Le mythe de la santé à Saint-Moritz Eau acidulée – soleil de montagne – climat d’altitude

Ouvrage de Heini Hofmann

par Winfried Pogorzelski

Avec son ouvrage de base complet, scientifiquement fondé et magnifiquement illustré «Le mythe de la santé à Saint-Moritz», le journaliste scientifique suisse Heini Hofmann (né en 1938) présente une impressionnante documentation sur la célèbre station thermale de sports d’hiver et de montagne en Engadine.1 L’auteur a un parcours très diversifié: étudiant salarié, il a été journaliste, reporter photo et radio, puis vétérinaire au zoo de Bâle, au Cirque national suisse et autrichien et directeur du zoo pour enfants de Rapperswil. Depuis qu’il a atteint l’âge de la retraite, il travaille comme publiciste. Robert Eberhard, président de longue date de la Fondation Dr Oscar Bernhard de Saint-Moritz et médecin-chef du centre de thérapie médicale Heilbad Saint-Moritz, explique le titre «mythe de la santé de Saint-Moritz», dans la préface: «Depuis toujours, cet endroit est synonyme de santé et de guérison puisque dès l’âge du bronze, au 15e siècle avant J.-C., un captage a été effectué sur la source Mauritius, ainsi nommée par la suite, dont l’eau est ferrugineuse et acidulée.2 La création du premier hôtel en 1856, le Kulm-Hotel, a marqué le début de l’ascension d’un des lieux de vacances les plus appréciés. Aujourd’hui encore, le pouvoir d’attraction du lieu et de la région reste intact: «C’est ici que se donnent rendez-vous les riches, les beaux et les célèbres, c’est ici que s’ébattent les amateurs de sports d’hiver, les estivants et les amoureux de la nature». (p. 63) Ce magnifique ouvrage décrit de manière impressionnante comment on en est arrivé là et quelles sont les perspectives pour la région. 

 

Dans son prologue (p. 13 et suivantes), l’auteur parle des matières premières dont l’endroit est richement doté; il ne fait toutefois pas référence aux ressources naturelles telles que les roches, les minerais ou le pétrole brut, mais au climat stimulant, à l’air pur, au soleil des montagnes, aux sources thermales et aux marais alpin. Tout cela est à la portée des gens ici, il suffit de se baisser pour les ramasser. L’utilisation de ces denrées a une histoire mouvementée, qu’il raconte dans les pages suivantes. 
    En onze chapitres, l’auteur met en évidence la particularité et l’importance historique de Saint-Moritz et de l’Engadine pour la médecine naturelle, le tourisme et le lieu d’organisation de toute une série de disciplines sportives. Il sait transmettre son immense savoir avec un grand souci du détail et une clarté divertissante. Le lecteur peut ainsi s’immerger dans ce monde alpin merveilleux et ne faire que s’émerveiller, tout en étant parfaitement informé et éclairé sur des contextes complexes. 

«Trilogie de la nature»: 
source thermale, soleil et climat stimulant

La situation actuelle et l’avenir de la station et de la région sont une très grande préoccupation pour Heini Hofmann: il ne s’agit de rien de moins que de sonder les perspectives possibles et d’envisager leur mise en œuvre en tenant compte du changement climatique et de l’évolution de la population; pour cela, un concept global est nécessaire: «En tant que château d’eau de l’Europe et en que région de santé au climat stimulant la plus élevée, l’Engadine est prédestinée à de nouvelles perspectives de tourisme durable!» (p. 15) Il manqué toutefois un concept global qui donnerait aux sources thermales la place prépondérante qu’elles méritent. Elles auraient contribué au fabuleux essor de la localité et devraient être associées à la renaissance de la tradition thermale et à l’utilisation consciente du climat stimulant et du soleil de montagne. En effet, les personnes de plus en plus soucieuses de leur santé vieillissent et se préoccupent de leur bien-être, y compris à titre préventif. 

