«Non à ce genre de comportement!»

Nous devons contrecarrer la violence juvénile par notre attitude déterminée

par Dr Eliane Perret, psychologue et pédagogue curative, Suisse

Depuis 2015, la délinquance et la violence juvéniles n’ont cessé d’augmenter, après avoir baissé les années précédentes. Une telle évolution ne doit pas engendrer, dans nos société, uniquement un simple haussement d’épaules indécis, mais exige un effort commun de la part de tous. L’avenir de la prochaine génération et de la société mérite davantage que de l’indifférence. 

Tout commence par le langage

Il y a quelque temps, j’ai assisté par hasard à une conversation entre deux adolescents. Marc parlait à son ami Mario d’une relation amoureuse avec une fille qui s’est terminée. Elle lui avait dit adieu via WhatsApp. Marc l’avait apparemment connue de la même manière, comme collègue d’un collègue d’un collègue. Bien sûr, il en était ému, car les expériences vécues lors des premières tentatives d’une relation amoureuse pèsent particulièrement lourd, et la vie affective des adolescents est particulièrement sensible à cet âge. Heureusement, le jeune homme avait en Mario un ami de confiance pour confier son malaise. J’étais désolée pour Marc et j’espérais qu’il se remettrait vite de son chagrin d’amour et retrouverait confiance et une vision plus claire. Je connaissais personnellement les deux adolescents et j’appréciais leur caractère aimable et souvent plein d’humour. J’étais d’autant plus étonnée par le choix de leurs mots. Il y était question de «salope», de «perdant», de «foutre le camp», de «traîner», etc. Après tout, il s’agissait tout de même d’expressions en allemand …

Un climat général de plus en plus dur

J’ai frissonné en les écoutants, car cela fait longtemps que je me préoccupe du climat dur dans les relations interpersonnelles, se reflétant également dans le langage des jeunes. Pour certains d’entre eux, l’argot des jeunes est devenu «normal». Cela est sans intention malveillante, c’est plutôt une impuissance et un manque de soin dans les relations interpersonnelles, mais les adultes ne sont pas, non plus, exigeants à leur égard. Bien sûr, je sais que chaque génération possède «sa» langue aux fluctuations constantes. Qui se souvient de la signification du mot «läss» (suisse allemand pour «chic»), employé par ma génération à chaque occasion pour nous distinguer des adultes et pour décrire une situation que nous trouvions géniale? Elle est remplacée depuis par «méga», «cool» et «super»! Pourtant, «le climat chez les jeunes s’est à nouveau durci», déclare le Tribunal des mineurs du canton de Zurich dans un communiqué de presse en 2020.1 Cela devrait nous donner à réfléchir.

Nouvelle augmentation de 
la délinquance et de la violence juvéniles

En avril 2021, le Tribunal des mineurs du canton de Zurich a une nouvelle fois rendu public son rapport sur la délinquance et la violence juvéniles, indiquant que les 5 208 procédures pénales ouvertes contre des mineurs représentaient une augmentation de 3,6 % par rapport à l’année précédente. C’est la cinquième année consécutive que l’on constate une augmentation de la violence enregistrée chez les jeunes. Chaque vingtième condamnation relevait d’un délit contre la vie et l’intégrité physique. Depuis 2015, la violence des jeunes dans le canton de Zurich n’a cessé d’augmenter, le chiffre le plus frappant datant de 2019 avec un taux alarmant de 35,6 %.
  Les accusés de toutes les infractions violentes signalées étaient principalement des adolescents masculins (91,3 %), âgés en moyenne de 15,7 ans. La plupart d’entre eux n’avaient jamais commis de crime auparavant. On constate également une augmentation du nombre de mineurs signalés pour plusieurs crimes violents. On constate aussi une nouvelle légère augmentation des infractions collectives – et une nette augmentation l’année précédente – notamment chez les jeunes plus âgés sortant la nuit ou le soir, hors du contrôle parental, souvent sous l’effet de l’alcool et commettant de plus en plus d’actes délinquants dans les lieux publics. Les victimes étaient majoritairement d’autres jeunes, les victimes et les auteurs de crime ne se connaissant pas nécessairement.2 Outre la consommation de médias dont le lien avec les comportements violents était établi, des chiffres sur la consommation abusive de médias chez les jeunes sont également relevés depuis 2016, ceci dans le but de contribuer à sensibiliser les parents et les jeunes quant aux possibilités et aux dangers d’Internet. «En effet, un comportement imprudent en ligne est presque impossible à corriger et peut entraîner non seulement des conséquences pénales, mais aussi un préjudice considérable.»3

