Caviar et guerre dans le Caucase

La corruption et l’avidité de pouvoir ne laissent pas la région en paix

par Gerd Brenner, Colonel EMG de l’armée suisse*

Bien que rien ne permette encore de savoir si les corps de toutes les victimes de la guerre entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie en octobre dernier ont été effectivement rapatriés et si tous les échanges de prisonniers ont été opérés, le dirigeant azerbaïdjanais Ilham Aliyev formule déjà de nouvelles exigences. Désormais, il ne s’agit plus seulement du Nagorny-Karabakh, mais de l’existence même de l’Arménie.

La guerre du Haut-Karabakh, qui s’est déroulée du 27 septembre au 10 novembre de l’année passée, a fait plus de 3 600 morts parmi les Arméniens.1 Par ailleurs, dans le camp adverse on a relevé près de 2 900 décès chez les Azerbaïdjanais2 ainsi qu’environ 500 morts parmi les mercenaires recrutés en Syrie – la plupart d’entre eux vraisemblabement de mouvance extrémiste islamique – par la Turquie pour la guerre contre le Nagorny-Karabakh.3
    Conséquence directe de la guerre, la République d’Arzakh – nom que s’est attribué la république du Haut-Karabakh, sans toutefois bénéficier de la reconnaissance internationale – a pratiquement perdu toute la moitié sud de son territoire d’origine. Lors de la guerre de sécession de 1992-1994, les combattants arméniens et karabakhs avaient occupé non seulement le cœur du Haut-Karabakh, mais également les zones environnantes qui incontestablement appartenaient pourtant à l’Azerbaïdjan.
    Ces zones étaient importantes car elles étaient le seul lieu de passage terrestre entre le Haut-Karabakh et la mère-patrie arménienne. Lors du conflit de l’automne dernier, l’Azerbaïdjan ne s’est toutefois pas contenté de reconquérir ses territoires d’origine, mais a également occupé certaines parties de la province de Hadrut, qui faisait déjà partie du Haut-Karabakh à l’époque soviétique. Ce faisant, Aliyev manifestait très clairement son mépris à l’égard des états-membres, pour la plupart occidentaux, du groupe de Minsk de l’OSCE, qui avaient défini les modalités de résolution de ce conflit territorial dans les «principes de Madrid».4 Avec le soutien de la Turquie, Aliyev pense avoir les moyens de son comportement abusif. 
    Au terme de la guerre, le Nagorny-Karabakh est désormais entouré de tous côtés par le territoire azerbaïdjanais. Le seul point d’accès terrestre à la mère patrie arménienne est le corridor dit de Lachine, qui relie la capitale Stepanakert (Khankendi en azerbaïdjanais) à la ville provinciale de Goris, dans le sud de l’Arménie. Selon l’accord de cessez-le-feu du 9 novembre de l’année dernière, la République du Haut-Karabakh devait accorder à l’Azerbaïdjan des droits de transit entre l’Azerbaïdjan et le Nakhitchevan. Sous la surveillance des troupes russes aux frontières, les personnes, les marchandises et les moyens de transport étaient autorisés à passer par ce corridor. L’option la plus évidente serait une réouverture de la route et de la voie ferrée qui passent dans la vallée de la rivière Arax, à la frontière sud de l’Iran. Il reste cependant difficile d’évaluer l’état réel de ces modes de transport et le coût de leur remise en état. Ce corridor est également sous la surveillance de facto des Iraniens, qui peuvent suivre le déroulement des évènements sur la route des berges depuis la rive sud de l’Arax, où passe également une route. 
    Le succès remporté lors du conflit de l’automne dernier est manifestement monté à la tête d’Ilham Aliyev: à présent il revendique également un corridor de transit dans la province de Syunik, dans le sud de l’Arménie – si nécessaire en recourant à la force.5 Au stade où en sont les choses actuellement, cela ne peut que signifier qu’il veut y faire passer un couloir de circulation sous son propre contrôle militaire. Jusqu’à présent, les propos belliqueux de l’homme fort de Bakou n’ont guère attiré l’attention en dehors de la région du Sud-Caucase. A ce jour, seule la plateforme d’information commune des pays du BRICS a publié une déclaration à ce sujet.6
    Maintenant que les conditions météorologiques permettent à nouveau des opérations militaires dans les hauteurs du Caucase, Aliyev est passé à l’action: au matin du 12 mai, les troupes azerbaïdjanaises ont progressé vers le lac Sevlich (littéralement le «lac noir»), à 2 700 mètres d’altitude, à la frontière avec l’Arménie, ainsi que vers deux proches sommets dominants. Le fait que 400 soldats azerbaïdjanais aient pénétré sur 3,5 km à l’intérieur du territoire arménien montre bien qu’il ne s’agit pas uniquement de sécuriser la frontière.7 
    En haute montagne, cette situation ne peut se justifier par des erreurs de navigation et des cartes imprécises. On pourrait éventuellement considérer qu’il s’agit là d’une simple démonstration de force en haute montagne, si le lac Sevlich n’était lui-même la source de la rivière Vararakn, qui traverse la ville provinciale de Goris. Et Goris est à son tour un important nœud de communication dans cette région montagneuse, où bifurque la route venant d’Erevan: au sud, vers la capitale provinciale de Kapan et la frontière iranienne, à l’est, vers le corridor de Lachine et Stepanakert.
    L’occupation du territoire arménien au lac Sevlich est interprétée par l’Arménie comme un premier pas vers la mise à exécution des menaces d’Aliyev de lui imposer par la force le passage d’un corridor de transit. Ce qui se comprend aisément car à cet endroit, la topographie des lieux ne permet ici que l’itinéraire Lachine – Goris – Sisian – Nakhichevan. La concrétisation de ces menaces aurait de lourdes conséquences pour l’existence de l’Etat arménien. Il faudrait d’abord qu’Aliyev explique en quoi le corridor le long de la rivière Arax n’est pas une solution satisfaisante.