Oscar Bernhard (1861–1939) – promoteur de la médecine alpine en Engadine

Le médecin Oscar Bernhard était une personnalité d’une importance exceptionnelle pour le développement de la région. La fondation qui porte son nom est l’éditrice du livre de fond dans lequel Heini Hofmann consacre deux chapitres à cette personnalité impressionnante. En effet, il a une biographie mouvementée et entrepris de multiples activités bénéfiques dans la région: il était guide et sauveteur de montagne, naturaliste et protecteur de la nature, chasseur, mécène artistique, numismate et pionnier dans le développement et l’utilisation de la lumière solaire ou héliothérapie. Oscar Bernhard était le fils d’un pharmacien, connaisseur des herbes médicinales qui s’est fait un nom en cultivant et en transformant l’achillée musquée en thé, en vin, en liqueur, en digestif et en crème. Cofondateur de l’hôpital de district de Samedan, il a travaillé comme médecin et chirurgien dans une région où les soins médicaux n’étaient qu’à leurs débuts. Le besoin de médecins et d’hôpitaux augmentait à une époque où les sports de montagne se développaient. Bernhard a accordé une attention particulière au sauvetage en montagne pour lequel il a développé des méthodes pratiques qui ont été largement diffusées, d’abord par le biais de panneaux didactiques, puis dans une brochure. Le patient le plus célèbre d’Oscar Bernhard a sans doute été son ami Giovanni Segantini (1858–1899), peintre du réalisme symboliste originaire du nord de l’Italie, avec lequel il est parti en excursion en montagne et à la chasse. Après que Segantini, âgé de 41 ans seulement, soit tombé gravement malade et mourant, il a séjourné chez lui. Quelques années plus tard, Bernhard fonde le musée Segantini à Saint-Moritz.
    En 1912, il fonde la clinique privée du Dr Bernhardà Saint-Moritz Dorf, cette dernière acquiert rapidement une excellente réputation. Comme l’endroit est devenu une destination convoitée par les célébrités du monde entier depuis longtemps, l’établissement peut bientôt se recevoir de noms tels que  Le roi de Grèce, le prince consort de Hollande, l’explorateur polaire norvégien Fridtjof Nansen et le danseur de ballet russe Vaslav Nijinsky, entre autres, y ont séjourné.
    Le fils de Giovanni Segantini, Gottardo, a rendu un hommage émouvant à Oscar Bernard après sa mort. Il a aimé l’Engadine «avec humilité et dévotion. […] Toutes ses actions en tant que médecin infatigable et serviable, toutes ses pensées et expérimentations en tant que scientifique à succès […] sont issues de ce grand amour. Le fils de l’Engadine a vécu et s’est battu pour sa vallée et la réputation de ses actes et de ses succès est devenue le titre de gloire de son pays». (p. 311) 

L’héliothérapie révolutionne la thérapie contre la phtisie

Conséquence de l’ère industrielle, la tuberculose s’est transformée en une pandémie provoquant des dizaines de milliers de morts et des centaines de milliers de malades en Suisse seule au tournant du 19e au 20e siècle. La découverte du bazillus de la tuberculose par Robert Koch (1882) a été une étape importante dans la lutte. Le médecin silesien, Hermann Brehmer, a développé la cure du repos à l’air frais contre la tuberculose pulmonaire dans des sanatoriums spécialement conçus à cet effet. Ces succès ne sont pas passés inaperçus en Suisse: Par la suite, le médecin du pays, Alexander Spengler a pris les commandes et Arosa, Leysin et Montana se sont développées, devenant des stations termales. 
    «Le soleil est la pharmacie du ciel», tournure réussie de l’écrivain allemand August von Kotzebue (1761–1819) illustre le fait que les vertues curatives du soleil (savamment employées!) sont acquises commun de l’humanité depuis longtemps, depuis l’Antiquité, elles sont donc appliqués également à des fins médicales. S’il existe un paysage particulièrement prédestiné à tirer profit des effets bénéfiques de notre astre central, c’est bien l’Engadine, région privilégiée dans les hautes Alpes des Grisons. 
    La thérapie par la lumière et le soleil a commencé sur une base empirique à la fin du 18e siècle et surtout au 19siècle, d’abord en France puis en Allemagne et en Suisse. Elle a ensuite progressivement gagné un statut plus scientifique. Les bains d’air et de soleil se sont avéréré être salubre et ont été par la suite notamment chez les enfants et adolescents pour les faire guérir des maladies d’épiderme et des ganglions lymphatiques qui favorisaient souvent le développement la tuberculose, ainsi que des états de faiblesse. 

