60 ans après la conférence de Belgrade du Mouvement des non-alignés

Un mouvement de non-alignement est encore nécessaire aujourd’hui*

par Živadin Jovanović

 

hd. Cette année, la Serbie et 119 pays célèbrent ensemble le 60e anniversaire du Mouvement des non-alignés.
    En amont du sommet commémoratif officiel (voir encadré), les «Entretiens du non-alignement» ont eu lieu le 2 septembre 2021 à Belgrade. L’organisateur de ce forum était le Musée d’art africain de Belgrade (MAA). Les participants étaient des diplomates de haut rang (ambassadeurs), des chercheurs d’un certain nombre de pays européens, dont la Grande-Bretagne et l’Autriche, des historiens, des étudiants et le grand public.
    A l’occasion de ce forum, le président du «Belgrade Forum for a World of Equals» et ancien Ministre des Affaires étrangères de la République fédérale de Yougoslavie, Živadin Jovanović, a tenu une remarquable conférence sur le thème de la 2e table ronde «Diplomatie de la Yougoslavie non alignée», que nous documentons ci-dessous.

Les 11 et 12 octobre 2021, Belgrade sera le lieu de rassemblement des hauts représentants des pays non alignés pour marquer le 60e anniversaire du premier sommet du Mouvement des pays non-alignés (NAM) qui s’est tenu du 1er au 6 septembre 1961.

Mouvement des non-alignés 1961 et 2021

A cette époque, le Mouvement comptait 25 membres et on en compte aujourd’hui 120. La Serbie préserve la tradition de coopération fructueuse avec les pays non-alignés, dans un respect et une confiance mutuels profonds, et s’efforce de renouveler et de renforcer ses amitiés dans les nouvelles conditions actuelles, indépendamment du fait qu’elle a aujourd’hui le statut d’observateur. Ces jours-ci, Belgrade sera à nouveau le lieu d’où sera lancé un appel commun à la «conscience de l’humanité» de ceux qui sont les plus responsables de l’avenir de l’humanité, pour assurer la paix, la tolérance, le dialogue et une coexistence pacifique. S’il y a 60 ans, un message a été envoyé de Belgrade affirmant qu’une confrontation entre blocs n’était pas inévitable, dans les prochains jours, nous pourrons envoyer une invitation au dialogue et à la tolérance au lieu d’un nouvel alignement et d’une nouvelle tension.
    Le non-alignement en politique étrangère et l’autonomie en politique intérieure étaient les deux piliers de la stratégie de la Yougoslavie après la Seconde Guerre mondiale, selon laquelle elle était identifiée et reconnue à égalité à l’Ouest, à l’Est, au Nord et au Sud. Son taux de croissance économique était parmi les plus élevés au monde (après le Japon), et l’éducation et les soins de santé étaient gratuits. L’exemple de la Yougoslavie était à la fois une source d’inspiration pour les pays nouvellement libérés et en voie de développement et une source d’interrogation pour les pays du bloc de l’Est et de l’Ouest. Aujourd’hui, la Serbie met l’accent sur l’indépendance, la neutralité militaire et la recherche de bonnes relations avec tous les facteurs importants des relations internationales.
    Outre l’Inde, l’Egypte et l’Indonésie, la Yougoslavie est le principal responsable de la création et de la perspective politique du mouvement des non-alignés.

La diplomatie yougoslave jouissait du respect et de la confiancede la communauté internationale

