Les sanctions économiques – armes de la guerre froide ou chaude?

par le Prof. Dr. Eberhard Hamer, Mittelstandsinstitut Basse-Saxe, Allemagne

Le 21 juin 2021, le Conseil des ministres de l’UE a convenu de sanctions économiques à l’encontre du Belarus «dans le but d’infliger à ce pays des dommages durables à ses recettes d’exportation». Les sanctions sont justifiées par l’arrestation de deux militants de la «révolution de couleur» qui tente de faire tomber le président élu Alexandre Loukachenkodepuis six mois – munie de fonds des Etats-Unis, de l’UE (60 millions d’euros) et de George Soros.Les deux personnes arrêtées voulaient survoler le Belarus à bord d’un avion letton. L’avion a atterri à Minsk à cause d’une alerte à la bombe. 
   Les sanctions sont toujours une attaque contre le pays sanctionné. L’UE qualifie l’atterrissage de l’avion letton de violation de la liberté de circulation aérienne. Meurtrie de voir s’envoler ses 60 millions de subventions révolutionnaires, l’UE répond à cela par des sanctions économiques, acte précurseur à l’état de guerre. 
    Au cours des 20 dernières années, les sanctions en tant qu’armes dans la guerre économique ont été introduites notamment par les Etats-Unis. Elles sont devenues courantes et se dirigent autant contre leurs amis que leurs ennemis, chaque fois que les Américains n’atteignent pas volontairement leurs objectifs de défense de leur statut de puissance mondiale ou leurs objectifs économiques. Les exemples suivants de pays touchés par des sanctions démontrent ce motif récurrent.

  • L’Iran, parce qu’il ne permet pas que les compagnies américaines vendent son pétrole.
  • La Russie, car elle aussi veut rester indépendante en tant que puissance mondiale et concurrente sur le marché pétrolier. Depuis que la Russie a arraché la domination de la mer Noire aux Etats-Unis, au travers de la Crimée, les sanctions ne connaissent plus de limites.
  • L’Allemagne et les entreprises allemandes sont également frappées par des sanctions concernant Nord Stream 2,car le pays se permet d’acheter du gaz russe au lieu du gaz américain trop cher.
  • Récemment, la Chine, en tant qu’ennemi principalement numérique, s’est également vu imposer des sanctions visant des entreprises, des importations et des personnes chinoises. 
  • De nombreux autres pays, tels que la Syrie, l’Afghanistan, la Corée du Nord, le Nicaragua, le Venezuela et autres ont été lésés par les sanctions économiques américaines, parce qu’ils se sont «permis» de résister aux aspirations américaines de puissance mondiale ou de concurrencer l’économie américaine. 

L’empire du dollar veut écraser tous dissidents et récalcitrants 
    Cependant, en cas de sanctions économiques unilatérales, tout pays pourra se plaindre auprès des organisations internationales telles que l’ONU, l’OMS, etc. et même engager des poursuites judiciaires contre les auteurs de sanctions. En pratique néanmoins, cela ne mène à rien, car toutes ces organisations internationales dépendent de l’argent américain, elles sont parsemées de fonctionnaires américaines et dirigées selon la régie états-unienne. En outre, les Etats-Unis sont toujours si forts économiquement que les sanctions réciproques dirigées contre les Etats-Unis (comme par exemple celles de l’UE) sont inefficaces et ainsi de caractère purement symbolique. Les forts peuvent faire chanter les faibles, l’inverse ne se produit pas. 
    Les sanctions des Etats-Unis ont comme but de forcer économiquement les gouvernements butés à changer de politique, à la corriger ou de se soumettre aux directives américaines. Dans la pratique, cependant, ce sont les citoyens des pays sanctionnés qui souffrent le plus parce qu’ils sont privés de biens importants, parce que leur économie est bloquée et leur prospérité anéantie. Les victimes sont toujours en bas de l’échelle, rarement en haut. A cet égard,les sanctions économiques – qu’elles soient efficaces ou non – nuisent toujours à l’ensemble de la nation. C’est ce que démontre, et cela depuis des décennies, l’Iran dont l’économie a été brutalement bloquée par les sanctions américaines. L’appauvrissement qui en a résulté frappe la population, et non les dirigeants politiques du pays. Il en va de même pour les sanctions contre la Russie, le Belarus, etc. En fin de compte, les sanctions économiques ne sont donc pas un outil stratégique contre un dirigeant politique, mais une atteinte antisociale à la prospérité du peuple dans son ensemble. 
    Cette dimension antisociale des sanctions est vivement palpable dans le cas du Venezuela. Du seul fait que ce pays insiste sur son droit de vendre son pétrole lui-même et se montre récalcitrant à le céder aux compagnies américaines, toute la population se trouve réduite à la misère la plus amère depuis des années. Plus de trois millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays misérable en réfugiés appauvris, puisqu’ils y manquent de tout ce qui est nécessaire. Et pourtant, le Venezuela pourrait être un pays riche, si on le laissait vendre son pétrole lui-même, si les Américains ne s’arrogeaient pas la domination économique sur ce pays et son pétrole et cessaient de lui imposer leurs règles par des sanctions. 
    Les sanctions sont des actes hostiles dirigés contre un pays libre, elles constituent des actes d’agression économique. Les auteurs eux-mêmes (les Etats-Unis ou l’Union européenne) les appellent ainsi et les dommages dans les pays sanctionnés sont souvent égaux à ceux causés par une guerre militaire.
    Les USA ont testé les sanctions lorsqu’ils se sont rendu compte qu’ils échouaient régulièrement avec leurs guerres chaudes, c’est-à-dire dans les guerres de conquête menées militairement avec leurs propres troupes: au Vietnam, en Afghanistan, en Syrie, etc... La guerre économique constitue donc déjà une forme d’agression contre un pays, même si cette agression n’est pas (encore) militairement armée.
    Les sanctions économiques sont néanmoins illégales au regard du droit international, elles contredisent et bafouent toutes les lois et réglementations commerciales internationales. Dans cette perspective, la puissance est censée briser ce qui est de droit. La loi ne s’applique que lorsqu’elle est du côté des puissants. Et les puissants contrevenants à la loi ne risquent même pas d’être inculpés.
    Ainsi, lorsque l’UE impose des sanctions au Belarus, elle commet un acte de guerre en évidente violation du droit international. En plus, il s’agit là d’un pur acte de vengeance parce que Loukachenko barre la voie à la révolution que l’UE aide à financer et parce qu’il refuse de livrer le Belarus à l’OTAN. 
    Face à cela, il est révoltant d’assister aux prétentions perpétuelles des responsables de l’UE qui réclament d’agir au nom de la loi et de l’ordre.

(Traduction Horizons et débats)

 

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