La naissance de l’héliothérapie dans sa version engadinoise 

C’est le docteur Oscar Bernhard qui a donné une poussée révolutionnaire à ce type de thérapie, en se penchant sur la guérison de la tuberculose des os et des articulations, la «tuberculose chirurgicale». Un éclair de génie le pousse à suivre une idée audacieuse: dans sa forme originale, la viande des Grisons – une spécialité régionale de viande séchée – est produite en exposant au soleil et à l’air frais montagnard un morceau de viande de bœuf, crue et salée, qui est séché pendant longtemps et donc conservé. 
    Pourquoi ne pas tirer profit de cette méthode ancestrale pour faire sécher et guérir des blessures? «Jeme suis résolu, dit Bernhard, à explorer les effets antiseptique et desséchant du soleil et de l’air frais sur des tissus vivants. […] Dès le premier traitement de radiation solaire qui durait une heure et demie, j’ai constaté une nette amélioration de la plaie qui avait considérablement changé d’aspect. La cicatrisation se faisait de manière plus normale et plus intense. A la suite du traitement, la profonde plaie se couvrait continuellement de peau.» (p. 331) 
    Par la suite, écrit Heini Hofmann, une concurrence loyale s’est développée entre les spécialistes, notamment entre Oscar Bernhard et Auguste Rollier, originaire du canton de Vaud, qui a repris la technique de Bernhard sans simplement l’imiter. Contrairement à Bernhard, qui avait commencé à petite échelle dans la clinique privée qu’il avait fondée en Engadine et qui était accueilli avec scepticisme, Rollier reçut un grand soutien dans son canton. Bernhard lui accordait le succès tandis que celui-ci était toujours conscient que c’était son collègue l’inventeur de l’héliothérapie. Cependant, tous deux se voyaient confronter à des’hostilités de leurs collègues.
    Pendant la guerre, Bernhard, officier sanitaire et médecin militaire, pratique dans des hôpitaux allemands, anglais et en France. Plus tard, il crée une clinique héliothérapeutique à Bad Dürrheim, en Forêt-Noire. Au fil des conférences, des articles paraissent dans des revues de médecine spécialisées et de publications de livres, il promeut les acquis de l’héliothéapie et de la climatothérapie d’altitude. Il reçoit de nombreuses distinctions en Suisse et à l’étranger. Avec la percée de la chimiothérapie moderne qui rend le traitement ambulatoire praticable pour traiter la tuberculose, l’héliothérapie comme elle avait été conçue, pour le traitement dans des cliniques spécialisées, arrive à ses fins.

Guérir grâce aux bienfaits de l’eau et de la montagne

Des vertus curatives du soleil, passons maintenant à celles de l’air des montagnes et des sources thermales qui, au terme d’une longue histoire, ont permis à Saint-Moritz de devenir au milieu du 19e siècle une station thermale de renommée mondiale. L’auteur fait référence au roman «Heidi», œuvre de l’écrivaine Johanna Spyri,elle-même fille de médecin. C’est là dans les Alpes que Klara, petite fille maladive originaire de Francfort-sur-le-Main, réapprend à marcher, ce qui lui permet désormais de vivre et se déplacer sans son fauteuil roulant. De tout temps, on a attribué des vertus particulières à de nombreuses plantes, à certains animaux (tel le bouquetin, la marmotte ou le gypaète barbu), aux minéraux et aux salines de montagne, ainsi qu’au lait et au petit-lait des vaches. De même, on a reconnu et utilisé très tôt les effets bénéfiques pour la santé de l’air et de l’eau des montagnes. 
    La première source y a été captée en 1411 avant Jésus-Christ, à l’endroit précis où jaillit aujourd’hui encore la source de Mauritius, à l’eau ferrugineuse chargée en acidité, la plus haute source thermale du monde, située à 1774 mètres d’altitude. Cette source a connu une longue histoire mouvementée, au cours de laquelle elle est restée longtemps dans l’oubli et n’a donc plus été exploitée. 
    
