Le respect plutôt que le mépris – face aux dégâts le dialogue garde toute sa force constructive

Expériences et leçons à retirer des décennies de guerre au Proche et Moyen-Orient Intervention de Karin Leukefeld à la conférence annuelle 2021 du groupe de travail «Mut zur Ethik»*

Intervention de Karin Leukefeld à la conférence annuelle 2021 du groupe de travail «Mut zur Ethik»*

 C’est sur un arrière-fond des crises et des guerres au Moyen-Orient, que j’ai couvertes depuis plus de 20 ans, qu’il y a pléthore d’exemples d’irrespect, d’innombrables cas de mépris et autres diabolisations, en proportion presqu’égale de résolution de conflits et d’offre de dialogues pour faire obstacle à la guerre et la destruction. 

Les souffrances des Palestiniens, 
des Kurdes et des Irakiens

En dépit de multiples concessions et d’interminables négociations pour la paix, les Palestiniens, qui revendiquent leurs droits depuis plus de 70 ans, continuent de vivre, tels des réfugiés, dans des camps à l’intérieur de leur propre pays, mais aussi dans les pays voisins, sans aucune perspective d’un avenir meilleur.
    Les Kurdes, qui eux, luttent pour leur reconnaissance en tant que nation, (un combat comparable par ailleurs à celui que mènent au Sri Lanka les Tamouls, dont nous avons fait état hier) continuent à être victimes de la répression, privés de leurs droits en Turquie, tandis que dans le nord de l’Irak, ils se sont retrouvés au service des intérêts occidentaux. Dans le nord-est de la Syrie, ils sont puissamment armés en leur qualité de fantassins, en servant encore ces intérêts. Ou bien ilsgèrentla pénurie, n’ayant ainsi pu empêcher l’occupation de villages kurdes à Afrin ou la destruction de villages chrétiens par les forces armées turques.
    Parlons de l’Irak: c’est un Etat impliqué dans des conflits à répétition depuis 1980, détruit économiquement, politiquement et socialement. En février et mars 2003 pourtant, dans le monde entier la menace d’une nouvelle guerre en Irak a fait descendre dans la rue une multitude de personnes. A cette époque, le pays était sous le coup des sanctions de l’ONU depuis près de 13 ans. En raison d’un phénomène de fuite des cerveaux s’étalant sur plusieurs années, les Irakiens diplômés et qualifiés ont quitté le pays par milliers. Faute de médicaments, 500 000 enfants sont morts des suites de maladies autrement bénignes. 
    Dans la province de Bassora au sud du pays, la population a souffert des conséquences de l’utilisation d’uranium appauvri, intégré en grande quantité dans les munitions des troupes américaines et autres pendant la guerre de 1991 – lors de l’expulsion de l’armée irakienne du Koweït – provoquant naissances de nourrissons mort-nés, malformations congénitales entraînant la mort, déclenchement de cancers ...et sans la médication adaptée.
    Ce que les États-Unis et la Grande-Bretagne ont alors planifié, c’était l’invasion calamiteuse d’un état déjà ravagé par ailleurs. L’Irak n’avait plus rien pour assurer la défense de son propre territoire:

  • Dans les zones interdites de survol, les équipements radar et les installations de défense aérienne avaient été bombardés.
  • Les derniers missiles Scud avaient été détruits par les Irakiens eux-mêmes sous la pression occidentale.
  • Ce qu’on avait faussement appelé «armes de destruction massive» étaient inexistantes.

A l‘époque, Amer al-Saadi, négociateur irakien, avait répondu à Hans Blix, l’envoyé des Nations unies: «Comment pourrions-nous prouver que nous ne sommes pas en possession de quelque chose que nous n’avons pas?» 

