L’ONU doit être à la hauteur de l’esprit de Bandung afin de parvenir à un ordre international juste

par Adriel Kasonta et Alfred de Zayas*

On dit que «l’histoire se répète, d’abord comme une tragédie, ensuite comme une farce», mais nous sommes loin de penser que nous sommes confrontés à la seconde.
    Comme l’a déclaré le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, avant la 76e session de l’Assemblée générale des Nations unies, qui a débuté le 21 septembre, le point central de ce sommet est la «guerre froide» des Etats-Unis avec la Chine.
    «Nous devons éviter à tout prix une guerre froide qui serait différente de la précédente, et probablement plus dangereuse et plus difficile à gérer», a déclaré António Guterres dans une interview à l’Associated Press. 
    Il est intéressant de noter que le même dilemme a occupé les pensées des participants à «la première conférence intercontinentale des peuples de couleur dans l’histoire de l’humanité», comme l’ancien Président indonésien Soekarno a appelé la conférence de Bandung, qui a eu lieu du 18 au 24 avril 1955.
    La conférence en Indonésie était une réponse des pays d’Afrique et d’Asie à la conférence de San Franciscode 1945, qui excluait de nombreux pays colonisés nouvellement indépendants de toute participation et, par défaut, de tout rôle significatif dans la gestion des affaires internationales. En ce sens, Bandung était plus représentatif du Tiers-monde que la conférence aux Etats-Unis, ayant donné naissance à la Charte des Nations Unieset demeurait dominée par l’Occident.
    A l’époque, tout comme aujourd’hui, les tensions entre deux «géants» géopolitiques – les Etats-Unis et la Russie soviétique – étaient à l’origine des tensions internationales.
    La crainte d’une guerre nucléaire et d’un retour à la situation antérieure à l’indépendance a suscité une incroyable détermination à instaurer la paix et la coopération parmi les nations du Sud. Ces dernières ont finalement décidé que l’ONU serait le meilleur endroit possible pour faire entendre leurs voix.
    Ces pays ont apporté à Genève la nature véritablement «universelle» du droit international, comme ce fut le cas à Bandung lorsque l’interaction entre cette discipline et l’impérialisme a été formellement remise en question. Mais surtout, la conférence a remis en question l’interprétation ethnocentrique européenne de l’ordre mondial.
    Alors que l’impérialisme mondial pratiqué par les Etats-Unis a remplacé le néocolonialisme, il est de notre devoir de redécouvrir ce que l’historien indien Vijay Prashada appelé «l’esprit de Bandung» et de réengager de manière critique les notions de souveraineté, de droits de l’homme et d’ordre économique international.
    La version de la souveraineté et des relations internationales que nous avons à l’esprit est celle reposant sur les «cinq principes de coexistence», à savoir:

  1. Le respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, 
  2. La non-agression, 
  3. La non-ingérence dans les affaires intérieures de l’Etat,
  4. L’égalité et les avantages mutuels, 
  5. La coexistence pacifique.

