«Les Russes et les Ukrainiens sont un seul et même peuple»

par Vladimir Poutine, Président de la fédération de Russie

ww. Vladimir Poutine, le Président russe, a rédigé un long article sur la situation actuelle en Ukraine et l’histoire commune de l’Ukraine, de la Russie et du Belarus. Le 13 juillet, il l’a posté sur le site du Kremlin, en russe et en ukrainien. Il est exceptionnel qu’un président en exercice s’adresse ainsi à la population, spécialement russe et ukrainienne. Rien d’étonnant, donc, à ceque M. Poutine ait ainsi attiré l’attention. Le dénigrement de la Russieest très présent dans les médias occidentaux, et certains journalistes soupçonnent même le Président russe d’avoir des intentions belliqueuses. 

Une critique trop insistante a généralement pour conséquence d’attirer l’attention d’un lecteur curieux et de le pousser à se demander quelle était la véritable teneur de l’essai de Poutine. Le lecteur se met alors en quête de la traduction allemande – en vain, durant plusieurs jours, jusqu’à ce que l’Anti-Spiegel mette en ligne une traduction allemande le 20 juillet, due à Thomas Röper – auteur d’un livre sur Poutine. 
    
Voici l’introduction, en bref: Poutine y expose avec force détails les «rebondissements» de l’histoire millénaire de la «Rus ancienne». L’ancien état de Rus recouvrait l’immense territoire qui englobe aujourd’hui trois pays: la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie.1 
    
Il relève les nombreuses similitudes entre les peuples de cette vaste région, non seulement en matière de langue et de religion. En dernier lieu, il évoque le combat mené conjointement lors de la Grande guerre patriotique contre les agresseurs nazis, et qui a abouti à la victoire parce que tous poursuivaient un objectif commun et qu’ils étaient solidaires. 
    
Pour terminer, Vladimir Poutine évoque les années qui se sont écoulées de 1992 à nos jours, après la disparition de l’Union soviétique et la formation des nouveaux Etats, comme l’Ukraine, la Russie et la Biélorussie. Ses commentaires sur la situation actuelle fournissent des détails et des contextes ignorés des médias occidentaux. Ils sont explosifs et inquiétants. – Cette dernière partie de son long essai est ici reprise in extenso:

http://en.kremlin.ru/events/president/news/66181 du 12/07/21
https://www.anti-spiegel.ru/2021/ein-artikel-des-russischen-praesidenten-putin-russen-und-ukrainer-sind-ein-volk/ du 13/07/21

La Fédération de Russie a conscience des nouvelles réalités géopolitiques. Et non seulement elle les a reconnues, mais elle a en outre largement contribué à faire de l’Ukraine un pays indépendant. Durant les sombres années 1990 et au début du nouveau millénaire, nous avons apporté à l’Ukraine un soutien non négligeable. Kiev utilise sa propre «arithmétique politique», mais en 1991-2013, c’est grâce notamment aux tarifs modiques appliqués au gaz que l’Ukraine a pu alléger son budget de plus de 82 milliards de dollars, alors qu’aujourd’hui elle est littéralement «bloquée» par 1,5 milliard de dollars de redevances russes liées au transit de notre gaz vers l’Europe. En revanche, si nos pays réussissaient à conserver leurs relations économiques, les retombées positives pour l’Ukraine se chiffreraient alors en dizaines de milliards de dollars. 