Théophraste Paracelse (1493–1541), Suisse et père fondateur du thermalisme et de la balnéothérapie, avait découvert, lors de l’un de ses voyages qui l’avait également conduit en Engadine, les vertus particulières de cette eau de source et les avait décrites. Mais il faudra attendre encore longtemps avant de voir les premières avancées dans le domaine de leur utilisation … 
    L’auteur nous relate les inondations et les tremblements de terre du 16e siècle et la seconde renaissance de la région au 17e siècle, au cours de laquelle les plus hauts représentants de l’aristocratie ainsi que des personnalités venues de Zurich ont commencé à s’installer dans la région; les récits de voyage du 18siècle, notamment ceux du médecin et naturaliste zurichois Johann Jacob Scheuchzer (1672–1733), témoignent de la renommée croissante de la région et de ses eaux thermales. Mais pour Hofmann, l’histoire de la source thermale de Saint-Moritz fait penser à «un cauchemar dans lequel, faisant suite à chaque brève lueur d’espoir,  s’ouvre un nouveau trou noir». (p. 94) En effet, et cela jusqu’au 19e siècle, s’ensuivit une période de conflits divers entre les forces du progrès et celles qui s’opposaient au développement de la localité vers une station thermale avec hébergement hôtelier et établissement de cure.  La gestion des sources d’eau thermale a toujours été un sujet de controverse; ainsi, par exemple, on a longtemps différé la création de captages dignes de ce nom car on craignait que cela nuise à la qualité de l’eau ou encore par superstition, parce qu’on croyait que cela risquait de réveiller les mauvais esprits …2
    En 1831, on fonda une première société anonyme, la Heilquellengesellschaft, qui fit édifier des thermes assez confortables ; en revanche, le développement de l’hébergement des curistes se fit attendre jusqu’en 1853, date de la «grande libéralisation» (p. 97). On créa alors une deuxième société anonyme, dotée d’un capital plus important, à laquelle la commune fournit des matériaux de construction et qui fut exonérée d’impôts. En contrepartie, la société payait un loyer et mettait l’eau de source à disposition des habitants à moitié prix – bref, c’était là l’expression d’un «changement fondamental d’attitude des habitants de Saint-Moritz vis-à-vis de leur source». (p. 99) 
    Dans la seconde moitié du 19e siècle, se produisit un autre événement, à première vue plutôt anodin: un pari, conclu à la fin de la saison d’été 1869 à l’hôtel Kulm entre Johannes Padrutt, pionnier de l’hôtellerie et du tourisme, et certains de ses curistes anglais. Il les invita à revenir l’hiver suivant pour profiter du soleil hivernal de Saint-Moritz. Si cela ne leur plaisait pas, il prendrait entièrement en charge leurs frais de voyage. Les Anglais vinrent en hiver, furent plus que conquis et revinrent à plusieurs reprises,  drainant avec eux un nombre toujours croissant de passionnés de sports d’hiver … Depuis lors, la légende considère que Johannes Padrutta été le véritable l’inventeur de la saison des sports d’hiver. (p. 322)3

