.

(Signé) Nils Melzer, Rapporteur spécial de l’ONU sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants

Source: https://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=26625&LangID=Edu 22/12/20

(Traduction de l’anglais Horizons et débats)

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