D’étroites relations commerciales 
qui ont traversé les siècles

Au fil des décennies puis des siècles, l’Ukraine et la Russie se sont développées comme un seul et même système économique. La richesse de la coopération que nous entretenions il y a 30 ans peut aujourd’hui encore être enviée par les pays de l’Union européenne. En tant que partenaires économiques naturels et complémentaires, cette étroite relation était justement ce qui renforçait les avantages concurrentiels et accroissait le potentiel de nos deux pays. 
    Par ailleurs, l’Ukraine disposait d’un patrimoine important, notamment d’une infrastructure efficace, d’un réseau de gazoducs, d’industries de pointe dans le domaine de la construction navale, de la construction aéronautique et de la production de missiles, ainsi que de grandes écoles spécialisées dans les sciences, le design et l’ingénierie. Compte tenu de cet héritage, les dirigeants ukrainiens avaient promis, lors de la déclaration d’indépendance, que l’économie ukrainienne se classerait parmi les premières et que le niveau de vie des Ukrainiens allait figurer parmi les plus élevés d’Europe. 
    Aujourd’hui, les ruines des mastodontes industriels de haute technologie qui faisaient autrefois la fierté de l’Ukraine et de tout le pays jonchent le sol. Ces dix dernières années, la production d’ingénierie mécanique a chuté de 42 %. On peut mesurer l’ampleur de la désindustrialisation et du déclin général de l’économie à l’aide de l’indice représenté par la production d’électricité, qui a pratiquement diminué de moitié en Ukraine au cours des trente dernières années. Enfin, selon le FMI, le PIB par habitant de l’Ukraine en 2019, avant même l’épidémie de coronavirus, était inférieure à 4 000 dollars. Ce chiffre est inférieur à celui de l’Albanie, de la Moldavie et du territoire non reconnu du Kosovo. L’Ukraine est désormais le pays le plus pauvre d’Europe. 
    A qui la faute? Faut-il l’imputer à la population ukrainienne? Non, bien sûr que non. Ce sont les gouvernements ukrainiens qui ont dilapidé et gaspillé les acquis de nombreuses générations. Nous savons combien le peuple ukrainien est travailleur et talentueux. Ils sont capables, grâce à leur persévérance, d’obtenir des succès et des résultats exceptionnels. Et ces qualités, ainsi que leur ouverture d’esprit, leur optimisme naturel et leur hospitalité, n’ont pas disparu. Le ressenti des millions de personnes considérant la Russie avec bienveillance, mais aussi avec beaucoup d’amour, est identique à celui éprouvé par nous-mêmes envers l’Ukraine et demeure inchangé. 
    Avant 2014, des centaines d’accords et de projets communs avaient contribué à développer notre économie, nos relations commerciales et culturelles, à renforcer la sécurité et à résoudre certains problèmes sociaux et environnementaux communs. Tant en Russie qu’en Ukraine, ces mesures ont généré des retombées significatives pour la population. Pour nous, c’était primordial. C’est pourquoi nous avons coopéré de manière fructueuse avec tous – je tiens à le souligner – avec tous les chefs de gouvernements ukrainiens. 
    Même après les célèbres événements de Kiev en 2014, j’ai demandé au gouvernement russe de réfléchir à des solutions pour établir des contacts par le biais des ministères et organismes compétents afin de maintenir et de consolider nos relations économiques. Par contre, aucune requête similaire n’a été à ce jour formulée venant de l’autre partie. La Russie reste malgré tout l’un des trois principaux partenaires commerciaux de l’Ukraine et des centaines de milliers d’Ukrainiens viennent travailler chez nous et y trouvent hospitalité et soutien. Voilà quel genre d’«Etat agresseur» nous sommes. 
    Lors de l’effondrement de l’URSS, ils étaient nombreux ceux qui, en Russie et en Ukraine, croyaient sincèrement que survivraient nos étroites relations culturelles, spirituelles et économiques et que la communauté de personnes qui s’étaient toujours senties liées au plus profond d’elles-mêmes demeurerait intacte. Mais les événements se sont mis à évoluer – d’abord insidieusement, puis de plus en plus vite – dans une toute autre direction. 

Les élites ukrainiennes coupent 
les ponts avec la Russie

Fondamentalement, les élites ukrainiennes ont décidé de légitimer l’indépendance de leur pays en niant son passé, exception faite de la question des frontières. Ils ont commencé à créer des mythes et à réécrire l’histoire, à effacer tout ce qui nous unit et à parler de l’époque où l’Ukraine faisait partie de l’Empire russe, puis de l’URSS comme d’une période d’occupation. La tragédie – qui fut partagée par tous – de la collectivisation et de la famine du début des années 1930 est ainsi assimilée à un génocide du peuple ukrainien. 
    Les radicaux et les néo-nazis affichent leurs ambitions ouvertement et avec de plus en plus d’aplomb. Ils sont chouchoutés à la fois par le gouvernement officiel et par les oligarques locaux qui, après avoir spolié le peuple ukrainien, ont placé l’argent volé dans des banques occidentales et ils étaient prêts à vendre leur patrie pour préserver leur capital. Ajoutez à cela la faiblesse chronique des institutions étatiques et la situation du pays en qualité d’otage volontaire de la volonté géopolitique de tiers. 