De vains efforts pour trouver 
des solutions pacifiques

Au tournant des années 2002–2003, j’ai rencontré Hans von Sponeck – que nous avons entendu hier ici même – à Bagdad, alors qu’il tentait d’ynégocier des pourparlers de paix entre Bagdad et les Etats occidentaux. Dans le même temps, Konstantin Wecker, musicien très connu en Allemagne, s’était lui aussi rendu à Bagdad aux côtés d’une délégation engagée en faveur de la paix et y avait donné un émouvant concert devant un public irakien. Des centaines de militants pacifistes étaient venus du monde entier afin de protéger les infrastructures civiles de l’Irak – centrales électriques, installations de traitement des eaux, cliniques, écoles – contre les attaques.
    Mais tout cela a été en vain et la guerre a été déclenchée. Même la tempête de sable qui a dans le même temps fait rage des jours durant dans le désert irakien n›a pu arrêter l’invasion des troupes américaines et la coalition de 45 États qui accompagnaient l›armée américaine. Sans aucun mandat du Conseil de sécurité des Nations unies, plus de 200 000 soldats, sous commandement es forces armées américaines, ont avancé sur Bagdad depuis le Koweït au sud, depuis la Jordanie à l›ouest et depuis les régions autonomes kurdes au nord.

Destruction de la culture irakienne et accès aux ressources pétrolifères du pays

Des centaines de caméras ont filmé en direct les attaques sur Bagdad. L’hôtel Palestine, jusqu’alors dévolu aux journalistes et aux médias internationaux, est devenu le quartier général de l’armée d’occupation. Celui-ci a pris ses quartiers dans l’hôtel Palestine, qui était jusqu’alors une base pour les médias internationaux. Une statue de Saddam Hussein a été renversée devant les caméras, le gouvernement a été dissous, tout comme l’armée irakienne, tandis que des ministres, des responsables gouvernementaux et de hauts gradés de l’armée ont été placés sur la liste des personnes recherchées. Leurs visages et leurs noms ont été imprimés et diffusés sous la forme d’un jeu de cartes nommé «Most Wanted» dont l’as de cœur était Saddam Hussein. Le Musée national irakiena été pillé sous les yeux des soldats britanniques et américains installés dans leurs blindés. Les soldats américains ont occupé le Ministère irakien du pétrole, qui a ensuite été hermétiquement fermé, enclos de murs et de barbelés.
    Un fonctionnaire du gouvernement américain, Paul Bremer, a été nommé «administrateur civil» en Irak. Bremer était toujours chaussé– même lorsqu’il était en costume-cravate – de bottes de combat de l’armée américaine, couleur poussière. Celles de l’occupant.

Aucun respect envers l’Irak 
ni envers le peuple irakien

Pas le moindre respect pour l’Irak ni pour son peuple, mais énormément de mépris et de faux-semblants. Il était clair qu’on ne souhaitait pas plus la résolution du conflit que le dialogue, et cela ni en Irak ni pour l’Irak. 
    Peut-on doncrésoudre lesconflits par le dialogue? D’après ce que j’ai – ce que nous avons entendu ici hier, cela n’est pas chose facile. En fait, il faudrait pouvoir y consacrer toute une vie, sans pour autant avoir la garantie d’un dénouement heureux.

Que faire lorsque l’une 
des parties refuse le dialogue?

Que faire:
    lorsqu’une partie ne le désire pas? 
    lorsque qu’il n’y a aucune confiance? 

  • Si l’un des camps est fort et l’autre faible?
  • Si règnent les mensonges et les faux-semblants? 
  • Si l’on répand des contre-vérités les uns sur les autres? 
  • Si certaines forces boycottent le dialogue?
  • Si les services secrets se livrent à la provocation, par exemple à des opérations «sous fausse bannière», qui sont imputées à l’un ou l’autre camp? 
  • Si on engage le dialogue sans réelle intention de le voir aboutir à une solution? 

Que faire si des acteurs importants sont toujours exclus du dialogue et si les conceptions diffèrent quant à la nature et l’objectif du dialogue?