Le non-alignement a donné à la Yougoslavie et à sa diplomatie une force renouvelée et beaucoup d’espace pour agir sur la scène internationale, pour développer les relations bilatérales et pour renforcer sa réputation et sa position internationales. De nombreuses portes étaient ouvertes à la diplomatie yougoslave parce qu’elle représentait l’un des pays leaders du NAM et adhérait à des principes clairs. Elle était prête à aider les autres dans de nombreux domaines, de la sécurité et la défense à l’éducation et la formation du personnel, en passant par la santé et la nutrition. Ses partenaires étaient convaincus que la Yougoslavie respectait l’égalité, le bénéfice mutuel et, en particulier, le principe de  non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays. C’est pourquoi la Yougoslavie et sa diplomatie étaient acceptées avec beaucoup de respect et de confiance.
    Le Président Josip Broz Tito était un interlocuteur et un invité recherché et bienvenu dans toutes les parties du monde, et Belgrade est devenu un centre important d’activités diplomatiques dans tous les domaines majeurs, de la politique et de la sécurité jusqu’au commerce, au développement, aux finances et à la culture. Belgrade a été visitée non seulement par les dirigeants des pays non alignés et des pays voisins, mais aussi par les présidents et les monarques des Etats-Unis, de l’URSS, de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, des Pays-Bas, de la Belgique, des pays scandinaves et de nombreux autres pays. La Yougoslavie a été l’initiateur des activités coordonnées des pays européens neutres et non-alignés pour la construction et l’établissement du système européen de sécurité et de coopération (CSCE-OSCE).
    Dans les pays nouvellement libérés, les diplomates yougoslaves étaient pratiquement autorisés à choisir ce dont ils avaient besoin, des conditions de travail de base aux concessions accordées aux entreprises yougoslaves dans des domaines économiques d’importance stratégique tels que le pétrole ou les ressources minérales les plus recherchées. Dans ces conditions, la coopération dépendait davantage de son potentiel de crédit et de la capacité de l’entreprise dans le domaine des investissements, de la construction et de l’industrie à accepter des projets et des emplois de grande envergure, que d’éventuels obstacles, idées préconçues ou réserves des clients. Ainsi, les entreprises yougoslaves ont pu résister à la concurrence la plus féroce lors des appels d’offres pour les projets financés par les institutions financières mondiales.

Invitation au dialogue et à l’apaisement des tensions – toujours d’actualité aujourd’hui

Le NAM s’est engagé dans de nombreux domaines importants. Compte tenu de la réalité de l’époque, le plus important a été la lutte pour la paix, la prévention d’un conflit nucléaire et la confrontation mondiale, en général. A cet égard, il convient de noter l’appel que les participants au premier sommet du NAM à Belgrade ont adressé aux dirigeants des deux superpuissances – les Etats-Unis et l’URSS – les invitant au dialogue et à l’apaisement des tensions. Cet appel, n’est-il pas toujours aussi précieux aujoud’hui?
    La stratégie du Mouvement des pays non alignés englobait la lutte pour la décolonisation, la prévention du néocolonialisme, la défense contre les pressions des blocs militaro-politiques et idéologiques, ainsi que l’accélération du développement socio-économique. Le renforcement de la coopération mutuelle des pays non alignés, connue sous le nom de coopération Sud-Sud, a accéléré l’émancipation économique et politique des pays non alignés et a donné à la Yougoslavie, en tant que pays en développement plus développé, la possibilité de tirer parti de ses connaissances et de ses technologies.