L’ingérence de l’Occident 

Permettez-moi de vous rappeler qu’il y avait déjà longtemps, bien avant 2014, que les Etats-Unis et les pays de l’Union européenne poussaient systématiquement et obstinément l’Ukraine à réduire et à limiter sa coopération économique avec la Russie. En tant que principal partenaire commercial et économique de l’Ukraine, nous avons à l’époque proposé de discuter des problèmes qui commençaient à se manifester, dans le cadre du dialogue Ukraine-Russie-UE. Mais à chaque fois, on nous a rétorqué que la Russie n’avait rien à voir avec cette affaire, qui ne concernait que l’UE et l’Ukraine. De facto, les pays occidentaux ont rejeté les multiples propositions de dialogue de la Russie. 
    Etape par étape, l’Ukraine s’est trouvée entraînée dans un jeu géopolitique dangereux visant à faire de ce pays une barrière entre l’Europe et la Russie, une tête de pont contre la Russie. Inévitablement, le jour est venu où le concept de «après tout, l’Ukraine n’est pas la Russie» n’a plus été suffisant. On avait besoin d’un concept d’«anti-Russie», inacceptable à nos yeux. 
    Les commanditaires de ce projet se sont inspirés des anciennes idées des idéologues polonais et autrichiens sur la «Russie anti-moscovite». Et il est impossible de faire croire à quiconque que cela est dans l’intérêt du peuple ukrainien. La Rzeczpospolita [république] n’a jamaiseu besoin de la culture ukrainienne, et encore moins de l’autonomie des cosaques. En Autriche-Hongrie, les territoires historiquement russes ont été impitoyablement exploités et sont restés les plus pauvres du pays. Les nazis, assistés de collaborateurs, issus de l’OUN-UPA, n’avaient pas besoin de l’Ukraine, mais uniquement d’un espace vital et d’esclaves pour les maîtres aryens. 
    En février 2014, nul ne pensait aux intérêts du peuple ukrainien. Le ressentiment légitime de la population, causé par des graves difficultés socio-économiques, les erreurs et les agissements incohérents du gouvernement de l’époque, a tout simplement été exploité avec cynisme.Les pays occidentaux se sont directement impliqués dans les affaires intérieures de l’Ukraine et ont soutenu le coup d’Etat. Les groupes nationalistes radicaux leur ont servi de bélier. Leurs slogans, leur idéologie et leur agressive russophobie manifeste ont largement inspiré la politique du gouvernement ukrainien. 