 Ce que nous apprennent 
d’autres cultures

Matin Baraki a déclaré hier, à propos de son pays d’origine, l’Afghanistan: les Afghans ont leur façon bien à eux de résoudre les conflits, il faut leur laisser le champ libre. En cas de conflit, on désigne dans le village une personne digne de respect et de confiance, dans la maison de laquelle se déroulent les négociations destinées à résoudre le problème. Cette personne sélectionne et invite les participants, issus de tous les milieux et des groupes affectés par ou impliqués dans le conflit en question. Puis, tous ensemble, ils «parlent, négocient et boivent du thé» pendant des semaines s’il le faut, jusqu’à ce qu’un accord soit conclu.
    Afin de parvenir au consensus quant aux questions de plus grande envergure, de caractère politique ou plus général, la tradition afghane recourt à la «Loya Jirga». Il s’agit d’une grande assemblée de dignitaires à caractère exceptionnel qui, par ailleurs, est également en vigueur dans certains des États voisins d’Asie centrale.
    Une pratique traditionnelle similaire existe également dans le monde arabe, où les tribus et les Bédouins ont trouvé un moyen original d’éviter les conflits; par exemple, en Irak, où les tribus sunnites pratiquent le mariage interconfessionnel et unissent leurs fils et leurs filles à ceux des tribus chiites afin d’amoindrir le risque d’affrontements religieux. En effet la création d’une famille qui unisse les deux religions, oblige ses membres à faire preuve de considération les uns envers les autres. Selon la même tradition, il existe une règle qui dit: «Si l’un de mes ennemis entre dans ma maison, il y est en sécurité.»

Dicter aux autres ce qui se fait et 
ce qui ne se fait pasmène à l’impasse 

Dans les pays occidentaux, ce concept de résolution des conflits n’existe pas, tout simplement. Les pays occidentaux partent du principe que c’est à eux de dicter aux autres ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. L’Occident se perçoit comme une communauté de valeurs, qui souhaite depuis peu mettre en œuvre – par le biais d’un «ordre fondé sur des règles» – cv des normes, des standards et des règles de conduite juridiquement non contraignants, qui viendraient s’ajouter aux normes juridiquement contraignantes du droit international […] (Question de Die Linke /la Gauche au Bundestag à Berlin, et réponse du gouvernement fédéral). Je ne citerai qu’un passage de cette réponse gouvernementale officielle: «Il s’agit là, par exemple, du paiement ponctuel des cotisations, de la coopération multilatérale en vue d’un ordre mondial coopératif ou des associations informelles dans des groupes d’amis ou des alliances. Le terme politique désigne également les différents forums internationaux et leurs règles de décision ainsi que les processus de négociation.» (https://www.andrej-hunko.de/bt/fragen/4736-muendliche-frage-zur-definition-des-begriffs-der-regelbasierten-ordnung-durch-die-bundesregierung)

Un «ordre fondé sur des règles»
au lieu du droit international?

Cette démarche revient à tenter d’établir une structure parallèle à celle des Nations unies. Et le gouvernement allemand d’ajouter: «Telle est donc notre conception de la politique étrangère». Il existe certes un droit international, mais nous avons créé un ordre fondé sur des règles qui nous permettent de dicter aux autres nos propres conditions.
    Des associations amicales, par exemple les «Amis de la Syrie»,ont été fondées lorsque le Conseil de sécurité de l’ONU a refusé de cautionner une invasion et des frappes aériennes en Syrie ou bien des alliances, comme la fameuse alliance anti-Etat Islamique, qui a commencé à bombarder dans l’est de la Syrie en 2014. En apparence c’était pour frapper l’Etat Islamique, mais ce sont quasiment toutes les installations de production pétrolifère de la Syrie qui ont été détruites.
    En d’autres termes, l’Occident s’arroge le droit d’expliquer au reste du monde la façon de vivre, d’élever et éduquer ses enfants, ce que les femmes devraient faire, ce qu’on doit cultiver ou pas, ce qu’on doit produire ou pas, avec qui on doit commercer et avec qui on ne doit surtout pas le faire, et à quelles conditions, les causes de l’accélération du changement climatique et les manières d’y remédier.