Non à la violence des jeunes!

Une grande partie des jeunes ne sont pourtant jamais en conflit avec la loi. Parmi les jeunes de 10 à 17 ans, le taux en était à un sur cinq en 2020. Il s’agit souvent d’infractions légères ou moyennes, comme le non-paiement d’un titre de transport, le vol à l’étalage ou les dommages matériels. Et heureusement, pour la plupart d’entre eux, le «carton jaune» d’une réprimande suffit pour que l’enfreinte de la loi reste fait unique. «Toutefois, quelle que soit la gravité de l’infraction, toute forme de violence juvénile n’a pas sa place dans notre société et ne sera pas tolérée», déclarent les autorités pénales concernées.4 Souvent, le comportement délinquant est motivé par l’ennui pur et simple, comme le constate Alexandra Ott Müller, avocate en chef du Tribunal des mineurs de la ville de Winterthur. La majorité des accusés disposent d’une structure quotidienne, tandis que leur comportements dans le domaine des loisirs sont peu structurés. «N’ayant pas de loisirs, cela entraine ce qui peut conduire à commettre un crime par ennui.» A titre d’exemple, elle raconte qu’un élève de 15 ans s’est retrouvé dans un environnement problématique et a frappé un adolescent au visage à la suite d’une dispute. Malgré la punition, il a été impliqué dans une rapine peu de temps après, faits dont il doit répondre devant la justice.

Corona n’est pas la cause

Durant l’année Corona, l’argument était évident à chercher la cause de la nouvelle augmentation de la violence juvénile dans les mesures sanitaires restrictives. Cette affirmation se heurte pourtant au fait que l’augmentation constatée existe depuis cinq ans déjà et qu’elle a même explosé en 2019, l’année précédant la pandémie. Il n’est pas non plus certain que des conditions de vie plus difficiles entraînent des comportements délictueux, comme on le prétend sans cesse. Dans le canton de Zurich, la majorité des jeunes ayant commis des infractions n’est pas issue de ces milieux. Il se peut que les facteurs de risque tels que le stress familial, les problèmes financiers et le manque de structures de jour aient augmenté au cours de la pandémie, note encore ce rapport.5 Mais cela n’est pas la cause principale de l’augmentation des actes de violence.

La prévention nécessite 
une base scientifique solide 

La question de la violence des jeunes n’est pas nouvelle. Diverses branches scientifiques ont examiné les causes de l’agressivité et de la violence en ayant clarifié de manière concluante les questions ouvertes. Même si ces résultats scientifiques n’ont pas encore été largement diffusés auprès de la population et des responsables politiques et sociaux, au niveau scientifique un consensus s’est bel et bien établi.6 Il affirme que la violence n’est pas un comportement inhérent à l’être humain, mais qu’elle s’apprend. La théorie de l’apprentissage social présenté par Albert Bandura, par exemple, fournit suffisamment de bases déterminantes. La connaissance de l’ensemble complexe qui y est décisive peut et doit sous-tendre nos efforts de prévention durables, nécessaires à différents niveaux.