En plein essor mondial grâce à une source

Saint-Moritz devient une véritable station thermale internationale, voire un «Versailles des Alpes»: Les sources thermales sont captées et jaillissent, des bâtiments représentatifs voient le jour, tels que des promenoirs et des buvettes, une rue commerçante avec des locaux de vente et des cafés, des promenades, des bains, un nouvel établissement thermal et de vastes parcs avec une fontaine à trois étages. Dans le pavillon rond ouvert au centre du parc thermal, le parc «Muschel», des concerts sont donnés par beau temps. (photo p. 122) Les hôtes arrivent de Coire par le col du Julier en calèche, ils sont suivis de voitures hippomobiles sur lesquelles s’entassent dans de grandes valises.
    Le bonheur ne dure pas longtemps, comme le constate une nouvelle fois l’auteur: l’expiration d’un contrat de location entre la commune et la société des sources thermales entraîne une nouvelle crise. Le contrat est interprété différemment, une dispute s’ensuit au détriment du maintien de l’infrastructure. Finalement, un tribunal arbitral décide d’attribuer une grande partie de l’ensemble des installations, à savoir la source, le bâtiment des bains et la maison de cure à la commune de Saint-Moritz; la nouvelle maison de cure, le parc thermal et d’autres terrains environnants sont confiés à une société anonyme.
    Il s’en suit un décollage économique qui se traduit par la rénovation totale de la station thermale avec des bains minéraux, des bains de lumière et des bains de vapeur, l’augmentation du nombre de cellules de bain, l’installation d’un système de chauffage performant etc., ce qui constitue une véritable poussée de modernisation qui transforme définitivement l’ancien village de paysans de montagne en une station thermale de renommée mondiale. Les hôtels-palaces Belle Epoque avec leur équipement luxueux répondant aux besoins de la noblesse et de la grande bourgeoisie poussent comme des champignons. De plus en plus de chemins de fer sont construits, comme le premier téléphérique en Engadine de Punt Muragl à la terrasse ensoleillée de Muottas Muragl, puis des lignes ferroviaires comme le chemin de fer de la Bernina (à partir de 1910) entre Saint-Moritz et Tirano (Valtelline), inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, et le raccordement aux chemins de fer rhétiques qui relient désormais Saint-Moritz à Coire.
    La Première Guerre mondiale a mis un terme brutal à ce développement fulgurant: «La vie trépidante de Saint-Moritz, station balnéaire internationale, s’est effondrée comme un château de cartes […]. Les hôtes de longue date, notamment ceux issus des anciennes lignées de souverains et de princes, n’étaient plus là. Les empereurs, les rois et les princesses qui étaient encore des phénomènes réels dans la galerie d’hôtes multiculturels sont redevenus des personnages de contes abstraits. […] Pendant la guerre et les années qui ont suivi l’exploitation des bains à Saint-Moritz a fonctionné au ralenti. [...] Il y avait un grand vide dans le village mondial.» (p. 154)

Du champagne plutôt que de l’eau curative et des Jeux olympiques d’hiver

Durant la courte prospérité des années 20, les acteurs et les activités changent: Les gens du monde du spectacle, les créateurs de mode, les artistes, les pionniers de l’automobile et de l’aviation, les chefs d’entreprise, les banquiers, les profiteurs de guerre et les nouveaux riches se donnent désormais rendez-vous. Les fêtes, les festivités et le sport sont désormais à l’ordre du jour – la culture balnéaire est laissée de côté. Les premières automobiles font leur apparition après que le canton a autorisé les véhicules à moteur sur son territoire. Les voitures dites «semichenillées» particulièrement font sensation: il s’agit d’imposantes voitures de luxe équipées de skis spéciaux sous les roues avant directrices et de chenilles à l’arrière qui  facilitent considérablement l’accès par le col du Julier et qui apparaissent désormais devant les hôtels. Le constructeur automobile André Citroën en personne a introduit les premiers prototypes.
    C’est également à cette époque que se sont déroulés les premiers Jeux olympiques d’hiver de 1928 (qui ne comportaient alors que des compétitions dans les disciplines nordiques) avec 492 athlètes de 25 nations. En 1948, la ville a reçu, une nouvelle fois, cet honneur.
    Le krach boursier d’octobre 1929 à Wall Street ne laisse rien présager de bon: pendant les années trente, les réservations sont rares et ne peuvent pas enrayer le déclin du tourisme, même si des personnalités aux noms prestigieux comme Coco Chanel, Charlie Chaplin, Marlene Dietrich et Enrico Caruso logent à Saint-Moritz. Une série de médecins balnéaires engagés veillent à ce que Saint-Moritz survive également en tant que station balnéaire en collaboration avec des milieux soucieux de préserver les sources thermales.