Caviar, football et marmots hurlants.

Grâce à sa richesse en ressources naturelles, l’Azerbaïdjan a pu acheter son ticket d’entrée dans la «communauté européenne des valeurs» au cours des dernières décennies. Afin d’assurer la sécurité de leur approvisionnement et la diversification de leurs fournisseurs de pétrole et de gaz, les politiciens européens se sont rendus, à plusieurs reprises, à Bakou pour conclure des accords lucratifs avec le président Alyiev.8 L’Azerbaïdjan considère qu’il joue un rôle clé dans les exportations de pétrole de la mer Caspienne via des pipelines non-russes et qu’il est une plaque tournante pour le pétrole et le gaz du Kazakhstan et du Turkménistan vers l’Europe.9 Lorsqu’il n’y avait pas de synergies d’intérêt directes, le légendaire «Caviar Diplomacy» et la corruption mal déguisée de politiciens occidentaux ont pu y contribuer par le passé.10 Grâce à ses bonnes relations politiques et économiques avec l’Europe, Bakou a également réussi à s’imposer comme lieu d’accueil du Concours Eurovision de la chanson11 en 2012 et du Championnat d’Europe de football, qui devrait débuter prochainement.12
    Le principal allié de l’Azerbaïdjan est la Turquie. Le fait que cette dernière soit membre de l’OTAN signifie que les chefs militaires occidentaux se sentent toujours proches de la Turquie. La Turquie a par exemple obtenu le gel de la coopération entre l’OTAN et l’Autriche. Inversement, l’Autriche a eu à se plaindre des attaques de hackers turcs.13 La Turquie est manifestement plus chère à la «communauté de valeurs occidentale» que l’Autriche. Grâce au problème des réfugiés, la Turquie a en main un véritable moyen de pression qu’elle exerce quasiment à volonté sur les Européens. L’afflux constant de réfugiés en provenance de Syrie garantit que ce levier demeurera opérationnel dans un avenir plus ou moins proche. Pour régler le conflit en Syrie, les Européens auraient à leur tour besoin de la coopération des Russes et des Iraniens mal aimés. Là aussi, les Européens se retrouvent coincés entre Charybde et Scylla. 

Le rôle de l’Iran et de la Géorgie

L’Arménie est l’un des rares pays à avoir pu maintenir de bonnes relations avec l’Iran, ce qui est d’autant plus important pour ce petit pays que les frontières de l’Arménie avec l’Azerbaïdjan et la Turquie sont hermétiquement fermées. Le protocole de Zurich en date du 10 octobre 2009 sur la normalisation des relations entre l’Arménie et la Turquie, qui prévoyait l’ouverture des frontières, n’a jamais été mis en œuvre.14 La diaspora arménienne en Iran est bien acceptée et l’Eglise orthodoxe arménienne jouit de certains privilèges dans la théocratie islamique.15 Plus les tensions dans le golfe Persique se renforcent, et plus l’Iran a intérêt à un retour au calme en Arménie et dans les régions limitrophes. La conclusion d’un compromis sur le différend relatif à l’accord sur le nucléaire JCPOA donnerait à l’Iran une nouvelle liberté d’action, qu’il pourrait utiliser pour participer aux efforts visant à résoudre le conflit du Karabakh. Par conséquent, Aliyev est actuellement sous pression. Reste à savoir dans quelle mesure l’Azerbaïdjan est capable de motiver son voisin du nord, la Géorgie, à adopter une position anti-arménienne. Pendant le conflit de l’automne dernier, il est devenu manifeste que la Turquie approvisionnait l’Azerbaïdjan en armes via le territoire géorgien. Simultanément, des manifestations anti-Arméniens ont eu lieu en Géorgie – selon la rumeur, elles auraient été organisées par des Azerbaïdjanais.16 Et l’Occident? Pendant le conflit de l’automne dernier, les Arméniens ont déploré la passivité de la Russie et de l’Occident.