«J’ai besoin d’extérioriser ma colère …»

Malgré tout cela, des théories dépassées depuis longtemps persistent et sont rapidement à notre disposition lorsqu’il s’agit d’expliquer, voire d’excuser, les émeutes et la violence. Je l’ai constaté dans l’argumentation d’un adolescent impatient de s’inscrire à un entraînement de boxe ou de kick-boxing. Alexétait contrarié par ses mauvaises notes, par un collègue qui lui avait volé sa petite amie, et par le fait que ses parents exigeaient sa rentrée à la maison à dix heures au plus tard pendant la semaine. Quelque part, Alex avait entendu dire que frapper un sac de boxe l’aiderait à être plus détendu dans la vie, et que, de plus, on en avait besoin de nos jours pour se défendre. Ce raisonnement le rendait défenseur, sans le savoir, de la théorie de l’agression dont l’origine se trouve dans la théorie des pulsions de Freud. Elle répand le concept de la prétendue «naturalité» de l’agression humaine, concept approfondi dans les années 1940 par la théorie de la frustration-agression. Selon lui, toute agression serait le résultat d’une frustration, et toute frustration entraînerait à son tour une agression. Par conséquent: il ne faut en aucun cas frustrer les enfants! 
  De même, le béhavioriste Konrad Lorenz a justifié les comportements agressifs et violents lorsqu’il a formulé sa théorie de l’instinct, datant de la seconde moitié du siècle dernier. Selon lui, l’agressivité et la violence sont la décharge de l’énergie accumulée dans la vie émotionnelle humaine et qui a besoin d’un exutoire.7 C’est incroyable de constater comment les théories dépassées persistent, ai-je pensé en entendant les adolescents discuter. Similairement erroné est d’ailleurs, son argument d’autodéfense. N’importe quel expert instruit en matière de sécurité personnelle lui dirait qu’il vaut mieux éviter les situations dangereuses et les fuir le plus rapidement possible, ou mieux encore, ne pas se rendre dans des endroits à risques. Les jeunes d’aujourd’hui doivent absolument prendre en compte cette connaissance, car beaucoup recherchent de plus en plus précisément le risque, s’orientent vers leurs pairs, dont le seul motif fréquent est de se distinguer dans une certaine mesure des adultes. Le jeune homme et moi avons donc eu une discussion passionnante, et j’espère que mes arguments lui resteront en mémoire.

Nos comportements positifs et négatifs s’apprennent 

Aujourd’hui, cette opinion est fermement établie: les comportements agressifs et violents s’apprennent tout autant que les interactions communautaires dans les relations interpersonnelles! Cette constatation de l’équipe de chercheurs américains Bandura et Walters n’a pas été réfutée à ce jour. Il ne s’agit pas seulement de comportements au sens strict, mais aussi d’attitudes et de certaines normes d’action. Tout comme les comportements socialement positifs, les enfants apprennent également les comportements agressifs s’ils ont des modèles correspondants. Les modèles à cet égard proviennent de l’environnement immédiat – parents, éducateurs et pairs. Cependant, les modèles de comportement répandus par les médias, la musique et les jeux vidéo jouent un rôle de plus en plus important, tout comme les drogues et l’alcool. Mais aujourd’hui, leurs effets négatifs sont suffisamment connus. «C’est évident, il s’agit surtout des modèles dont abondent les médias. La recherche sur la violence a montré qu’il existe des liens évidents entre les médias et la violence. Les faits sont le fait. Qui oserait le nier?», déclare Françoise Alsaker, chercheuse renommée dans le domaine de la violence et des brimades.8