Nouvelles graines de discorde

Tout ce qui nous unissait, tout ce qui nous unit encore, a été remis en cause. A commencer par la langue russe. Je me souviens que les nouveaux pouvoirs issus du «Maïdan» ont d’abord voulu abroger la loi sur la politique linguistique nationale. Puis il y a eu la loi sur le «grand nettoyage du gouvernement», la loi sur l’éducation, bannissant pratiquement la langue russe du système éducatif. 
    Enfin, le président en exercice a, en mai de de cette même année, déposé à la Rada le projet de loi sur les «peuples indigènes»: étaient reconnus comme tels uniquement ceux qui constituaient une minorité ethnique et n’étaient pas aussi ressortissants d’un état extérieur à l’Ukraine. Et cette loi a été adoptée. Voilà comment de nouvelles graines de discorde ont été semées. Et cela dans un pays qui – comme je l’ai déjà signalé – est, sur le plan de sa composition territoriale, ethnique et linguistique, de son histoire d’origine, particulièrement complexe. 
    Là-dessus, on peut argumenter: si on parle d’une seule et même grande nation, d’un seul et même peuple, cependant trinational, quelle différence cela peut-il faire que les gens se définissent comme Russes, ou comme Ukrainiens, ou encore comme Biélorusses? Sur ce point, je suis tout à fait d’accord et ce d’autant plus que la décision sur l’appartenance ethnique, notamment dans les familles mixtes, est le droit imparti à chaque individu, comprenant la liberté de choisir. 
    Mais le fait est qu’en Ukraine, aujourd’hui, la situation est radicalement différente, dans la mesure où il est ici question d’un processus de changement d’identité par la force. Et le plus révoltant, c’est que les Russes d’Ukraine sont non seulement contraints de renier leurs racines et leurs ancêtres sur des générations, mais également de se persuader que la Russie est leur ennemie. Il n’est pas exagéré de dire que la démarche vers une assimilation forcée et donc vers la formation d’un Etat ukrainien ethniquement pur mais agressif envers la Russie, est comparable dans ses conséquences à l’utilisation d’armes de destruction massive à notre encontre. Le résultat de cette grossière et artificielle rupture entre les Russes et les Ukrainiens pourrait réduire la population russe de centaines de milliers, voire de millions de personnes. 
    Notre unité spirituelle a elle aussi été l’objet d’attaques. Comme à l’époque du Grand-Duché de Lituanie, ils ont amorcé une nouvelle division de l’Eglise. Sans faire mystère de leurs objectifs purement politiques, ces gouvernements pourtant laïques se sont grossièrement immiscés dans le monde de l’Eglise, l’ont divisée, ont confisqué des églises, ont tabassé des prêtres et des moines. Ils rejettent par ailleurs catégoriquement l’autonomie étendue de l’Eglise orthodoxe ukrainienne, qui tente cependant de préserver son unité spirituelle avec le patriarcat de Moscou. Il leur faut à tout prix détruire ce symbole visible et séculaire de notre parenté. [Note du traducteur/Anti-Spiegel: le schisme de l’Eglise d’Ukraine, imposé par le président Petro Porochenko, est un sujet très complexe n’ayant jamais fait l’objet de reportages en Occident, mais ayant provoqué en Ukraine énormément d’animosité, de violence et surtout de discorde.]
    Je pense qu’il est assez logique que les représentants ukrainiens aient voté, à plusieurs reprises, contre la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies condamnant la glorification du nazisme. Des défilés et des processions aux flambeaux ont déjà été organisés en hommage aux criminels de guerre des unités de la Waffen-SS, et ce, sous l’égide du gouvernement officiel. Mazepa,2 qui a trahi tout le monde, Petliura,3 qui a acheté la protection de la Pologne en échange de terres ukrainiennes, et Bandera,4 qui a collaboré avec les nazis, ont été déclarés héros nationaux. Tout est fait pour éliminer de la mémoire des jeunes générations les noms des vrais patriotes et des vainqueurs de la Grande Guerre Patriotique, dont les Ukrainiens ont toujours été fiers. 
    Pour les Ukrainiens qui ont combattu dans les rangs de l’Armée rouge, dans les groupes de partisans, la Grande Guerre patriotique a été véritablement patriotique, car ils ont protégé leur patrie, leur grande patrie commune. Plus de deux mille d’entre eux ont été reconnus comme héros de l’Union soviétique. Parmi eux, citons Ivan Nikitovitch Kojedoub, le pilote légendaire, Lioudmila Mikhaïlovna Pavlitchenko, l’intrépide tireuse d’élite qui a défendu Odessa et Sébastopol, et Sydir Artemovytch Kovpak, le courageux chef des partisans. Cette génération indomptable s’est battue, a donné sa vie pour notre avenir, pour nous tous. Oublier leurs réalisations, c’est trahir nos grands-pères, nos mères et nos pères. 

