Dans la crainte d’une nouvelle éruption

La population de Goma s’enfuit, une crise humanitaire majeure se profile

par Alain Wandimoyi, CICR

hd. Le 22 mai 2021, le Nyiragongo, l’un des volcans les plus actifs et les plus dangereux du monde, est entré à nouveau en éruption dans l’est de la République démocratique du Congo. Il est situé au milieu du célèbre parc national des Virunga, la plus ancienne réserve naturelle d’Afrique (patrimoine mondial de l’Unesco) dans le centre de laquelle se trouve le plus grand lac de lave du monde (250 x 270m). Environ 1,5 millions de personnes vivent dans ses environs. A 20 kilomètres au sud de Nyiragongo se trouve Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu. La dernière fois que le Nyiragongo est entré en éruption en 2002, 250 personnes sont mortes et 120 000 personnes se sont retrouvées sans abri. Bien que les gens reviennent lentement et que plusieurs organisations d’aide y travaillent, la crise humanitaire demeure: 30 morts, 232 000 personnes déplacées, des abus et exploitation sexuels endémiques, une épidémie de choléra. 4 000 maisons ont été détruites et 1 000 endommagées. Selon l’Office de secours et de travaux des Nations Unies, 15,6 millions de dollars US sont nécessaires, dont 5,2 millions ont été annoncés jusqu’à présent. (point de situation – 4 juin 2021) 

Ci-dessous le communiqué de presse du CICR: 

De nombreux habitants de Goma ont quitté la ville depuis le jeudi 27 mai et se sont dirigés vers la ville de Sake pour se mettre à l’abri d’une éventuelle nouvelle éruption du volcan Nyiragongo.

Dans la crainte d’une nouvelle éruption du volcan Nyiragongo à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), des milliers de personnes fuient la ville de Goma et ses alentours. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) relocalise temporairement une partie de ses équipes à Bukavu et Minova et reste mobilisé pour répondre aux besoins les plus urgents à Goma et dans les environs, avec les partenaires du Mouvement de la Croix-Rouge.

Fuir encore une fois le danger

Même si l’éruption du 22 mai est terminée, les émanations de gaz demeurent un danger pour la population de Goma. Actuellement, les secousses sismiques continuent de sévir dans la région, la population est encore exposée à ces risques, et il est difficile de préciser l’étendue des besoins humanitaires. La situation est imprévisible. «La menace d’une nouvelle éruption est encore réelle et la peur palpable. Des secousses sismiques se font encore ressentir toutes les cinq minutes dans la ville», explique Rapahaël Tenaud, responsable des opérations du CICR à Goma.
    Dans la nuit de mercredi à jeudi, suite à l’annonce de l’évacuation d’une partie de la ville par les autorités en raison des risques liés aux mouvements sismique et volcaniques, l’exode de milliers de personnes en direction de la localité de Sake à l’ouest a débuté.
    Vers deux heures du matin, les familles ont commencé à se diriger vers le port. Les rues étaient pleines de monde et il y a eu un vent de panique, avec pour certains le souvenir encore vif des éruptions et de la destruction de 2002. Les gens sont en quête de sécurité,mais certains ont aussi peur d’abandonner leur maison.
    Des milliers de déplacés ont besoin d’eau, d’abris, de matériel de première nécessité et d’hygiène, ainsi que de nourriture. La coupure de l’axe nord partant de Goma et l’endommagement de tous les champs agricoles de cette partie de la ville, qui étaient très fertiles, risquent de provoquer une pénurie alimentaire dans les jours à venir.

Prévenir la séparation des familles

En deux jours, près de 550 enfants ont été séparés de leurs familles dans les mouvements de population qui ont suivi l’éruption du 22 mai. Il est essentiel d’éviter que des milliers de déplacés perdentle contact avec leurs proches sur la route de l’exode.
    «Nous conseillons aux familles de mémoriser autant que possible les numéros de téléphone de leurs proches. Si une personne voyage avec un enfant suffisamment grand, il faut qu’elle lui apprenne son nom complet, sa région d’origine et les numéros de téléphone de personnes proches, au cas où il serait séparé d’elle», déclare Rachel Bernhard, cheffe de délégation du CICR en République démocratique du Congo.