La prévention nécessite des fondements communs 

Les comportements agressifs et violents doivent être prévenus par une prévention durable. Cela inclut un accord sur les valeurs sur lesquelles notre coexistence sociale doit se baser. Notre culture et nos systèmes juridiques nationaux et internationaux se sont développés au cours d’une longue période, sur la base de la culture occidentale chrétienne. L’être humain considéré comme une personne dotée de sa dignité s’y trouve au centre. De sa nature sociale découle nécessairement la conscience l’impossibilité de mener une existence isolée mais de vivre ensemble, dans une interdépendance. Cela signifie également qu’il faut assumer la responsabilité requise par ce vivre ensemble, faire preuve de considération et se soutenir mutuellement dans les situations d’urgence. Chaque génération est confrontée à de nouvelles tâches pour lesquelles elle doit trouver des solutions adaptées et transmettre les connaissances acquises à la génération suivante. De cette manière, les enfants et les jeunes peuvent se familiariser avec cette façon de penser et cette vision de la vie et acquérir la confiance nécessaire pour faire face aux tâches à venir dans leur environnement social. Le cadre juridique de la vie en communauté est fourni par les systèmes juridiques nationaux et les accords internationaux. L’Etat doit protéger ce fondement de la coexistence humaine, qui s’est développé au fil des siècles. Il en découle son obligation à sanctionner les violations.9

Les fondements s’effritent, mais … 

Au cours d’un lent processus, ces fondements de notre société ont été remis en question de divers côtés depuis un certain temps. Cela a entrainé une perte de valeurs et à un relativisme des valeurs. Si l’on ne tient pas compte de ce changement de valeurs, on ne peut répondre à la question des causes de l’augmentation de la violence chez les jeunes, car elle a créé un fossé entre les générations. En conséquence, la transmission des valeurs fondamentales est devenue fragile, et les relations interpersonnelles l’ont été également.10
  Malgré l’effritement de ces fondements, il est évident que le sentiment de solidarité et de sympathie est toujours vivant chez de nombreuses personnes aujourd’hui. On l’a bien observé au début de la pandémie de Covid-19, lorsque les gens s’entraidaient et se soutenaient mutuellement, dans un sentiment de reconnaissance du travail et du dévouement de leurs semblables, principalement envers ceux exerçant des professions particulièrement exposées – y compris de nombreux jeunes. Ils étaient heureux de collaborer ou développaient activement des idées sur la manière dont ils pouvaient contribuer à surmonter la situation difficile. 

«Ce qu’il faudra, 
c’est une action concertée …»