Armées et guerres – 
changement climatique

Soit dit en passant, le Ministère américain de la défense, c’est-à-dire le Pentagone – plus précisément le parc du matériel roulant, les avions de chasse, les navires, etc. – est le «plus grand consommateur institutionnel de combustibles fossiles». Les «guerres antiterroristes» menées par les Etats-Unis sont un «facteur important du changement climatique», selon une étude à long terme réalisée par le Watson Institute de l’université Brown (Rhode Island, Etats-Unis) sur les «ce que coûte la guerre» qui a été et qui continue d’être menée par les Etats-Unis dans le cadre de la «guerre mondiale contre le terrorisme», depuis le 11 septembre 2001. (https://watson.brown.edu/costsofwar/files/cow/imce/about/Overview%20One%20Pager%202021.pdf)
    Est-il possible pour quiconque, et surtout un gouvernement, affichant une telle confiance en sa propre supériorité, d’être capable de conduire un dialogue tourné vers la recherche de solutions?

En Syrie, on a saboté 
les tentatives de dialogue

En Syrie, nous avons pu voir comment les tentatives de résolution des conflits par le dialogue ont été réduites à néant: lorsqu’à l’été 2011, s’est tenue à Damas une conférence de l’opposition syrienne afin de trouver une issue à la montée de la militarisation, l’Occident a soutenu, avec la Turquie, la création et l’armement de l’«Armée syrienne libre» – à l’étranger, c’est-à-dire en Turquie.
    Et lorsque le gouvernement et l’opposition ont organisé une «conférence pour un dialogue national», les initiatives en faveur d’une entente inter-syrienne ont été torpillées par les deux parties: les services de renseignement syriens ont arrêté des personnalités de l’opposition. Un représentant de l’opposition syrienne en exil à l’étranger a accusé ceux de l’opposition en Syrie de n’être que les «pantins du régime». 
    Lorsque des représentants de l’opposition intérieure syrienne ont voulu se rendre au Caire pour discuter avec la Ligue arabe, ils ont été qualifiés de traîtres et d’agents du régime par cette même opposition établie à l’étranger, dont les partisans les ont bombardés d’œufs et de tomates sur leur trajet.
    Et quand Kofi Annan, alors représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour la Syrie, a présenté en juin 2012 un accord de résolution du conflit syrien, signé par les ministres des affaires étrangères du P5, les cinq détenteurs du droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU, l’encre n’était pas encore sèche qu’ Hillary Clinton, alors Secrétaire d’État américaine, déclarait à la presse que l’accord ne pourrait jouer pleinement son rôle que lorsque le président syrien Bachar el-Assad aura quitté le pouvoir.

Politique étrangère et le bien commun?

Le «bonum commune», le bien commun, ne joue-t’il donc aucun rôle dans les relations internationales? Je m’interroge là-dessus à juste titre, compte tenu de ce que j’observe depuis 20 ans et de ce que j’ai entendu ici hier. Oui, je me demande si le bien commun fait réellement l’objet de discussions entre les diplomates, les politiciens et les militaires?
    Je n’ai pas cette impression. Il est vrai que les offensives en Afghanistan, en Irak, en Libye et aussi en Syrie ont été revendiquées au nom de la «liberté et de la démocratie», de la lutte contre la terreur, du respect des droits des femmes et des jeunes filles, de la protection des minorités, de la liberté de la presse, de la suppression de la torture, de la lutte contre la corruption et le népotisme. Mais en fait, il ne s’agissait pour les attaquants que de défendre leurs propres intérêts.
    Cela peut paraître bien banal, car c’est ce qu’on ne cesse de répéter en politique: «Il n’y a pas d’amitiés entre les Etats, mais uniquement des intérêts communs. Mais au bout du compte, on en revient toujours aux individus, à leurs structures, celles qu’ils ont développées au fil des générations et des siècles. Donc à la question du bien commun, je réfute la capacité des Etats, de leurs dirigeants et leurs militaires, la moindre aptitude touchant au bien commun du peuple. Ce qu’ils en montrent, ce qu’ils en font, ne témoigne certes pas de cette préoccupation.