Le projet «Anti-Russie» provoque des affrontements et une guerre civile

Le projet «anti-Russie» a été rejeté par des millions d’Ukrainiens. Les populations de Crimée et de Sébastopol ont été en faveur d’un choix historique. Et les gens du sud-est de l’Ukraine ont tenté de défendre leur position de manière pacifique. Mais tous, même les enfants, ont été traités de séparatistes et de terroristes. Des menaces de purification ethnique et de recours à la force armée ont commencé à circuler. Et les habitants de Donetsk et de Lugansk ont alors pris les armes pour protéger leur patrie, leur langue et leur vie. Après les pogroms qui ont ravagé les villes ukrainiennes, après l’horreur et la tragédie du 2 mai 2014 à Odessa, où les néonazis ukrainiens ont provoqué un incendie où des gens sont morts brûlés vifs – que restait-il comme autre option, aux habitants du Donbass. Avaient-ils d’autres choix, tel un nouveau massacre de Katyn? En Crimée, à Sébastopol, à Donetsk et à Lougansk, les partisans de Bandera étaient également prêts à se livrer aux mêmes massacres. Aujourd’hui encore, ils n’auraient rien contre ce genre de projets. Ils attendent leur heure. Mais cette heure ne viendra pas. 
    Le coup d’Etat et les agissements ultérieurs du gouvernement de Kiev ont inévitablement provoqué des affrontements et une guerre civile. Selon le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, on dénombre au total plus de 13 000 victimes du conflit dans le Donbass, parmi lesquelles des personnes âgées et des enfants. Des pertes terribles, irremplaçables. 
    La Russie a tout fait pour que cesse cette lutte fratricide. Les Accords de Minsk II visant à un règlement pacifique du conflit dans le Donbass ont été signés. Il n’existe aucune autre alternative à cette situation, j’en suis convaincu. En tout état de cause, personne n’a rétracté son adhésion ni fait retirer sa signature des Accords de Minsk, pas plus que n’ont été reniées les déclarations faites par les dirigeants des pays du format Normandie 5. Personne n’a entamé de révision de la résolution du 17 février 2015 du Conseil de sécurité des Nations unies. 

Au cours des négociations officielles, surtout suite à la «pression» exercée par nos partenaires occidentaux, les représentants de l’Ukraine ont régulièrement réaffirmé leur «totale adhésion» aux Accords de Minsk, alors que dans la réalité, ils sont convaincus que ces derniers sont «inacceptables». Ils n’ont pas l’intention de discuter sérieusement du Statut spécial du Donbass, ni de fournir des garanties aux personnes qui y vivent. Ils préfèrent exploiter leur image de «victimes d’une agression extérieure» et répandre des calomnies russophobes. Ils orchestrent de sanglantes provocations dans le Donbass. En bref, ils cherchent par tous les moyens à capter l’attention de leurs seigneurs et maîtres étrangers. 

Le projet anti-Russie sous l’égide 
des grandes puissances …

De toute évidence, et de cela je suis de plus en plus convaincu, Kiev n’a tout simplement pas besoin du Donbass. Pourquoi? Premièrement, les habitants de ces régions n’accepteront jamais de se soumettre aux ordres que Kiev a essayé – et continue – d’imposer par la violence, le blocus et les menaces. 
    Deuxièmement, les résultats de Minsk-I et Minsk-II, qui offrent une véritable chance de restaurer pacifiquement l’intégrité territoriale de l’Ukraine en négociant directement avec Donetsk et Lougansk grâce à la médiation de la Russie, de l’Allemagne et de la France, contredisent toute la logique du projet «anti-Russie». Celui-ci ne doit sa survie qu’à lapermanente évocation, à l’intérieur comme à l’extérieur, de la Russie en image de l’ennemi sous son plus mauvais jour. Et là je me dois d’ajouter – sous l’égide et le contrôle des puissances occidentales.
    C’est ce qui se passe dans la pratique. Par-dessus tout, on instaure un climat de terreur au sein de la société ukrainienne, une rhétorique agressive, de la complaisance envers les néo-nazis et une certaine militarisation du pays. Cela est assorti non seulement d’une dépendance totale, mais aussi d’un contrôle direct de l’extérieur, notamment la surveillance des institutions, des services de renseignement et des forces armées ukrainiennes par des conseillers étrangers, le «réaménagement» militaire du territoire ukrainien et la mise en place d’infrastructures de l’OTAN. Ce n’est pas par hasard que la loi scandaleuse évoquée ci-dessus, relative aux «peuples autochtones» en Ukraine, a été adoptée à la faveur de grandes manœuvres de l’OTAN. 
    C’est également sous ce même prétexte que l’on procède à la liquidation des vestiges de l’économie ukrainienne et à l’exploitation de ses ressources minérales. On n’est plus très loin de la vente des terres agricoles et l’on sait déjà qui va les acheter. [Note du traducteur/Anti-Spiegel: les «terres noires» ukrainiennes – tchernoziom – sont considérées comme les terres les plus fertiles du monde et elles sont actuellement privatisées par des entreprises étrangères sous la pression du FMI]. Certes, l’Ukraine reçoit de temps à autre des financements et des prêts, mais aux conditions et dans l’intérêt des entreprises occidentales et avec des préférences et des privilèges en leur faveur. A ce propos, qui va les rembourser, ces dettes? 
    Les auteurs occidentaux du projet «anti-Russie» sont en train de réajuster le système politique ukrainien de telle sorte que même si les présidents, les députés et les ministres devaient être remplacés, la politique de sécession et d’hostilité envers la Russie demeurerait en l’état. Avant les élections, la paix était le principal slogan du Président sortant. Et c’est sur ce principe qu’il avait accédé au pouvoir. Ses promesses se sont révélées n’être que des mensonges. Rien n’a changé. Et d’une certaine manière, la situation en Ukraine et dans la région du Donbass s’est encore un peu plus détériorée. 
    Il n’y a pas de place dans le projet «anti-Russie» pour une Ukraine souveraine ou pour des forces politiques qui tenteraient de défendre sa véritable indépendance. Ceux qui, au sein de la société ukrainienne, parlent de réconciliation, de dialogue, de moyens de sortir de l’impasse dans laquelle ils se trouvent, sont catalogués comme des agents «pro-russes». 