Après 1945 et jusqu’à aujourd’hui: un nouvel essor en tant que station thermale

Après la Seconde Guerre mondiale, ce sont d’abord surtout des réfugiés qui viennent en Engadine ainsi que des soldats américains, mais seulement de manière temporaire, pour se remettre des épreuves de la guerre. Différentes approches sont mises en place pour faire revivre Saint-Moritz en tant que station thermale: on planifie et réalise alors la rénovation de la station thermale (1952 et 1976), on effectue un travail d’information auprès des universités (instituts de thérapie physique), on collabore de plus en plus avec elles et on s’adresse à la Commission fédérale des bainset à la Société Fiduciaire Suisse pour l’hôtellerie. Sur la base de ses propres recherches, elle peut proposer des programmes de cure thermale, d’altitude et de bioclimatique sur mesure, ce qui suscite un intérêt international et conduit à l’envoi de patients à Saint-Moritz. La palette des soins a été élargie (offres pour les enfants, les personnes âgées, les sportifs) car au fil du temps, d’autres stations en Suisse lui avaient emboîté le pas avec des projets similaires, ce qui a conduit à une certaine saturation du marché.
    Au cours des décennies suivantes, l’objectif sera toujours de s’affronter sur le marché, ce qui nécessitera des rénovations en permanence, des travaux d’entretien et de nouvelles constructions pour préserver les installations balnéaires, les hôtels et les parcs. Différents concepts entrent en concurrence: certains misent sur la carte du tourisme moderne pour attirer un public jeune et sportif, d’autres privilégient la poursuite, l’entretien et le développement de la tradition des bains en renforçant la collaboration avec la médecine humaine. Fallait-il exploiter des temples du bien-être et du fitness de luxe où l’on pouvait s’adonner aux soins de santé, aux traitements anti-âge, et aux plaisirs des bains ou fallait-il avant tout poursuivre la tradition des bains thermaux, qui avait permis l’essor même de Saint-Moritz, et moderniser le village en permanence en collaborant avec des universités et des cliniques? L’auteur accorde une attention particulière aux rapports de propriété (terrains, bâtiments) et aux différents investisseurs et sociétés (S.à.r.l., S.A., holding) qui ont joué un rôle important au cours de l’histoire mouvementée de cette station et continuent à le faire aujourd’hui.
    La dernière crise se situe au début de notre siècle, à l’issue de laquelle le médecin des bains en place, Robert Eberhard, et une physiothérapeute engagée du nom de Britta Ahlden – tous deux encore en poste aujourd’hui – se sont mis au travail avec passion. Saint-Moritz semble être sur la bonne voie: pour l’instant, le centre de thérapie médicale des thermes peut être maintenu avec l’exploitation des thermes et le nouveau bâtiment de la Clinique Gut devrait ouvrir en 2023/24 sur le site des thermes. Il est toutefois dommage que le site Internet de St. Moritz Dorf ne donne aucune indication ou aucun lien sur la station thermale ou l’importance de la localité de St. Moritz.

Le climat d’altitude engadinien: source de santé et idéal 
pour les activités sportives