Mais le peuple, lui, 
sait ce qu’est le bien commun

En revanche, le peuple, lui, comprend mieux ce qu’est le «bien commun» parce que les principes éthiques sous-jacents sont, partout dans le monde, très largement les mêmes, au moins sur les questions essentielles. C’est cette prise de conscience qu’il faudrait encourager, mais elle est contrecarrée – toujours par l’Occident – par des mesures punitives unilatérales telles que des sanctions, des interdictions de déplacement et l’exclusion des organismes internationaux.
    Voici un exemple, parmi tant d’autres: des rencontres internationales de parlementaires sont organisées dans divers pays. Dans le monde entier, des parlementaires se retrouvent dans des réunions au cours desquelles les discussions se prolongent pendant une semaine – une Loja Jirga internationale pour ainsi dire, en tout cas un événement majeur. Mais les parlementaires syriens se sont vu refuser l’entrée, par exemple lors d’une réunion au Canada, qui fait partie du Cercle des amis de la Syrie, dirigé par les États-Unis. Et les autres déplacements de parlementaires ou de ministres syriens se sont également avérés impossibles, car ces mesures punitives unilatérales les empêchent, par exemple, d’entrer en Europe. De toute évidence, on ne souhaite pas favoriser le dialogue et la compréhension entre les peuples. Et comme il n’y a que le peuple qui doive et puisse, en fin de compte, faire appliquer ce droit et opérer ce rapprochement, je crois qu’en définitive, ce rapprochement pourrait un jour se réaliser.

Le caractère essentiel 
des contacts personnels directs

Dans les rapports humains, la meilleure façon de définir ce qu’est le bien commun se trouve dans les contacts directs entre les individus, mais cela ne va pas de soi. C’est tout un travail à faire sur soi.
    L’écart se creuse entre les individus, qui s’isolent de plus en plus et deviennent étrangers les uns aux autres. La mondialisation recouvre le tout d’un voile d’uniformisation et rien de tout cela ne va dans le sens du développement du bien commun. Ce qu’on appelle les nouveaux réseaux sociaux engendrent des réalités parallèles différentes, le discours sur l’«identité» a morcelé la société en une multitude de petits groupes d’intérêt. 
    Il est rare, à présent, d’assister à des discussions directes et personnelles portant sur l’importance du bien commun ou sur d’autres questions primordiales pour un développement harmonieux de la coexistence sociale.
    Et puis, ce qui est pour moi la vraie grande question: quel est le rôle des médias dans cette situation Remplissent-ils leur mission? – Ceux qui s’y essaient sont souvent accusés de diffuser des «fake news», de fausses informations. Et en Allemagne, les gens ont pris l’habitude de se déconnecter des chaînes vidéo et de s’en prendre directement aux gens.
    Et les jeunes, où vont-ils?

Plus de questions que de réponses

Il y a donc en fait plus de questions que de réponses. Mais les questions sont toujours aussi déterminantes dans la recherche d’une réponse. Pour mon travail de journaliste, en plus des normes journalistiques générales qui ne sont bien souvent plus respectées, je me suis fixée moi-même des règles, car je crois que sans cette détermination personnelle, il est facile de devenir soi-même un pion. Ces règles sont inspirées de l’éducation à la paix et se sont avérées – pour moi en tout cas – être une excellente boussole qui m’a permis de mieux appréhender les situations conflictuelles difficiles. Elle m’a enseigné comment maintenir le fil des conversations, à être capable d’analyser les crises et les conflits, à réfléchir et à comprendre, mais aussi à reconnaître mes propres limites, tout comme mes propres possibilités.