«… et une attitude commune des acteurs qui s’occupent des jeunes. Les écoles sont tout aussi sollicitées que les parents et le travail social auprès des jeunes. Ils doivent le faire ensemble», exige le criminologue Dirk Baier dans une récente interview télévisée.11 Les comportements violents ne doivent pas être banalisés mais au contraire être pris très au sérieux dans tous les cas et à tout âge. A cette fin, les enfants et les jeunes doivent se protéger intérieurement et extérieurement contre la violence dans tous les domaines de leur vie. Cela commence au sein du foyer parental, où la famille peut ancrer les bases émotionnelles permettant à ses enfants de traiter leurs semblables avec respect et dignité, d’exiger cela pour eux-mêmes et d’être prêts à apporter une contribution constructive à la société. Les enfants ont besoin de la sécurité émotionnelle dispensée directement par la présence de leurs parents à leur cotés lors de leurs premiers pas dans la vie. Pour réussir cette tâche, les éducateurs ne doivent pas tomber dans l’erreur consistant à épargner à leurs enfants les exigences de la vie et à être constamment soucieux de satisfaire leurs désirs et leurs besoins. Ils affaiblissent ainsi leurs enfants sans le vouloir; ces derniers ne développent pas un respect naturel à leur égard et le processus naturel d’intégration des valeurs est sérieusement perturbé, voire empêché. L’entraide, la responsabilité humaine, la sympathie et d’autres valeurs ne peuvent être développées de cette manière. 
  Ce travail de développement dans l’environnement familial doit être poursuivi à l’école maternelle et à l’école primaire. Il existe un vaste champ de moyens appropriés pour contrecarrer le développement de la violence. Les enfants doivent apprendre à se comporter mutuellement avec respect et soin, à gérer les désaccords, les rivalités et les conflits et à les résoudre de manière équitable. Cela requiert l’attention et la volonté de toutes les personnes concernées, sans quoi un climat scolaire agressif peut rapidement se propager. Il ne suffit pas de mettre en œuvre des programmes de prévention de la violence pendant un certain temps et, lorsqu’ils échouent, de se plaindre que tout cela n’a servi à rien. Cette tâche ne peut pas non plus être confiée à des enfants et à des jeunes spécialement formés.12 Ce qu’il faut, c’est que tout le monde s’unisse, y compris les parents, afin de mettre fin rapidement et fermement aux situations de violence et de conflit.13
  Un nouveau consensus est également nécessaire au niveau de la société. S’il n’y a pas d’accord sérieux de verdict face à la violence et l’agression, la propagation de la violence et de l’agression est imminente. Car l’absence d’une riposte énergique ou bien, si elle est hésitante devient synonyme, pour les jeunes, d’affirmation et d’acceptation. Ce consensus social doit être restauré d’urgence. Il s’agit notamment de préparer les enfants et les jeunes aux tâches de la vie sociale en commun et de les faire participer à la solution des problèmes qui se posent. Par exemple, il existe encore de nombreuses organisations de jeunesse qui offrent aux enfants et aux jeunes d’excellentes possibilités d’être actifs et de s’engager avec les autres, que ce soit au sein des Jeunes Pompiers, des clubs d’alpinisme, des société de sauvetage et bien d’autres encore. Il est frappant de constater que ceux qui s’engagent de cette manière sont souvent plus mûrs que leurs pairs. Non seulement ils découvrent un nouveau loisir (et ils n’ont plus à se plaindre de s’ennuyer!), ils apprennent en même temps à répondre aux exigences auxquelles ils seront confrontés plus tard dans leur carrière, dans leurs responsabilité de parents et dans la société. De cette façon, ils apprennent à construire l’avenir et à se préparer pour leur vie future, tout cela en élargissant leurs compétences sociales. Ces compétences se consolident à chaque contribution, aussi mince soit-elle, cela commence déjà à l’âge enfantin. Il n’est jamais trop tôt ou trop tard pour chacun!14 N’est-ce pas une belle perspective qui s’offre à nous tous?  



J'ai tiré des idées et des faits importants des sources suivantes:

Alsaker, Françoise (2012). Mutig gegen Mobbing in Kindergarten und Schule. Berne: Verlag Hans Huber, Hogrefe AG Berne. ISBN 978-3-456-84913-3Burger, Alfred/Gautschi, Eliane (2011). Jugend und Gewalt. Unsere Kinder und Jugendlichen brauchen Erziehung. Zurich: Verlag Zeit-Fragen. ISBN 978–3-909234-13-4
Ivanov, Petra (2015). Geballte Wut. Zurich: Unions-Verlag. ISBN 978-3-293-20701-1
Killias, Martin; Kuhn, André; Aebi, Marcelo F. (2011). Grundriss der Kriminologie. Eine europäische Perspektive. Berne: Stämpfli-Verlag. ISBN 978-3-7272-8662-9
Olweus, D. (2016). Gewalt in der Schule: Was Lehrer und Eltern wissen sollten – und tun können. Berne: Verlag Hans Huber. ISBN: 3-456-84390-9
Walser Kessel, Caroline; Valär, Martina; Hug, Christoph N. (2019). Was ist verboten und warum? Über Sinn, Zweck und Art der Strafe für Kinder, Jugendliche und Erwachsene.
www.weblaw.ch/dam/weblaw_ag/ce/buecher/kesr/strafrecht_fuer_kinder.  (lu le 13/06/2021)
Walser Kessel, Caroline (2011). Kennst du das Recht? Ein Sachbuch für Kinder und Jugendliche. Editions Weblaw