… est inacceptable pour 
la plupart des Ukrainiens

Je le répète: pour un grand nombre de gens en Ukraine, le projet «anti-Russie» est tout simplement inacceptable. Et ces gens sont des millions. Mais ils ne sont pas autorisés à relever la tête. Ils sont pratiquement privés de la possibilité légale de défendre leur point de vue. Ils sont harcelés, poussés à la clandestinité. Et non seulement ils sont persécutés en raison de leur foi, de ce qu’ils ont dit, des positions qu’ils ont exprimées ouvertement, mais on les tue aussi et les meurtriers restent généralement impunis. [Note du traducteur/Anti-Spiegel: il ne s’agit pas ici de propagande russe, mais de faits relatés à chaque fois par le HCR dans ses rapports réguliers sur la situation des droits de l’homme en Ukraine]. 
    En Ukraine, seuls les détracteurs de la Russie sontdésormais considérés comme de «vrais» patriotes. Qui plus est, l’ensemble de l’Etat ukrainien, tel que nous le concevons, devrait à l’avenir être exclusivement édifié sur cette idée. La haine et le ressentiment – et l’histoire mondiale l’a prouvé à maintes reprises – constituent une base très fragile pour la souveraineté, porteuse de risques très sérieux, très graves et de conséquences désastreuses. 
    Nous avons percé à jour toutes les combines liées au projet «anti-Russie». Et nous ne permettrons jamais que nos territoires historiques et ceux qui y vivent et nous sont proches soient instrumentalisés contre la Russie. Et je tiens à dire à ceux qui seraient tentés de le faire que cela détruirait d’abord leur pays à eux. 

