«Après 20 ans de guerre civile et 20 ans de guerre de l’OTAN, le peuple afghan n’aspire qu’à la paix!»

par Matin Baraki, Marburg

Des talibans aux portes de Kaboul, des talibans à Kaboul? Non, depuis le 15 août 2021, les talibans sont de retour dans le palais présidentiel. «La guerre est terminée», a immédiatement annoncé un porte-parole des talibans. Muni d’un passeport américain, la marionnette américaine Mohammad Ashraf Ghani a fui. Le régime fantoche totalement corrompu, composé d’Américo- et d’Euro-Afghans dans une coalition avec des seigneurs de la guerre complaisants, a capitulé. Les talibans, chassés par les Etats-Unis et l’OTAN en 2001, ont repris le pouvoir au Hindou Kouch. Il s’agit de la plus grande défaite des Etats-Unis après leur désastre historique au Vietnam. C’est également une défaite pour la «communauté internationale» autoproclamée composée des pays de l’OTAN. En conséquence de leur intervention et en guise de cadeau de départ, ces puissances occidentales ont remis aux Afghans un régime taliban.
    Au cours des quatre dernières semaines, alors que les talibans ont progressé, l’Armée nationale afghane (ANA) et les milices populaires nouvellement formées se sont pour la plupart rendues sans combattre. Les soldats de l’ANA, censés être bien formés et équipés par les pays de l’OTAN, ne voyaient plus l’intérêt de se sacrifier pour un régime déployé et contrôlé depuis l’étranger. Les soldats de l’ANA, ainsi que les officiers de rangs inférieurs et intermédiaires, n’ont parfois pas reçu leur solde depuis six mois. Les 4,1 milliards de dollars US par an qui affluaient de l’étranger à Kaboul pour approvisionner et financer l’ANA ont fini dans les poches des administrateurs et des officiers supérieurs.
    Les talibans d’aujourd’hui ne sont pas les talibans de 1996 ou 2001, lorsqu’ils étaient dirigés par les mollahs (clercs) des villages. Les dirigeants talibans actuels sont diplômés des collèges théologiques pakistanais. Ils ont appris non seulement la stratégie de combat militaire, mais aussi la diplomatie et la politique. Dans la capitale qatarie, Doha, ils se sont engagés par traité à ce que les Etats-Unis retirent leur armée d’Afghanistan en février 2020. C’était le traité de reddition d’une superpuissance. Maintenant, les talibans veulent diriger l’Afghanistan. Ils savent que l’Afghanistan d’aujourd’hui n’est pas l’Afghanistan de 1996. Une nouvelle génération ouverte et en partie éduquée voulant vivre autrement a émergé. Les talibans devront en tenir compte s’ils veulent régner auprès du Hindou Koush à long terme. Les signaux à cet égard vont dans ce sens. Lorsqu’ils ont pris la ville de Kunduz il y a une semaine, les femmes de cette ville m’ont dit qu’aucun mal ne leur avait été fait. A Kaboul, ils contrôlent désormais les voitures, donnent des laissez-passer aux conducteurs s’ils ne trouvent pas d’armes, puis les laissent repartir. Les magasins ne sont que partiellement ouverts. Les gens font leurs courses sans être inquiétés, comme je l’ai appris directement de Kaboul aujourd’hui, le 16 août.
    Depuis la reddition de l’administration de Kaboul, les responsables du gouvernement et de la haute administration, ainsi que les Américo- et les Euro-Afghans tentent de quitter le pays. Tout comme les personnes qui ont des dollars. A l’aéroport de Kaboul, des milliers de personnes attendent de pouvoir décoller.
    Les talibans ont fait une déclaration indiquant qu’ils ont besoin de ces professionnels, qu’ils doivent rester dans le pays et aider à la reconstruction. Ceux qui ont travaillé avec les ennemis étrangers et les infidèles ne doivent que le regretter. Avant même la prise de Kaboul, des délégations de talibans se sont entretenues à Moscou, à Téhéran et à Pékin. Ils ont fait savoir qu’aucun danger n’émanerait du sol afghan pour ses voisins. Les talibans souhaitent une reconnaissance internationale et une co-opération tous azimuts, notamment sur le plan économique pour reconstruire le pays. La Chine souhaite que l’itinéraire sud de sa «route de la soie» passe par l’Afghanistan. Tant les talibans que les voisins de l’Afghanistan ont un grand intérêt à ce que l’Afghanistan soit stable. Maintenant que les puissances étrangères sont parties et que l’administration corrompue a capitulé, il y a de l’espoir pour un pays pacifique au Hindou Koush. C’est également la première et la plus importante chose que la majorité absolue des Afghans souhaite. Après 20 ans de guerre civile et 20 ans de guerre de l’OTAN, les peuples afghans n’aspirent qu’à la paix! Souhaitons et accordons-leur cela.

(Traduction Horizons et débats)

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