Kanton Zürich. Direktion der Justiz und des Innern. Jugendanwaltschaft. Erneuter Anstieg von Jugendkriminalität und Jugendgewalt. Communiqué de presse du 22 avril  2020. p. 1 
Erneute Zunahme der Jugendkriminalität – deutlicher Anstieg bei der Jugendgewalt. Communiqué de presse du 22 avril 2021, p. 3.
Kanton Zürich. Zahlen & Fakten zum Jugendstrafrecht. S. 8, www.zh.ch/de/sicherheit-justiz/jugendstrafrecht/zahlen-fakten.html (lu le 06/06/21)
4 Kanton Zürich. Zahlen & Fakten zum Jugendstrafrecht, www.zh.ch/de/sicherheit-justiz/jugendstrafrecht/zahlen-fakten.html  (lu le 06/06/21)

Erneute Zunahme der Jugendkriminalität – deutlicher Anstieg bei der Jugendgewalt. Communiqué de presse du 22 avril 2021, p. 4
voir: Unesco (1986). Manifeste de Séville. https://wayback.archive-it.org/all/20050928235336/ http://portal.unesco.org/education/en/ev.php-URL_ID=3247&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html
voir Burger, Alfred/Gautschi, Eliane. pp. 10
Das Wohlergehen aller sicherstellen – mit allen zusammen. Une interview avec Professor Dr. Françoise D. Alsaker, université de Berne. dans: Zeit-Fragen No 3 du 17/01/2012. https://www.zeit-fragen.ch/archiv/2012/nr3-vom-1712012/das-wohlergehen-aller-sicherstellen-mit-allen-zusammen.html (lue le 13/06/21)
voir Burger, Alfred/Gautschi, Eliane. p. 8
10 voir Burger, Alfred/Gautschi, Eliane. p. 9
11 Baier, Dirk. «Eine Kultur der Wertschätzung von Gewalt hat sich durchgesetzt». SRF. 10 vor 10. 29/06/20. https://www.srf.ch/news/schweiz/anstieg-der-jugendgewalt-eine-kultur-der-wertschaetzung-von-gewalt-hat-sich-durchgesetzt (lu le 07/06/21)
12 voir Killias et al. p. 251
13 Dan Olweus, un pionnier norvégien de la reche sur la violence a écrit un travail de base excellent. A côté d'une analyse fondé du problème il donne beuacoup de suggestions, comment arriver à un climat scolaire sans violence. Clea devrait être une lecture obligatoire pour les directeur d'école, enseignant, et animateurs de jeunesse. 
14 voir Burger, Alfred/Gautschi, Eliane. pp. 52


Le «Manifeste de Séville» sur la violence

hd. En novembre 1986, lors de sa 25e session, l’Assemblée générale de l’UNESCO décida par la résolution 25C/Res.7.1 de diffuser, à l’échelle mondiale, la déclaration sur la violence rédigée et publiée par 20 scientifiques, le 16 mai 1986 à l’occasion de l’Année internationale de la paix. De plus, l’UNESCO a fait savoir qu’elle voulait elle-même organiser des conférences d’experts à propos de cette déclaration. Cette déclaration s’en prend vivement à la conviction fataliste selon laquelle la violence et l’agression seraient une sorte de «loi naturelle» et qu’aucune action, aussi bien intentionnée soit-elle, ne pourrait rien y changer. Aujourd’hui, 35 ans plus tard, nous ferions bien de nous remémorer ce manifeste de Séville.