Et l’Occident? 

Pendant la guerre de l’automne dernier, les Arméniens ont déploré la passivité de la Russie et de l’Occident. En effet, les Etats-Unis n’ont rien fait pour arrêter l’agression militaire de l’Azerbaïdjan contre le Nagorny-Karabakh. Même à présent, après que le président Aliyev a fait état de ses prétentions sur le territoire arménien de Syunik, on n’a toujours rien entendu de la part du président américain Biden. L’Azerbaïdjan étant fortement dépendant de ses exportations de pétrole et de gaz, il serait assez facile de faire plier le régime d’Aliyev – si on le voulait vraiment. En ce qui concerne la Turquie, les Américains semblent plus préoccupés par ses achats d’armements russes que par sa participation à une agression militaire.17 Ces dernières semaines, le président Joe Biden, en employant le terme de «génocide» a quelque peu réconforté les Arméniens. La question demeure de savoir s’il ne s’agissait pas là d’une simple mesure cosmétique. En stationnant ses troupes de surveillance à la frontière turco-arménienne, la Russie a depuis longtemps fait comprendre qu’une attaque turque contre l’Arménie dégénérerait immédiatement en un conflit turco-russe. Dans l’éventualité d’un tel conflit, la Turquie ne peut espérer qu’un faible soutien de l’OTAN. Des rumeurs circulent actuellement selon lesquelles Erdogan tente d’inciter l’Azerbaïdjan et l’Ukraine à mener une action coordonnée contre la Russie.18 D’autre part, ce n’est pas qu’une simple rumeur selon laquelle les nationalistes turcs, y compris les «Loups gris», seraient engagés aux côtés de l’Ukraine dans le Donbass.19
    Grâce à son déploiement d’une force de maintien de la paix dans le Haut-Karabakh, la Russie est devenue en pratique le garant de la pérennité de la République d’Arzakh. 
    La Russie a tenté pendant longtemps de maintenir à égalité de bonnes relations avec l’Arménie ainsi qu’avec l’Azerbaïdjan, mais les revendications d’Aliyev à Syunik l’obligent à présent à redéfinir clairement sa position: Désormais, il s’agit d’un non-membre de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC)qui revendique sur le territoire d’une Fédération (qui elle, est une alliée) des droits injustifiables au regard du droit international. Si l’intervention de la Russie en faveur de la République d’Arzakh, que la communauté internationale considère comme faisant partie de l’Azerbaïdjan en vertu du droit international, a pu être interprétée comme une violation du droit international, dans le cas de Syunik en revanche, la situation juridique est claire. 
    Si dans ce cas précis la Russie n’intervient pas, la cohésion de l’OTSC n’aura plus de raison d’être. Grâce à ses succès militaires et à la passivité de l’Occident, Ilham Aliyev, à Bakou, se croit apparemment en mesure de fouler aux pieds les accords internationaux et de menacer un pays souverain. Même si l’Occident ne s’oppose pas lui-même à un tel comportement, parce qu’il n’est pas prêt à coopérer de manière pragmatique avec la Russie et l’Iran, il faut espérer qu’il donnera au moins carte blanche à la Russie pour protéger son allié de la destruction.•



voir https://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/55023/
ibid.
voir https://www.syriahr.com/en/188040/ et https://www.syriahr.com/en/194516/