Les réalisations de la Yougoslavie
en tant que partenaire fiable

Les pays non-alignés ont accepté la Yougoslavie comme le partenaire le plus fiable pour le développement économique, le renforcement de l’indépendance acquise et la démocratisation des relations internationales par le biais du système des Nations unies. Parfois, les attentes à l’égard de la Yougoslavie étaient irréalistes, voire idéalistes. C’est ainsi que certains pays non alignés ont demandé à la Yougoslavie de prendre en charge la gestion de grandes bases navales abandonnées des anciennes métropoles coloniales. La Yougoslavie a notamment présidé le groupe de 17 pays non alignés chargé de superviser le processus d’indépendance de la Namibie, et a été à l’origine de la création du pool de l’Agence commune des pays non alignés (NANAP).
    Grâce à la fondation du NAM et à son fonctionnement depuis des décennies en tant que facteur indépendant sur la scène internationale, la Yougoslavie a gagné un grand nombre d’amis proches et de partenaires fiables. La coopération et les activités coordonnées du Mouvement au sein de l’ONU, et dans les activités multilatérales en général, se sont avérées particulièrement efficaces. Il ne s’agissait pas d’une simple «machine à voter», mais d’un organisme fort et incontournable aux nombreuses initiatives nouvelles et courageuses que même les puissances les plus puissantes ne pouvaient ignorer. C’est pourquoi le Mouvement a pu apporter une grande contribution à la démocratisation du travail de l’ONU, ainsi que des relations internationales dans leur ensemble. Les évaluations et les positions de la diplomatie yougoslave sur les questions internationales importantes et les moyens de les résoudre ont été reçues avec un grand respect et, dans la plupart des cas, soutenues et acceptées.
    Plus développée que la plupart des pays en développement, dotée d’une industrie de la construction, de l’hydro-construction, de la machine-outil, de la production alimentaire et pharmaceutique, ainsi que d’autres capacités, l’économie yougoslave, avec le soutien d’une diplomatie toujours agile et très professionnelle, a été capable de fournir de nouveaux marchés, des sources de matières premières, des engagements dans les domaines de la science, de la technologie, de l’éducation et des médias. La Yougoslavie et sa diplomatie ont également joué le rôle de pont entre les pays en développement et le monde développé, l’Europe en particulier.
    Au cours des dernières décennies, l’industrie yougoslave de la construction a réalisé de nombreux projets respectables. Une seule entreprise de Belgrade, Energoprojekt, a construit au Pérou un réseau d’eau connu sous le nom de Chira-Piura, d’une valeur d’environ 1,4 milliard de dollars, qui a changé l’aspect de la région et contribué à son développement à long terme. La même société a construit au Kenya deux centrales hydroélectriques sur la rivière Tana, des réseaux d’eau et d’égouts à Nairobi et Thika, des salles de conférence, des lotissements à Lusaka (Zambie), Harare (Zimbabwe), Accra (Ghana). Dans plusieurs pays africains, l’Institut des semences de Zemun Polje, à Belgrade, a développé la production de semences de maïs adaptées aux conditions climatiques africaines, contribuant ainsi à résoudre le problème de la nutrition. Il existe de nombreux exemples similaires d’autres entreprises yougoslaves très réputées qui ont mis en œuvre des projets stratégiques dans le monde entier. Les entreprises yougoslaves ont largement contribué à résoudre l’un des problèmes les plus importants des pays africains – l’irrigation et l’approvisionnement en eau (Kenya, Tunisie, Libye, Angola).
    La Yougoslavie était un partenaire largement accepté pour la coopération dans les domaines de la sécurité, de la défense et de l’industrie militaire. De nombreux pays nouvellement libérés étaient prêts à s’équiper en matériel militaire, en armes, en vêtements et en chaussures provenant de Yougoslavie, et des milliers d’officiers et d’experts ont été éduqués et formés dans des académies militaires et d’autres institutions en Serbie et dans d’autres anciennes républiques yougoslaves.

Années 1990: sanctions contre la Yougoslavie –
une diplomatie dans des conditions difficiles

Dans les années 1990, la Yougoslavie était soumise à des sanctions sans précédent dans l’histoire récente des relations internationales, avec des réserves de change épuisées, aucun commerce extérieur, aucun accès aux institutions financières internationales. L’une des tâches de la diplomatie yougoslave était d’obtenir le recouvrement des dettes de ses partenaires parmi les pays non alignés afin de pallier, au moins dans une certaine mesure, le manque de devises étrangères. Un collègue, le chargé d’affaires de l’ambassade yougoslave dans un pays africain non aligné, en intervenant au plus haut niveau du gouvernement, a obtenu le recouvrement d’une importante dette liée à des projets d’investissement achevés. Dans les conditions de l’époque, il s’agissait d’une immense contribution à l’atténuation des conséquences des blocus de la Yougoslavie. A l’issue d’une procédure accélérée, elle a été promue au poste d’ambassadeur, ce dont l’ensemble du réseau diplomatique a été informé. Cela reste un exemple de professionnalisme supérieur et de sacrifice de la diplomatie yougoslave dans des conditions difficiles, mais aussi un exemple de compréhension et de solidarité des partenaires non-alignés envers la Yougoslavie (Serbie et Monténégro).
    Il y a également eu des cas où la partie yougoslave devait de l’argent à d’autres pays non alignés, qui, au moment des sanctions, ont renoncé à une partie de leurs créances ou ont reporté le remboursement de la dette à des temps meilleurs.