La désescalade au lieu de l’escalade

Tout est basé sur le respect. Pour l’illustrer, j’ai mis au point un graphique que je voudrais vous présenter (voir encadré ci-dessous). Il consiste à déterminer si, dans une situation de conflit, on se met en position d’escalade ou de désescalade. L’idée est la suivante: la désescalade ouvre la voie à la discussion, l’escalade la bloque. Et ce que nous avons pu constater sur le plan politique au cours des vingt dernières années – voire plus longtemps encore – c’est que certains camps occidentaux intensifient l’escalade de plus en plus. 

Selon mes principes, on va vers l’escalade:

  • En créant de toutes pièces des faits défavorables à la partie adverse,
  • En tenant des propos insultants,
  • En tentant de porter atteinte à l’intégrité personnelle de la partie adverse,
  • En n’établissant aucune différence entre l’objet du litige et les personnes impliquées
  • En instaurant les conditions d’une lutte de pouvoir (engendrant l’insécurité quant à la conduite à tenir),
  • En tenant à distance les organisations internationales comme l’ONU, 
  • En ne prenant en compte que les intérêts unilatéraux,
  • En faisant fi des besoins existentiels généraux,
  • En ne respectant pas le droit international (c’est-à-dire: «je ne considère que le fameux ordre mondial fondé sur des règles»),
  • En formant des camps adverses,
  • En ne laissant aucun échappatoire à l’autre camp,
  • En enfreignant les règles non écrites.

Tout cela ne cesse de s’envenimer, mène à l’escalade et aboutit à une situation de blocage de tout dialogue, de toute résolution de conflit. C’est en fait ce à quoi nous avons assisté dans le conflit qui déchire le Moyen-Orient depuis plus de 70 ans.
    Ce qui par contre facilite la désescalade – et qui, j’en suis convaincue, devrait être un critère de référence ou tout au moins une sorte de boussole que j’utilise moi-même pour me guider, c’est:

  • Garantir l’intégrité personnelle de l’autre (ce jeu de cartes contre des représentants de l’ancien gouvernement de l’Irak, où ils figurent sur la liste des «personnes recherchées d’urgence» viole l’intégrité personnelle de la personne au plus haut degré) 
  • Se mettre d’accord sur un plan d’action;
  • Cultiver un dialogue pacifique aboutissant à une nouvelle entente, 
  • Garantir l’intégrité personnelle de l’autre partie (ce jeu de cartes qui répertoriait les membres de l’ex-gouvernement irakien, les faisant ainsi figurer sur la liste noire des «ennemis publics» portait atteinte à leur intégrité personnelle au plus haut point.)
  • Désapprouver un fait, mais accepter son auteur en tant qu’individu (en d’autres termes, on peut ne pas être politiquement d›accord avec un acte ou une ligne de conduite, mais il faut quand même accepter la personne qui le représente – ceci est également valable pour le représentant d’un gouvernement honni),
  • Donner des garanties de sécurité,
  • Impliquer automatiquement les organisations internationales 
  • Mettre tous les intérêts sur un même pied d’égalité (et ne pas considérer que les intérêts du monde occidental sont supérieurs et plus valables que ceux du reste du monde),
  • Reconnaître les besoins existentiels,
  • Respecter le droit international,
  • Faire des offres de coopération,
  • Rechercher l’équilibre, et non la division, la mise à l’écart ou l’exclusion de qui que ce soit, et
  • Respecter impérativement les règles non écrites.

Il faut essayer de comprendre

Pour ce faire, il faut s’engager auprès de son interlocuteur. Il faut essayer de comprendre la société dans laquelle il vit, essayer de comprendre l’histoire dont est marqué celui avec qui vous êtes en conflit.
    C’est une lourde tâche, une tâche fastidieuse, et le résultat n’en est pas toujours garanti, mais c’est la seule possibilité dont nous disposons et c’est donc à cette tâche que nous devons nous atteler.

(Traduction Horizons et débats)

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