Des cultures communes – 
deux Etats souverains 

L’actuel gouvernement ukrainien aime se référer à l’expérience occidentale et la considère comme un modèle à suivre. Voyez donc comment l’Autriche et l’Allemagne, les Etats-Unis et le Canada vivent côte à côte. Proches par leur composition ethnique, leur culture et, de facto par leur langue, ils n’en restent pas moins des Etats souverains, avec leurs propres intérêts et leurs propres politiques étrangères. Mais cela ne les empêche pas d’entretenir les plus étroites relations d’intégration ou de partenariat. Leurs frontières sont très transparentes. Et leurs citoyens se sentent chez eux lorsqu’ils les traversent. Ils fondent des familles, étudient, travaillent et font des affaires. Soit dit en passant, cela vaut également pour des millions de résidents en Ukraine qui vivent désormais en Russie. En ce qui nous concerne, ils sont notre peuple, nos proches. 
    La Russie est ouverte au dialogue avec l’Ukraine et prête à débattre des questions les plus complexes. Mais il est important que nous comprenions que notre partenaire défend ses véritables intérêts nationaux, qu’il ne sert pas ceux d’autres pays et qu’il n’est pas qu’un outil entre les mains d’autrui, destiné à nous combattre. 
    Nous respectons la langue et les traditions ukrainiennes. Nous respectons les aspirations des Ukrainiens à voir leur pays comme un pays libre, sûr et prospère.
    Je suis convaincu qu’une véritable souveraineté de l’Ukraine n’est possible qu’en partenariat avec la Russie. Nos liens de spiritualité et de civilisation se sont tissés au fil des siècles, découlent des mêmes sources et ont été renforcés par des épreuves, des réalisations et des victoires communes. Notre relation de parenté s’est transmise de génération en génération. Elle est dans les cœurs, dans les souvenirs des personnes vivant dans la Russie et l’Ukraine d’aujourd’hui, dans les liens du sang unissant des millions de nos familles. Ensemble, nous étions et sommes toujours beaucoup plus forts et plus performants. Parce que nous sommes un seul peuple. Il y a des gens aujourd’hui qui considèrent avec hostilité ce genre de discours, qui peuvent bien sûr être interprétés de n’importe quelle manière. Mais ceux qui vont m’écoutersont nombreux. Et je ne dis qu’une seule chose: la Russie n’a jamais été et ne sera jamais «anti-ukrainienne». Mais ce que va devenir l’Ukraine, ce sont ses citoyens qui doivent en décider.



OUN-UPA: L’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) était une organisation nationaliste ukrainienne fondée à Vienne en 1929. Son bras militaire était l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), fondée en 1942. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’UPA a collaboré pendant un certain temps avec l’Allemagne nazie. (Note de la réd.)

(Traduction Horizons et débat)

Ukraine – construire une structure fédérale avec le maximum d’autonomie possible

ww. Les réactions aux réflexions du Président Vladimir Poutine ont été promptes – et pas seulement dans les médias. Le Président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, a déclaré que les Russes n’étaient que d’une «filiation éloignée» (Rt Deutsch, du 29/07/21). Une enquête nationale plus informative est menée par l’institut sociologique ukrainien Rejting, qui a été publiée dans les médias le 28 juillet. Toutefois, elle a été réalisée sans la population de la zone de guerre du Donbass (si non le sondage aurait probablement été encore plus «pour» Poutine):
    41 % des Ukrainiens affirment l’unité historique des Ukrainiens et des Russes malgré la guerre civile. Les jeunes Ukrainiens, en particulier, sont plus nombreux que la moyenne à penser qu’ils appartiennent au même espace historique et spirituel que les Russes. Ainsi, 44 % des Ukrainiens âgés de 18 à 29 ans étaient d’accord avec M. Poutine. Il existe de grandes différences régionales: l’est bordant le Donbass est le plus en accord avec la déclaration de Poutine avec 65 %, suivi du sud avec 56 %. En Ukraine centrale autour de Kiev en revanche, seuls 22 % sont d’accord (forum.ukraine-nachrichten.de du 28/07/21; RT Deutsch du 28/07/21).
    L’enquête montre la diversité de l’Ukraine, de sorte qu’en réalité, seule une structure d’Etat fédéral est envisageable: celle qui accorde aux différentes parties du pays autant d’autonomie que possible et permet une politique étrangère indépendante, aussi neutre que possible, incluant tous les voisins, y compris la Russie. 
   L’accord de Minsk qui vise à un règlement pacifique du conflit va également dans ce sens. Le point 11 de l’accord prévoit une réforme constitutionnelle et une prise en compte particulière des territoires du Donbass. Vladimir Poutine est convaincu qu’aujourd’hui encore, il n’y a «aucune alternative» à cela. Il est surprenant que les grandes puissances occidentales concernées (Allemagne et France) n’exigent pas la mise en œuvre de cet accord avec plus de force. Pourquoi? – Le texte du Président Poutine y répond.

 

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