Un engagement actif en faveur de la paix, du dialogue et de la coexistence est aujourd’hui également nécessaire et urgent

Dans des conditions où les pays non-alignés étaient soumis à de fortes pressions de la part des blocs pour choisir entre l’une ou l’autre idéologie et système d’organisation socio-économique, le Mouvement des pays non alignés a décidé que les principes de coexistence pacifique active constituaient l’essence et la base de sa stratégie. Cela inclut la liberté de choisir la voie de développement du système socio-économique interne tout en respectant les spécificités de chaque pays individuellement, c’est-à-dire que la diversité des idéologies et des voies de développement ne doit pas être une raison pour s’immiscer dans les affaires intérieures ou violer le principe d’égalité souveraine. Les recettes toutes faites pour les systèmes politiques et économiques n’ont été acceptées ni de l’Est ni de l’Ouest. Il n’est pas superflu de se demander ce qu’il en est aujourd’hui du respect des spécificités et de la liberté de choix des voies de développement internes, de la non-ingérence dans les affaires intérieures sous aucun prétexte?
    Si au cours de ces années, en ce qui concerne la Yougoslavie, à partir de 1948, nous avons lutté pour une régulation indépendante des relations politiques et sociales, malgré les accusations de révisionnisme, quel est le changement opéré dans notre conscience si, après le 5 octobre 2000, les ambassadeurs du soi-disant «Quint» [les cinq plus grands dirigeants du monde occidental associant les Etats-Unis, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie] appellent les dirigeants serbes et leur dictent qui peut et qui ne peut pas être membre du nouveau gouvernement, et décident de ce qui est important pour le gouvernement et de ce qui ne l’est pas! Si, dans les années d’autogestion et de non-alignement, nous avions l’école de Korčula,1 où se trouve aujourd’hui, dans notre «démocratie», quelque chose ressemblant à cette école? Ou peut-être devrions-nous tous croire que le système actuel de capitalisme libéral et multinational est parfait, de sorte que toute idée de changement est inutile!
    De temps en temps, je rencontre des chercheurs, des historiens et des analystes étrangers qui veulent savoir s’il existe à Belgrade des ouvrages sur le non-alignement et l’autonomie dans toutes les langues du monde. Il est clair qu’aucun d’entre eux ne s’y intéresse parce que «ils» s’occupent que de «l’art pour l’art», ou parce qu’ils veulent copier, greffer, combiner mécaniquement. Ces questions viennent de personnes qui ont réalisé que le système libéral-capitaliste actuel, rétrograde et déshumanisant, est devenu insoutenable et ne croient pas à l’efficacité des esthéticiennes de Davos ou d’autres salons mondiaux similaires, qui ont la volonté et le courage de réfléchir à un nouveau système à forme humaine.
    Ainsi, le Mouvement des non-alignés et la Conférence de Belgrade visaient à mettre fin à la confrontation mondiale avant qu’il ne soit trop tard, en particulier à prévenir un conflit nucléaire mondial, à encourager le dialogue et la coexistence dans la diversité. Aujourd’hui, 60 ans après la première conférence du Mouvement des non-alignés à Belgrade, sommes-nous libérés de la confrontation mondiale, des nouvelles classifications, des courses aux armements, de la militarisation? Les dangers sont toujours notre réalité aujourd’hui; les tendances mondiales en matière d’économie, de santé, de sécurité, d’environnement, de migration et autres, outre la multipolarisation, ne sont pas encourageantes. Néanmoins, le plus important est l’état d’esprit, la prise de conscience et la volonté politique. Nous pensons que le prochain jubilé du Mouvement des pays non alignés et le grand rassemblement de Belgrade ne seront pas un événement protocolaire, mais plutôt un élan pour le «grand mouvement pour la paix» afin de faire prendre conscience de la nécessité d’un engagement plus fort de la part de tous, en particulier des responsables de la paix, du dialogue et de la coexistence.