En outre de son zèle à mettre en évidence le rendement optimal des eaux profondes en faveur des cures thermales, l’auteur tient à présenter la qualité unique et l’effet bénéfique liés au climat de l’entraînement sportif. Là aussi, il parle d’occasions manquées et conçoit son livre comme un appel à veiller, au moins dès maintenant, à ce que la région retrouve sa vocation également dans ce domaine.
    Les caractéristiques du climat dans la vallée sèche des hautes Alpes se retracent ainsi. Les matins et les soirs, il y fait assez frais, mais agréablement chaud à midi. On y est moins confronté aux brouillards et aux nuages qu’ailleurs, l’humidité et la pluie se manifestent plus rarement tandis que le rayonnement solaire nous réjouit de manière plus constante. Les vents sont faibles en hiver, la neige est garantie durant environ la moitié de l’année, et tandis que l’été s’impose agréablement, la chaleur est rarement pesante – somme toute, il s’agit d’un climat stimulant et doux qui favorise la santé.
    Du côté sportif, c’est grâce aux chevaux de course qu’on a découvert un phénomène fascinant: ils  réalisaient de meilleures performances lorsqu’ils étaient entrainés en Engadine. Le plus important résidait dans le constat qu’ils performaient ensuite également en plaine, preuve que l’on avait affaire à un entraînement à effet durable.
    La science se penche aussitôt sur le phénomène. On constate le même effet chez l’homme, car pour maintenir ou optimiser l’apport en oxygène en altitude, le corps produit davantage de globules rouges. Finalement, on comprend mieux cette économie liée au comportement cardiovasculaire, qui aboutit à une amélioration du métabolisme de la glycémie et des lipides sanguins et à la diminution des substances favorisant la thrombose (p. 418) – on est face à une sorte de «dopage naturel». (p. 422) L’observation selon laquelle les coureurs qui se sont entraînés en altitude, au Kenya ou en Éthiopie par exmple, réalisent d’excellentes performances va dans le même sens. L’entraînement en altitude est particulièrement efficace pour les sportifs qui ont besoin d’endurance comme les coureurs, les coureurs de fond, les cyclistes, les nageurs et les rameurs. L’auteur constate, avec regret là aussi, que l’on a manqué l’occasion de faire un second Macolin (localité du Seeland bernois, siège de l’Office fédéral du sport et de la Haute école fédérale de sport de Macolin) de Saint- Moritz, l’éclipsant de loin de tous ces atouts – réitérant le lapsus commis lors de l’exploitation des sources thermales: «A l’instar de ce qui s’est passé à l’époque ‹du Bernhard›, où l’on voulait éviter à tout prix qu’une image de centre sanitaire soit associée à la station thermale de luxe en plein essor, on craint maintenant que la destination jet-set ne soit fréquentée que par des sportifs en short de gymnastique et survêtement, ce qui pourrait déconcerter le reste de la clientèle». (p. 420)
    Quoi qu’il en soit, d’innombrables personnes ont profité et profitent encore aujourd’hui et continueront de profiter des conditions bénéfiques en matière de pratique sportive qu’offre l’Engadine. Du bobsleigh et du skeleton, du ski de fond et du ski alpin aux sports sur le lac gelé, en passant par le white turf, une course de chevaux (unique au monde), le polo et la voile sur glace, la natation, le surf, l’aviron, le canoë, le parapente et le cyclisme alpin et l’escalade – les possibilités de pratiquer un sport sont innombrables et font partie des gros avantages de la région.

Protection du lieu a maintenir

L’auteur conclut son ouvrage en revenant à son objectif principal: pour lui, il s’agit avant tout d’éviter que le potentiel de Saint-Moritz et de l’Engadine continue à être sous-exploité et que le tourisme suisse continue à perdre des parts de marché – une évolution dans laquelle le site et la région avec ses atouts uniques jouent un rôle important est. L’héliothérapie ayant passé aux oubliettes, il s’en est fallu de peu pour que la station thermale ne subisse pas le même sort. La fameuse source d’eau acidulée est «enfouïe et enfermée dans un cachot où personne n’y a accès, alors qu’autrefois, les empereurs et les rois y venaient en pèlerinage. C’est comme si Paris laissait rouiller sa tour Eiffel cachée dans une boîte dans les sous-sols du Panthéon». (p. 444) L’auteur conclut en observant que le débat actuel sur le climat donne une chance de remettre la climatothérapie sur le devant de la scène et de lui donner la place qu’elle mérite, cela malgré le fait que la médecine moderne à base d’appareils occupe le devant de la scène ces dernières années. Les atouts d’un séjour et d’une cure dans une région de montagne à haute altitude au climat favorable à la santé sont évidents et on devrait se réjouir de toute l’attention qu’ils méritent dans l’ensemble du tourisme moderne – surtout s’ils s’amassent à Saint-Moritz en Engadine.

1Hofmann, Heini. «Gesundheits-Mythos St. Moritz, Sauerwasser – Gebirgssonne – Höhenklima», Saint-Moritz (première édition), 2011, 456 pages, éditeur: Fondation Dr. Oscar Bernhard, Editions Gammeter Media AG, Saint-Moritz. ISBN 978-3-9524789-0-3
2Hofmann, Heini. Le captage de la source de Saint-Moritz, le plus ancien ouvrage en bois d’Europe, Horizons et débats du 13/07/2016.
3Hofmann, Heini. «Au départ un pari. Les débuts des sports d’hiver», dans: Horizons et débats du 30/03/2021. 