sur les principes de Madrid, voir https://css.ethz.ch/content/dam/ethz/special-interest/gess/cis/center-for-securities-studies/pdfs/CSS-Analysen_131-DE.pdf 
voir https://oc-media.org/aliyev-threatens-to-establish-corridor-in-armenia-by-force/, https://armenianweekly.com/2021/03/13/aliyev-once-again-threatens-armenia-with-war/,https://armenian.usc.edu/aliyev-makes-territorial-claims-on-armenia-yet-again/, https://www.azatutyun.am/a/31215235.html, https://www.civilnet.am/news/600496/aliyev-threatens-to-solve-the-meghri-corridor-issue-by-force-armenian-mfa-responds/?lang=en, https://jam-news.net/response-to-aliyevs-statements-claims-on-the-territory-of-armenia-yerevan-zangezur-syunik-sevan/
voir https://infobrics.org/post/32936/
voir https://www.fr.de/politik/rote-linien-am-schwarzen-see-90612220.htmlethttps://www.faz.net/aktuell/politik/ausland/neue-spannungen-zwischen-armenien-und-aserbaidschan-17341621.html
voir dans le cas de la Suisse: https://www.swissinfo.ch/ger/kaviar-diplomatie-schweiz-keine-korruption-stattdessen-kooperation/46545688
voirhttps://eur-lex.europa.eu/legal-content/DE/TXT/?uri=CELEX:31999D0614. La base de la coopération énergétique entre l’UE et l’Azerbaïdjan est le traité sur la charte de l’énergie du 16avril 1998 et les programmes d’assistance qui en découlent: TACIS (Technical Assistance for CIS), INOGATE (Interstate Oil and Gas Transport to Europe) et TRACECA (Transport Corridor Europe Caucasus Central Asia).
10 voir https://www.handelsblatt.com/politik/international/korruption-wie-aserbaidschan-westliche-politiker-korrumpiert/27001696.html?ticket=ST-741635-XVIzrfjjObjBJgVaHMkq-ap3, https://www.welt.de/politik/ausland/plus228873279/Korruptionsaffaere-Wie-Aserbaidschan-deutsche-Politiker-umgarnt.html, https://www.transparency.de/aktuelles/detail/article/kaviardiplomatie-durch-aserbaidschan-betrifft-deutsche-politiker/
11 voir https://eurovision.tv/country/azerbaijan. Expulsion des résidents: https://www.hrw.org/de/news/2012/02/17/aserbaidschan-rechtswidrige-raumungen-im-vorfeld-des-eurovision-song-contest.https://www.dw.com/de/eurovision-und-menschenrechte-in-baku/a-15888936
12 voir https://www.deutschlandfunk.de/em-spielort-aserbaidschan-baku-muesste-ausfallen.1346.de.html?dram:article_id=495897, https://www.watson.ch/sport/fussball/319736782-baku-auf-der-kippe-fussball-em-2021-mit-fans-in-den-stadien-geplant, https://www.fussball-wm.pro/em-2021/stadien-spielorte/nationalstadion-baku/.
13 voir https://www.derstandard.at/story/2000053273618/angriffe-auf-ministerien-bundesheer-enttarnte-tuerkischen-hacker de 2017, ethttps://kurier.at/politik/inland/cyber-terrorist-nach-angriffen-auf-oesterreich-enttarnt/248.912.062, https://kurier.at/politik/inland/mutmasslicher-cyber-terrorist-ist-auf-dem-weg-in-die-tuerkei/249.110.096; concernant le blocage de la coopération: https://www.diepresse.com/5222874/turkei-blockiert-nato-kooperation-mit-osterreich et https://kurier.at/politik/ausland/tuerkei-blockiert-weiter-oesterreichs-nato-kooperation/311.430.787.
14 voir https://www.admin.ch/gov/de/start/dokumentation/medienmitteilungen.msg-id-29446.html et https://www.foraus.ch/posts/vom-stillen-tod-der-grossen-vertraege-was-ist-eigentlich-aus-den-zuercher-protokollen-geworden/
15 voir https://horizonweekly.ca/en/81665-2/ et https://agbu.org/news-item/the-islamic-revolution-a-blessing-in-disguise-for-iranian-armenians/; et même aujourd’hui, la coopération semble fonctionner: Ev. La compagnie arménienne Fly Armenia Airways a vendu un Boeing 737 à la compagnie iranienne Caspian Airlines: https://www.aerotelegraph.com/iran-mysterioeser-flug-einer-armenischen-boeing-737
16 Le gouvernement géorgien a rapidement démenti ces informations: https://dfwatch.net/clear-disinformation-georgia-denies-it-is-allowing-turkish-weapons-shipment-to-azerbaijan-54284. Voir également https://oc-media.org/features/armenophobia-the-oldest-form-of-xenophobia-in-georgia/.
17 concernant les S-400 en Turquie, voir https://anfdeutsch.com/aktuelles/us-sanktionen-gegen-turkei-treten-in-kraft-25498.
18 voir https://www.faz.net/aktuell/politik/ausland/tuerkei-und-ukraine-russland-als-gemeinsamer-gegner-17199135.html; et aussi les travaux sur le commerce des armes: https://www.sueddeutsche.de/politik/ukraine-tuerkei-erdogan-1.5261283 et https://www.tagesschau.de/ausland/europa/ukraine-tuerkei-russland-101.html 
19 voir https://www.heise.de/tp/features/Graue-Woelfe-vor-der-Krim-3377105.html.

 

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