    L’un des objectifs fondamentaux du Mouvement des non-alignés est de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de chaque pays. Peut-on compter le nombre d’Etats souverains qui ont été démantelés entre-temps, le nombre de nations qui ont été déchirées, transformées en minorités nationales, en réfugiés, en migrants? La Yougoslavie, fondatrice de l’ONU, de l’OSCE, du NAM, un pays doté d’un système socio-économique interne unique, de l’autonomie et du non-alignement, a été brisée par une action active de l’extérieur et par des représentants de l’intérieur. Ce n’était pas un processus spontané, ni un processus que nous ne pouvons comprendre qu’en analysant le comportement des porteurs de rôles internes. Ensuite, les créateurs et les exécutants de la géopolitique des forces les plus puissantes de l’Occident ont brisé la Yougoslavie, la communauté de la Serbie et du Monténégro. Maintenant, même la Serbie est trop grande pour eux, alors, par la force et les machinations, ils essaient de l’écraser aussi. Il est grand temps que la question soit renvoyée au Conseil de sécurité de l’ONU, où elle se trouvait depuis le début, avant que l’évolution ne devienne incontrôlable.
    Les politiques et les objectifs du Mouvement des non-alignés sont toujours pertinents et nécessaires aujourd’hui. Les méthodes de la guerre froide, la politique consistant à diviser pour mieux régner, la division et la classification en pays démocratiques et autocratiques, les tentatives d’établir de nouveaux «rideaux» et «murs», l’ingérence flagrante dans les affaires intérieures, le fossé grandissant entre les pays et les populations riches et pauvres – font partie de la dure réalité. La course aux armements consomme aujourd’hui 1,5 trillion de dollars par an. A quoi ressembleraient l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, la Libye, le Yémen, la Somalie et d’autres pays désintégrés, dévastés et malheureux si des milliers de milliards de dollars étaient investis dans le développement au lieu de la destruction, y aurait-il autant de vagues de réfugiés et de migrants de masse que nous en avons aujourd’hui! Alors que l’UE n’arrive toujours pas à se mettre d’accord sur des «quotas» pour les anciens et les nouveaux réfugiés, il semble que quelqu’un pense que les Balkans, parmi tous les autres problèmes, devraient être convertis en un lieu de rassemblement ou de quarantaine pour ces malheureux, femmes et enfants, que la «coalition of the willing» a forcés à fuir? Il est clair que beaucoup de ceux qui viennent ont des difficultés à manier autre chose que des armes. Qui et au nom de quoi oblige-t-on les pays des Balkans à accepter sur leurs faibles épaules le fardeau des erreurs catastrophiques des puissances les plus riches et les plus puissantes du monde?
    La création du mouvement en 1961 peut également être considérée comme le début de la création d’un monde multipolaire. En plus de deux alliances militaro-politiques et de deux idéologies opposées, une nouvelle force a été créée qui s’oppose aux divisions et aux confrontations et qui soutient fermement les principes de respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, d’égalité souveraine, de non-ingérence dans les affaires intérieures, de coopération mutuellement bénéfique, de non-appartenance à des blocs, de non-acceptation de bases militaires étrangères. Aujourd’hui, le processus de multipolarisation des relations mondiales est dans une phase à partir de laquelle il n’y a pas de retour à l’ordre bipolaire ou unipolaire. Les pays non-alignés ont un grand intérêt à soutenir ce processus car il ouvre de larges perspectives pour la démocratisation des relations mondiales, la paix et la stabilité, et donc pour le progrès économique et social de tous, en particulier des pays sous-développés.
    Belgrade est le berceau du mouvement des non-alignés. La célébration du 60e anniversaire de l’existence et des activités du NAM est l’occasion d’insuffler une fraîcheur et une énergie nouvelle au mouvement, et pour Belgrade de confirmer son rôle historique en tant que lieu d’où proviennent les idées de paix, de dialogue et de progrès. Bien que la Serbie soit aujourd’hui un observateur du Mouvement, elle hérite de ses réalisations les plus précieuses. C’est pourquoi le NAM reste un partenaire important pour la Serbie dans le sens d’une coopération économique, politique, scientifique, technique et d’autres formes de coopération. Il est particulièrement important pour la Serbie que la grande majorité des 120 pays non alignés soutiennent sa souveraineté et son intégrité territoriale, et considèrent la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies comme une base immuable pour une solution pacifique, équilibrée et durable de la question concernant la province du Kosovo-Metohija.