Les principes mentionnés sont conformes à certaines des doctrines les plus établies du droit international classique telles qu’elles figurent dans la Charte des Nations unies, à savoir l’article 2- paragraphe 1, l’article 2- paragraphe 4, et l’article 2- paragraphe 7.
    A une époque d’inégalités criantes et de catastrophe environnementale imminente, inimaginable auparavant, nous continuons à être poursuivis par la même menace d’extinction mondiale que nos prédécesseurs de Bandung.
    Nous sommes donc tout à fait d’accord avec l’Ambassadeur Chen Xu,représentant permanent de la Chine auprès de l’Office des Nations Unies à Genève, qui affirme à juste titre dans sa récente déclaration conjointe sur l’ordre international qu’«un ordre international démocratique et juste est essentiel à la promotion et à la protection des droits de l’homme».
    Nous pensons également, en soutenant pleinement cette déclaration, qu’il ne peut être maintenu que si toutes les parties s’engagent à «pratiquer un véritable multilatéralisme», sans aucune exception, comme ce fut si souvent le cas dans le passé.
    Lorsque les négociations sont dans l’impasse, lorsque les Etats se retranchent, il est temps de les «défaire» dans un esprit de compromis.
    Le secrétaire général a le devoir sacré de promouvoir à tout prix la paix, le développement et les droits de l’homme. Ses bons offices devraient être reçus de bonne foi par les Etats-Unis et la Chine.
    La Suisse est un pays neutre avec une longue histoire de médiation. Le Président de la Confédération suisse, Guy Parmelin, devrait être invité par les Etats-Unis et la Chine à jouer un rôle de médiateur.
    Nous devons tous déloger le prédateur qui est en nous, abolir la discrimination, abandonner l’orgueil.
   Si la Charte des Nations unies est considérée comme une constitution mondiale et si tous les Etats font leur part pour mettre en œuvre le programme de l’ONU, nous pouvons connaître la paix et la prospérité.
    Tous les êtres humains partagent les mêmes besoins et aspirations, ce que la Charte des Nations unies reconnaît. Appliquons les mécanismes des Nations unies dans l’esprit du multilatéralisme et de la solidarité internationale, sans permettre à aucun Etat d’en abuser pour atteindre ses objectifs particuliers de politique étrangère.
    Nous devons choisir entre la confrontation et la coopération, et seule cette dernière peut assurer la survie de l’espèce humaine.

Source: https://news.cgtn.com/news/2021-09-22/The-UN-must-strive-to-achieve-equitable-international-order-13Laq8GwN8I/index.html du 22/9/21

(Traduction Horizons et débats)


* Alfred de Zayas est professeur de droit international, ancien secrétaire du Comité des droits de l’homme des Nations unies et expert indépendant des Nations unies pour la promotion d’un ordre international démocratique et juste de 2012 à 2018. Adriel Kasonta est un consultant en risques politiques basé à Londres et un avocat d’origine juive et tanzanienne.

 

Les principes de Bandung

ef. Le Mouvement des non-alignés (MNA) a été fondé pendant la Guerre froide en tant qu’organisation d’Etats qui ne souhaitaient pas s’allier officiellement avec les Etats-Unis ou l’Union soviétique, mais qui voulaient rester indépendants ou neutres. Le concept de base du groupe est apparu en 1955 lors des discussions de la conférence Asie-Afrique à Bandung, en Indonésie. Les dix principes de Bandung constituent la dernière partie du communiqué final de la conférence de Bandung de 1955, intitulée «Déclaration pour la promotion de la paix et de la coopération mondiales»:

Les dix principes 
de la coexistence pacifique: 

  1. Le respect des droits fondamentaux de l’homme et des buts et principes de la Charte des Nations unies; 
  2. Le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de toutes les nations. 
  3. La reconnaissance de l’égalité de toutes les races et de l’égalité de toutes les nations,peu importe si elles sont grandes ou petites; 
  4. S’abstenir de toute intervention ou ingérence dans les affaires intérieures d’un autre pays;
  5. Le respect du droit de chaque nation à se défendre individuellement ou collectivement, conformément à la Charte des Nations unies;
  6. (a) Renonciation à l’utilisation d’accords de défense collective qui servent les intérêts particuliers d’une grande puissance; (b) Renonciation par tout pays à exercer des pressions sur d’autres pays;
  7. S’abstenir d’actes ou de menaces d’agression de recours à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un pays; 
  8. Régler tous les différends internationaux par des moyens pacifiques tels que la négociation, la conciliation, l’arbitrage ou le règlement judiciaire ainsi que d’autres moyens pacifiques au choix des parties, conformément à la Charte des Nations unies; 
  9. Promouvoir les intérêts mutuels et la coopération; 
  10. Le respect du droit et des obligations internationales.

Source bandungspirit.org

(Traduction Horizons et débats)

 

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