Etant convaincus qu’il relève de notre responsabilité en tant que chercheurs dans diverses disciplines d’attirer l’attention sur les activités les plus dangereuses et les plus destructrices de notre espèce, à savoir la violence et la guerre, reconnaissant que la science est un produit de la culture qui ne peut avoir un caractère définitif englobant l’ensemble des activités humaines, exprimant notre gratitude pour le soutien que nous avons reçu des autorités de Séville et des représentants espagnols de l’UNESCO, nous, les universitaires soussignés, originaires du monde entier et appartenant à des disciplines particulièrement concernées, nous nous sommes réunis et sommes parvenus au manifeste suivant sur la violence. Dans ce manifeste, nous contestons un certain nombre de soi-disant découvertes biologiques qui ont été utilisées par des personnes, y compris dans nos domaines respectifs, pour justifier la violence et la guerre. Parce que l’utilisation de ces «découvertes» a créé un climat de pessimisme dans nos sociétés, nous proclamons que la dénonciation publique et réfléchie de telles manipulations constitue une contribution importante à l’Année internationale de la paix.
    Le mauvais usage de faits et théories scientifiques dans le but de légitimer la violence et la guerre, sans être un phénomène nouveau, est étroitement associé à l’avènement de la science moderne. Par exemple, la théorie de l’évolution a ainsi été «utilisée» pour justifier non seulement la guerre, mais aussi le génocide, le colonialisme et l’élimination du plus faible.
   Nous exprimons notre point de vue sous la forme de cinq propositions. Nous sommes parfaitement conscients que bien d’autres questions touchant à la violence et la guerre pourraient être également discutées dans le cadre de nos disciplines, mais nous en restons volontairement à ce que nous considérons une première étape essentielle. 

Science du comportement

Il est scientifiquement incorrect d’affirmer que nous avons hérité de nos ancêtres les animaux une propension à faire la guerre.
Bien que le combat soit un phénomène largement répandu au sein des espèces animales, on ne connaît que quelques cas au sein des espèces vivantes de luttes destructrices intra-espèces entre des groupes organisés. En aucun cas, elles n’impliquent le recours à des outils utilisés comme armes. Le comportement prédateur s’exerçant à l’égard d’autres espèces, comportement normal, ne peut être considéré comme équivalent de la violence intra-espèces. La guerre est un phénomène spécifiquement humain qui ne se rencontre pas chez d’autres animaux.
    Le fait que la guerre ait changé de manière aussi radicale au cours des temps prouve bien qu’il s’agit d’un produit de la culture. C’est principalement au travers du langage qui rend possible la coordination entre les groupes, la transmission de la technologie et l’utilisation des outils que s’établit la filiation biologique de la guerre. La guerre est d’un point de vue biologique possible mais n’a pas un caractère inéluctable comme en témoignent les variations de lieu et de nature qu’elle a subies dans le temps et dans l’espace. Il existe des cultures qui depuis des siècles n’ont pas fait la guerre et d’autres qui, à certaines périodes, l’ont faite fréquemment puis ont vécu en paix durablement. 

Recherche biologique 
sur les lois de l’hérédité 

Il est scientifiquement incorrect de déclarer que la guerre ou toute autre forme de comportement violent soit génétiquement programmée dans la nature humaine.
Si des gènes sont impliqués à tous les niveaux du fonctionnement du système nerveux, ils sont à la base d’un potentiel de développement qui ne se réalise que dans le cadre de l’environnement social et écologique. Si incontestablement les individus sont différemment prédisposés à subir l’empreinte de leur expérience, leurs personnalités sont néanmoins la résultante de l’interaction entre leur dotation génétique et les conditions de leur éducation. En dehors de quelques rares états pathologiques, les gènes ne conduisent pas à des individus nécessairement prédisposés à la violence. Mais le contraire est également vrai. Si les gènes sont impliqués dans nos comportements, ils ne peuvent à eux seuls les déterminer complètement. 

Recherche dans le domaine de l’évolution

Il est scientifiquement incorrect de d’énoncer qu’au cours de l’évolution humaine une sélection s’est opérée en faveur du comportement agressif par rapport à d’autres types. 
Dans toutes les espèces bien étudiées, la capacité à coopérer et à accomplir des fonctions sociales adaptées à la structure d’un groupe détermine la position sociale de ses membres. Le phénomène de «dominance» implique des liens sociaux et des filiations; il ne résulte pas de la seule possession et utilisation d’une force physique supérieure, bien qu’il mette enjeu des comportements agressifs. Lorsque, par la sélection génétique de tels comportements ont été artificiellement créés chez des animaux, on a constaté l’apparition rapide d’individus hyper-agressifs; ceci permet de penser que dans les conditions naturelles la pression en faveur de l’agressivité n’avait pas naturellement atteint son niveau maximal. Lorsque de tels animaux hyper-agressifs sont présents dans un groupe, soit ils détruisent la structure sociale soit ils en sont éliminés. La violence n’est inscrite ni dans notre héritage évolutif ni dans nos gènes. 