Entre 1963 et 1974, des intellectuels critiques de l’Est et de l’Ouest se sont rencontrés sur l’île de Korčula pour une «université d’été» annuelle. Au-delà des frontières de la guerre froide, l’université d’été était un lieu d’échange et de recherche d’une perspective politique dans le sens d’un «socialisme humaniste». L’organisateur était un groupe de philosophes et de chercheurs en sciences sociales yougoslaves qui publiaient la revue Praxis. (Note de la rédaction)

(Traduction Horizons et débats)

* Conférence lors du forum «NAM Talks», Musée d’art africain, Belgrade, 2 septembre 2021

Sommet commémoratif du 60e anniversaire du Mouvement des pays non-alignés à Belgrade

ef. C’est dans une indifférence quasi-totale de la part des médias occidentaux que s’est déroulé à Belgrade, les 11 et 12 octobre 2021, le sommet commémoratif officiel du 60e anniversaire du Mouvement des pays non-alignés.
    Le Mouvement des pays non-alignés, créé en septembre 1961 à l’initiative du Président de l’ancienne Yougoslavie de l’époque, Josip Broz Tito, avait été fondé en collaboration avec les présidents de l’Inde, de l’Indonésie et de l’Egypte Javaharlal Nehru, Sukarno et Gamal Abdal Nasser en tant que «Troisiéme force ne s’alignant ni sur l’Est ni sur l’Ouest», avec pour objectifs principaux la décolonisation et l’interdiction des armes à destruction massive.
    Aujourd’hui, le Mouvement regroupe 120 pays membres, en plus des 17 pays classés comme observateurs. Parmi les observateurs figurent toutes les anciennes républiques yougoslaves, à l’exception de la Slovénie et de la Macédoine du Nord, ainsi que l’Argentine, le Brésil, la Chine, l’Ukraine et la Russie. Si on se place dans une perspective mondiale, le Mouvement des non-alignés constitue le plus grand regroupement d’Etats après l’ONU. Plus de 100 pays membres ainsi que neuf organisations internationales ont participé au travers de leurs représentants au Sommet de Belgrade. Le président serbe, Alexander Vucic, a déclaré lors de son discours: «L’avenir des divers pays dans une perspective d’équité, voilà précisément la direction dans laquelle le mouvement a connu son développement. Ce n’est pas seulement une question d’intérêt national des Etats, il s’agit en effet du mouvement qui rassemble les plus civilisateurs et les plus importants d’entre eux.» Une nuance très remarquée a rencontré un écho particulièrement approbateur au sein des participants: sa citation d’un vieux proverbe africain: «Si tu veux aller vite, pars seul. Si tu veux aller loin, fais-le en groupe.»
    
António Guterres, secrétaire général de l’ONU, a salué le mouvement dans lequel il voit un «forum de la consultation et de la coopération qui s’engage, de manière conséquente, en faveur de la paix, de la coopération et de l’amitié». En tant que pilier du système global multilatéral, le mouvement non-aligné est, en effet, aussi nécessaire aujourd’hui qu’il y a 60 ans.
    Plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement ont ouvertement critiqué l’énorme volume des importations de vaccins anti-Covid-19 à destination des riches pays occidentaux, réclamant une plus grande solidarité et une distribution globale répartie de manière équitable.
   Récemment, M. Nikola Selakovic, ministre des Affaires étrangères de la Serbie, s’est rendu en visite au Liban, au Zimbabwe, en Zambie, au Kenya, en Angola, en Namibie, en Egypte, et en Jordanie. Dans la plupart de ces pays, il a fait don de vaccins anti-Covid-19, ou a fait des promesses d’envoi.

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