Destruction de maisons 
et rupture des services essentiels

Plus de 900 maisons ont déjà été détruites. L’approvisionnement en eau et en électricité fonctionne dans certaines parties de la ville, mais le degré de couverture n’est pas clair. La lave a fortement endommagé un des principaux réservoirs d’eau de la ville de Goma. On estime que près d’un demi-million d’habitants sont privés d’eau potable, alors qu’il y a de hauts risques de maladies hydriques comme le choléra. Cette précarité est aussi à prendre en compte pour les milliers de personnes qui ont dû partir de Goma.
    «Nous mettons tout en œuvre pour relever les nombreux défis liés à cette situation, en constante évolution, tout en respectant les mesures de sécurité. Certaines de nos équipes se déplacent avec la population, d’autres réparent le réservoir ou facilitent l’approvisionnement en eau par camion-citerne des hôpitaux et de la prison de Goma», affirme Rachel Bernhard.
    Par ailleurs, les structures médiales nécessitent un soutien afin d’assurer la continuité des soins, particulièrement dans les centres de santé primaires. A l’hôpital de Ndosho, l’équipe médicale CICR poursuit la prise en charge des blessés par armes venant de toute la province du Nord-Kivu. Les centres de santé secondaires bénéficieront d’une aide pour maintenir l’approvisionnement en électricité, en eau et en médicaments.

Source: Communiqué de presse, 28 mai 2021 https://www.icrc.org/fr/document/congo-population-goma-fuite-volcan-situation-humanitaire

 

 


Les activités du CICR et de la CRRDC

 Les équipes de la Croix-Rouge de la RDC (CRRDC) et du CICR adaptent leur réponse afin de continuer à rétablir les liens familiaux, à soutenir les centres de santé dans les zones les plus reculées et à distribuer des vivres et des kits d’hygiène aux plus vulnérables.
    
Soixante-quatre volontaires du Comité provincial du Nord-Kivu de la CRRDC ont été mobilisés dès le samedi soir pour mener des activités d’assistance aux victimes (distribution d’eau, premiers secours) et de rétablissement des liens familiaux.

Protection

  • Avec le soutien technique et logistique du CICR, la CRRDC achemine des enfants non accompagnés vers différents centres d’accueil et a mis en place trois kiosques supplémentaires pour collecter les demandes de réunification familiales et orienter les familles.
  • Le CICR soutient le centre Don Bosco et le centre Margherite, qui hébergent des centaines d‘enfants non accompagnés depuis le 22 mai.

Santé

  • Le CICR maintient des activités chirurgicales à l’hôpital de Ndosho. Il y apporte un soutien pour assurer l’accès à l’électricité et à l’eau, et fournit du matériel et des médicaments pour la chirurgie de guerre avec, entre autres, un kit de chirurgie de guerre pour 50 patients. Il a également donné deux tentes pour assurer le transfert des patients hors des bâtiments qui risquent de s’effondrer à tout moment.
  • Il a aidé à transférer la pharmacie de l’hôpital Virunga à l’hôpital Ndosho.
  • La Croix-Rouge de RDC continue ses activités sanitaires, notamment dans trois tentes supplémentaires fournies par le CICR.

Accès à l’eau et aux abris

  • Le CICR renforce le fonctionnement des stations de pompage et de captage d’eau de Goma avec une donation de carburant de près de 12 000 litres sur deux semaines, en soutien à la Regideso.
  • Des camions-citernes de la CRRDC et du CICR approvisionnent en eau les zones sinistrées.
  • Le CICR renforce l’approvisionnement en eau et en carburant à l’hôpital de Ndosho pendant deux semaines.
  • Il renforce également le système d’approvisionnement d’eau de la prison centrale de Goma.

Source: Communiqué de presse du 28 mai 2021, https://www.icrc.org/fr/document/congo-population-goma-fuite-volcan-situation-humanitaire 

 

On aurait pu avertir la population à temps

ef. D’après l’agence Reuters, les chercheurs de l’observatoire du volcan à Goma (OVG) avaient déjà anticipé une une nouvelle éruption du volcan en mars 2021.
    «C’est en communiquant les dates prélevées régulièrement et en mettant en garde contre une nouvelle éruption qu’on aura le temps nécessaire d’évacuer les habitants de la région», voilà ce qu’a affirmé le volcanologue Honoré Ciraba à Reuters.

Contexte

Jusqu’en 2014, la Suisse et l’UE avaient soutenu l’observatoire pendant des années, en lui versant la somme totale de 3,5 millions d’euros.
    En avril 2020, le programme de financement de la Banque mondiale qui avait débloqué la somme de 2 millions de dollars en quatre ansa été arrêté,«parce que l’OVG manquait d’expérience et qu’il y avait des déficiences dans l’utilisation du montant mis à disposition». De plus, il était impossible de vérifier les reproches de corruption.
    Depuis, les volcanologues ont du mal à effectuer des contrôles réguliers. Sans aide financière, ils ne peuvent pas prendre en charge les coûts pour connecter les capteurs par voie numérique à distance, ni celui de l’essence pour le transport des volcanologues à proximité du volcan.

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