Neurophysiologie

Il est scientifiquement incorrect de certifier que les hommes ont «un cerveau violent». 
Bien que nous possédions en effet l’appareil neuronal nous permettant d’agir avec violence, il n’est pas activé de manière automatique par des stimuli internes ou externes. Comme chez les primates supérieurs et contrairement aux autres animaux, les fonctions supérieures neuronales filtrent de tels stimuli avant d’y répondre. Nos comportements sont modelés par nos types de conditionnement et nos modes de socialisation. Il n’y a rien dans la physiologie neuronale qui nous contraigne à réagir violemment. 

Psychologie

Il est scientifiquement incorrect de définir la guerre comme un phénomène instinctif ou répondant à un mobile unique. 
L’émergence de la guerre moderne est le point final d’un parcours qui, débutant avec des facteurs émotionnels, parfois qualifiés d’instincts, a abouti à des facteurs cognitifs. En effet, la guerre moderne met en jeu l’utilisation institutionnalisée d’une part de caractéristiques personnelles telles que l’obéissance aveugle ou l’idéalisme, et d’autre part d’aptitudes sociales telles que le langage; elle implique enfin des approches rationnelles telles que l’évaluation des coûts, la planification et le traitement de l’information. Les technologies de la guerre moderne ont accentué considérablement le phénomène de la violence, que ce soit au niveau de la formation des combattants ou de la préparation psychologique à la guerre des populations. Du fait de cette amplification, on a tendance à confondre les causes et les conséquences. 

Conclusion

Nous proclamons en conclusion que la biologie ne condamne pas l’humanité à la guerre, que l’humanité au contraire peut se libérer d’une vision pessimiste apportée par la biologie et, ayant retrouvé sa confiance, entreprendre, en cette Année internationale de la paix et pour les années à venir, les transformations nécessaires de nos sociétés. Bien que cette mise en œuvre relève principalement de la responsabilité collective, elle doit se fonder aussi sur la conscience d’individus dont l’optimisme comme le pessimisme sont des facteurs essentiels. Tout comme «les guerres commencent dans l’esprit des hommes», la paix également trouve son origine dans nos esprits. La même espèce qui a inventé la guerre est également capable d’inventer la paix. La responsabilité en incombe à chacun de nous. 

Premiers signataires:

David Adams, psychologie, USA; S.A. Barnett, éthologie, Australie; N. P. Bechtereva, neurophysiologie, URSS; Bonnie Frank Carter, psychologie, USA; José M. Rodríguez Delgado, neurophysiologie, Espagne; José Luis Díaz, éthologie, Mexique; Andrzej Eliasz, Differentielle, psychologie, Pologne; Santiago Genovés, anthropologie biologique, Mexique; Benson E. Ginsburg, génétique du comportement, USA; Jo Groebel, socio-psychologie, RFA; Samir-Kuma Ghosh, sociologie, Inde; Robert Hinde, science du comportement, Angleterre; Richard E. Leaky, anthropologie physique, Kénia; Taha M. Malasi, psychiatrie, Koweït; J. Martin Ramírez, psychobiologie, Espagne; Frederico Mayor Zaragoza, biochimie, Espagne; Diana L. Mendoza, éthologie, Espagne; Ashis Nandy, psychologie politique, Inde; John Paul Scott, science du comportement, USA; Riitta Wahlström, psychologie, Finlande

Source: Unesco. Horizons et débats no 29 du 08/12/14

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