Autres sources :

Site Internet du MTZ Heilbad Saint-Moritz: http://www.heilbad-stmoritz.ch/home-de 
La nouvelle clinique Gut voit le jour à Saint-Moritz Bad, https://grheute.ch/2021/06/23/die-neue-klinik-gut-entsteht-in-st-moritz-bad 

 

 

hd. Heini Hofmann est né en 1938 à Uetendorf près de Thoune. Pendant ses études au lycée et vétérinaires (il a élu domicile sur la tour de la cathédrale de Berne), il a travaillé comme journaliste, reporter radio et photographe. Après un séjour en Amérique du Sud (avec des expéditions dans le Mato Grosso et en Terre de Feu), il a suivi une formation de vétérinaire de zoo et de jardinier animalier. Il a ensuite travaillé comme vétérinaire au jardin zoologique de Bâle, puis dans le domaine de l’hygiène alimentaire. Il a ensuite été vétérinaire du Cirque national suisse et directeur du zoo pour enfants de Rapperswil et de son delphinarium, ainsi que consultant du Cirque national autrichien.
    Il a ensuite été un conférencier apprécié, un journaliste scientifique indépendant très demandé et un auteur à succès. Son livre à succès «Die Tiere auf dem Schweizer Bauernhof» a été récompensé par le «Prix vétérinaire suisse» et les prix de la presse «Haustier-Brehm» et «Tierbuch des Jahres», «le livre sur les animaux le plus réussi de Suisse» et a été qualifié  «de document standard intemporel pour l’école et la famille, écrit de manière fascinante, réaliste et divertissante». M. Hofmann a également été à l’origine de plusieurs projets visant à construire des ponts entre l’agriculture et la population des agglomérations (notamment le zoo d’animaux de trait du musée suisse de plein air de Ballenberg).
   Il a accompli une grande partie de son service militaire comme colonel vétérinaire dans les Grisons – d’où son affinité avec le pays des 150 vallées et plus particulièrement avec l’Engadine. Il vit à Rapperswil-Jona.

 

 

«Engiadina – Terra sana»

wp. Heini Hofmann conclut son Cantique des cantiques sur Saint-Moritz et l’Engadine par une sélection de citations de personnalités connues de la littérature, de l’art, de la musique et de la science qui ont exprimé leur enthousiasme pour ce «paysage magique de force» (p. 435), dont les poètes Nikolaus Lenau, Conrad Ferdinand Meyer, Rainer Maria Rilke, Thomas Mann, Hermann Hesse, le philosophe Friedrich Nietzsche, les peintres Ferdinand Hodler et Giovanni Segantini, les compositeurs, musiciens et chefs d’orchestre Richard Wagner, Richard Strauss, Otto Klemperer, Wilhelm Kempff, Clara Haskil, Herbert von Karajan, Dinu Lipati et Claudio Abbado et les scientifiques Paracelse, Albrecht von Haller, Heinrich Zschokke, Wilhelm Conrad Röntgen et Albert Heim. Voici une petite sélection d’éloges particulièrement poétiques, parfois pathétiques, de ce coin de pays:

«Des couleurs comme seul le ciel pur des hautes Alpes peut en donner.» (Heinrich Zschokke)
«Pour les randonneurs sérieux, le monde primitif a laissé ses rêves pétrifiés dans cette vallée.» (Nikolaus Lenau)
«Ici, c’est si beau, si calme et si frais que l'oublie les énigmes de l’existence.» (Conrad Ferdinand Meyer)
«Certains matins, alors que je contemple ces montagnes pendant de longues minutes, avant même de prendre mes pinceaux, je me sens poussé à me prosterner devant elles comme devant des autels dressés sous le ciel.» «Je veux peindre vos montagnes, Engadinois, pour que le monde entier parle de leur beauté.» (Giovanni Segantini)
«Ô ciel au-dessus de moi, toi si pur!Toi l’abîme de lumière! En te contemplant, je frissonne de désirs divins.» (Friedrich Nietzsche)
«Nous sommes ici totalement enthousiastes et sirotons l’air des chamois comme du champagne français.» (Richard Strauss)

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